Sunday, November 20, 2011

Mary Beth Edelson, le féminisme en tête d'affiche.








Née en 1933, Mary Beth Edelson a vécu tous les féminismes artistiques - du moins ceux de la côte Est des Etats-Unis, dont elle a constamment enregistré les actions et les participantes, augmentant dans chacun de ses travaux -notamment ses célèbres affiches de 1972-- la liste des artistes femmes à inscrire au grand registre de l'histoire de l'art afin de réécrire celle-ci sans relâche.
Elle peut ainsi témoigner de l'art féministe des années 1970, de ses nombreuses manifestations, de l'aventure de la galerie A.I.R., de la création du journal Heresies ; et puis c'est chez elle qu'a eu lieu, le fameux diner costumé en l'honneur de Louise Bourgeois et d'Ana Mendieta, en 1979: "venez en votre artiste favorite". Elle peut tout aussi bien peut raconter l'activisme féministe d'après Act Up et la nation queer, celui des années 1990, notamment avec le groupe WAC (women's action coalition), qui a d'ailleurs donné son nom à l'exposition WACK! augmenté d'un K. Et c'est peu de dire qu'avec elle, cette aventure n'est pas terminée et brûle encore de tous ses feux, comme elle l'a montré lors d'un séminaire éblouissant, captivant, galvanisant vendredi dernier à l'EHESS en petit comité.
Brûler en enfer, Burn in Hell, est le titre de son exposition chez Balice Hertling, la première en France où c'est aussi sa première exposition personnelle. Aucune institution, dit-elle, n'a osé exposer aux USA les oeuvres qui sont montrées à Paris, collectivement consacrées à une seule figure de femme (qu'elle) célèbre, râgeuse, celle de Lorena Bobbit.
Lorena Bobbit était cette femme d'origine écuadorienne, mariée à un américain, qui l'agressait et abusait d'elle régulièrement -et un beau soir, elle en a eu ras le bol, a saisi un couteau de cuisine, lui a tranché la bite et l'a jetée avant que le pénis manquant soit retrouvé et recousu (le mari serait devenu un acteur porno, et elle s'occupe d'une association contre les violences domestiques).
Son effigie est apparente sur chacun des supports exposés, notamment sur ces cercles bleus portés comme des sucettes sur des bâtons, qui furent la marque de reconnaissance de WAC : ce gros pois bleu, l'association militante l'avait emprunté à la télévision, qui l'utilisait comme masque pour cacher le visage des victimes de viol. C'était, en particulier  parce qu'elles étaient révulsées par le refus de prendre en considération la plainte pour agression sexuelle d'Anita Hill contre le juge à la Cour Suprème Clarence Thomas, alors qu'il était en train d'être auditionné pour ce poste, que les femmes en colère avaient formé WAC.
Mais ici, Lorena, tête d'affiche, traverse les références culturelles ou cultuelles: en Kali-Bobbit avec ses bras multiples engagés dans la permanence d'un combat tranchant, en Salomé ou en Vierge d'une Pieta qui fait apparaître le corps sanglant d'un fils émasculé.. Après Valerie Solanas et sa Society for Cutting Up Men (SCUM), voilà Lorena, en digne héritière d'un activisme plus polysémique qu'on a bien voulu l'affirmer. Cutting Up ne veut pas seulement dire castrer, mais également "monter", au sens du Cut Up Burroughs-ien. L'image de Lorena est, de même, ici, "éditée" et sa figure, lancée dans une reproduction qui la transforme, sans rédemption ultime, jamais: qui la ré-active.

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