Wednesday, June 29, 2011

Marseille 2013- L'hallu....

http://www.marsactu.fr/2011/06/17/lopa-de-gaudin-sur-marseille-2013/
Pour ne pas oublier ce qui se passe dans la métropole du sud, il faut lire l'hallucinant article racontant comment, à l'initiative de Renaud Muselier, Gaudin a créé deux (!)« fonds de dotation » concurrents de l'association MP 2013 (Marseille pour 2013, dirigé par Jean-François Chougnet après la démission de Latarget ); c'est à dire : l'équivalent de deux fondations, permettant à une collectivité locale de récupérer des dons de la part de particulier ou d’entreprises, en échange d’avantages fiscaux importants.
"Le premier, Marseille Art 2013-2020, a pour objet » l’acquisition d’œuvres d’art contemporain » et le second Marseille Patrimoine 2013-2020, est destiné à » la rénovation du patrimoine architectural marseillais". Il s’agit en réalité de monter 2 structures directement concurrentes de l’association MP 2013, comme c’est écrit noir sur blanc dans la délibération du conseil municipal qui a officialisé cette création." (...) " Pas de souci non plus à prévoir sur la gouvernance, puisque le conseil d’administration des 2 fonds de dotation est 100% Gaudin."

Tuesday, June 28, 2011

A Paris, les femmes restent dans la rue

Le 30 juin 2011, le Samu social ferme son seul centre d'hébergement d'urgence parisien accueillant des femmes dans les locaux très vétustes du Centre Yves Garrel. Ceux-là sont condamnés. Si un bâtiment provisoire a été trouvé pour accueillir les hommes, l'État, qui a décidé d'amputer le budget alloué au Samu social, refuse de financer un centre pour les femmes. A partir du 1er juillet, les femmes resteront donc dans la rue. Le CNDF, la Maison des femmes de Paris, la Coordination Lesbienne en France, Le Planning Familial, la Marche Mondiale des Femmes, les Locs, Lesbiennes Bulldozer, la Ligue des Femmes Iraniennes pour la Démocratie…et Fatima Lalem, adjointe au Maire de Paris chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, appellent mercredi 29 juin à 18h30 à un rassemblement devant le centre, 66 bd Richard Lenoir.

Planer avec les sels de bain

Excellente chronique dans le Guardian (décidément!) décrivant l'incapacité et l'inadéquation des plans contre les drogues aux USA (et ailleurs), par le combat présent qu'y livrent certains états pour y prohiber... les sels de bains, apparemment la source d'un engouement non dissimulé pour les effets planants qu'ils procurent sous le nom de Mephedrone (pourtant préalablement connue pour provenir d'engrais à orchidées). L'auteur appelle à plus de circonspection quant à une politique prohibitionniste.
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/cifamerica/2011/jun/27/drugs-bath-salts-mephedrone

Saturday, June 25, 2011

LGBTQQ..

Jacqueline Cabrera and Gabriele Harmond, photo NYTimes

Juste avant la LGBTQQ pride, le mariage gay est devenu légal.

C'est à New York, pas à Paris.


L'Etat de New York rejoint ainsi les Etats du Connecticut, de l'Iowa, du Massachusetts, du New Hampshire, du Vermont et Washington DC. Les noces sont supposées débuter 30 jours après la signature du texte de loi, déposé et signé par le gouverneur Cuomo, vendredi dernier.
Célébration au Stonewall Inn, ci-dessous
http://video.nytimes.com/video/2011/06/25/nyregion/100000000881489/celebration-at-the-stonewall-inn.html




Friday, June 24, 2011

Coupes budgétaires (Pays-Bas) : la carte des dommages.

La "cartes des dommages" listant ce que les coupes budgétaires vont changer : http://www.schadekaart.nl/?lang=en

S'il y a un pays où ont fleuri les écoles ou instituts d'art post-diplôme, après lesquels court l'Europe entière et au-delà, ce sont bien les Pays-Bas: ainsi par exemple, la Rijksadakemie d'Amsterdam, les Ateliers (également à Amsterdam) ou la Jan Van Eyck de Maastricht, comme le Piet Zwart Institut de Rotterdam.
Mais celles parmi ces institutions qui reçoivent des fonds publics ont du mouron à se faire. Le 10 juin dernier, dans son programme intitulé Meer dan kwaliteit (Plus que la qualité), Halbe Zijlstra, Secrétaire d'Etat à la culture, propose un arrêt total des subventions publiques aux institutions de ce genre à partir de 2016.
Dans la période précédente, entre 2013-2016 une réduction drastique de 118 à 50 places pour des résidences et des bourses serait décidée, avec les 50 places restantes à se partager entre les trois premières institutions sus-citées.
Une déclaration de la Jan Van Eyck prévoit des réductions drastiques dans le budget, dès maintenant.
Et demande, d'urgence, des contributions sur son weblog, à propos des programmes, séminaires, sessions, ateliers de cet institut qui partage son offre entre théoriciens/nes, artistes et designers/ses. Voila l'adresse : janvaneyck-adefendablespace.tumblr.com.

La Rijksacademie, ouvre à son tour une pétition:
Créée en 1870, chargée des collections d'état, productrice d'un programme de résidences, elle a vu notamment passer dans ses murs George Breitner, Piet Mondriaan, Karel Appel et, plus récemment, Michael Raedecker, Folkert de Jong, Fiona Tan, Meshac Gaba ou Yael Bartana.

Par ailleurs le The New York Times a publié jeudi 23 juin le manifeste : "Do not enter the Netherlands - Cultural meltdown in progress
". Un quart de page a été acheté par une centaine d'artistes néerlandais protestant contre les coupes budgétaires de 200 millions d'Euros dans le secteur culturel, en particulier les domaines des arts vivants et du théâtre. Des manifestations ont lieu lundi 27 juin devant le parlement de La Haye, lorsque ces coupes sont débattues en séance.

le groupe If I can't Dance invite, par cette image d'Emma Goldman haranguant les foules à Union Square (1911), à manifester contre les coupes budgétaires le lundi 27 juin à La Haye
.....
Pendant ce temps, la foire de Bâle annonce que le volume des transactions a rattrapé celui d'avant la crise, en 2008.

