Monday, March 07, 2011

Revenir sur Les Revenants

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De haut en bas : Hans Baldung, Ingres, Girodet, Fantin-Latour

Le goût immodéré de LBV pour la série True Blood, pour les démêlés des vampires et du Stade du Miroir, dans une chaîne reliant Jacques Lacan, Slavoj Zizek et Jalal Toufic (auxquels LBV s'est à son tour enchaînée lors d'une skype-conférence avec l'école des arts de Brême sur ce sujet)... bref l'actualité de ce que l'anglais nomme Undead, l'a précipitée dans la toute petite mais remarquable exposition du Louvre. Celle ci accompagne, plutôt qu'elle s'accompagne d'un cycle cinéma/conférences, puisque d'emblée la dimensions spectaculaire du spectral est annoncée. Il s'agit d'un dialogue constant avec " la littérature (...) le théâtre, ballet et spectacles lumineux, telles la lanterne magique ou la fantasmagorie." Transposées dans le monde contemporain, ces revenants deviennent l'image-même du "passage à l'image" si on extrapole la reprise, par Marcella Lista (la commissaire), de l'idée d'Avital Ronell selon laquelle les medias sont hantés.
Ainsi, les panneaux explicatifs qui interrompent l'exposition des dessins empruntent à la médiation du théâtre, de l'épopée, de la littérature allégorique, voire du faux littéraire (Ossian)l . La première séquence présente le/a mort qui se lève ( Jacopo Bellini, 1450); qui danse ou qui saisit le vif, qui s'immisce en tiers dans le raptus amoureux (Hans Baldung, 1505), qui se fait momie (Claude Gillot). La seconde voit l'ombre apparaître et "doubler" le songe :  celle d'Hector pour Enée (Girodet), celles des foules diaphanes accumulées dans les deux dessins d'Ingres pour le Songe d'Ossian. "Entre le spectre!"(Hamlet) et la tache brune gagne chez Delacroix, le spectre de la trame envahit la frontalité du papier chez Fantin-Latour lorsqu'il illustre les Troyens de Berlioz. "La femme", qui n'existe pas, comme chacun sait, devient ici, via une citation de Rachilde, femme voilée : plaçant la mort et les angoisses du XIXè siècle dans la main portée au front de Madame la Mort de Gauguin. La femme voilée n'est plus un "dessous" de la peinture (Balzac, le Chef d'Oeuvre Inconnu) : elle se fait trame, grisaille, interférence dans le processus de communication. Ainsi, les fantômes photographiques d'Agnes Healy font intervenir ou plutôt revenir le découpage et le montage comme friture dans la transmission.

C'est ainsi que se représentent des corps sans corps, ceux qui n'ont plus de sang (vampires) ni d'incarnat pour en rougir : contours emplis de noir ou de blanc, enveloppes, découpages, détourages, voiles, bandages, silhouettes, monopolisant les ressources de l'artifice, de la fabrique de l'art.


Au centre de l'exposition, une rareté, la série de plaques mécanisées, datant du début du XIXe  siècle provenant du musée Gassendi de Digne-les-bains: celui-ci s'est notamment spécialisé dans les "lanternes de peur". On désignait, d'ailleurs sous le terme de fantasmagorie, cette forme d'art qui, dès la fin du XVIIIè proposait une représentation fantasmatique, magique, tonitruante et environnementale du dialogue avec les morts, avec fantômes optiques en tous genres et illusions d'échelle, grâce auxquelles (par exemple) un squelette semblait s'avancer vers les spectateurs en agitant sa faux. Le plus célèbre de ces artistes-illusionnistes, le belge Gaspard Robert dit Robertson, avait également concocté les  portraits cadavériques de Lavoisier, Voltaire, Rousseau ou Robespierre projetés sur de la fumée ou ces plaques mécanisées dont les articulations en laiton permettent de faire bouger des parties de verre mobiles ou des lames de mica peint à la main. La fantasmagorie resta une référence durant tout le XIXè siècle: Mary Shelley l'adapta, parait-il pour son "Frankenstein, the Modern Prometheus" (http://artsciencefactory.fr/2011/03/02/magie-de-la-lanterne-de-peur/). Les plaques exposées au Louvre, "incunables de l'animation" viennent tout juste d'être restaurées (et elles ont fait l'objet d'un spectacle fantasmagorique le 6 mars), malheureusement sans trace de leur lanterne magique.

