Le truc avait de quoi foutre une sacrée trouille. La présentation, en direct-live et en haute définition d'une super-production wagnérienne venue tout droit du Metropolitan Opera de New York, fêtant la 2280ème prestation du maestro James Levine (40 ans de loyaux services, sinon de bons) et aspergeant en même temps divers lieux dans le monde (4000 places au Met + 175 000 spectateurs/trices en direct), grâce à des caméras installées sur d'immenses bras articulés et à un son gratifiant le moindre toussotement dans la salle; le tout introduit par Placido Domingo intronisé spécialiste du chant et du livret wagnérien, qui interviewa à leur sortie de scène (acte I, acte II) les différentes chanteuses et chanteurs sûrement à bout de voix. De plus, l'écran incurvé XXL de la Géode promettait des distorsions, qui n'ont d'ailleurs pas manqué de se révéler hallucinatoires, parfois fâcheuses.
Sieglinde, Siegmund, l'épée Notung (en haut) et l'embrasement du rocher où Brünehilde (tête en bas, il s'agit d'une acrobate, non de la chanteuse Deborah Voigt) est mise à dormir, au dernier acte (en bas)
Et pourtant, on a été saisi au col par cette représentation de la Walkyrie. Après quelques tentatives en balançoire de zoom avant arrière -- pour livrer aux spectatrices/teurs le décor époustouflant (techniquement: il s'agit de 24 "planches" verticales animées par un système hydraulique et par des projections graphiques, mues électroniquement et sensibles à la voix des chanteurs !!!)-- alors les caméras se sont surtout fixés sur les corps, les bustes les visages, les bouches, les voix, les sueurs, la bave perlant à la bouche de Sigmund (sensationnel), produisant en fin de compte une version complètement différente de celle qu'on a à l'opéra, voire même à l"opéra filmé".
Ainsi, il aura sans doute fallu la moitié du premier acte pour se dégager des préjugés et se laisser aller aux second et surtout au troisième acte (les "adieux de Wotan"), à la splendeur de cet opéra incestueux et insensé, où les dieux en chef passent des "contrats", où le rejet de celle qui a finalement accédé au désir inconscient de ce même dieu, s'accompagne d'un" tu ne rempliras plus ma coupe", tout cela, porté à l'incandescence d'une capacité vocale humaine.
La mise en scène reste en point d'interrogation: certes la machine du décor permet d'incroyables possibilités, celle notamment de faire sortir la chevauchée des Walkyries de son insondable ridicule (on se souvient de la mise en scène de Gruber à l'Opéra-Garnier, avec de vrais chevaux qui secouaient les pauv' filles ou broutaient les seins de Gwyneth Jones) tout en accusant constamment la noirceur et les ténèbres malaisantes de l'opéra Wagnérien. On aura aussi remarqué le côté "légende islandaise" des costumes, dont Robert Lepage, le metteur en scène, aura voulu qu'ils "reprennent" également les costumes originaux de la première représentation munichoise de Wagner, comme des dessins caricaturaux se baladant sur le décor lors des récits chantés, devenant ainsi un corpus de légendes. Enfin, les apparitions de Fricka, de Brünehilde avec le corps de Siegelinde, de Wotan, en ombres menaçantes tout en haut et au centre de la machine scénographique produisent de sublimes effets.
On reste un peu plus dubitatif sur la gestuelle et les expressions des personnages, sur la direction d'acteurs à proprement parler. Lepage, semble-t-il, et peut être en clin d'oeil aux possibilités de la représentation filmée, aurait-il laissé l'émotion des chanteurs perler et percer en guise de consigne ?
Les Walkyries balancent les planches mobiles où se projettent des nuées, avant de s'y laisser glisser vers la scène.
Il parait qu'à la première, la veille, la machine technologique voulue par Lepage avait produit des effets désastreux : cassage de figure de Deborah Voigt, la Brünehilde, craquements divers produits par le déplacement des chanteurs sur les pales, nervosité générale. Le direct-filmé le lendemain a cependant semblé plus "smooth" et il a permis à Jonas Kaufmann (Siegmund) d'endosser le rôle de Siegmund avec une déconcertante facilité, tout comme Eva-Maria Westbroek (Sieglinde) et surtout Stephanie Blythe (Fricka), Deborah Voigt (Brünehilde) et Bryn Teffel (Wotan).



1 commentaires:
http://planculture.yagg.com/2011/05/19/crepuscule-des-dieux-a-herrenchiemsee-la-nouvelle-exposition-bavaroise-nocculte-pas-lhomosexualite-de-louis-ii/
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