Thursday, June 23, 2011

Ai Weiwei libéré sous caution.

L'artiste chinois Ai Weiwei a été libéré sous caution mercredi 22 Juin. Il semblerait que le Parti communiste chinois, qui célèbre son 90è anniversaire le 1er juillet, a coutume de relâcher des dissidents en ce genre d'occasion. Mais l'artiste reste accusé de "crimes économiques" et d'évasion fiscale. Anish Kapoor, puis Daniel Buren avaient annulé leurs expositions en Chine en geste de protestation contre  l'arrestation et la détention d'Ai Weiwei.

Wednesday, June 22, 2011

Et hop (2) une directrice et un poste de plus "supprimé" à la Culture....

CB et MM ont fait suivre la nouvelle. 
Judith Quentel, l'actuelle directrice du Centre d'art contemporain de Chamarande s'est fait débarquer et son poste avec. 
"En s'appuyant sur des motifs administratifs mensongers, en reprochant "une certaine esthétique", en prenant en otage "les publics prioritaires" le Conseil Général efface d'un revers de manche 10 ans d'inscription de la création contemporaine sur un territoire, travail entamé par Dominique Marchès." signalent les auteurs de la pétition, Sammy Engramer et Jérôme Diacre. 
http://www.mesopinions.com/Domaine-departemental-de-Chamarande---soutien-a-Judith-Quentel-petition-petitions-1493d5b8befa420cdbe4374aa55ec1a9.html










Tuesday, June 21, 2011

Séminaire avec Oussama Mohammad, cinéaste syrien, le 22 juin.

ECOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Cespra)
FONDATION MAISON DES SCIENCES DE L’HOMME
SOMETHING YOU SHOULD KNOW:  ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI

Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Natasa Petresin-Bachelez

Mercredi 22 juin à 19h:

OUSSAMA MOHAMMAD

De 19H à 21H, EHESS, Salle Lombard, 96 Boulevard Raspail, 75006 Paris
(métro St Placide ou Notre-Dame des Champs)

Oussama Mohammad est né en 1954, à Lattakieh en Syrie. Après avoir passé son baccalauréat, il entre à l'Institut des Hautes Etudes Cinématographiques de Moscou, dont il sort diplômé six ans après. A son retour d'URSS, où il a réalisé un documentaire  Khutwa Khutwa (Pas à Pas, 1978),  il fait son service militaire pendant deux ans et demi. Il réalise un documentaire court, Al-Yaom Koll Yaom (Aujourd’hui et chaque jour, 1980). Puis il travaille comme assistant-réalisateur sur plusieurs longs métrages syriens, dont Les Rêves de la ville de Mohammad Malas (1983).
Etoiles de jour (1988) est son premier long-métrage. Ce film a été considéré comme l’une des critiques les plus virulentes de la société Syrienne contemporaine sous le régime Baas, une charge contre l’ordre patriarcal : il n’a jamais pu être montré en Syrie. Même s’il n’a pas été officiellement censuré, et a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateur de Cannes 1988, ce film a été confisqué en Syrie et reste sous le coup d’une détérioration impitoyable.
En 1992, il a co-écrit le scénario de La Nuit avec Mohammad Malas et co-réalisé, avec Omar Amiralay et Mohammad Malas le documentaire collectif Ombre et Lumière (Nouron wa Zila, 1994). Oussama Mohaamad n’a pas pu réaliser son second long-métrage avant 2002 : Sacrifices (Sondouk Aldounia) est conçu comme un hommage au film de Tarkovski (Le Sacrifice), Il a été à nouveau sélectionné, cette fois pour  Un Certain Regard au Festival de Cannes 2002.


http://english.ahram.org.eg/~/NewsContent/5/32/12050/Arts--Culture/Film/Syrian-filmmaker-speaks-out-at-Cannes-Festival-.aspx

http://www.arteeast.org/pages/cinema/series/ce-spring-04/180/

Born in Lattakiya in 1954, Oussama Mohammad graduated from the Russian State Institute of Cinematography (VGIK) in 1979. There, he directed a short documentary, titled Khutwa Khutwa (Step by Step, 1978). He returned to Syria and directed a short documentary for the General Organization for Cinema titled Al-Yaom Koll Yaom (Today Everyday, 1980). He worked as assistant director to Mohammad Malas on Ahlam al-Madina (Dreams of the City, 1983) and directed his first fiction feature Nujum al-Nahar(Stars in Broad Daylight) in 1988. Deemed
by many to be the most scathing critique of contemporary Syrian society trapped in the iron grip of the Baath regime, the film has never been allowed a public screening in Syria. Although not officially banned, the film has been shelved by diktat, and sits in storage under threat of irremediable physical deterioration. The film was selected at the Cannes Film Festival's Quinzaine des Réalisateurs, and earned the filmmaker great critical praise, including the Golden Olive at the Valencia Festival in the same year. In 1992, he co-authored the script for al-Leyl (The Night, 1992) with Mohammad Malas and co-directed with Omar Amiralay and Malas the documentaries Shadows and Light(1991) and Fateh Moudaress (1994). He was unable to make his second feature until 2002. Sunduq al-Dunya (Sacrifices, 2002) was meant as an hommage to Andreï Tarkovsky's The Sacrifice, the exiled Soviet master's last film, andn was selected for the Cannes Film Festival's section Un Certain Regard in 2002.
Complex and visually stunning, the film has confirmed its maker as one of the Soviet film school's graduates most individual and masterful filmmakers.

Something you should know
Quelques mercredis par mois, de 19H à 21H,
À LA FMSH, 16 – 18 RUE SUGER, 75006
(métro Odéon ou Saint – Michel)
entrée libre dans la limite des places disponibles.
Programmation et prochains rendez-vous par abonnement à la newsletter
somethingyoushouldknow-request@ehess.fr
EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr
Cespra, 105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38

Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui"
est soutenu par la fondation FABA.

