Friday, November 26, 2010

Mark Morrisroe au Fotomuseum de Winterthur













27.11.2010 - 13.02.2011
MARK MORRISROE



Mark Morrisroe, a great well-known/unknown figure from the Boston art world of the early eighties, surrounded himself with a lively, eccentric bohemian art scene that had originated in the punk movement. Already during his school years, Mark Morrisroe published the legendary Dirt magazine together with Lynelle White. In Summer 1981 he performed in the clubs of Provincetown as the “Clam Twins”, with Stephen Tashjian, alias Tabboo!, and made the Super-8 film “The Laziest Girl in Town” that same year. Early on he met Jonathan (Jack) Pierson, whom he photographed again and again. In Pat Hearn, he found an artist friend and close confidante, who stood by his side until his early death from AIDS.

Despite the period of his activity lasting only ten years, Mark Morrisroe left behind a photographic oeuvre whose vitality and opulence is surprising. With this first museum retrospective in Europe, the work of Mark Morrisroe is on the cusp of rediscovery.
His color and black-and-white photographs, gum prints, and elaborately worked “sandwich” prints, as well as his countless Polaroids, show touching moments of intimacy and real friendship. Photographs of lovers, friends, views of New York, still lifes, and also his late darkroom work, manipulated X-ray images of his body wasting away, and irradiated pages from porno magazines all prove how directly and vividly Mark Morrisroe captured his life.

The exhibition, curated by Beatrix Ruf and Thomas Seelig, is a collaboration between Fotomuseum Winterthur and the Estate of Mark Morrisroe (Ringier Collection).

We thank The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts for their support.

Comprehensive monograph accompanying this first major retrospective:
Mark Morrisroe, edited by Beatrix Ruf and Thomas Seelig, JRP-Ringier.

On Sunday, November 28, 11.30 a.m. to 1.30 p.m. the event A Tribute to Mark Morrisroe will take place. With Jack Pierson, Elisabeth Lebovici, Stuart Comer, Gail Thacker, Frank Wagner, Ramsey McPhillips, Teresa Gruber, Beatrix Ruf and Thomas Seelig.

Monday, November 22, 2010

La Biennale de Berlin 2012: appel public aux artistes

" Les artistes ne sont généralement pas interrogés sur leurs opinions politiques. Mais cette fois-ci, c'est différent. À mon avis, tous les artistes incarnent des opinions politiques spécifiques, même s’ils ne veulent pas l'exprimer explicitement. Il existe une règle tacite pour les artistes qui consiste à concevoir un art dit politique à partir d'une position politique non identifiée tout en restant neutre, même s'il est évident qu'ils ne le sont pas... " (Artur Żmijewski. La suite, plus bas)

- Dans le cadre de la 7è biennale de Berlin en 2012, dont le commissaire est l'artiste Artur Żmijewski, les artistes du monde entier sont sollicités pour envoyer leur dossier (pas plus grand qu'un format A3, images imprimées, données digitales, DVDs , PDF en A4 ou fax. Pas d'originaux. Toutes langues plus une version anglaise)
-Comme la recherche est aussi centrée sur la question de savoir si les artistes se considèrent comme politiques, les impétrants sont également priés d'informer de leur choix politiques ("par ex: droite, gauche, gauchiste, liberal, nationaliste, anarchiste, féministe, masculiniste, ou autres tendances")  ou de leur désintérêts politiques.
Tout ça est à envoyer à Berlin Biennale– Open Call – KW Institute for Contemporary Art
Auguststr. 69 10117 Berlin/GermanyThis e-mail address is being protected from spam bots, you need JavaScript enabled to view it      fax: +49. 30. 24 34 59 88; e-mail: call@berlinbiennale.de

La lettre d'intention du commissaire se poursuit ainsi:
"Notre réalité est façonnée par la politique, ce qui signifie que l'art se conçoit à partir d’elle. Dévoilons ces structures invisibles / cachées, ce contexte indécent de l’art. La politique n'est pas synonyme de lutte pour le pouvoir et de jeux sales, même si les politiciens veulent nous en convaincre. Elle traduit plutôt le langage des besoins collectifs que partagent les hommes.
Nous ne sommes pas seulement des êtres humains, nous sommes des animaux politiques, a dit Hannah Arendt. Décrivons ce que nous faisons en tant qu’artiste d’une manière politique claire. C’est pourquoi je demande cette information à caractère «secret» et «privé». Donnons-lui une forme publique.
Cela ne signifie pas que cette décision repose sur une position politique privilégiée. Non, comme  toujours elle a été prise sur la base de l’intuition et de la confusion. Mais cette fois, l’intuition et la confusion sont légèrement déformées par cet élément politique indéniable. Nous verrons ce qui se passe ». (Artur Żmijewski,)

