Tuesday, March 29, 2011

Los Angeles, MOCA, L'illusion comique de William Leavitt




William Leavitt, de haut en bas : Painted Image, 1972; California Patio, 1972; Solvent Molecule (1995); Lure of Silk (1975), Spectral Analysis (1977), Cutaway View et Manta Ray, 1981 @MOCA &Brian Forrest

Avant de rédiger sa page londonienne, LBV aimerait signaler à chaud une exposition pourtant regardée postérieurement (sachant qu'on se fout complètement de la chronologie de ses visites): celle de William Leavitt, Theater Objects au musée d'art contemporain de Los Angeles- alors que se prépare, dans l'autre bâtiment ('temporaire/contemporain") de ce même musée, une exposition sur le graffiti (Art of the Streets) qui a déjà fait l'actualité: on se souvient qu'un mural de BLU, peint en facade et représentant des cercueils enveloppés dans des billets d'un dollar, a été effacé ("pour ne pas déplaire aux vétérans de guerre dont un centre est proche du musée" selon le directeur du Moca) juste après qu'il avait été terminé, lui permettant ainsi de figurer dans le catalogue...
Mais revenons à Leavitt (né en 1941). C'est une résurgence (même s'il fut montré à l'expo beaubourgeoise sur Los Angeles), qui permet de retrouver et de repenser l'art conceptuel californien de la fin des années 1960 (avec Bas Jan Ader, Michael Asher, John Baldessari, Bruce Nauman, Allen Ruppersberg, Edward Ruscha....) et d'y intégrer l'influence considérable qu'eut Leavitt sur des artistes comme Jack Goldstein ou Raul Guerrero, alors qu'il était assistant du doyen de l'école d'art Chouinard . On peut désormais reconnaître également qu'il a marqué la génération des "Images", des années 1980, avec le même Goldstein mais également avec Mike Kelley, Sherrie Levine, Richard Prince ou James Welling... Outre les qualités qu'on leur connaît, ces artistes, en effet, se sont grandement intéressés à la part du "vernaculaire" dans ou avec l'architecture moderniste de Los Angeles et de l'intrication des deux dans les fabrications narratives de la cité des anges.
On raconte qu'arrivant à Los Angeles en 1965 pour y faire ses études d'art, Leavitt avait dù terminer son entraînement de réserviste dans un lieu situé à l'arrière d'un studio de cinéma, découvrant du même coup l'effet de réel et la facticité des "maisons parfaites"du récit hollywoodien : les mécanismes de fabrication de l'artifice ont ainsi fondé, son "Illusion comique" et la théâtralité de ses montages photos comme de ses installations (California Patio, l'une des premières, utilise la porte-fenêtre coulissante). Pour la plupart, celles-ci délimitent une scène, qu'il y ait eu performance ou pas, en deça ou au delà du récit. Ainsi l'une de ses premières (d'ailleurs accompagné d'une pièce de théâtre), Spectral Analysis, avec son canapé, son lustre, son rideau tenu, comme le bout de mur perpendiculaire, par un praticable à contreforts muni de coussins (un signe distinctif, il y en a partout). Un éclairage de scène lui donne l'aspect et la couleur du rainbow flag, ou plutôt ici du spectre télévisuel, alors qu'une télé sur une table basse à côté du canapé fait l'effet hypnotique d'une boule à facettes, avec cette image en noir et blanc d'un diamant qui tourne sur son axe. Le cadre quotidien est transfiguré en boîte de nuit, en récit d'aventures, alors que rien ne se passe, sinon le bruit lointain et répété du trafic automobile.
La vision de ses séquences photographiques des années 1970 permettent d'éclairer le dédoublement dramatisé des installations ou tableaux. Les premières organisent -justement- un ordre, à partir de l'arbitraire du choix des objets photographiés comme de leur mise en rapport, hasardeuse et pourtant productive, narrativement. Les tableaux, quant à eux, sont souvent exposés en étant accrochés contre un bout de mur-cimaise : local professionnel (avec sa sempiternelle plante verte) ou bien fragment récupéré d'un décor de série télé? On se souvient du bruit que fit l'article de Michael Fried, dans artforum en 1967 expliquant que l'art contemporain se rapprochait dangereusement de la condition du théâtre; c'est aussi le contexte qui explique le parti-pris radical de Leavitt, qui, loin pourtant du minimalisme, offre une série de mises en scène au modernisme. Chez lui, c'est "art and objecthood", version ultra-caustique.
A partir des années 1980, l'artiste s'est tourné vers la dépiction de Los Angeles, ses maisons, ses patios et ses bribes d'esthétique science-fictionnelle (la tour de contrôle de l'aéroport LAX, par exemple), préférant la quotidienneté de paysage urbains, dont il sait assez bien montrer l'intersection stylistique avec les cinémas de genre ou les séries télé (Solvent Molecule) . Dans son installation la plus récente, de 2009, qui ouvre ou ferme l'exposition (selon par où on y entre) où deux fragments de murs de fausses briques artificiellement disjointes et par ailleurs munies des mêmes contre-forts qu'ailleurs, accompagnés l'un d'une plante verte et l'autre d'une table munie d'une lampe rétro, semblent s'écarter sur une machinerie de tuyaux et de sphères en plastique transparent rappelant une molécule (ou une version réduite de l'atomium de Bruxelles), accompagnés de bruits aigres de pompages, de cliquetis et d'air pulsé. Rien ne se passe, bien sûr, sinon l'impression d'incursion voulue dans le laboratoire d'un Jekyll ou d'un Hyde. Et oui, bien sûr, on pense aussi à Hans Peter Feldmann.








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