Monday, June 20, 2011

L'effet "Ab Ex" roulé sous les aisselles du "camp".



Click to enlarge
Leidy Churchman,Painting Treatments, 2010, still from a two-channel color video, citée par Amy Sillmann dans son article.
C'est un bien intéressant numéro que le magazine (Summer 2011) Artforum vient de faire paraître, presque entièrement consacré à l'"Ab-Ex" et par là, on n'entend pas les futurs conglomérats de recherche universitaire, mais les muscles gonflés ou dégonflés, la génération ou la dégenerescence, c'est selon, d'un mouvement pictural new yorkais fort bien porté entre 1950 et... 1990 au moins: l'Expressionnisme Abstrait. Ce genre de numéro presque "spécial" de la revue américaine permettrait, selon ce qu'on nous a rapporté de sa très jeune rédactrice en chef Michelle Kuo, d'entendre parler d'effets secondaires, de "pistes granulaires de matériaux, processus, dynamiques sociales et mediatiques" (c'est elle qui l'écrit), rapportées par un concert de voix, provenant des artistes, outre la course de fond en solitaire de l'auteur(e) d'un article. Certes les coureurs et coureuses de fond sont là mais ce sont, probablement, les textes d'Amy Sillman et celui de Richard Prince (comme repoussoir) qui font mieux réfléchir. 
Liquidons en vitesse le texte de Prince, débile, copieusement ponctué de parenthèses et de points de suspension (ça sent l'email), qui le voit supposément préoccupé par les artistes femmes, mélangeant allègrement Lee Krasner et Romaine Brooks, Djuna Barnes et Elaine de Kooning, o yeah,  pour raconter avec qui elles couchaient. 

Au contraire, la Barbra Streisand/Funny Girl, l'amie Amy Sillman manipule le paradoxe avec la forfanterie jouisseuse et jouissive, qui lui est habituelle. Elle in(ter)vertit la ligne conventionnelle d'un Expressionnisme Abstrait vu comme"chassis machiste et mysogyne"- pour faire de Krasner ou Joan Mitchell des "femmes faux-mecs arborant leur bâton comme des cow-boys" et de Pollock ou De Kooning des femmes phalliques dans leur pratique; bref,  elle redistribue les rôles de la butch et de la femme tout en jouant à fond la carte d'un Expressionnisme Abstrait roulé sous les aisselles du camp et de la passion LGBTQQ (... le dernier Q pour "questionning"), tout en prônant la liquidité chaude et enthousiaste d'une peinture montée à cru, nue, bareback en quelque sorte. 
http://www.artforum.com/inprint/issue=201106&id=28354 


On citera ici longuement la fin de son article 
"Things have changed, but I still hear AbEx characterized fairly regularly as just a bunch of macho gestures, now collapsed and out of use. It reminds me of an occasion about a decade ago, when I went to give a talk somewhere in America at a university art department that was populated by self-described “content-driven” students and faculty. “Content-driven” was how you said it back then—meaning, “We work with politics and abhor the (supposed) emptiness of formalism.” So I naturally insisted extra hard on the form in my work, taking a certain perverse pleasure in describing myself as a kind of formalist. This didn’t go over too well with the crowd, who became audibly disgruntled. Afterward, though, some bearded guys came up to say how much they loved the talk, and when they walked away, I found out that they were transgendered men. It was funny for me to realize that the people who loved my formalist rap the most were the guys who had gone the furthest in their own personal lives to make specific changes to their own forms. We were both committed to an idea of the inseparability of form and content, and we were working with their interactions, their malleability; if you could change one side, you could change the other. This made for a funny alliance—funny ha-ha and funny peculiar."


Dans le même numéro d'Artforum, un implacable article de Carol Armstrong, prof féministe d'histoire de l'art à Yale, sur Cézanne ou plutôt sur les propos pénibles d'un autre célèbre historien d'art, celui là en fin de carrière -- il s'agit de T.J. Clark--qui aurait déclaré la péremption de tout discours possible sur cet artiste en fermant lui-même le chapitre. Revenir sur Cézanne, donc, serait une tâche achevée, ce contre quoi s'érige Carol Armstrong entraînant le magazine entier sur ses traces... 

Loin de Rueil : la fermeture de l'école d'art

Après plus de 10 ans d’activités, l’École supérieure d’art de Rueil-Malmaison n’accueillera plus d’étudiants à la rentrée scolaire prochaine. Pour des raisons essentiellement budgétaires propres à la municipalité, elle ferme définitivement ses portes fin juin, à l’issue des diplômes 2011 et d'un baroud d'honneur, l'exposition Mémorable, qui regroupe le travail de jeunes artistes issus de ses murs
Une école d'art de moins, une équipe d'enseignants et d'administratifs en moins, est-ce bien raisonnable en Ile de France? Et ce, alors qu'on n'a toujours pas de nouvelles de la future école supérieure d'art  d’Issy-les-Moulineaux -- et que Jean Nouvel annonce dans son plan de réaménagement de l'Ile Seguin, un "pôle arts plastiques" avec la probable installation de la Fondation Cartier ? 

Tuesday, June 14, 2011

Et hop, un directeur et un poste de plus "supprimé" à la Culture


Le poste de directeur du centre d’art de la Villa Arson, occupé par Éric Mangion (en charge de sa programmation et de sa gestion depuis 6 ans) sera supprimé en octobre, apprend-on. Cela coupe l'école d'art de Nice du centre d'art autonome, auquel elle était accouplée, dans un seul établissement à la configuration originale ET pédagogique, expérimentée par Christian Bernard qui en fut à l'origine. On se souvient, d'ailleurs, que c'est là que se forma une génération d'artistes (après la célèbre Ecole de Nice, la bien nommée, dans les années 1950); et que c'est là, également, que se formèrent de nouvelles pratiques d'exposition ("Le désenchantement du monde",  "Le principe de réalité", et la suite...). L'une entraînant peut-être l'autre? En tout cas, c'est resté la volonté du centre d'art de Nice pendant les 6 ans d'exercice d'Eric Mangion, responsable respecté (cf. son exposition Bernard Heidsieck), en partenariat avec l'école d'art, ses enseignants, ses étudiants. Le voilà qui ouvre ainsi cet été  une exposition-bilan à propos de la performance sur la Côte d'Azur, et qui va sonner amèrement, puisque cela sera probablement sa dernière.  


