Wednesday, September 14, 2011

Richard Hamilton (1922-2011): Schwitters, Duchamp, les Beatles, Roxy Music et... et...



1968: La couverture d'Hamilton pour l'album blanc des Beatles. Pour éviter la comparaison avec toute autre création de pochette de disques, Hamilton avait proposé une couverture entièrement blanche, "si pure et réticente qu'elle pourrait être lue dans le contexte de la plus ésotérique des revues d'art" (RH 1991). La mention "The Beatles" était appliquée au hasard et numérotée de façon a suggérer, non la production industrielle, mais le "disque-fanzine". Déjà!!!!


Richard Hamilton
Richard Hamilton au Pavillon britannique de la Biennale de Venise 1993@Gill Hedley























Palindrome, 1974.























Depuis 1956, avec l'étonnant collage titré: Just What is it that Makes Today's Homes So Different, So Appealing?, utilisé comme tête d'affiche pour l'exposition mémorable This Is Tomorrow à la Whitechapel Gallery de Londres, Richard Hamilton n'aura cessé de chercher ce que l'art fait à l'acte de connaître.
Quittant l'école à 14 ans, Hamilton fut invité à rejoindre l'école de la Royal Academy à l'âge de 16 ans (1938-40), il s'est tout de suite tourné vers la peinture alors moderne et engagée, celle du Guernica de Picasso (de mauvaise réputation pour l'Académie royale); il étudia le dessin industriel qu'il pratiqua pendant la guerre avant de rejoindre l'école à nouveau, s'en faire jeter ("pour ne pas assez profiter de l'éducation donnée dans l'école de peinture"RH) et se passionner pour l'Ulysse de James Joyce (qu'il dessina 50 ans, environ); repartir vers la Slade (1848-51), s'y faire des amis. Il était important de former des groupes, dans le domaine visuel comme dans celui de la musique. C'est la formation de l'Independent Group, mêlant des artistes, des architectes, des critiques, qui se rencontraient à l'ICA pour y discuter et y débattre de culture populaire, une autre source pour ce qu'on a appelé l'art pop, différent du pop art américain. A l'ICA, Hamilton avait conçu en 1951 le display de l'exposition Growth and Form en 1951-l'auteur de ce texte de 1913, D'Arcy Wentworth Thompson, ayant alors sur lui un grand impact. Depuis lors, Hamilton a installé ses propres expositions, comme celle des autres.
Il n'a jamais non plus terminé de conduire, par la peinture, par l'imprimé, par la typographie, par des textes, l'analyse artistique des méthodes de production, dont celles de la culture populaire et de la reproductibilité technique. Du côté de l'intérêt pop pour les clichés mais aussi, pour le spectacle et la télévision, on trouve, par exemple, Swinging London 67, sur la question de la libéralisation des mœurs et de la répression policière, prenant pour objet une photographie de presse sensationnaliste de MIck Jagger et du galeriste Robert Fraser, levant les bras, menotés dans un car de police sur le chemin de leur procès pour consommation de shit.
Hamilton a enseigné, jusqu'en 1966, à la Central School in London et avec Lawrence Gowing au King's College de Newcastle, où Brian Ferry de Roxy Music fut son élève. C'est là qu'il a organisé le sauvetage du Merzbarn, deuxième époque du Merzbau, l'oeuvre infinie de Kurt Schwitters ( celle là au Royaume-Uni, à Elterwater).
Après Schwitters, Duchamp. Hamilton allait travailler d'abord à une traduction typographique ("typo translation": traduction typographique du manuscrit au tapuscrit, retenant quelque chose, aussi, de graphique dans l'acte de traduire... ) de la Boîte Verte. Un dialogue extraordinairement érudit s'entame alors entre ces deux artistes, débouchant sur l'organisation de la première rétrospective de Duchamp en Europe, The Almost Complete Works of Marcel Duchamp (excellent titre) à la Tate gallery en 1966. Pour celle-ci, Hamilton a conçu sa fameuse reconstruction du Grand Verre 1915-23. Un engagement "méthodique et dévoué" envers l'oeuvre de Duchamp, donnant lieu à des oeuvres et des textes nombreux d'Hamilton, son "grand déchiffreur" (qui sont aujourd'hui disponibles en Français dans le livre éponyme chez Maison Rouge/JRPRingier)
Fabricant polymorphe de gravures et de choses imprimées de façon plus ou moins déviante, Hamilton a également été un peintre ou plutôt, comme le dit Sarat Maharaj, l’un de ses principaux exégètes, un « peintre de peintures », - annoncé par la sérigraphie A little bit of Roy Lichtenstein- ne cessant de réfléchir sur ses moyens dans le labyrinthe des représentations existantes ou futures: ainsi ses Fashion Plates (Cosmetic Studies) combinant les figures morcelées de couvertures de magazine avec des passages de peintures mélangées de pâtes cosmétiques. Ou ces extraordinaires Collaborations of Ch. Rotham (1977) où Hamilton collabore avec Dieter Roth : ils adoptant différents « masques stylistiques «, chacun citant de façon délibérément travestie, l’autre et ce qu'il est en train de peindre. Ces travaux confondent les frontières habituelles entre l’original et son pastiche " impliquant que la copie n’est pas une aberration pop, mais la condition intrinsèque de chaque création artistique" (Maradj).


