A l'orée des années 1990, LBV participa les lundis à "les arts et les gens" en compagnie d'Alin Avila et de Valère Bertrand avec lesquels elle s'engueulait grave- Mais tout ça, c'était la faute -plus que sympathique- de Pierre Descargues, qui a représenté à lui seul, pendant un quart de siècle au moins, la critique d'art radiophonique.
Tout en travaillant à la revue "Arts" puis aux Lettres Françaises, ainsi qu'à "Artistes de ce Temps" (la collection qu'il dirigea), il collabora radiophoniquement au "Panorama culturel de la France", participa à la création de "Les après midi de France-Culture". Puis il eut son émission, la susnommée les arts et les gens, qui dura jusqu'en 1997 offrant un espace à la formation de nombre de journaliste culturels. Comme Jean Lebrun, on reconnaissait Pierre Descargues au ton de sa voix, grave et douce, sans éclats forcés ni bon mots obligatoires, contant de façon intime aux auditeurs (sans jamais, d'ailleurs, révéler rien de sa personne). Sa léonine stature, légèrement claudicante les derniers temps, était reconnaissable à ses lunettes relevées sur le front, signe qu'il n'en avait sans doute pas besoin pour parler...
Sur le front des arts, c'était la même intimité publique ; manifestement Descargues, passionné des poètes, adorait l'art vivant de l'école de Paris; c'est à dire les gens qu'il avait rencontré (hommes ou femmes, d'ailleurs, Marie-Hélène Vieira da Silva ou Niki de Saint-Phalle étaient autant des amies que Tinguely, par exemple), ces Jean Arp, Felix Del Marle, Fernand Léger, Giacometti ou Jacobsen, qu'il avait interviewé, dont il avait photographié les ateliers; ces Salons des Réalités Nouvelles, ces Biennales de Paris au sein desquels il semblait toujours se tenir pour raconter ses histoires, souvent datées- mais cette date, cette péremption est peut-être aujourd'hui ce qui transforme ces travaux en documents passionnants pour comprendre le discours, l'idéologie, la réception de l'art- ainsi que ses angles morts, son sexisme ou ses éradications-- dans son jus, son historicité.
D'ailleurs, sur France-Culture, la voix de Pierre Descargues s'entendait aussi dans une émission de "services"inoubliables dans l'histoire de la radio: celles du troc de cassettes audio, enregistrées par l'un ou l'une des auditeurs/trices et mis à la disposition des autres, dans un échange permanent et amateur d'exercices d'admiration. C'est à cela, évidemment, qu'on reconnait que la radio a complètement changé et que, bien que soi-disant "ouverte" aux auditeurs, elle est devenue le lieu où la parole n'est plus du côté des gens.
PS: merci à l'anonyme qui a corrigé les erreurs de dates et de noms.


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