Voilà une autre de ces décisions extravagantes pensées par nos édiles culturels, qui, en l'occurrence, enlèvent non seulement une personne mais également désarticulent la chaise sur laquelle ce responsable était assis. Et qui torpillent un programme, des manifestations prévues plusieurs années à l'avance...
Comme si les expositions, la stratégie, le maillage d'un centre d'art se préparait au jour le jour: il semblerait qu'entre le "blockbuster" parisien et l'espace alternatif, le Ministère de la Culture avait décidé de faire le désert. L'absence de transparence dans les nominations qui, dans n'importe quel autre pays, font l'objet d'un concours, et appellent un jury international, est ici à l'exemple d'une république bananière.


Une pétition circule ainsi qu'une lettre ouverte de Jean-Yves Jouannais (cf+ bas) qui tacle de main de maître la faillite des nominations récentes par le Ministre (Py en Avignon remplaçant grossièrement le duo actuel, etc. Et enfin, une lettre d'Eric Duyckaerts enseignant et coordonateur à l'école d'art de la Villa Arson. 


1) Pétition

2) lettre d''Eric Duyckaerts:
Nous apprenons avec étonnement la volonté du Ministère de la Culture et de la Communication de ne pas renouveler le contrat d'Éric Mangion sous prétexte d'une évolution vers un contrat de type CDI. En contre partie, il lui est proposé un abandon de son statut de directeur du centre d'art au profit d'une mission de programmation qui nous semble incertaine sur son rôle à jouer dans les années à venir.
Nous sommes d'autant plus étonnés que cette volonté fait suite à des bruits qui circulent depuis plusieurs mois sur un rapport d'inspection bien mystérieux qui, paraît-il, suggère entre autres choses la suppression des fonctions de direction du centre d'art. Nous n'avons pas eu entre les mains ce rapport alors que nous sommes tous concernés par la politique de l'établissement : école, centre d'art, résidences et médiathèque.
Par ailleurs, la suppression spectaculaire d'une partie du budget du centre d'art, comme le non dégel de ses crédits conforte cette volonté d'isolement qui voit la programmation artistique de l'année en cours s'arrêter dès le 30 octobre prochain.
Nous souhaitons aujourd'hui exprimer par ce courrier la crainte de voir disparaître ce poste de direction du centre d'art. Il en va à nos yeux de l'avenir même du centre d'art comme entité forte et symbolique de la Villa Arson. Et ce d'autant plus qu'Éric Mangion a fait preuve depuis son arrivée, il y a bientôt six ans, d'une véritable politique de collaboration avec l'école et l'ensemble de l'établissement. Ses qualités de dialogue et d'échange sont reconnues. Il a initié ou contribué à des projets de recherche, mis en place avec des enseignants des programmes de rencontres, et surtout construit une programmation éclectique ouverte au débat et à l'analyse. Cela n'a pas empêché le centre d'art de connaître une hausse spectaculaire de sa fréquentation, de mener une stratégie d'ouverture à l'international avec des artistes d'horizons divers et jusque là peu connus, de rencontrer un succès critique rare en France et de mener une politique de publication enfin ouverte à de vrais éditeurs/diffuseurs. Il a su également créer des liens entre artistes de différentes générations, tout en aidant de nombreux anciens étudiants à trouver leur première exposition en sortant de la Villa Arson. Enfin, co-fondateur du réseau Botox(s), premier regroupement de structures locales liées à la création contemporaine, il a initié la manifestation « L'art contemporain et la Côte d'Azur ». 
Pour toutes ces raisons nous avons du mal à comprendre le sens de cette mise à l'écart. Nous voulons juste croire qu'il s'agit d'un malentendu qu'il est temps de dissiper. Nous pensons également que les missions de direction d'un centre d'art ne sont pas incompatibles avec celles de la direction générale de l'établissement. Sous l'autorité de cette dernière, elles se doivent d'être complémentaires dans la perspective d'un projet d'établissement réunissant toutes nos forces vives.
Nous attendons des réponses fermes et précises quant à notre inquiétude. Nous ne souhaitons pas que l'avenir d'Éric Mangion comme celui du centre d'art dépendent de jugements simplement administratifs ou, pire encore, de décisions infondées quant à la réalité de nos ambitions et de nos activités.


3) Lettre de Jean-Yves Jouannais : Les chaises musicales comme science



La décision a donc été prise en haut lieu de supprimer le poste de directeur du centre d’art de la Villa Arson, occupé par Éric Mangion depuis six ans. Cette décision, nécessairement, a bien dû être prise par des « gens ». Ces gens, au ministère, j’adorerais qu’ils aient un nom, qu’ils aient par ailleurs le magnifique courage de s’expliquer publiquement sur l’étrange jeu auquel ils jouent seuls, qu’ils nous expliquent les règles de leur passe-temps.


Ceux qui ont la mémoire longue, fidèle, ou simplement honnête, ceux qui ont connu Christian Bernard à l’œuvre dans ce même lieu, auront retenu les principes de ce qu’il nommait lui-même une « auberge espagnole ». Ces principes qui misaient sur l’efficacité pédagogique de la rencontre et du dialogue, de la fête et de la convivialité, les premiers artistes que j’ai eu la chance de rencontrer, issus de cette école, en témoignent encore aujourd’hui. De Philippe Ramette à Philippe Mayaux, de Jean-Luc Verna à Jean-Baptiste Ganne… Tous sont à même de rendre compte de cet enseignement anti magistral en marge et en complément de l’école.



