Wednesday, April 27, 2011

Ioana Nemes (1979-2011)






Ioana Nemes.Times Colliding, 2011; Untitled (Friday 2. 12. 2005), 2008; The white team (Satan), 2009 @Art In General, NY et Jiri Svetska Gallery, Prague.

Les sites roumains et sa famille font part de la mort de Ioana Nemes à New York, d'un arrêt cardiaque, alors qu'elle était en résidence à Art In General. Ioana Nemes avait 32 ans. Son exposition était visible à Art in General depuis la mi-avril (en combinaison avec celle d'Emily Roysdon), où avait lieu mardi dernier une présentation de l'artiste en compagnie d'une critique de mode et de design. Elle était l'une des artistes roumaines les plus marquantes : lors de sa résidence durant quelques mois en 2010 à la Cité des Arts à Paris, on avait pu la rencontrer grâce à Natasa Petresin-Bachelez et Sanja Ivekovic.
Joueuse de handball professionnelle, devenue artiste à l'âge de 21 ans à la suite d'un accident du genou, Ioana Nemes avait gardé de son entraînement gymnique, une façon sportive, méticuleuse -et pourtant tout aussi arbitraire qu'imaginative, à la façon d'un On Kawara, par exemple - d'archiver son expérience vécue du temps.
Son projet Monthly Evaluations (2005-10) lui en aura fournit le modèle. L'artiste tentait pendant cinq ans d'enregistrer ses pensées quotidiennes ou plutôt, de les mesurer à l'aune d'un jeu de cinq paramètres : physiques, intellectuels, émotionnels, financiers et... le hasard, bien sûr. A la fin de chaque journée, le choix d'une couleur et d'un texte lui permettaient de produire une "carte temporelle"; une sorte de répertoire, qui, dans sa distance avec la chronologie horlogère, engageait un "je", ou plutôt un "elle", sujet anonyme d'une série d'expériences spécifiques, configurées dans une forme d'énonciation elle aussi spécifique: en couleurs, en wall-drawings, en peinture, en sculpture...
Times Colliding, pièce centrale de l'exposition à Art In General, en est la figure sculpturale la plus récente. Saturday 22.09.2007 (1), un jour peint en gris clair où s'inscrit FREEDOM AS ANOTHER FORM OF TYRANNY, AS ANOTHER WONDERFUL CAGE, recoupe et interagit avec Monday 12.04.2010 (=), un jour rouge vermillon, marqué par la phrase : IN SORROW ALL THE FACIAL MUSCLES RELAX. Leur intersection, manifestée physiquement, fait émaner, pour chaque visiteur/se, de multiples questions transformant la mesure habituelle d'une pièce dans l'espace- problématiques de taille, d'échelle-- en réflexions temporelles.
Ioana Nemes, outre la Biennale d' Istanbul (2009) a exposé à UTurn Copenhagen (2008), aux Biennales de Prague (2007) et Bucarest (2006), à la galerie Jiri Svetska de Prague (2010), à la Secession,Vienne (2010), à Smart Project Space Amsterdam (2009) et la Kunsthalle Fridericianum, Kassel (2006). Outre Art in General NY (2011) et la cité des Arts (elle devait se rendre à Schloss Solitude en 2012), elle fut en résidence à IASPIS Stockholm (2010) et Kulturkontakt Vienne (2004). Elle avait reçu le Prix "Future of Europe Art"de la Galerie Für Zeitgenössische Kunst, Leipzig (2007).
De nombreuses manifestations étaient prévues, notamment une exposition collective qu'Ioana préparait :"WHO AM I TO FEEL SO FREE: Clothing as Site for Negotiation" au Pavilion Unicredit de Bucarest (l'incursion dans le domaine vestimentaire était importante, cf. sa participation au groupe audio- et visuel Rochite
Ioana Nemes avait également commencé la série "Expensive Fiasco / Cheap Success" supposée se développer durant dix ans et documentant la position de l'artiste sur le dite Artfacts.Net en contredisant la logique économique habituelle puisqu'elle avait décidé que plus elle montait dans le classement, moins ses prix seraient élevés et réciproquement.


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