Tuesday, December 20, 2011

d'Abracadabra à Salomania -et réciproquement


Salomania, photogramme du film dans l'exposition éponyme à la galerie Marcelle Alix


 
Vue d'installation de Georges Tony Stoll à Galerie de Noisy le Sec (g: dessin Anonyme et d:Jeu avec deux balles bleues)

Une balle comme relais. Dans Salomania, le film inclus dans l’installation de Pauline Boudry et Renate Lorenz, Yvonne Rainer transmet une danse à Wu Ingrid Tsang : celle qu’elle a chorégraphiée dans son propre passage de la danse au film, intitulé Life of Performers (1972).  Il s’agit ne pas quitter une balle des yeux, même si le corps, les bras et la tête sont par ailleurs en mouvement. Dans cette traversée, la balle scelle l’échange des genres.
Dans l’exposition de Georges Tony Stoll, la balle apparaît dans un triptyque photographique, Jeu avec deux balles bleues 1996, en un tour de magie qui garde son mystère quant à ses fins. Comme un « pop up »,  une balle bleue apparaît au dessus de l’épaule d’un personnage acéphale, assis, en jean et blouson jaune, qui vous tourne le dos. A côté, ce sont deux balles tenues dans le dos alors que dans la troisième image, la balle solitaire semble avoir roulé et s’être en allée. Le jeu de balles attire le regard mais le corps reste anonyme. L’échange a lieu sur place, dans la simultanéité du triptyque.
La comparaison pourrait s’arrêter là, à ce passage dans et entre deux expositions.  L’une à la galerie Marcelle Alix y  fait dériver  une vogue, une vague Fin de Siècle : la « Salomania », et sa danse des voiles, alliant femme fatale et altérité exotique, une cohabitation lancée par la Salomé de Wilde, qu’il performa (peut-être) travesti et qui fut retranscrite de multiples façons, en photographies, en  peintures, sur scène, en danses populaires, en formes hautes et cultures à deux balles.  L’autre, à La Galerie, centre d'art contemporain de Noisy-le Sec, se consacre entièrement au paradoxe d’une monographie, chorégraphiée comme... un chœur, c’est à dire, un ensemble de possibilités mises en pratique par la peinture, la vidéo, la photographie, la sculpture ou la broderie. 



Salomania
                                                     Salomania (ci-dessus, vue d'exposition)

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                                                               Georges Tony Stoll, vues d'exposition

Offrant chacune un déroulé scénographique sans hiérarchies (entre mediums et formes d’expression mais également entre figures et fonds) ces deux expositions partagent également, dans cette horizontalité soutenue des formes d’expression, un penchant pour la verticale : dans l’espace resserré chez Marcelle Alix, Renate Lorenz et Pauline Boudry ont installé une forêt de piques, du sommet desquelles émergent de vaste plumes d'autruche noires et blanches, plus hautes que vous. Dans La Galerie de Noisy-le sec, l’accrochage est placé très haut,  plus que de coutume. Dans les deux cas, alors, une réflexion sur l’étrangeté du réel (sa virtualité, peut-être ?) et la dénaturalisation de l’espace de l’art est investie par cette verticalité infuse.
Absurde n°13

A Noisy-le-Sec,  nombre de titres d’œuvres évoquent leur opposition au sens commun et leur disposition aléatoire : ainsi la série des Identification Absurde, en peinture ou en textiles . Ainsi, (cf+haut) le n°9, ce canevas où des formes concentriques composent avec le blanc : deux en haut, deux en bas et une marque de division entre les deux jeux de cibles plus ou moins déformées (la cible est l’autre nom du portrait anonyme chez Georges Tony Stoll: ces têtes aux yeux fermés dans le cercle d'un tondo, ces bustes torse nu ou en chemise, dont la tête est cachée par des cercles concentriques, livrant la vulnérabilité de leur cou). Absurde, également, cette pluie irrégulière de taches argentées buvant un fond vert prairie. Abradadabra, encore, ce collage d’images découpées et de dessin, une sorte d’installation rabattue sur la deuxième dimension du plan.  Archéologie hasardeuse est une action photographique à neuf facettes, construisant l'existence d'un site à partir de d’alignements de pierre, qui deviennent, par l'image, des ruines, des traces d'activité et de destruction. "Il s'agit d'échanges produisant des précipités, comme en chimie, souvent dans le mouvement perpétuel du hasard", précise l'artiste (à JM Avrila, dans le journal distribué à l'occasion de l'exposition). Comme le nuage, comme l'anonyme- figure, corps, ou trace peinte-  à partir du moment où il est dans le cadre et qu'il l'obscurcit (ne dit on pas d'un personne photographiée qu'elle prend, bien ou mal, la lumière?) 
Pour observer le déroulé de ce mouvement, il faut aussi regarder, au sein de l'accrochage, une pièce video qui organise le lent défilé des images vers la fiction (http://vimeo.com/29989069). Cinq hommes, dans une cour au mur noir, sont soudain réunis dans une même proposition, très ralentie à l'image, autour de Mon Chef D'oeuvre, un ensemble de plusieurs "maisons" aux parois imparfaitement imbriquées et recouvertes de peinture d'or, stationnant sur une table. Un vent sonore et mystérieux accompagne leur convergence autour de la bête dorée: chaque mouvement, chaque grimace -non pas saisie mais plutôt bien cuite dans la lenteur-  transforme ces jeunes gens en chiens de garde de  l'Idée maîtresse -comme écrivait Claude Cahun pour désigner l'amour qui n'ose dire son nom.

Pauline Boudry/Renate Lorenz, Salomania, Galerie Marcelle Alix jusqu'au 28 janvier, marcellealix.com/
Georges Tony Stoll, La Galerie de Noisy le Sec jusqu'au 1l février, www.noisylesec.net


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