Si ce lieu a une renommée exceptionnelle, si son histoire s’apparente à un miracle français, c’est en partie parce qu’une certaine idée de la pédagogie y a été expérimentée, vécue, avec le plus grand succès. Eric Mangion n’a aucunement trahi cette philosophie, faisant en sorte que la mécanique de la transmission cesse d’être un effort et se mue en flux naturel. Le principe en serait un dispositif d’aimantation et de séduction entre les différentes générations. C’est aujourd’hui le cas avec la magnifique exposition monographique consacrée à Bernard Heidsieck dialoguant avec l’installation du collectif de L’Encyclopédie de la parole. Comme ce fut le cas avec les expositions de l’été 2008, À la bonne heure ! de Jean Dupuy et Mais qu’est-il arrivé à cette musique ? d’Arnaud Maguet.
Cette tradition d’ouverture, de frottement, d’énergie et de sympathie, Eric Mangion a su l’adosser à une exigence et une rigueur professionnelles qui lui ont valu d’être appelé, parallèlement, à d’autres prestigieuses directions artistiques (Printemps de septembre à Toulouse, exposition Gérard Gasiorowski au Carré d’art de Nîmes…).
L’on saisit bien que tout ce que j’avance là doit paradoxalement s’apparenter à des qualités à charge, des vertus disqualifiantes au regard de nos inspecteurs. Comment ces méthodes, ces pratiques qui gouvernent la vie seule et seulement la vie, la beauté des rencontres et l’effusion des intelligences pourraient être prises en compte dans leurs audits et dossiers d’expertise ?

Décidemment, j’adorerais rencontrer ces personnes, qu’elles soient amenées à divulguer les critères qu’elles ont forgés, les fantasmes de compétitivité et de rentabilité qui les motivent tandis que le chantier de transformer les écoles d’art en sous écoles de commerce leur est échu.

L’on constate par ailleurs la multiplication des nominations fautives et hasardeuses à la tête des institutions culturelles. Tel poste attribué simultanément à deux postulants. Telle direction dépendant d’une décision locale, imposée contre toute attente et toute logique démocratique par le ministre de la Culture lui-même, comme ce fut le cas de la nomination de Macha Makéïeff à la tête du théâtre La criée à Marseille. Comme ce fut le cas avec le scandaleux parachutage d’Olivier Py à la tête du Festival d’Avignon. Coup de force gouvernemental court-circuitant les collectivités locales financeurs du Festival. Coup de force absurde et grossier, irrespectueux du travail restant à accomplir par les deux directeurs actuels, Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui venaient d’être reconduits pour deux années.

Que le jeu pénible et honteux des chaises musicales ait toujours constitué une part des attributions de nos décideurs ministériels est une chose avérée. Mais il semblerait aujourd’hui que cette pratique paresseuse soit devenue le seul objet de leur fonction. Une sorte de hobby, pratique véritablement amateur, dénué de règles, où l’effort consiste simplement à tenter de masquer son propre caractère aléatoire. N’importe qui n’importe où de préférence !
Oui, vraiment, j’aimerais que nos décideurs puissent rendre compte de leurs oukases d’enfants gâtés et pleins d’ennui. Oh, oui, qu’ils nous révèlent les brillants fondements de leur passe-temps. Qu’ils nous livrent la source de leur science. Hormis, peut-être, dans les édifiants numéros de Beaux-Arts magazine consacrés aux classements des meilleures écoles des beaux-arts, aux best of d’artistes à la mode, aux calibrages des œuvres qui font tendance, nul ne sait dans quels mystérieux textes ils ont su puiser les prolégomènes de leur science. D’où la première certitude, la seule assurément, se faisant  jour dans ce conte sordide ; ce sont toujours les moins bons connaisseurs de l’art qui se prévalent de définitions parmi les plus tranchées de ce que doit être l’art, et par là même un centre d’art.

Jean-Yves Jouannais

Les figures et les fictions font les faits de la photographie Sud-africaine.



De haut en bas : Zwelethu Mthethwa, Untitled, from The Brave Ones, 2010; Santu Mofokeng, Rister Mkansi in family kitchen, from Child Headed Households, 2007 ; Pieter Hugo, Abdullahi Mohamed with Mainasara, Lagos, 2005, from The Hyena and Other Men, 2007 Zanele Muholi, Tumi Mkhuma, Yeoville, Johannesburg, from Faces and Phases, 2007; David Goldblatt, Peter Mogale's advert... from Tradesmen, 2007; Terry Kurgan, Santos Cossa, from the Park Pictures,  2004 ; Sabelo Mlangeni, Palisa, et Madlisa, from the Country Girls, 2009; Jo Ratcliffe, Woman on the Foothpaths from Boa Vista to Roque Santeiro Market, from Terreno Occupado, 2007; Zanele Muholi, Martin Machapa from the Beulahs, 2006.

