Certes, le nom de Leonora Carrington, morte contre toute attente à 94 ans (on la croyait invincible) circule toujours en lien avec le double épithète de femme et surréaliste. Mais la rebellion de Carrington a très vite pris un cours beaucoup plus féministe que surréaliste, qui la vit d'ailleurs fonder, avec ses camarades le Mouvement de Libération des Femmes à Mexico dès le début des années 1970.
Contre son enfance et sa famille du Lancashire (Angleterre), Leonora Carrington avait trouvé la peinture, découverte lors d'un séjour à Florence. Etudiante à Londres à la Chelsea School of Art, puis avec Ozenfant, rencontrant Max Ernst à l'âge de 17 ans en --1937-- et partant à Paris sur le coup (puis Saint Martin d'Ardèche, toujours avec Ernst) elle élabore, en peintures et en écrits, les ferments d'une vision personnelle, violemment satirique sous le manteau de métaphores alchimiques. La légende veut qu'au moment où Ernst fut fait prisonnier en tant qu'allemand alors que la guerre éclate, Carrington sombrât dans la dépression. Le récit qu'elle en fait rétrospectivement, intitulé Down Below est à la fois un compte rendu de ce qui se passa après la deuxième arrestation d'Ernst, la vente de la maison commune, la fuite en Espagne devenant un cauchemar, l'enfermement dans un asile en Espagne, l'ingestion de cardiazol.... est aussi la prise de conscience d'un besoin, non d'une désir d'autonomie psychique. Carrington, fuyant vers le Portugal, rencontrera Ernst à nouveau au bras de sa nouvelle épouse, Peggy Guggenheim, puis à nouveau à New York: le deuil, alors se fait dans le trajet vers Mexico où elle s'établit puis se remarie en 1946, et à travers une sauce très personnelle mêlant alchimie et amitié, notamment avec Remedios Varo, comme elle, exilée à Mexico. Comme l'énonce Whitney Chadwick, "Carrington et Varo ont été les premières à séparer leur travail des références créatives masculines et à collaborer pour développer un nouveau langage pictural qui parle directement à leurs besoins en tant qu'artistes femmes".
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