Sunday, November 21, 2010

surfaces vacillantes et monde flottant : actualité de Robert Breer


"SCULPTURES THAT RESPOND TO THE VIEWER"
A large white dome moves slowly towards you. Touch it, and it mysteriously reverses its direction . This sculpture, Robert Breer's Osaka I, is six feet high and six feet in diameter. It is propelled by a motor which has a forward speed of eleven inches per minute. The sculpture automatically reverses direction when it makes contact with another object. (From Directions in Kinetic Art. by Guy Brett).
La balade des Floats, descendant un chemin de champagne. Illustration dans le catalogue,"Floats" à la galerie Bonino, New York, 1969. Photo: Frances Breer

Robert Breer, Untitled, 1969. Courtesy de l’artiste et gb agency, Paris


Les catégories artistiques n’ont jamais fait qu’exploser. L’exposition du Nouveau Réalisme au musée Reina Sofia, par exemple, en montre magistralement l’embourbant brouillage Plus modestement, celle qu’offre Robert Breer chez gb agency à Paris embrouille un peu plus les cartes, puisque l’artiste-ingénieur-cinéaste d'animation (né en 1926) faisait partie de la galerie Denise René, à Paris, où il participa à la fameuse exposition du « Mouvement » en 1955, lorsqu’il enjamba le « cinétisme » pour partir vers le procès(sus), le contingent, le flottant, glisser vers l'effeuillage de la forme cinématographique (ses fameux « flip-books) et vers le cinéma expérimental. A Madrid, dans l’expo sus-citée, on voit d’ailleurs que c’est lui qui filma Homage to Jean Tinguely’s Homage to New York, 1960. Il était ami de Pontus Hulten, de Tinguely et Billy Klüver comme de de Kenneth Anger, de Brackage et de Kudelka, comme il l’avait été de Kiki de Montparnasse et de Hans-Jean Arp.
Parallèlement à l’exposition solo de Robert Breer au CAPC de Bordeaux, qui vient d’ouvrir, sa proposition, certes plus modeste, chez gb agency décline, non sans humour, le saut à l’élastique de Robert Breer comme une sortie hors du néo-plasticisme, pratiqué à l’époque dans la peinture abstraite européenne et considéré par l’artiste comme trop-absolu-et-ennuyeux.
L' "hérésie" de Breer consista à suspendre le mouvement, ou plutôt à le prolonger indéfiniment, image par image: avec ses films où la ligne et la forme se coursent sur des surfaces entières activées par leur vacillement permanent, aboutissant aux iconiques Form Phases (1954-1956) ; avec ses floats (sculptures en polystyrène motorisées au déplacement impalpable et à la trajectoire aléatoire, notamment présentées au Pavillon Pepsi de la foire d’Osaka, 1970) ; avec ses mutoscopes, « hybrides entre flip books et caméras primitives » et ses inventions de plus en plus folles- dont gb agency présente d’ailleurs quelques propositions, comme changer toutes les 5 minutes le nom des rues (à Miami), par exemple..
Faisant le grand écart, également, la galerie présente un Mural Flip Book de 1964, tableau déjà devenu autre chose, une succession de formes identiques qui ne renvoient qu'à leur devenir image, placé sous trois Clouds de 2010, nuages de polystyrène se déplaçant très très lentement au plafond. C'est une nuée d'air frais dans la galerie.

gb agency, 18 rue des 4 fils, www.gbagency.fr
(cf également "Everything Goes, an interview with Robert Breer" by Michelle Kuo, artforum, nov 2010)

Friday, November 19, 2010

Le courant passe avec Robert Irwin








#8 x 8' Fourfold 2010. 2 x 4 tubes de 244 cm. Vues d'exposition

Robert Irwin, Way out West, Galerie Xippas, 108 rue Vieille du Temple. 75003 Paris.