Une (sainte) famille? Assis sur une banquette de voiture défoncée, un couple blanc et buriné tient sur ses genoux un petit enfant noir. Leur relation forme comme un contact, un toucher triangulaire, figurée notamment par la relation de proximité entre une des mains, manucurée, de la femme et le tendre peton de l’enfant. Torse nu, l’homme entoure la femme de ses bras et tient son autre main sur un genou, bandé sur une jambe artificielle. Quatre yeux bleus et deux yeux noirs vous fixent. L’image presque biblique de la « réconciliation » se double cependant d’un lien avec une « vérité » sociale : Pieter Hugo, le photographe, raconte que ce couple abîmé par la vie et l’âge est locataire et gardienne de la famille du petit enfant noir. Les rapports de propriété et d’expropriation se croisent ainsi dans un portrait familial, qui semble si pacifié.
C’est ainsi que s’ouvre la magnifique exposition qu’a organisée Tamar Garb, professeure d’histoire de l’art à UCL London, originaire d’Afrique du Sud, XIXèiste et féministe patentée, au Victoria and Albert Museum. Elle a pour titre « Figures and Fictions ». Elle présente, par ensembles d’images (regardez la légende: que des séries) , la production photographique récente (mixant d’ailleurs analogique et digital) d’un pays postcolonial,  pour le moins conscient de l’histoire, des conventions, du vocabulaires de ce medium. Remontant loin dans le XIXè siècle, la tradition photographique en Afrique du Sud a surtout eu pour vocation de représenter et cette tradition a été portée par des usages anthropologiques (+racistes, lors de l’Apartheid entre 1948 et 1994), en même temps qu'un vaste (contre-)courant documentaire ou, au contraire par un effort d'individualisation, rayant le disque stigmatisant du prototype dans le portrait-- à la fois, de celui ou celle qui est représenté et de celui ou celle qui représente. L’exposition propose ainsi d’examiner des images informées de cette histoire et de ses effets.
Mais l’exposition est également informée par le point de vue féministe de l’historienne de l’art, qui n’a pas choisi n’importe quelles images. Celles-ci produisent ainsi en fil rouge, une réflexion sur les genres et les sexualités, dans un pays où la question raciale s’ombre toujours d’une question sexuelle—et où l’homophobie, notamment en ce moment à l’égard des lesbiennes et/ou footballeuses, connaît aujourd’hui des regains de virulence e(n particulier avec les horribles"viols correctifs")
Ainsi, en position proéminente, « claquent » les portraits de Zanele Muholi. En noir et blanc, emplissant le format de l'image, surgissent la force et la détermination des lesbiennes qu’elle portraiture (Faces and Phases). Chacune occupe l’image avec une même puissance affirmative, quelle que soit l’image d’elle même qu’elle a choisi de donner. Chacune regarde vers nous et nous toise. Serons nous à la hauteur ? 
Le travail photographique, proche par sa dignité des portraits de Catherine Opie,  rejoint ici l’activisme de Zanele Muholi au sein d’une communauté LGBT souvent traumatisée par les viols et les brimades systématiques : en couleurs stridentes, sa série des  beulahs,  jolis garçons efféminés à demi nus mais en costumes traditionnels de perles ou en chemise bariolée nouée bien au dessus du ventre, un grand chapeau coquettement posé (celui là  fait d’ailleurs l’affiche de l’expo) emprunte alors un autre style d’images camp.
Tamar Garb a intimé à l’exposition de la féminité et de la masculinité d’extraordinaires torsions : ainsi la figure du garçon en jupe hante-t-elle le parcours. Qu’il s’agisse de cet ambigu dresseur de Hyènes et Autres Hommes,  l’un de ces vendeurs d’herbes médicinales et montreur d’animaux, qui s’inscrit dans le no man’s land terreux d’un espace sous une bretelle d’autoroutes (Pieter Hugo) ; ou qu’il s’agisse de ces jeunes garçons de la communauté religieuse catholique des Shembe, posant, de façon assez aguicheuse (main sur la hanche ou bras levé), dans le paysage « arcadien » de  Kwa Zulu Natal pour le photographe Zwelethu Mthethwa. Ils sont vêtus de chaussettes de foot, de chemisettes et jupettes dérivées du kilt. La pose contredit ainsi le caractère de haute virilité accordé ici à  la jupe, bousculant doublement les normes genrées associées à cet élément vestimentaire, passant du féminin au masculin et retour !
C’est d’ailleurs la masculinité qu’interrogent partout les photographes, qu’il s’agisse des autoportraits « en roi nègre », de Kudsanai Chiurai, montrant à l’œuvre les effets du consumérisme sur la présentation de soi, ou de la démultiplication figurale des frères Hasan et Husain Esop. seuls à l’image, performant ensemble toutes les étapes de l’Aïd al-Adha. Répétés, multipliés, ces personnages identiques (ils sont jumeaux) signalent ainsi l’interdiction de la représentation humaine dans la tradition islamique, en composant de leur fratrie, la seule communauté autorisée à la visibilité.
D’autres hommes entre eux, cette fois dans un peau à peau tendre et solitaire, captés dans le relâchement de l’intimité d’un foyer délabré pour homme seuls : l’un d’entre eux par exemple, qui disparaît sous le drap, est muni d’un lien unique : le fil d’un téléphone portable. Sabelo Mlangeni les accompagne des images des « Country Girls ». Travestis ou transgenre, établis dans ce qui semble des fermes arides, se montrent, telle Baby Doll, sous leurs atours quotidiens, en robe et talons aiguilles. 
Les corps dénudés -n’étaient-ce leurs sous vêtements-- de femme hors normes de la mode, ni blanches, ni maigres, ni jeunes, leur répondent (Jodi Bieber). Ceux, relâchés, vulnérables, d’une foule de réfugiés du Zimbabwe dormant dans une église, indiquent de façon insistante que la seule intimité qui leur reste consiste à protéger la région la plus vulnérable, celle de leur sexe (David Goldblatt).  Chez Santu Mofokeng (cf blog précédent), l’essai photographique des « Child-Headed Households » reformule la quête de Barthes--trouver par la photographie celui ou celle qui n’est plus—en cherchant à signifier ce que la mort, le sida a fait en Afrique du Sud, recomposant des familles d’enfants sans parents et "l'invention du quotidien" qui en découle. Silence=mort/Action=vie : un travail de transmutation qui passe par une reformulation photographique du visible et de l’invisible.
C’est d’ailleurs à cela que s’attachent également nombre d’autres projets dans l’exposition, rendant visible son propos invisible : la photographie comme production. Annonciateur, David Goldblatt photographie l’annonce d’un homme vendant ses services, un peintre en bâtiment qu’il emploie et dont il montre le travail sur sa propre maison. Terry Kurgan est allée dans le Joubert Park de Johannesburg, célèbre pour la multitude de ses photographes de rue, et les a chacun retrouvés et portraiturés, déclinant leur identité alors qu'elle montre également sa collection d'images anonymes, de gens qui n'ont pas réclamé leur portrait.
Mais bien sûr, la photographie, en tant qu'elle est toujours l'effet d'un cadrage, a quelque partie liée avec la production de frontières. Celles de la prison (David Goldblatt); celles que l'Apartheid ont laissées (Pieter Hugo, Guy Tillim, Guy Subotzky) ; celles qui officiaient sous l'Apartheid, celles qui envoyaient les conscrits blancs à la guerre du côté de l'Angola ou de la Namibie (Jo Radcliffe); toutes les frontières, extérieures, intérieures, sur ou sous la peau (Van Wyk, Berni Searle). Mais ce que l'exposition montre d'abord, à travers ce thème insistant du portrait dans tous les genres, c'est que la photographie est une production, au moins, à deux. 


