Une photo exposée au Musée d'art et d'histoire du Judaisme: Walter et une amie
Signets de couleur pour les transferts Passages/Baudelaire
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| Agenda de Walter, à la lettre S |
![]() Kafka en bandelettes La carte de BN de Walter Benjamin datée 1940-En Juin, Benjamin fuit vers Lourdes et il se suicidera le 26 août à Port-Bou à 48 ans. |
Qu'est-ce que l'aura? Le goût de l'écriture minuscule, micrographique, qu'on croyait le propre de Charlotte Brontë et de Robert Walser, semble avoir été un phénomène communicatif notamment dans l'Europe du début du XXè siècle. Ce fut en tout cas la pratique de Walter Benjamin (1892-1940), surtout à partir des années 1920, passionné du tout petit (son défi: tracer une centaine de lignes sur une seule feuille. Son modèle: deux grains de blés recouverts d'une prière Talmudique, au musée de Cluny) Ses archives exposées au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, un peu comme des valises en boîtes (pour inverser la problématique de Marcel Duchamp), manifestent ainsi ce penchant scriptural de pattes de mouche (1 à 7 mm), y compris dans ses carnets d'adresses, que même de bons yeux parviennent difficilement à déchiffrer. Présenter ces archives sans aider à les lire devient ainsi l'un des principes de cette manifestation. Peut-être pour les placer sous le signe (sic) de la précarité, de la vulnérabilité, de la mélancolie. Ainsi la première page du texte sur l'aura, écrite sur papier publicitaire à l'enseigne de l'Aqua San Pellegrino. Peut-être, aussi, pour traduire, par la monstration physique des documents, les difficultés de la vie de Walter Benjamin à Paris à partir de 1933, privé de table où "écrivailler"- sinon celles de la salle Labrouste et du Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale (un substitut au foyer perdu: c'est là qu'on retrouva le Livre des Passages) et de divers cafés. Mais chacune de ces paperolles, chacun de ces carnets, ces envers de tickets, ces versos de formulaires semble également avoir fait l'objet d'un choix, d'un goût de la "reversion"-- sinon de la reversibilité de l'écriture récupérant ses possibilités mimétiques ou, comme l'expliquait d'ailleurs Walter Benjamin, "retournant au dessin". Ainsi (ci-dessous) cette variation sur les mots "Schläfchen" (petit somme), "Schafmein" (mouton), Schal et les mots d'une berçeuse (Schlafe...) incluses dans une figure embryonnaire, refermée sur sa boucle (1934). Au musée d'art et d'histoire du Judaisme, figurent des exemplaires de ses bandelettes (brouillons de l'article sur Kafka) de ses transferts de notes (des Passages au Baudelaire), de ses schémas, figures, et diagrammes ; de ses ratures, ses codages et ses rébus. De ses collections de cartes postales (les Sybilles de Sienne); ses photos annotées de jouets (les objets, eux, ont disparu, comme l'immense bibliothèque); ses collections de carnets; ses collections d'acquis linguistiques et néologismes de son fils; des photographies de Germaine Krull sur "ses" passages parisens; ses collections de citations: ses collections comme citation. Ces archives ou plutôt cette archive, Walter Benjamin aura apporté un soin passionné, tant à son organisation, son classement, à son cataloguage qu'à ses réemplois et son devenir. En effet, ces "guenilles", discontinues et fragmentaires, de l'histoire ont été, elles aussi, dispersées et disséminées mais également sauvées par leur envoi à un réseau d'amis. Du coup, l'autre partie de l'exposition (les "valises en boîtes" sont alors accrochées au mur) est consacrée à la culture, au sens des soins apportés par ses ami/e/s et archivistes : Gretel et Theodor Adorno, Gershom Scholem, Hannah Arendt, ces derniers se chargeant de faire publier Benjamin après sa mort ; il y a aussi Brecht, Horkheimer, Franz Hessel (le père de Stéphane), Gisèle Freund et Adrienne Monnier, bien sûr (mais si LBV se souvient bien, il n'y a pas Georges Bataille). Si la publication posthume des écrits trouvèrent leur éditeur anglo-saxon, Michael Jennings, et italien avec Giorgio Agamben, la chose fut en Français éminement plus complexe. Et pourtant la fantasmagorie parisienne est constamment présente dans les fragments de correspondances et dans les tapuscrits où Walter Benjamin se présente son curriculum vitae. Ce qui frappe d'ailleurs, dans celui-ci, outre la traduction d'A la Recherche du Temps Perdu (avec Hessel), c'est le nombre de textes devenus iconiques, que l'universitaire publia, d'abord, dans des revues et des journaux. La critique culturelle, s'y exerçant, y avait alors ses lettres de noblesse. Où l'on revient à la précarité et la mélancolie. Jusqu'au 5 février au MAHJ. De nombreux colloques et conférences ont animé cette exposition, à venir : Antonia Birnbaum. A lire, le petit journal téléchargeable en pdf: http://www.mahj.org/fr/3_expositions/expo-Walter-Benjamin-Archives.php?niv=2&ssniv=2 A lire également, en français: Walter Benjamin Archives : Images, textes et signes, Klincksieck 2011. La version anglaise est traduite par Esther Leslie (Verso 2007), dont on est fan du Walter Benjamin, Reaktion books, 2007 |






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