Thursday, January 27, 2011

Dennis Oppenheim, 1938-2011




De haut en bas : Annual Rings, 1968. Attempt to Raise Hell, 1974. Device to Root out Evil, 2007. et Bus Home 2002.

L'homme qui, naguère, se laissa brûler par le soleil pour laisser sur son sternum le "blanc" des pages d'un livre (Reading Position for Second Degree Burn, 1970)  : voilà l'image, presque obsolète d'un travail du corps et sur le corps, qu'on garde précieusement. Elle appartient aux "Bodyworks" anciens de Dennis Oppenheim, qui le placent, d'ailleurs, aux côtés de l'art féministe du début des 70's. Dennis Oppenheim, né en 1938 à Electric City, Washington, étudiant à Stanford University, commença dès son arrivée à New York lorsqu'il entreprit, en même temps que Smithson et Heizer, les premiers "earthworks": des interventions hors de l'atelier, dans des sites naturels. Ainsi dans Contour Lines Scribed in Swamp Grass (New Heaven Project), 1968, les lignes d'une montagne sont prélevées, agrandies et projetées sur un terrain marécageux avoisinant. Des copeaux d'aluminium fixent les cercles concentriques ainsi projetés. L'oeuvre est ici éphémère, elle s'arrête avec un coup de vent, elle se conjugue parfois "à cheval sur le temps".
Annual Rings, 1968, est fait de cercles concentriques tracés dans la neige, de part et d'autre d'une frontière (Canada, Etats-Unis) entre deux fuseaux horaires ; Time Pocket redessine cette ligne sur la glace d'un lac gelé, grâce au parcours de l'artiste en motoneige.  Oppenheim mêle ses empreintes à celles de son fils  (Identity Stretch (1970/1975) et son intérêt marqué pour la mesure de l’espace transparaît au sein de différents modes opératoires : redoublement d’une surface par un tracé dans la neige (Garage extension, 1969), exploration nocturne d’un lieu par l’ombre étirée de son corps éclairé par une lumière forte et par l’expression répétée d’un son ( 2000 Shadow Projection (1972)). Mais Oppenheim se refuse, comme il dit, à être  un "signature artist", l'homme d'un seul projet esthétique et surtout, d'un programme préconçu, d'une progression ou d'un approfondissement systématique (cf.interview YouTube). 
On le retrouve, non seulement, sur le terrain de la sculpture et de l'installation, de la vidéo et de la performance mais également de la mécanique (ses "Machine Pieces" des années 1980) et de la pyrotechnie ; ou au rayon des "machines affectées" selon le titre d'une exposition (Didier Semin, Ramon Tio Bellido, 1986) bien avant Cattelan. On se souvient ainsi de l'extraordinaire  Attempt to Raise Hell (dès 1974): une marionnette argentée en costume tape périodiquement son front contre une cloche trop grande pour elle. Nombre d'artistes comme Thomas Schütte, s'en souviendront.
Oppenheim, quant à lui, se tourne vers la transformation d'objets quotidiens. faire un noeud avec une cheminée, par exemple A l'instar de Vito Acconci, il s'est dirigé vers la dimension architecturale, publique de l'art.  "La fonctionnalité et le design" voilà ce qui l'excite--le durable, le rapport social de la commande, aussi. "Public art is still a frontier", écrit il dans Artforum. Ainsi les titres évocateurs: Jump and Twist, 1999, Wave Forms, 2007, et en 2005 Flying Gardens. Ce qui ne veut pas dire que  l'artiste s'est assagi : Device to Root Devil, en 2007, une église tenant sur la pointe de son clocher construite, pour la Biennale de Venise, n'a jamais trouvé de destination et sa condition "inconfortable" a mené l'artiste à donner la sculpture à son université, Stanford, qui l'a d'ailleurs refusée puis à la ville de Vancouver qui fit de même, pour la laisser enfin "dans un site obscur au Canada". Dennis Oppenheim est mort d'un cancer du foie, à 72 ans, le 22 janvier dernier. Il était en train de terminer un projet à Las Vegas "downtown" : une entrée de ville composée de deux énormes coups de pinceau, éclairés, comme il se doit dans cette ville d'un feu d'artifice de lumières colorées formant un arc au dessus de l'autoroute. Le projet aurait du être fini en décembre, et LBV l'aurait alors vu mais l'artiste était trop malade; la municipalité a décidé, cependant, de poursuivre.


 

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