PS: Jusqu'au 17 juillet au Victoria and Albert Museum de Londres
En bonus,  beaucoup d'interviews des artistes sur le "canal V&A": http://www.vam.ac.uk/channel/    et aussi sur : http://www.vam.ac.uk/content/exhibitions/figures-fictions/photographers/
A regarder également, l'interview de Tamar Garb.

Saturday, June 11, 2011

Les archives Szeemann au Getty, les collections (et archives) de Seth Siegelaub et des Daled au MoMA

Après ses ouvertures à l'Amérique Latine, le MoMA repart à l'abordage des collections de cet art qu'on appelait "international", celui d'une avant-garde conceptuelle et minimale représentant le "canon" occidental (et par ailleurs, composée presque exclusivement d'artistes hommes). Il a fait cette semaine deux annonces stupéfiantes. D'abord, l'acquisition des collections de Seth Siegelaub, le charismatique commissaire dématérialisé, auteur d'un des plus célèbres contrats d'artistes, mais surtout éditeur et le plus pointu des historiographes actuels de l'art textile, aujourd'hui basé à Amsterdam: celui-ci "assista" l'art conceptuel à ses débuts. Sa collection comprend notamment des travaux de Vito Acconci, Robert Barry, Douglas Huebler, On Kawara, Joseph Kosuth, Robert Smithson, Lawrence Weiner... Siegelaub a donné : Carrier Wave (FM), une pièce sonore de 1968 par Robert Barry; une Duration Piece n°6 (1969) de Douglas Huebler; l'entrée "Définitio" du Art as Idea as Idea de Joseph Kosuth (1966-1968), et une pièce de 1968 de Lawrence Weiner; le reste de la collection étant acquis par le musée.
Mais ce n'est pas tout : le MoMA a également reçu (partage : don/acquisition) 223 œuvres historiques (1966-78), dont 62 de Marcel Broodthaers, de la collection bruxelloise d'Herman et Nicole Daled-Verstraeten. Cette collection (comprenant des travaux de Buren, Graham, LeWitt, Toroni, et aussi d'Acconci, James Lee Byars, On Kawara...) n'avait jamais été montrée publiquement avant l'exposition organisée par Chris Dercon au Haus der Kunst de Munich l'an dernier. L'idée du MoMA est d'avoir trouvé le montage financier pour garder cette collection dans sa totalité.
Autre nouvelle : Le Getty Research Institute a annoncé la semaine dernière (une semaine avant l'anniversaire d'HSz, né le 11 juin comme LBV) avoir acquis les archives (plus de 1000 boîtes), correspondance, livres (28000 volumes environ) et documents d'Harald Szeemann, le premier des commissaires de l'âge contemporain des expositions. Thomas Gaethgens a annoncé que les archives arriveront à LA en septembre et que les conservateurs mettront environ quatre ans à les rendres prêtes à la consultation.
Encore à propos d'archives, le MoMA, à son tour, annonce que Seth Siegelaub et la Fondation Stichting Egress Foundation ont donné au musée toutes les archives du premier, sa correspondance, ses photos, ses notes, ses propositions d'exposition -entre autres documents indispensables aux chercheuses et aux chercheurs sur la période des années 1970's.

Thursday, June 09, 2011

Alice Anderson @Freud Museum



Jusqu’à dimanche dernier, au soir, la Maison-musée de Freud, 20 Maresfield Gardens à Londres, fut empaquetée par une longue, très longue, très très longue mèche de cheveux roux, qui en faisait plusieurs fois le tour : cette installation d’Alice Anderson a malheureusement été découpée lundi, à l’issue de son exposition et malgré les demandes réitérées des trustees du musée. Mais l’expédition d’Alice au pays des psychanalystes (Sigmund et Anna et leurs collections d’objets, transportés là en 1938 grâce à l’intervention de Marie Bonaparte) ne consistait pas qu’en un geste visible à la croisée de l’intérieur et de l’extérieur. Elle a systématiquement envahi, joué avec, intégré dans son espace roux, transitoire et transitionnel, l’ensemble des pièces de la maison Freud et cette action mérite qu’on en parle au présent, comme un souvenir vivace et répété.
Le bureau d’abord. Celui qu’on visite et dans lequel on s’arrête : la reproduction à l’échelle 1/1, organisée à l’identique du vivant du psychanalyste, de son bureau au Berggasse 19 (Vienne) avec divan, livres, statuettes, taille crayon, stylo… S’immisce, ici, un léger voile: un cheveu roux tissant une toile d’araignée presque immatérielle. Il irise cependant la vision obligatoire du bureau, celle qu’on a depuis sa limite, depuis cet interdit d’entrer plus avant qui crée un point de vue comme un écran, et c'est donc cet écran que l'installation d'Alice rend visible.
Le jeu entre tabou et totem se fait plus objectal dans la seconde pièce : des statuettes à cheveux, ou plutôt en cheveux, dans tous les sens du terme, se dressent au faîte de deux armoires. Une autre est couchée sur un buffet, avec un fuseau à tricoter, à truc-oter à enrouler. Elles explorent, selon les cartels, les rituels du « bondage », du lien physique. De plus, un film, où l’on voit Alice en reine médiévale, du haut d’une fenêtre, "filer" ces liens de cheveux roux, accompagne de sa narration la vision de dessins de Freud, que l’artiste a fait mettre au mur. Ce sont des descriptions de la structure du système spinal du poisson Petromyzon, par l’intermédiaire desquels, au laboratoire physiologique de Vienne en 1876, Freud allait commencer ses recherches sur l’évolution du système nerveux.
L’exposition « permanente » du musée Freud allie le quatuor divan/fauteuil/bureau/ bibliothèque (la pratique et la théorie ?) à des photographies ou des objets fétiches, chacuns d'un rêve de l’inventeur de la psychanalyse, dont l’auto-élucidation lui a permis d’élaborer son discours scientifique. Mais dans le bureau d’Anna Freud, bourré aussi de photographies qui la montrent en couple avec Dorothy Burlingham, il y a cet énorme métier à tisser qu’Alice Anderson a évidemment utilisé pour y placer une petite poupée rousse à sa semblance. La minuscule maîtresse du métier y est assise et d’énormes tresses de cheveux roux en sortent, tandis que sur le sol des sortes de boules ou de nids, roux également, mais de différente tailles, semblent à la fois des restes et des unités tendant vers l’autonomie. Formant des tableaux, la grille s’invite dans la pièce suivante, comme pour témoigner un peu plus avant de cette autonomie. Celle-ci se conquiert, haut la main, entre étagère et mur, deux assises pour que tiennent debout sept longues tiges-fouets en bois et cheveux, intitulées 7Years - un temps thérapeutique? Des séries de boules de cheveux s’exposent, sous le double regard du visiteur et d’une poupée au centre, prise dans une prison de barres en cheveux. Ce sera la dernière.

