Vue d'exposition à la galerie art:concept
détail de Polystyrène et Galuchat, 2011-2012.
Sans Titre, 2007-2011, pyrite, colle
Sans Titre, 2011, ulexite, dés en plastique, colle, dimensions variablesPolystyrène et galuchat: dans l'ordre d'entrée en scène, la première sculpture qu'expose Hubert Duprat chez Olivier Antoine combine deux matières, celle de l'emballage de nos appareils électroménagers et celle qui gaîne l'exceptionnel parmi les meubles art déco, de façon à renchérir sur une combinatoire matérielle et illusionniste: vu de loin, le galuchat (peau de raie ou requin utilisée en maroquinerie ou ébénisterie par Galuchat en 1755) semble "scotcher" les grands parallélépipèdes de polystyrène blanc, car il est placé au niveau des jointures. En réalité, ce matériau a été travaillé de façon à s'enfoncer et creuse le volume avec lequel il s'imbrique. L'indication sculpturale moderniste d'une surface clairement articulée est inversé par une problématique synthétique relevant des arts décoratifs : la marqueterie. C'est une notion qui traverse, parait-il le travail d'Hubert Duprat depuis qu'on a découvert ses travaux, au début des années 1980 (à l'époque, avec Ramon Tio Bellido)
D'Hubert Duprat, en effet, on pouvait voir deux sortes de pièces : d'une part des sténopés d'atelier (L'atelier ou la montée des images) reflétaient également le paysage extérieur à l'envers et intégraient même l'ombre d'un appareil photographique sur pied, qui avait servi à capter et fixer l'image fuyante créée par la camera oscura (restituée en couleurs par la photographie). En même temps, Duprat, s'inspirant des travaux des célèbres entomologistes Pictet et Fabre, cultivait des larves de phryganes ou trichoptères: ces larves aquatiques ont la propriété de se fabriquer un étui avec tout ce qui se trouve à leur portée. Les déshabillant de leur fourreau et les plaçant dans un environnement artificiel, Duprat alimentait celui-de pépites, pailles d'or, petites perles, éclats d'opales, de turquoises, etc, de sorte qu'elles adoptent en guise de cocon cette préciosité expérimentale. L'artiste avait même déposé un brevet pour ce procédé de joaillerie, espérant en tirer des bénéfices pour alimenter sa pratique- ce qui n'arriva pas: d'ailleurs, certains matériaux, certaines larves étaient réfractaires et certains étuis, abandonnés par une larve ayant atteint le stade "insectueux" du papillon de nuit étaient réutilisés par d'autres. Et ça, c'était du matériel pour l'artiste, fasciné par le sens artistique des non humains.
Dès le milieu des années 1980, il avait projeté l'image de son atelier sur une plaque de contreplaqué, en imprimant le tracé de l'atelier à l'aide d'une marqueterie de matériaux semi-précieux. Une matière s'incrustant dans l'autre : la marqueterie est alors apparue "comme une poétique dont Duprat s'ingénie à explorer les ressources" (dixit un texte du Mamco); mais avec d'autres formes de fabrication, ainsi, les Cassé-Collé, les Coupé-Cloué, différents placages et tensions entre "altérations organiques et géométriques", déroutant le cours des choses, pour les ouvrir et les refermer - la jubilation enfantine n'est pas loin.
Largement exposé jusqu'à la fin des années 1990, Hubert Duprat a réapparu en France avec une grande exposition à Vassivière (2009) puis FRAC Languedoc Roussillon, que LBV avait ratées. Ce qui lui permet d'aborder l'exposition chez Art-Concept avec grande curiosité.
Outre Polystyrène et Galuchat, les autres sculptures, sans titre, composent un théâtre des matières (un Théâtre des Matières, pour faire référence au film éponyme de l'ami Jean-Claude Biette, qui n'a d'ailleurs rien à voir ). Ce sont, en effet, des agencements de matériaux, destinés à produire un effet ou un spectacle visuel, soumis au double régime de l'inanimé et de l'animation produite par la mise en oeuvre, du démontage et du remontage produisant la monstration.
