Sunday, February 26, 2012

Hanne Darboven sans péremption. Camden arts centre.








                                           vue d'installation de Appointment Diary 1988/98 au Camden Arts Centre
                                          Tous@Hanne Darboven Stiftung (Photos Angus Mill).


                                      Le bureau d'Hanne Darboven à New York et Perforationen 1966  au Camden Arts Centre. 
                                     Courtesy Hamburger Kunsthalle, Kupferstichkabinet.




                                            9 x 11 = 99 1972 (détail)

                                          http://a5.sphotos.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash4/s320x320/394006_10150478885186797_21366026796_8359843_423396672_n.jpg
                                         Une page de Appointment Diary


                                         
Installation view of Hanne Darboven, 24 Gesänge opus 14,15 a, b 1984 [24 songs opus 14, 15 a, b 1984] at Camden Arts Centre ,Hanne Darboven

                                  24 Gesange Opus 1984. Ringier Collection Switzerland


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                          Musical Score (Happy Birthday-Leo Castelli) et l'éventail d'Hanne au Camden Arts Centre


              Events / Hanne Darboven / étapes: international
                                        Hanne Darboven (1941-2009)
http://www.camdenartscentre.org/exhibitions/?id=101222

Quatre feuilles de papier ont été accolées de façon à composer un rectangle. Sur le papier, des lignes d'écriture au crayon -(ou plutôt l'indice d'une écriture, par le biais d'un graphisme cursif en vagues régulières)-s'étendent régulièrement d'un bout à l'autre des quatre feuilles, de haut en bas. Le titre: Endless, infini, et la date: 1972. Ce travail de l'infini, de la potentialité -au sens du Livre à Venir de Maurice Blanchot- et pourtant daté (les dates, chez Hanne Darboven, ne sont pas introduites par une virgule) constitue la première oeuvre de l'exposition du Camden Arts Centre, certainement l'une des plus remarquables en ce creux de saison londonienne (en attendant Alighiero Boetti, Seth Siegelaub et la suite...). D'abord, elle montre à qui en doutait encore (1) à quel point des lignes d'écriture inintelligibles,  des chiffres, des calculs (1 Arbeit zu 60 Arbeiten; ou  9X11=99 1972) des nombres en mots, des partitions, des dates, des noms propres, des calendriers, des perforations et des ponctuations composant des planches de livres transposés en panneaux à très nombreux volets,  disposés en grilles régulières ou non, ornementales ou non, peuvent être formidablement intéressants, variés même dans leur incessante répétition, ironiques et vulnérables, oppressants et affectueux.
L'espace qu'occupe Darboven, sa Chambre à elle, c'est le temps; Schreibzeit: le temps de l'écrire. Le temps de remplir entièrement l'espace de l'administration du temps: les calendriers, les plannings en heures, jours et semaines, les agendas et leurs illustrations, les carnets de rendez-vous, les livres de comptes. Les emplois du temps ont inspiré l'oulipo et Perec mais aussi Darboven, qui a fait des dates, la base de ses calculs de nombres et l'objet d'un travail "d'inscription, non de description" … "n'ayant rien à voir avec les mathématiques" (2) et mobilisant une activité physique, un faire compulsifs dans l'autographie de ses notations.  Evidemment son gros travail (traduisons ainsi "grosse arbeit") initié au sein de ces livres comptables du temps officiel -- tous patiemment choisis pour leur forme, leur couleur, leur millimétrage, leur grain--  dérange d'emblée une conception linéaire et patriarcale de l'histoire et du récit. Mais si l'artiste installe son chantier dans la chambre du temps, ce n'est pas pour y verser une identité ou une subjectivité alternatives. Lorsque l'écriture en vagues, manuelle et régulière, emplit l'espace d'un agenda dévolu à l'inscription des numéros de téléphone et anniversaires "personnels" (de la même façon qu'elle s'impose à la place d'un titre et d'une signature) on y lit, précisément, une dépersonnalisation poussée jusqu'à la moelle de l'être.
En revanche, ce qu'il y aussi de très frappant dans l'exposition, ce sont les objets personnels qui figurent, à la fois comme des installations et au sein des travaux d'écritures eux-mêmes. Ainsi, auprès de la partition des chants Pour Leo Castelli, il y a un pupitre avec un éventail. Le bureau d'Hanne à New York dans les années 1960 siège devant trois Perforations en blanc, jaune, rose. Qu'est-ce qu'ils fabriquent là? Ces "natures mortes comme objets personnels"(pour emprunter le titre de Meyer Schapiro) sont, sans doute, une marque curatoriale que Darboven a souvent associée, elle-même à ses installations (sans qu'on sache si elle avait prévu ces présentes associations). Mais il y a aussi les belles images : celles qui ornent les pages d'un agenda annuel de l'American Film Institute, des notices biographiques de réalisateurs et des images de films ponctuant -par une scène de mariage, de Starwars ou la couverture bleue finale- le fil et le sens de l'écriture. Il y a aussi les putti d'un abécédaire et les cartes de voeux, format carte de visite avec des souhaits gravés, associés aux 24 Gesänge opus 14,15 a, b 1984, la partition qui couvre l'entière troisième salle du Camden (mais qui est faite d'un ensemble bien plus large de 678  feuilles A5). Par la citation, une notion des usages culturels de la musique s'associe ainsi aux calculs mathématiques traduits en sons, puisque ces cartes donnent à ouïr les conventions musicales accompagnant des cérémonies familiales (anniversaires, fiancailles, etc). C'est aussi de cette façon que Darboven désinstitue la souveraineté unique de l'histoire et du récit, pour au contraire, rendre compte d'une fréquence historique,  collective, d'un temps social en harmoniques renversant la mélodie, non sans analogie avec la musique.
Un dernier objet, ainsi, s'associe au parcours de l'exposition et c'est la retransmission sonore à l'orgue -ce choix référant à JS Bach et au nom d'opus dont Harboven ornait ses oeuvres musicales-- d'un morceau généré par la translation en notes de ses notations élaborées à partir des dates et de leurs chiffres. Darboven, qui s'est passionnée pour la composition musicale à la fin de son existence, renverse ainsi le modèle courant des relations art et musique ou plutôt musique et art, l'abstraction de l'une dérivant sur l'autre. Ici, ce serait plutôt le contraire: la concrétion absolue de l'écriture ou des suites de chiffres en matières sonores, entêtantes et sépulcrales.
Il faut - et d'aucuns, comme Patricia, le font- réévaluer la place de l'art conceptuel dans les pratiques contemporaines. Il semble ainsi que Darboven, souvent associée aux "débuts" (voire aux "pionnières" parmi les rôles-clichés attribués aux femmes) du conceptuel ait toute sa place dans cette réévaluation à la fois poétique, genrée et politique de l'exposition comme machine, oui mais désirante, qui rend toute sa puissance à l'imagination des calculateurs/trices de calendriers.


1) Cf les discours actuels sur un "'art allemand"qui irait à Darboven comme des chaussettes à une langouste.
2) Cf. interview par Lucy Lippard, "Hanne Darboven: Deep in Numbers," Artforum 12, no. 2 (October 1973), pp. 35–36.

à lire aussi, un article de Louise Gray et un de Vanessa Place
http://louisegray.net/
http://x-traonline.org/current_articles.php?articleID=438

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