
C'est à NY qu'on a appris l'attaque du Piss Christ d'Andres Serrano, une oeuvre datant de 1987 (du même Serrano, Church (Sœur Jeanne-Myriam), 1990, a également été partiellement détruite) alors exposée pour fêter les dix ans de la collection d'Yvon Lambert en Avignon. Trois gardiens ont été, alors, molestés.
Quelques jours plus tôt, Eric Mézil, le directeur de la Collection Lambert, me signalait qu'il refusait d'obtempérer aux injonctions de quelques traditionalistes, lui demandant de retirer cette oeuvre du musée et des supports de communication de son exposition-anniversaire ; nous parlions alors du précédent de l'exposition Larry Clark préventivement interdite par la Mairie de Paris au moins de 18 ans et nous nous félicitions que la galerie Yvon Lambert à Paris affiche dans la vitrine de sa librairie le film de David Wojnarowicz "A Fire in my Belly" (une histoire, également de crucifix), qui avait été retiré de l'exposition Hide and Seek à Washington, occasionnant les réactions unanimes du monde de l'art, qui, partout, a pris le relais et exposé cette oeuvre.
Si l'on revient au cas de Wojnarowicz, c'est parce qu'avec Serrano, Mapplethorpe, Karen Finley, entre autres, ces artistes ont été au coeur des "cultural wars" aux Etats-Unis à la fin des années 1980, sous Reagan en pleine dénégation de l'épidémie du sida. Le même Piss Christ d'Andres Serrano- l'une de ses photographies de statues immergées dans différents fluides-- est alors devenu la cible des attaques des sénateurs ultra-conservateurs Jesse Helms et Alphonse D'Amato et des chrétiens fondamentalistes. Ils engageaient alors une campagne nationale pour purger l'agence gouvernementale des arts américaine de tout engagement à l'égard d'artistes "déviants"des valeurs religieuses et familiales, des leurs s'entend, c'est à dire les plus homophobes, racistes et misogynes qui soient.
Il est assez inquiétant que ce soient les mêmes oeuvres qui reviennent aujourd'hui sous les feux d'une forme de censure radicale, attentant à leur existence même. Du coup, le ridicule des processions se traînant à genoux, tous chapelets egrénés tant à Bolzano devant la grenouille crucifiée de Kippenberger qu'à Avignon devant la collection Lambert, prend un tournant bien plus macabre.
C'est à ce caractère démonstratif qu' Eric Mézil propose de répondre en rouvrant dès le 19 avril l'exposition figurant le Piss Christ quand même, avec ses blessures. Pourtant l'oeuvre d'Andres Serrano a été depuis 1987 exposée partout ; en France, par exemple, à Lille, dans Passage du Temps, (collection Pinault) en 2007. Il n'est pas anodin que ce geste violent arrive en pleine controverse à propos du débat sur la laïcité, dans un climat politique nauséabond... Le monde de la culture y est évidemment exposé même s'il l'ignore superbement.
Dans le genre "lavons nous les mains", voici d'ailleurs que nous arrive le communiqué d'Alain Dominique Perrin, président de la Fondation Cartier, ainsi libellé: « Suite à une information erronée parue sur Internet et reprise sur de nombreux blogs, la Fondation Cartier pour l’art contemporain a été à tort citée successivement comme prêteur, partenaire et « sponsor secondaire » derrière LVMH, de l’œuvre d’Andres Serrano, Piss Christ, présentée dans le cadre de l’exposition Je crois aux miracles à la Collection Lambert en Avignon. La Fondation Cartier pour l’art contemporain tient à préciser qu’elle n’est jamais un « sponsor secondaire ». D’autre part, elle n’a en aucune manière participé au financement de cette exposition et elle ne détient par ailleurs aucune œuvre de l’artiste Andres Serrano dans sa collection. »
1 commentaires:
Chère Madame,
Je viens de lire votre texte très riche d'information sur l'oeuvre Immerssion Piss Chris vandalisée. J'ai voulu transmettre par mail un petit texte qui me tenait à cœur. N'ayant pas réussi, je me permets de vous le confier et de lui renvoyer. Par avance je vous en remercie et vous souhaite bonne réception
Philippe BLACHE
Cher Monsieur,
Je me permets de vous apporter mon sentiment sur cette oeuvre vandalisée. Elle est pour moi, le témoignage des tensions au sein des communautés religieuses, entre les modérés pacifistes, respectueux de l'esprit d'investigation et d'expérimentation de la pensée, par les artistes, (qui font un travail utile au genre humain) et les mouvements extrémistes dont la violence exprimé sur l'œuvre de Mr Serrano, marqué à la tête même de celui qu'ils prétendent adorer, témoigne de leur manque de discernement et leur bêtise représentée par la brisure de la glace, en forme de tête de mongolien.
Cet acte stigmatise toutes les religions et pour ma part cette oeuvre a trouvé son épilogue.
Je souhaiterais que la collection puisse la garder ainsi pour témoigner de ce ressort bestial qui nous habite et dont certains sont dans l'incapacité de le domestiquer pour le malheur de ceux qui la subissent.
Recevez chez Monsieur tous mes remerciements pour votre vision et votre courage.
Philippe BLACHE
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