Swinging London 67







"Popular (designed for a mass audience)
Transient (short-term solution)
Expendable (easily forgotten)
Low cost
Mass produced
Young (aimed at youth)
Witty
Sexy
Gimmicky
Glamorous Big Business"




The Citizen et The Subject (ci-dessus)

Richard Hamilton n'a jamais négligé le grand genre de la peinture d'histoire. Ainsi, la composition en diptyque The Citizen (1981-3) prend pour objet politique --dont se saisira Steve Mc Queen dans The Hunger-- la couverture servant d'unique vêtement et décor pour des prisonniers irlandais maculant de merde les murs de leur prison. Fonctionnant comme une peinture de dévotion, elle oppose la figure du martur et une surface abstraite, peinte (comme) avec de la merde. Donnant une conscience toujours plus aigüe des manipulations médiatiques, la peinture politique d'Hamilton ((The Citizen (1981-3), The Subject (1988-90)) exposée d'abord à la Tate, se retrouve (avec The State, 1992-3)) se retrouve sous les feux de la critique lors de son passage au Pavillon anglais de la Biennale de Venise en 1993. Dans le fond du Pavillon, une Treatment Room (1984) expose alors un lit de morgue et une couverture vide au speech télévisé de Margaret Thatcher. Y répondent une série de travaux à la "paintbox" Quantel (utilisés par Hamilton pour la BBC, justement!) où la télé de l'artiste agrandie zoome, cette fois, sur les jeux d'enfants utilisés par un présentateur télé pour expliquer la guerre du Golfe, la "merde" étant remplacée par des taches de "sang".
Hamilton reçut alors le Prix de Peinture.
Au premier "Marathon" de la Serpentine, en 2007, durant les heures embrumées d'une matinée insomniaque passée en compagnie de Gustav Metzger, Hamilton confiait d'ailleurs à Hans Ulrich Obrist sa joie de peindre encore, tout en étant au bout de sa vie.




Towards a definitive statement on the coming 
trends in men's wear and accessories (a) sketch II, 1962


Portrait of the artist as a woman, 2007, à la Fondation Bevillaqua de Venise.

Il y a aussi chez Hamilton, un triturage constant de l'autoportrait. Ainsi Palindrome, 1974 -recréant le doute produit par Artemisia Gentileschi dans sa figuration d'elle peignant, où s'ajoute la figure d'elle peinte, qui est aussi son incarnation en Allégorie de la peinture... Ou ces Four Self-Portraits 05.3.81’, une conversion de superpositions: 4 photos Polaroid, sur lesquelles sont ajoutées des couches de couleur acrylique, ont été digitalement converties dix ans plus tard en images transparentes, composant des tirages beaucoup plus grands, marouflés sur toile. Le travail d'Hamilton consiste à induire d'erreur toute potentialité d'une pratique homogène de l'art, y compris celle du temps, d'ailleurs...
Richard Hamilton, un artiste beaucoup plus important que Lucian Freud sur lequel on a écrit des tartines, est moins connu que ses contemporains comme Bacon, par exemple. Et pourtant, Le Musée Ludwig de Cologne et le MACBA de Barcelone ont organisé une rétrospective magistrale en 2003 et la Serpentine Gallery de Londres a exposé en 2010 ses oeuvres politiques sous le titre Modern Moral Matters. Il était venu à Paris parler de l'héritage de Duchamp.

http://channel.tate.org.uk/media/27703006001

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