Wednesday, June 08, 2011

La Biennale glisse vers les palais de Venise






De haut en bas : une image de la boucle filmique de Pauline Boudry et Renate Lorenz au Pavillon Suisse d'Andrea Thal; deux images de l'équipe olympique US de gym au Pavillon US d'Allora et Calzadilla; quelques-uns des escaliers de Monica Bonvicini à l'Arsenale et Jean-Luc Mylayne, à l'Arsenale également.

Ce n’est pas la grève générale du moyen usuel de transport public, plus connu sous le nom de « vaporetto », du mardi 31 mai, qui a immédiatement miné l’ambiance : car le nombre exponentiel de taxis qui circulaient cependant était plutôt l’indicateur de ce qu’est en train de devenir la Biennale de Venise et que David Velasco appelle sa « Miamisation ».
Les quelques jours de pré-ouverture de l’année 2011 resteront en effet, comme ceux lors desquels la Biennale de Venise a été submergée de bateaux démesurés privatisant les canaux jusqu’à la pointe de leurs vitres fumées, de fêtes filtrées prises d’assaut par des grappes d’invités top-models aussi compactes qu’une convention de packs de rugby, d’hotels VIPsés à bloc, voire d’expositions visibles uniquement sur guest-list ! L’ensemble de ces signes extérieurs dénotant, non seulement la richesse extrême de tel potentat russe, mais véritablement le glissement pas du tout progressif de la Biennale de Venise tout entière, des Giardini, avec ses pavillons nationaux ou de l’ Arsenale et son exposition dirigée cette année par l’amie Bice Curiger, vers les palais de la ville-même. Le branding de Venise a, ainsi, désormais deux vitesses: refoulant le visiteur ou la visiteuse « de base » (ainsi que le ou la journaliste, d’ailleurs) du côté de la foule touristique indiscriminée et le/la séparant vigoureusement de l'image, en plein chantier, d’une « gated community », une cité réservée aux très très riches, munie évidemment de sa dolce vita événementielle : l’art ou plutôt, les artistes contemporains.
Un signe qui ne trompe pas : le développement des Fondations qui se pressent désormais sur le Grand Canal. Il y a avait la Guggenheim, la plus vieille. Il y a eu la Pinault, avec le Palais Grassi et la Pointe de la Douane (cette année heureusement investis par l’amie Caroline Bourgeois) ; et puis, il y a eu la Fondation Pinchuk, installée depuis quelque jours au Palazzo Papadopoli et il y a désormais la Fondation Prada, investissant le palais Ca’ Corner della Regina, qui accueillait autrefois les archives de la Biennale.
Les Fondations d'art contemporain sont ainsi les nouvelles habitantes de Venise, amenées à occuper les lieux sous le double signe de l'art contemporain et du patrimoine architectural "de l'humanité", de la monstration et de la préservation--- deux préoccupations qui, comme le rappelait récemment Rem Koolhaas font travailler à la fois le "starchitecte" et le "startiste" (on dit "le", car c'est le plus souvent au masculin) pour des propositions par définition conservatrices.
Alors, en attendant d'y retourner, qu'est-ce qu'on a vu et aimé dans la Biennale? Beaucoup de choses, quand même: d'abord, le pavillon Suisse d'Andrea Thal, au sein de la seule scène alternative de Venise, le Teatro Fondamenta Nuove. Le pavillon Danois et sa commissaire Katerina Gregos.Marcus Schinwald au Pavillon Autrichien, Artur Barrio au Brésilien, Ion Grigorescu au Roumain. L'hommage à Christoph Schlingensief et l'hommage de celui-ci à Fluxus, à l'Allemand. Les performances gymniques de l'équipe américaine sur les sièges d'avion détournés par Allora et Calzadilla et, le tank renversé à l'entrée du pavillon US, servant de tapis d'entraînement. Les escaliers de Monica Bonvicini. Le pavillon espagnol de Dora Garcia avec l'ami Geoffrey Carey en performer. Retour sur la Biennale, unanimement aimée dans sa direction artistique, celle de Bice Curiger,  fin août, début septembre.


et pour les pied de nez cassés, cf. http://www.artnet.com/magazineus/features/saltz/michele-maccarone-6-16-11.asp