Saturday, November 05, 2011

John Armleder, Maurizio Cattelan, Franz Ehrard Walther: comment (ar)ranger l'oeuvre de sa vie





Vue de l'exposition de John Armleder dans l'auditorium du Palais de Tokyo



Vues du Guggenheim et de la rétrospective intégrale de Cattelan


Franz Ehrard Walther, Sternenstraub (extraits)



John Armleder au Palais de Tokyo, Maurizio Cattelan au Guggenheim New York, Franz Ehrard Walther chez Jocelyn Wolff (et au Mamco): trois expositions, qui, quoique diverses évidemment, portent une interrogation commune: comment ranger, arranger, organiser, archiver l'oeuvre de sa vie. 
Oui, même pour Armleder. Dans ce Palais de Tokyo réduit à portion très très congrue (une salle, en ce moment est en activité : l'ancien auditorium) il a placé l'oeuvre des autres côte à côte sur une estrade à gradins, en présentation et en représentation: en scène. Je vous présente mes ami(e)s, ceux que j'aime, ceux avec qui je me sens en affinité, en interaction, ceux qui m'entourent, de Troy Brauntuch à Laurie Simmons, de Guy de Cointet à Mai-Thu Perret et Bertrand Lavier et Olivier Mosset...rangés sur trois rangs serrés. Impossible de défaire leur lien dans une vision qui les isolerait. L'oeuvre fait front. 
Quant à Maurizio Cattelan, l'exposition du Guggenheim intitulée Tout et proposée comme la première et la dernière retrospective de l'artiste à 51 ans  elle consiste en effet à laisser vides toutes les galeries d'expositions que Wright a aménagées dans la spirale du musée, pour occuper le centre, la "cage". Du sommet, sont suspendues sur des cables toutes les oeuvres qu'il a produites, soient 128 sculptures, photos, peintures, autoportraits-mannequins, squelette, chevaux, vache (...cochons, couvées), cercueils, pape, Kennedy, Hitler, etc. Sans l'avoir vue, on peut gager qu'une autre version de l'oeuvre-vie s'amorce ici: celle d'un vide grenier vertigineux, subsumant par le regard la consommation dans le sublime. 
http://www.dailymotion.com/video/xm5r8t_galerie-jocelyn-wolff-franz-erhard-walther-sternenstaub-herausgehoben_creation
Ce qu'on a vu, par contre, c'est l'exposition de Franz Erhard Walther chez Jocelyn Wolff. Elle poursuit ce cycle autobiographique de dessins- ou plutôt, de photos et de textes intégralement "dessinés"- que sont les Sternenstaub, 2007-2009, exposée chez Jocelyn Wolff (2008) et participant pleinement du travail exemplaire que le MAMCO de Genève a mené avec cet artiste. Ce musée, donc (2010)  a montré 524 feuilles, aujourd'hui proposées dans un livre-repertoire, qui les reproduit en fac-similé. Et, à partir du livre, Walther désormais les redessine ou plutôt les accentue. C'est le titre de la présente exposition:  Sternenstaub herausgehoben , c'est à dire accentué n'est-ce pas ce que le re de la répétition propose? Cette remise en 're" s'effectue, non seulement en redessinant mais également, en changeant  brutalement  d'échelle, intégrant ainsi leur accrochage, dans des dessins reproduisant le plan des salles du MAMCO : ils sont alors au format timbre-poste. Ou, au contraire, ils sont aggrandis au format plus souple de l'affiche. Les questions du stock, de l'archive, voire même de l'archivage et du stockage font partie intégrante du travail de Franz Ehrard Walther (né en 1939, élève de la Kunstakademie de Düsseldorf,  qui fut aussi le professeur à Hambourg de Kippenberger, Jankowski, Meese ou John Bock). 
Le cycle des Poussières d'Etoiles a occupé Walther pendant deux ans, opérant de mémoire, sans chronologie. Les fragments assemblés, tracés au crayon gris couvrent la période entre 1942 et 1973- l'artiste dit avoir vécu cette remémoration de son enfance durant la seconde guerre mondiale (il est né en 1939) comme un traumatisme qui perdure et que le dessin n'a pas apaisé. Le cycle se présente comme un récit, une épopée en signes graphiques et en images, qui rend compte à la fois de l’élaboration, de la fabrication et de la réception du travail de Franz Ehrard Walther, de leur tissage avec des événements politiques, sociaux, culturels, privés, et aussi, du travail de remémoration, de répétition et de perlaboration que proposent l'acte d'écrire et de dessiner. L'oeuvre-vie s'élabore, non à partir de dessins sur le vif, mais du readymade de la vie. 

A cette lignée masculine, on a envie, non d'opposer mais d'envoyer, comme point de départ pour la réflexion: 
1) l'œuvre de Charlotte Salomon: Leben? Oder Theater?, ces 784 feuilles peintes, écrites, chantées, dites, qu'elles composa entre 1941-42 avant d'être exterminée à Auschwitz en 1943,  laissant le livre porter la vie.   
2) la Vie d'Henri Brûlard (ou Henry) oeuvre autobiographique écrite et dessinée par Stendhal, qui, racontait Louis Marin, s'était préalablement procuré des feuilles déjà reliées sous couverture pour y inscrire une vie déjà (a)rangée en une oeuvre.



 
      F.E. Walther  Feuille 1969 B

L'un des ultimes feuillets de Leben?Oder Theater?
La narratrice entreprend son récit.





La rencontre avec Virginie Kubly. – Croquis de Stendhal extr. du manuscrit Vie de Henry Brulard (R299_2B222).
La rencontre avec Virginie Kubly. – Croquis de Stendhal extr. du manuscrit Vie de Henry Brulard
http://stendhal.bm-grenoble.fr/moteur/ms/299_1/index.htm





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