"La plupart des marmots veulent surtout voir l'âme, les uns au bout de quelque temps d'exercice, les autres tout de suite. C'est la plus ou moins rapide invasion de ce désir qui fait la plus ou moins grande longévité du joujou. Je ne me sens pas le courage de blâmer cette manie enfantine: c'est une première tendance métaphysique.", écrivait Baudelaire. Ici, cette Morale du Joujou finit très, très bien: le cube de plexiglas, reconstitué de centaines de cubes découpés et collés par de la pâte à modeler, produit des effets optiques plus que parfaits. Le bloc de pyrihe, appelé' "l'or des fous", structuré d'un réseau cubique formant un gros cylindre, accidenté à l'extérieur, qui apparait complètement lisse à l'intérieur...
Dans la famille des borates, par exemple, appellons l'ulexite: ce matériau blanchâtre, friable et vitreux, a la propriété de permettre une conduction lumineuse exceptionnelle. Duprat l'applique sur des dés, dont la pierre transfère l'image à la surface, comme le ferait une fibre optique, transmettant instantanément leur devenir ectoplastmique. La "pierre télévisuelle" est ainsi qualifiée, de façon plus ésotérique, d' "excellent transmetteur télépathique" pour expériences de télékinésie. Sans les mains, donc : n'est-ce pas ce qui nourrit la curiosité, une faculté typiquement visuelle où il fait mauvais de mettre les doigts (cf. la boîte de Pandore)?
Justement : les discours critiques associent souvent les oeuvres d'Hubert Duprat à cette notion. Pas la boîte de Pandore, mais la curiosité. Ils n'associent pas, cependant, cette faculté, à son incarnation mythologique, exposée d'abord par les Panofsky, puis Laura Mulvey. Celle-ci, dans un texte célèbre, fouille dans la boîte de la féminité de Pandore, dans l'excitation de la curieuse qui est elle-même une énigme, un montage- voire une fabrication selon le mythe. Si elle regarde ce qu'il ne faut pas, alors elle ne peut regarder qu'en elle, devenant synchroniquement support et vecteur de la curiosité. Pour elle, il n'y a pas de curiosité féminine sans l'exercice d'une pensée féministe démontant ce montage.
La curiosité, rappelle d'abord Mulvey, ce n'est pas qu'une énigme visuelle, et d'ailleurs il n'y a pas d'énigme visuelle, le visuel pose qu'il existe quelque chose à déchiffrer, à ouvrir, à décoder. Ce théâtre des matières pose peut-être des questions qui n'en sont pas trop éloignées.
Hubert Duprat jusqu'au 10 mars, Galerie art:concept, http://www.galerieartconcept.com/2012/
Justement : les discours critiques associent souvent les oeuvres d'Hubert Duprat à cette notion. Pas la boîte de Pandore, mais la curiosité. Ils n'associent pas, cependant, cette faculté, à son incarnation mythologique, exposée d'abord par les Panofsky, puis Laura Mulvey. Celle-ci, dans un texte célèbre, fouille dans la boîte de la féminité de Pandore, dans l'excitation de la curieuse qui est elle-même une énigme, un montage- voire une fabrication selon le mythe. Si elle regarde ce qu'il ne faut pas, alors elle ne peut regarder qu'en elle, devenant synchroniquement support et vecteur de la curiosité. Pour elle, il n'y a pas de curiosité féminine sans l'exercice d'une pensée féministe démontant ce montage.
La curiosité, rappelle d'abord Mulvey, ce n'est pas qu'une énigme visuelle, et d'ailleurs il n'y a pas d'énigme visuelle, le visuel pose qu'il existe quelque chose à déchiffrer, à ouvrir, à décoder. Ce théâtre des matières pose peut-être des questions qui n'en sont pas trop éloignées.
Hubert Duprat jusqu'au 10 mars, Galerie art:concept, http://www.galerieartconcept.com/2012/





0 commentaires:
Post a Comment