Wednesday, June 08, 2011

La Biennale glisse vers les palais de Venise






De haut en bas : une image de la boucle filmique de Pauline Boudry et Renate Lorenz au Pavillon Suisse d'Andrea Thal; deux images de l'équipe olympique US de gym au Pavillon US d'Allora et Calzadilla; quelques-uns des escaliers de Monica Bonvicini à l'Arsenale et Jean-Luc Mylayne, à l'Arsenale également.

Ce n’est pas la grève générale du moyen usuel de transport public, plus connu sous le nom de « vaporetto », du mardi 31 mai, qui a immédiatement miné l’ambiance : car le nombre exponentiel de taxis qui circulaient cependant était plutôt l’indicateur de ce qu’est en train de devenir la Biennale de Venise et que David Velasco appelle sa « Miamisation ».
Les quelques jours de pré-ouverture de l’année 2011 resteront en effet, comme ceux lors desquels la Biennale de Venise a été submergée de bateaux démesurés privatisant les canaux jusqu’à la pointe de leurs vitres fumées, de fêtes filtrées prises d’assaut par des grappes d’invités top-models aussi compactes qu’une convention de packs de rugby, d’hotels VIPsés à bloc, voire d’expositions visibles uniquement sur guest-list ! L’ensemble de ces signes extérieurs dénotant, non seulement la richesse extrême de tel potentat russe, mais véritablement le glissement pas du tout progressif de la Biennale de Venise tout entière, des Giardini, avec ses pavillons nationaux ou de l’ Arsenale et son exposition dirigée cette année par l’amie Bice Curiger, vers les palais de la ville-même. Le branding de Venise a, ainsi, désormais deux vitesses: refoulant le visiteur ou la visiteuse « de base » (ainsi que le ou la journaliste, d’ailleurs) du côté de la foule touristique indiscriminée et le/la séparant vigoureusement de l'image, en plein chantier, d’une « gated community », une cité réservée aux très très riches, munie évidemment de sa dolce vita événementielle : l’art ou plutôt, les artistes contemporains.
Un signe qui ne trompe pas : le développement des Fondations qui se pressent désormais sur le Grand Canal. Il y a avait la Guggenheim, la plus vieille. Il y a eu la Pinault, avec le Palais Grassi et la Pointe de la Douane (cette année heureusement investis par l’amie Caroline Bourgeois) ; et puis, il y a eu la Fondation Pinchuk, installée depuis quelque jours au Palazzo Papadopoli et il y a désormais la Fondation Prada, investissant le palais Ca’ Corner della Regina, qui accueillait autrefois les archives de la Biennale.
Les Fondations d'art contemporain sont ainsi les nouvelles habitantes de Venise, amenées à occuper les lieux sous le double signe de l'art contemporain et du patrimoine architectural "de l'humanité", de la monstration et de la préservation--- deux préoccupations qui, comme le rappelait récemment Rem Koolhaas font travailler à la fois le "starchitecte" et le "startiste" (on dit "le", car c'est le plus souvent au masculin) pour des propositions par définition conservatrices.
Alors, en attendant d'y retourner, qu'est-ce qu'on a vu et aimé dans la Biennale? Beaucoup de choses, quand même: d'abord, le pavillon Suisse d'Andrea Thal, au sein de la seule scène alternative de Venise, le Teatro Fondamenta Nuove. Le pavillon Danois et sa commissaire Katerina Gregos.Marcus Schinwald au Pavillon Autrichien, Artur Barrio au Brésilien, Ion Grigorescu au Roumain. L'hommage à Christoph Schlingensief et l'hommage de celui-ci à Fluxus, à l'Allemand. Les performances gymniques de l'équipe américaine sur les sièges d'avion détournés par Allora et Calzadilla et, le tank renversé à l'entrée du pavillon US, servant de tapis d'entraînement. Les escaliers de Monica Bonvicini. Le pavillon espagnol de Dora Garcia avec l'ami Geoffrey Carey en performer. Retour sur la Biennale, unanimement aimée dans sa direction artistique, celle de Bice Curiger,  fin août, début septembre.


et pour les pied de nez cassés, cf. http://www.artnet.com/magazineus/features/saltz/michele-maccarone-6-16-11.asp

1 commentaires: