Tuesday, March 15, 2011

Leo Steinberg (1920-2011): la critique et ses "autres critères"


Si on apprend avec surprise la mort de Leo Steinberg, c'est qu'on n'avait pas vraiment entendu parler de cet éminent critique-historien d'art (hé oui!) depuis quelque temps. Le nom de Steinberg, en effet, est lié à l'un des plus importants articles analysant le tournant, sinon épistémologique, du moins perspectif de l'art des années 1950-60, avec l'idée du "flatbed" ('lit à plat") contenue dans l'un des articles de ce livre fondamental : Other Criteria.
Empruntant le terme à la presse d'imprimerie, où il désigne un "lit horizontal sur lequel repose une surface à imprimer"Steinberg analyse la nouvelle horizontalité comme plan pictural où des "choses", qu'il s'agisse de peinture avec Pollock mais surtout d'empreintes, d'objets... avec Rauschenberg et Dubuffet, vont constituer le tableau en un plan opaque, contraire à la simulation d'un champ de formes vertical. Steinberg retourne, en quelque sorte, le tableau en table tout en avertissant qu'il parle surtout d'"images psychiques"- mais il augure également d'un "changement radical de sujet", une rupture avec l'art depuis la Renaissance, qui passe selon lui de la nature à la culture (The flatbed picture plane, in Other Criteria, livre de 1972).
Ce qui est intéressant avec Steinberg, un critique à part, c'est précisément cette position marginale qu'il a occupée par rapport au dogme Greenbergien (qui lui valut d'être ultérieurement publié par October) mais également par rapport au formalisme de l'histoire de l'art. Il est passé du contemporain à la Renaissance (dernières oeuvres de Michel Ange, Borromini, Lippi...) au "retour de Rodin" (chez Macula), repassant par ce morceau de bravoure qu'est La sexualité du Christ dans l'art de la Renaissance et son refoulement moderne (Gallimard)- Aurait-il pu publier ce livre aujourd'hui, sans se mettre les associations cathos à dos ?
Né à Moscou en 1920, émigré à Berlin, puis à Londres où il étudie la sculpture et la peinture (Slade), Steinberg se retrouve à New York, travaille comme traducteur, puis comme critique, plutôt pour des publications de gauches comme Partisan Review. Il découvre Pollock, de Kooning et se met à des études d'histoire de l'art, obtenant un PhD de l'Institute of Fine Arts en 1960. Steinberg lancera ultérieurement le programme d'histoire de l'art de l'université CUNY, en 1971- et enseigne à Stanford, Berkeley, Princeton, Columbia, Harvard, terminant sa carrière à l'Université du Texas, à laquelle il donnera sa collection de 3200 estampes (2002). Il a également été le premier à recevoir un prix de littérature pour son travail de critique d'art.
Steinberg a beaucoup écrit sur Picasso (et la sexualité), sur Jasper Johns, mais on retiendra aussi ce texte mémorable : Contemporary art in plight of its public, qui concerne le risque dans l'art contemporain et l'angoisse nécessaire qu'il provoque sur le public...

à lire, la conférence de Leo Steinberg à la séance du College art association, 2002, en son honneur sur le site du Brooklyn Rail
http://www.brooklynrail.org/2006/06/art/leo

1 commentaires:

Anonymous said...

Merci, très intéressant Lola