Après sa magnifique prestation au séminaire "Something.... ", Robert Irwin a inauguré une éblouissante exposition intitulée Way Out West à la galerie Xippas, qui semble devoir heureusement perdurer jusqu'au 15 janvier?. Il s'agit de lumière et d'émerveillement.
http://www.xippas.com/fr/expositions/expositions/detail_146
Ou mieux, des relations entre lumière, couleur, espace telles que l'artiste peut les prodiguer, les donner, les retenir. Tout au long des murs de la galerie sont installées des ensembles de tubes colorés et lumineux. Qui n'ont rien à voir avec ceux de Flavin, par exemple, jouant dans un autre camp, minimal. Ici, les tubes ont été travaillés, (et peaufinés pendant de nombreuses années) de façon à ce que les couleurs se modifient dans l'espace en déclinant, non une identité unique mais une multiplicité d'effets, produits par les passages entre les tons en fonction de leur température et leur densité lumineuse. Concrètement, ça se traduit par une expérience démultipliée de ces oeuvres, comme on le voit pour (cf. plus haut) selon qu'on allume, éteigne ou alterne l'allumage et l'extinction de certains ou d'autres.
Pour un artiste lié au mouvement Light and Space ce n'est pas rien que ce retour, distancié et amoureux à la fois, de l'enfant prodigue passé par tous les stades de l'expérimentation d'un "non-savoir" du monde. Par exemple en 1968, avec le programme Art and Technology comme le raconte Lawrence Wechsler dans sa "Vie " de Bob Irwin intitulée Seeing is Forgetting the Name of the Thing One Sees (1982, republiée en 2008), le mariage virtuel de l'artiste, accompagné de James Turrell et du médecin aérospatial Ed Wortz, directeur des essais de vols spatiaux habités, avait consisté à expérimenter les conditions d'une perception altérée de l'environnement- jusqu'à ce que Turrell sorte brusquement du jeu. Irwin poursuivit, sans doute parce qu'il savait qu'être artiste, au contraire de l'ingénieur, c'était: ... "peindre par dessus ses erreurs. Six mois plus tard, quand on lui demande pourquoi il s'est arrêté là. Parce que ça me semblait juste! -Et sa réponse peut ne pas sembler logique mais (...) elle est raisonnable (...) la différence critique est que l'artiste mesure par intuition, à partir de son sentiment. En d'autres termes il s'utilise comme mesure".... Pour en savoir plus :
http://www.artbabble.org/video/lacma/robert-irwin-and-michael-govan-lacma
http://www.artbabble.org/video/getty-museum/conversation-robert-irwin-and-lawrence-weschler
Wechsler, et d'ailleurs Irwin, aussi, racontent bien volontiers comment l'artiste a gagné sa vie pendant plus d'une vingtaine d'années non en exposant pour le monde de l'art mais en pariant sur des chevaux (danser, jouer aux courses, furent ses activités lucratives), ce qui donne une toute autre saveur à sa position d'enseignant, notamment auprès de Maria Nordmann, Larry Bell, Ed Ruscha ou Vija Celmins, entre autres (et Bob Irwin a changé la vie de nombre d'artistes). Et c'est évidemment quelqu'un qui n'a jamais cessé de penser aux potentialités de l'art, ne serait-ce que dans les petites expériences répétées de la vie quotidienne, lorsqu'en "se levant le matin, on change sa chaise de place, pour recevoir le reflet du soleil en prenant son petit déjeuner". Rien qu'à écrire cette phrase, on vérifie, que, pour lui, ce n'est pas la révolution qui vous transforme, c'est la transformation qui vous révolutionne. ..

So Cal Swing

So Cal Swing
2010. 27 tubes de 183 cm. Vues d'exposition

exposition clandestine dans le métro de Paris





Vu dans le métro parisien, dans une même station, le 19 novembre, 14h 30.

Wednesday, November 17, 2010

Les vampires de l'Aubette



Photos: les reflets des décors peints du Ciné-Dancing (et leurs intéressants radiateurs et éclairages). Comme on sait, les oeuvres de Tino Sehgal ne souffrent aucun reflet photographique.

