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| © Raphaël Fournier/Fedephoto |
Au Palais de Tokyo, l'installation de Robin Meier et Ali Momeni, tous deux musiciens, ajoute un chapitre muséographique au livre de la grande fascination humaine pour les toutes petites fourmis -- on pense à la Vie des Fourmis qu'écrivit Maurice Polydore Marie Bernard Maeterlinck en 1930 et surtout à The Author of Acacia Seeds and other Extracts from the Journal of the Association of Therolinguistics, d'Ursula Le Guin (1974), extraordinaire tentative de décryptage au style savant des différents dialectes-fourmi laissés sur graines d'acacia, dont LBV se délecte désormais régulièrement de la lecture (thanks to Maria Fusco).
Une sorte de piscine gonflable blanche a été posée sur le sol de "L'Alcôve" et reliée par un étroit corridor en plexiglas transparent à trois champignonnières servant, en l'occurrence, de foumilières, avec leur dédale de galeries et de chambres chaudes et humides. La reine, sans laquelle aucune activité des fourmis n'est possible, doit résider là dedans. On ne la voit pas. Mais elle vient du Brésil, ce qui nous la rend immédiatement sympathique.
C'est grâce à elle que grossit au P de T le contingent des pensionnaires, dont la chorégraphie laborieuse est l'objet de l'exposition, stimulée par des odeurs et des couleurs (c'est l'apport des artistes). Venues du laboratoire d'éthologie expérimentale de Paris 13, ces fourmis "Atta" d'Amazonie, se reconnaissent à leur spécialité "coupe-feuilles": leurs mandibules ont en effet le pouvoir de trancher, à la manière de cisailles, les feuilles les plus coriaces de certaines plantes.
Elles s'affairent chacune. On en voit franchir, en colonnes serrées, le couloir qui les sépare de leur lieu de travail, cette circonférence blanche où, sur des sortes de pales, sont disposés comme des offrandes à leur disposition: fleurs, branches et aussi parfois des "leurres", par exemple un livre. La fourmi, quand elle ne va pas à l'école (Zouc, 1977) ne semble pas très disposée à la lecture: ces pales là sont désertées. Elles ont compris, se sont passées l'information (phéromones aidant). Sur les autres, au contraire, ça boume. On les voit se charger de matières qui semblent beaucoup trop énormes à leur échelle, parfois transportées en communauté, au risque du déséquilibre. Mais les fourmis sont très musclées. L'expérience d'ethologie en direct virerait elle au drame? Le titre The Tragedy of the Commons emprunte son nom à l'article éponyme de Garrett Hardin paru en 1968 décrivant la façon dont une ressource limitée pour laquelle la demande est forte mène inévitablement à la surexploitation de cette ressource et finalement à sa disparition. La théatralité est ici vraisemblablement augmentée dans la scénographie de l'installation, avec, d'une part, le son amplifié de la stridulation, du chant crissant des fourmis; tout comme les images, transmises en direct sur des écrans de contrôle, procèdent d'une sélection et d'une amplification, celles-là par gros plan. Par ce biais s'opère, en même temps que l'observation de la fourmillère et parallèlement au point de vue qu'on a d'en haut, un changement d'échelle rendant sensible à ce que les fourmis font, à leurs conditions de travail, en quelque sorte.

1 commentaires:
Roni Horn, «Ant farm», 1975...
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