Au Louvre, salle d'actualité des arts graphiques  (la " 33")
Ci-dessous, et au programme:
-JEUDI 10 MARS CONFÉRENCE À 18H30 L’esprit revenant. Allées et venues des morts par  Yves Le Fur, historien de l’art, musée du Quai Branly, Paris
PROJECTION À 20H30
Rituels et transes 
Séance en collaboration avec la Cinémathèque de la Danse 
- VENDREDI 11 MARS-CONFÉRENCE À 18H30
Hypothèses d’un corps entre deux mondes par Olivier Schefer, philosophe, université Paris-1
PROJECTION À 20H30
Carnival of Souls de Herk Harvey
- SAMEDI 12 MARS 
15h Le Moulin des supplices ( Il mulino delle donne di pietra) de Giorgio Ferroni
Italie/France, 1960, 94 min, vidéo, vostf   séance présentée par Kiyoshi Kurosawa.
17h  Les Innocents (The Innocents)  de Jack Clayton Grande Bretagne, 1961, nb, 99 min, vostf
. Séance présentée par Kiyoshi Kurosawa.
- DIMANCHE 13 MARS
15h Séance (kôrei)  de Kiyoshi Kurosawa
Japon, 2000, réal., 97 min, coul., vostf 
17h : Rencontre avec Kiyoshi Kurosawa
18h  Yotsuya Kaidan : Oiwa no borei de Kazuo Mori
Japon, 1969, 93 min, vostf 
-VENDREDI 18 MARS- Conférence à 18h30
Gestes survivants  par  Georges Didi-Huberman, historien de l’art, École des
hautes études en sciences sociales, Paris
PROJECTION À 20H30
The Last Man on Earth  de Ubaldo Ragona
E.-U./ It. , 1964 nb, 86 min, vostf
SAMEDI 19 MARS :
PROJECTION À 17H
Le mort-vivant (Dead of Night)
de Bob Clark
Etats-Unis, 1974, coul, 88 min, vostf
Précédée d’une présentation de Jean-Claude Lebensztejn,
historien de l’art, Paris. 
- DIMANCHE 20 MARS-CONVERSATION À 15HPolitique des morts-vivants, figures de l'autorité et formes
de la domination
par Nicole Brenez, université Paris-3, Olivier Schefer, université
Paris-1, avec la participation de  Hamé du groupe de rap La
Rumeur.
PROJECTION À 16H30
Le Jour des morts-vivants (Day of the Dead)
de George A. Romero,
Etats-Unis, 1985,  coul, 102 min, vostf 
- LUNDI 21 MARS CONFÉRENCE À 18H30 Vampires : la communauté qui vient
par Boris Groys, philosophe et historien de la culture visuelle,
New York University/Courtauld Institute, Londres
PROJECTION À 20H30
Aux Frontières de l’aube (Near Dark)
de Kathryn Bigelow
Etats-Unis, 1987, coul., 95 min., vostf 
- MERCREDI 23 MARS- CONFÉRENCE À 18H30 Ghost dance par Philippe-Alain Michaud, historien de l’art, musée national
d’Art moderne, Paris 
PROJECTION À 20H30
Dead Man de Jim Jarmusch
E.-U./ All. / Japon, 1995, nb, 121 min, vostf
Et surtout, le VENDREDI 25 MARS    « Faces à faces » : rencontre d’art contemporain à 20h 
« Dans » le labyrinthe   Conversation entre  Walid Raad, artiste, New York, et  Jalal
Toufic, artiste et penseur, Istanbul, accompagnée par  Omar  Berrada, critique, Paris

1 commentaires:

Anonymous said...

Bizarre ce Girodet, on dirait un Füssli sec. Lola