Une bonne occasion de revoir L’Aubette: du moins ce qui en reste, ce qui a pu être restitué de ce complexe sans pareil. Place Kléber à Strasbourg, l’œuvre commune de Sophie Taeuber-Arp, de Hans-Jean Arp et de Theo Van Doesburg, conçue en 1926 et terminée en 1928 (d’où son curieux nom actuel d’Aubette 1928) était destinée aux divertissements : Ciné-dancing, Cabaret-caveau, Bar américain, Foyer-bar, Salle des fêtes, « Five o’clock », salle de billard, Café-brasserie … Toutes ces dénominations un peu surrannées désignent des activités et suggèrent un découpage des temps de loisir ou une « composition », dirait Bruno Latour, qui témoignent des arts de vivre durant l’entre-deux guerres (où l’on pouvait donc, par exemple conjuger ciné et dancing…) L’Aubette, ainsi, désigne tout autant la pointe de la pointe d’une réalité du décor moderne (et pas seulement dans son imaginaire cinématographique, peint ou dessiné) que des façons de se mouvoir au sein de ce décor, d’être l’intérieur – et pas à l’extérieur, comme face à une image- et par là même, au-dedans du monde moderne.
Comment restituer ce passage des arts de vivre en arts vivants ? Tel est sans doute le (gros) souci de la directrice des Musées de Strasbourg, Joelle Pijeaudier. Car L’Aubette n’est certainement plus un lieu vivant. Son escalier (avec les marques: « Dames », « Messieurs » des toilettes, qui ne sont plus utilisables), le Ciné-dancing, la Salle des fêtes et le Foyer-Bar (respectivement de Sophie et Hans-Jean, de Van Doesburg et de Sophie Taeuber pour le dernier endroit) se visitent certes, à jour fixe. Mais les usages, les façons de se divertir, les gestes aussi ont été perdus, balayés avec la destruction du lieu, la guerre et les passages des différentes entreprises récupératrices. Maintenant, il est vide. Et plein. Les décors, leur géométrie, leurs aplats de couleurs, l’éclairage et le chauffage constituant la composition, en question, de ces artistes, il n’est évidemment pas possible de leur proposer de servir de support à une exposition traditionnelle, qui les (re)nierait massivement. Et donc, pour rendre l’Aubette un tant soi peu vivante, ont été appelés à son chevet des artistes vivants, particulièrement ceux d’entre eux ou elles qui viennent de ces disciplines (celles des « live-arts») ou dont les pratiques ne touchent pas au mur, faisant appel au son, à l’immatériel ou à la performance.
C’est d’ailleurs d’emblée là-dedans que nous fourre Tino Sehgal (Londres, 1976. Vit à Berlin). Dans la Salle des fêtes, s’immiscent devant chaque mur-décor des personnes qui resteront presque tout le temps de dos : face au mur sans s’y accrocher, comme s’il fallait d’emblée définir l’usage d’un « monument historique », en respectant cette distance et en la donnant à voir, ou plutôt à vivre. Ces personnes, pourtant, ne sont pas des œuvres, bien plutôt des véhicules d’une parole et d’une série d’attitudes. Qu’elles tombent doucement quand personne ne réagit, ou qu’elles appellent à réaliser d’abord en chuchotant puis en criant « the objective of this work is to become the object of a discussion » en compagnie des spectateurs, la chorégraphie opère, effectivement, une mise en mouvement, une animation des corps, dont la particularité est qu’ils sont tous là pour moi, pour toi, qui entre dans la pièce et qui n’a que ses sens pour garder ce qui se passe en mémoire, ou en faire son deuil, tant pis pour ce qui s’est passé.
L’objectif- celui que pose la phrase dite en chœur- nous semble plutôt ici de faire passer les corps-objets à l’état de sujet, lorsque chacune ou chacun prend la parole. (Chez Marian Goodman, l’an dernier, il se pouvait qu’on reconnaisse dans l’une ou l’autre de ces corps, telle ou tel juriste ou philosophe connus pour leurs inépuisables possibilités d’improvisation). Mais cette parole, qui donne une certaine autonomie aux performers parlant, semble-t-il, à leur guise, produit-elle une subjectivation ou une objectivation de l’usage de la Salle des fêtes?
En tout cas, elle rejoue le cadre abstrait/concret des lieux. Une deuxième occupation, celle du Ciné-dancing par un corps sans paroles, qui se déploie ou se contracte sur le sol comme un ver luisant au ralenti, donne, à la construction « en diamant » des carrés ou plutôt des reliefs colorés dynamisant sols et murs (+miroirs et lumières), le bio-morphisme qui l’accompagnait, peut-être, auparavant : celui des corps muets et cinématographiques, ou celui des danseuses et des danseurs, peut-être aussi, imaginons-le, agglutinés dans la danse de façon à former une forme monstrueuse et soudée à quatre jambes et deux dos. Mais surtout, elle souligne l’association entre l’abstraction et les corps, que le modernisme a peut-être égratigné mais que le féminisme, les études de genre ou queer ont fait sauter en pleine figure de l’histoire des arts.
En tout cas, dans le sous-sol de l’Aubette, le Cabaret-Caveau disparu, où régnaient autrefois des organismes sans organes, ces formes colorées ondulantes de Hans-Jean Arp, est réveillé par la choréographie plus élémentairement sexuelle proposée là.
Reste une troisième pièce, qui porte une parole incongrue et contractuellement actualisée tous les jours dans le Monument Historique. On n’en dira pas plus, d’autant qu’elle peut ne pas se remarquer. L’Aubette fonctionnera-t-elle ainsi ? « The objective (of this work) is to become the object of a discussion. »
Jusqu'au 23 décembre. Visites du mercredi au samedi de 14 à 18h. Place Kléber, Strasbourg, 0388 52 50 00. Tram : "Homme de Fer".

