
A l'école nationale supérieure des beaux-arts, au sein d'une exposition légèrement "surexposée" ("over curated", dirait-on en anglais faute de traduction, caractérisant le soin presque caricatural du commissariat: les fils divers tendus surlignant l'architecture de cimaises, le ruban de pages (2001-2011) photocopiées du Monde et de divers magazines courant tout autour des salles, les deux écrans présentant leur sélection à l'entrée, etc. ) une oeuvre a notamment retenu l'attention d'LBV, qui ne l'avait pas vue lors de ses présentations antérieures : celle de Bertille Bak.
On connaissait les travaux de cette artiste, lorsqu'elle s'était installée à Barlin, avec un a, une cité anciennement minière du Nord de la France, construisant une série de récits filmiques sur ce terrain, à la fois anthropologique, poétique, politique. Ainsi, cette chaîne de travail à la Fishli-Weiss, construite par des gamins sur d'anciens corons, à la fois entrepreneurs, ouvriers, machines et livreurs de pommes de terre frites. Ou une enquête en plaques minéralogiques fournie par des protagonistes, qui, comme chez Proust, regardent obliquement par la fenêtre pour entendre d'abord le bruit des automobiles, puis noter les immatriculations les unes à la suite des autres sur le mur, produisant ainsi une suite de fresque murales conceptuelles, en forme de statistiques. Le rôle de l'artiste? Avec T'as de beaux vieux, tu sais, Bertille Bak en produisait, à la fois sérieusement et ironiquement, sa mise en abyme -ainsi que celle du dogme de la fameuse "observation participante" relative à la conduite d'enquêtes sociologiques ou ethnographiques. On y voit, en effet, les habitants de la cité se mobiliser pour que l'artiste passe son diplôme à l'école des beaux-arts et interroger, également, leur propre compétence artistique, leurs rituels et la perte de leur métier, pendant qu'ils mettent tout en oeuvre pour produire ce qu'il faut bien admettre comme une production collective. Mais à destination de qui? Ce que Bertille Bak amène à interroger, ainsi, dans ces dispositifs d'art collectif, c'est également ce "pour", cette dédicace de l'art.
Ici, aux beaux-arts, on rentre par la bande : une bande perforée, la notation d'un chant. On retrouve celui-ci à l'intérieur du film (Safeguard Emergency Light System (2010)) qui montre, selon le moment où on y entre, soit l'action collective, soit sa préparation, non dépourvues de burlesque et d'effet slapstick. A Bangkok, Bertille Bak a travaillé avec les habitants d'une barre moderniste d'un quartier (Din Daeng), promise à la démolition, sans espoir du moindre relogement : pour contester cette décision, ceux-là manifestent, chacun/e depuis la fenêtre de leur appartement, en exécutant un chant révolutionnaire transcrit en signaux codés, émis par la lumière d'une lampe de poche, éteinte et allumée alternativement. Filmée frontalement, cette partition sans chef d'orchestre apparent, silencieuse et lumineuse s'éclaire également de sa préparation, son apprentissage (d'où la bande perforée, qui permet de convertir le chant en intensités lumineuses), ses répétitions et les événements qui l'accompagnent (ainsi qu'une "chute" inappropriée)...Un choeur muet crie ainsi sa révolte, sans donner aucune prise aux autorités, sourdes: de la chorégraphie comme faire, comme pratique du quotidien -merci Michel de Certeau!- ou comme résistance. Le film est ainsi la mise en forme de ce S.O.S., redirigé vers nous, spectatrices et spectateurs
2 commentaires:
LBV avait-elle vu l'expo de Bertille dans les collections permanentes du Mac/Val?
Non. Mais celle du Plateau, il y a bien longtemps, ainsi que le prix Dusein
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