RIG: untitled: blocks (2011)
Les photos sont @Peter Mallet et @LBV
Des sculptures, oui mais qui font obstruction : la haute salle bancaire de la galerie Hauser and Wirth de Picadilly, est envahie du sol au plafond, d’immenses tiges de bois munies d'un pied de béton, d'où dépassent deux petits chausses-tiges roses. A trois, elle portent, très haut, de vastes parallélépipèdes, des blocs de ciment (en fait, du polystyrène) parés de tissus colorés rouge, orange, jaune, pourpre ou bleu, comme des couvertures. Il faut passer en se faufilant dans cette forêt dangereuse- non parce qu’elle recèlerait des démons mais parce que l’équilibre de cette installation porte la marque, la violence, mais surtout la temporalité processuelle du chantier – et donc ce n’est pas une forêt, elle n’a rien de naturel. Pourtant, le malin « génie » à l’œuvre dans l’œuvre de Phyllida Barlow joue avec la nature sculpturale des questions posées, physiquement, présentement, à la spectateur/trice. Des questions de taille d'abord, et puis, évidemment, des questions de point de vue: une fois que les choses n’ont plus de nom, comment les appréhender ?

Questions de taille, de point de vue, d'appréhension: voilà! (ci-dessus). Il suffit de monter l’escalier au fond de la salle, qui mène sur une mezzanine et de se retrouver à regarder un amoncellement de blocs colorés, un paysage horizontal qui n’est autre que le faîte de l’installation vue d’abord... pour comprendre l’extraordinaire subtilité de ce qui apparaît d’abord comme le produit d'un grand effort physique, d'une "tournure de main" dont l'artiste n'a que cure.
Mais qui est Phyllida Barlow? Arrière-arrière petite-fille de Charles Darwin, elle est née à Newcastle-Upon-Tyne, est âgée de 67 ans. Dans les différentes écoles où elle a enseigné près de quarante ans (en particulier, à la Slade), ses élèves étaient Rachel Whiteread, Bill Woodrow, Tacita Dean, Douglas Gordon ou Melanie Counsell, notamment (on trouvera une interview sur son expérience http://www.frieze.com/issue/article/learning_experience/) Depuis ces dernières années, sa sculpture explose dans ses expositions d'Europe et d'abord d'Angleterre, à la Serpentine où elle a été présentée en même temps que Nairy Baghramian: elle a rejoint l'équipe de Hauser & Wirth et son exposition est concomittante avec celle de Roni Horn, dans un autre bâtiment.

Rig: Untitled; hoops.
RIG: untitled; containers; leaningcoveredholed, 2011 (détail)
C'est peu dire que Phyllida Barlow fait usage des lieux, tant son travail a envahi tous les espaces de l'ancienne banque, des sous-sols au grenier, pour en faire éclater d'ailleurs toute spécificité liée aux usages anciens du bâtiment; si elle avait pu mettre une pièce aux cabinets, on imagine qu'elle l'aurait fait. En tout cas, une poussée énergétique incite à se déplacer, pardon! à se faufiler, se comprimer d'une salle à l'autre.
Lorsqu'on descend un escalier, on se retrouve accueillie et confrontée à une troupe serrée de formes ressemblant à de gigantesques diapasons gris-rose. Une fois passée cette foule, on tombe sur une "scène"-- dont on fait irrémédiablement partie-- entretenue par trois larges cylindres plus ou moins abîmés, recouverts ou confrontés à des capuchons-- ou ce qui pourrait être de gros coussins rebondis. Une autre scénographie amène à retrouver, sur une tripotée de palettes, un gros coussin jaune surmonté d'un énorme emballage de carton dépioté dans tous les sens; avec entre ces deux là, une sorte de gros balais fiché dans le cul de la bête...
De guingois, cahin-caha, ces choses sculpturales à défaut d'autres appellations, qui dialoguent ou copulent ensemble amènent à se sentir soi-même maladroite éléphante dans la chambre-forte. Les pièces de Phillida Barlow s'immiscent partout:

RIG: untitled; tubes, 2011
Elle dit que ces oeuvres de grande taille "sont destinées à capturer une identité incertaine qui les places entre monumentalité et antimonumentalité". Elle dit aussi que le " sens du "toucher" dans ces pièces est un artifice. Une passage de la main sur leur surface est la dernière action qui soit appliquée au travail, précisant que ce sont plutôt ses assistants qui tiennent cette dernière main... (dans artforum, oct 2011)

RIG: untitled; emptyunits, 2011

Pour voir complètement cette exposition, il faut monter sur une échelle métallique, vers un grenier caché tout en haut de la banque-et y rester car depuis ce point de vue en équilibre un peu précaire, se dévoile une installation... de pompons ! C'est, effectivement, le pompon, une façon joyeuse de produire un torsion aux usages et aux images, y compris celles qui font tout le poids d'une exposition dans une telle galerie, munie d'un tel pedigree.




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