Monday, November 15, 2010

Infamous Carousel tourne et manège.



Terre, Pauline, Manabe Daito

Il y eut un formidable quartette de performances donné samedi soir à Bobourg sous l'égide d'Infamous Carousel, dont s'occupe Jos (abréviation de Joséphine), qui en est d'ailleurs à sa sixième édition et qui poursuivra ses aventures la semaine prochaine au Palais de Tokyo (en partenariat avec Nova et Poptronics).
Un duo japonais attendait sagement que la salle se remplisse, pour incarner facialement les expériences de Daito Manabe avec l'électricité, poursuivant les manoeuvres de G.B Duchenne de Boulogne avec ses baillements, ses tics et ses tocs. Les sons tirés des ordinateurs, grâce à une machine de sa fabrication, ont été immédiatement convertis en grimaces électrisées sur les visages filmés des deux protagonistes, celles-là étant suscitées par l'implantation d'électrodes sur le visage, les sourcils et en finale, la bouche. La double représentation s'est imposée, produisant des rictus à la fois similaires et dissemblables.
Ensuite, ce fut au tour de Lucyandbart, duo australo-néerlandais et de leur aide, c'est à dire leur modèle Thibaud, alternativement couvert de copeaux de bois, de pustules bleu Klein et de mousse peinte (difficilement) en bleu, et photographié en direct-live.
Mais Terre Thaemlitz, en chemise de jean et jupe de sa mère, s'était déjà assis/e devant une table de mixage low-tech, d'où Terre lut, feuillets en main, aggrémentés par quelques images sur grand écran et plusieurs auditions d'interviews faites à la va-vite sur un enregistreur md, sa conférence sur la délicate question du transgenre et de la migration ("Trans-Sister Radio", drame radiophonique electroacoustique, développé à l'origine pour la Hessischer Rundfunk).
En d'autres termes, comment fait-on à la frontière, lorsqu'on n'a pas le passeport de son genre manifeste? "Beaucoup de transexuels ayant déjà fait leur transition, et dont le pays interdit le changement de genre, recourent à un habillement asexuel, comme des joggers ou autres déclarations vestimentaires anti-mode, comme une sorte de "drag" révolutionnaire, espérant de passer en tant que l'homme ou la femme qu'ils étaient autrefois. Ou, dans certains cas, ils utilisent des faux passeports assortis à leur apparence. Tout cela donne un sens nouveau au terme "pass control", dit Terre, "Transgendered MTF(TMTF...),". Terre a débuté et fermé sa lecture sur son cas personnel/le: quel est le sexe opposé d'un/e transgenre, lorsqu'on doit se marier pour obtenir des papiers et, ainsi pouvoir travailler--au Japon par exemple où un travail à plein temps se justifie dans la monstration d'une identité normée.
Et puis, Pauline Oliveros se mit son accordéon électronique en bandoulière et le fit respirer.
Deux énormes inspirations...Et après avoir tiré de son instrument les sons d'une guitare basse (dont on dut bien se rendre compte qu'elle n'existait pas) Oliveros se mit à improviser, à la fois dans le langage de l'accordéon et dans celui d'autres musiques et d'autres sons-- de multiples illusions de claviers et de timbres--tout en maintenant ses pieds sur une série de pédales, servant habituellement chez elle de retours et de modulations de hauteurs. Cyber-jazz, musique électroacoustique et folklore se sont répondus, interpellés, mélangés, le corps de l'artiste marquant parfois comme une surprise, le temps d'une résonnance, peut-être pour elle, encore inédite. "Cela fait 70 ans que je m'étonne", expliquait-elle à l'issue d'une prestation stupéfiante.
Peut-être tirait-elle un peu sur les années mais il est vrai que Pauline Oliveros, qui travaille à la fois l'électronique et l'accordéon depuis les années 1960 a acquis un statut culte de musicienne avant-gardiste, non loin de John Cage, avec lequel elle a partagé une passion pour le hasard jamais aboli. Surtout, elle a tenté, dès ces années, de travailler l'électronique comme un système nerveux, comme une musique intérieure du corps. Cf son interview par Cory Arcangel dans Bomb magazine : http://bombsite.com/issues/107/articles/3268

