| Robert Rauschenberg: Cy+Roman Steps, 1952 |
Apollo and the Artist 1975
Cold Stream, 1966
The First Part of the Return from Parnassus, 1961
Poems to the Sea 1959
Ferragosto V 1961Ce qui frappait d’abord, outre l’impériale beauté un peu lourde de Cy Twombly, c’était son accent très prononcé du Sud des Etats-Unis. Cet accent m’avait fait tourner en bourrique, un matin de 1986, lorsque propulsée à sa rencontre par Yvon Lambert, j’avais tenté, vainement, de l’interviewer (Jusqu’au XXIè siècle, il n’aura guère parlé, rompant son silence vers 2000...). A mes questions, précises, il offrait toujours la même réponse: « it’s a question of mood. », en chantant le mo-ood. Je ferais mon beurre de ce « mood », de ces humeurs, de l’effusion romantique (dans artpress). Et la seule fois où il s’était déridé, dans ce café rue Vieille du Temple où nous étions coincés, c’était lorsque je lui avait parlé de William Howard Adams, spécialiste des jardins et son ami d’adolescence.
Cy Twombly, réputé inclassable, célébré à la fois pour le geste et le raffinement, la couleur tartinée comme de la confiture sur une bouche très gourmande et la graphie, la spontanéité du griffonnage et l’érudition, le bas et le haut, le crachat et Virgile, Judith, Holopherne… il prouvait bien que les oppositions binaires sont insuffisantes, comme le féminin et le masculin ; d’ailleurs Venus et Mars ont été également invoqués dans ses tableaux.
New York et Rome. En 1951, Twombly rencontre Rauschenberg ; ils s’embarquent pour la session 1951–1952 du Black Mountain College, avec Cage, Charles Olson, Kline et Motherwell, et leurs investigations sur une expérience esthétique libidinale. Puis, pendant huit mois, Rauschenberg et Twombly vont visiter l’Europe et l’Afrique du Nord, rejoints par Paul Bowles. A New York, ils partagent le même atelier et un beau jour, Johns arrive dans l’histoire. Twombly, qui expose alors à la Stable Gallery, part pour Rome en 1957.
Roma=Amor. Il devient celui, parmi les artistes issus de l’Ecole de New York, qui se réfère le plus aux « autres traditions », plus féminines que celles des machos de l'Ab Ex, dont parle Benjamin Buchloh, à propos de Twombly (qu'il oute) comme à propos de Spero : celles des cultures classiques, mythologiques, eurocentristes (Apollon, Achille, Leda et le Cygne) mais également triviales, les graffiti, les mictions diverses, orales, génitales... et tutti quanti. Ses oeuvres romaines seront exposés à New York, chez Castelli. Dans les années 1960-70, surgissent aussi ses extraordinaires lignes de jambages, répétées, sur des tableaux à fond noir ou gris. La ligne devient ici l’index d’une expérience d’apprentissage de l’art, dans, par, pour l’art. « Pour » n’est pas là pour rien, puisqu’on retiendra, entre autres phrases magnifiques de Roland Barthes sur Twombly, sa remarque sur l’usage performatif du datif en peinture: ‘To Valéry, To Tatlin. Une fois de plus, ici, rien de plus que l'acte graphique de dédier(…) N’est donné que l’acte de donner—et ce peu d’écriture pour le dire ( Sagesse de L’Art).
A partir de Twombly, l’œuvre d’art à l'ère de la citation se présente ainsi comme un espace offert, affecté, adressé en actes à quelqu'un.
"Who's right?" (qui a raison/qui a le droit...) C'est à partir de là, de ces "incompréhensions massives" que Rosalind Krauss élabore (dans artforum) sur son Twombly, revenant à la fois sur Barthes et sur ceux ou celles qui font de la binarité entre le dégoûtant et le raffiné, un hommage sans partage à la Culture et une forme de maîtrise géniale et suprême de l'artiste avec un grand H. Pour elle, "Twombly a pris le graffiti comme un moyen d'interpréter la signification de la marque de l'Action Painting, et plus particulièrement celle de la ligne "coulée", l'innovation radicale de Pollock. Car le graffiti est un medium de marquage qui a des caractéristiques précises. D'abord, il est perfomatif, il suspend la représentation en faveur de l'action: je te marque, je te répudie, je te salis. Deuxio, il est violent, toujours une invasion de l'espace, cet espace étant toujours extérieur à celui qui marque et il prend illégalement la surface d'inscription, en la violentant, en la malmenant, en l'entaillant. Troisièmement, il convertit le temps présent du performatif en temps passé de l'index: il est la trace d'un événement, déchiré de la présence du grapheur..."
Peut-être l'une des contributions les plus marquantes sur Twombly sera venue d'une artiste, Tacita Dean. Par son texte sur Pan, d'abord, dans le catalogue de l'exposition Twombly de la Tate. Et par le film qu'elle vient de faire portraiturant Twombly sous son (pré)nom d'Edwin Parker, (plutôt que Cy son nom d'artiste: elle a préféré l'intimité), dans le petit atelier à Lexington, Virginie, sa ville natale, auquel revenait récemment l'artiste depuis Gaeta, près de Naples, où il s'était établi avec son compagnon l'écrivain Nicola del Roscio : "Quand il regardait l'objectif, c'était le regard du jeune Twombly arrivant à Rome pour la première fois avec l'artiste Robert Rauschenberg", signale Tacita Dean dans le Guardian.
La suite.... bientôt. Et ne pas manquer l'exposition de ses photographies (la première) à la Collection Lambert, Avignon.

Quattro Stagioni, 1993-4

2 commentaires:
Merci Elisabeth...
...j'envoie le lien à tous mes étudiants ...
voilà comment on écrit to Cy
Elisabeth, merci pour ce petit texte qui, mine de rien, est magnifique.
Sa lecture matinale m'a donné de l'énergie pour la journée...
Nicolas B
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