Friday, November 12, 2010

Wednesday, November 03, 2010

Le degré Chéreau (*)

Sur les affiches, Patrice Chéreau est cadré, du point de vue de son visage, en filiation d'une célèbre photo de Sigmund Freud. Le sujet supposé savoir vous offre sa tête. Est-ce de cela qu'il est question dans la carte (gold) offerte par le Louvre au metteur en scène?
En tout cas, il s'agit de rapprochements- entre le Louvre et Chéreau, entre certains tableaux et certaine photographe, Nan Goldin ayant été mise à contribution. Mais au lieu d'une collaboration, il semble que la sauce ait tourné entre la plasticienne et le metteur en scène, si l'on en juge par la distance physique de leur éloignement au Louvre : le diaporama de l'une se voit sous la pyramide, tandis que pour les expos de Chéreau, il faut franchir l'intégralité des salles de peinture Française, depuis le Portrait de Jean Le Bon et l'art gothique d'Henri Bellechose, et en passant par les grandes machines de Le Brun, jusqu'à Fragonard, Greuze, La Raie de Chardin et Vigée-Lebrun, dans la cour Carrée.
Peut-être la monstration eût elle gagné un sens si cela avait été le contraire.


L'invitation à Chéreau, donc, se tient salle Restout, à la place des grands formats XVIIIè. Elle est muséographiée par Peduzzi, complice de Chéreau depuis leurs débuts en 1968. Elle est bourrée de chefs d'oeuvre estampillés : L'homme au gant du Titien, un autoportrait de Tintoret, le Christ Mort de Philippe de Champaigne, L'origine du Monde de Courbet, une étude de membres coupés opérés par Géricault, des photos de Nan Goldin, un Leiris par Bacon, un Nu Noir de Fautrier -et quelques Flandrin en guise de clin d'oeil. Pour le Louvre, Chéreau est incontestablement un bon client.
Ca s'appelle les visages et les corps, mais en guise de corps à corps (ou de tête à tête), il s'agit plutôt ici d'un powerpoint (au sens littéral: un pointage de pouvoir) de luxe. Les associations peinture-Goldin-peinture, par exemple, composent ce degré Chéreau d'une iconographie, qui se tient au niveau de la description et de l'expression. Les images accolées, sublimes forcément, sont exemptes de leur tissu historique, vidées de leur histoire et de l'histoire, dématérialisées, c'est-à-dire idéalisées.
Quant à la réflexion collatérale, dans un couloir adjacent, intitulée Derrière les images (suivez mon regard, au secours!!! Georges Didi-Huberman, qui, par ailleurs, s'occupe d'une exposition bien plus sérieuse au Reina Sofia): il s'agit de l'exposition de dessins d'archives de Patrice Chéreau et de ceux de Richard Peduzzi, ainsi que d'oeuvres du père, Jean-Baptiste Chéreau, introduite et terminée par Hervé Guibert.
Peut être, si le diaporama de Nan Goldin avait occupé la salle Restout, pendant que les chefs d'oeuvre (se) défilaient dev(i)ant la spectatrice ou le spectateur, dans un lieu moins célébratoire, quelque chose aurait changé. (On pense ici à l'invitation autrefois faite à Damisch par le musée de Rotterdam, où il avait posé d'autres chefs d'œuvre contre des caisses de transport, comme les pièces d'un échiquier potentiellement mobile)...
Cependant, sont mis(e)s à contribution, dans d'autres sites du Louvre : Waltraut Meier, qui va y chanter les Wesendonck Lieder (trop tard! C'est complet); Coma de Pierre Guyotat; Boris Charmatz, Emmanuelle Huynh, Mathilde Monnier ; Daniel Barenboïm, pour y diriger Berg et Stravinsky; le duo de cinéastes Trividic et Patrick Mario Bernard ; ou Girls Tricky de Steve Mc Queen qui y sera projeté. C'est aussi grâce à Chéreau, on aurait mauvaise grâce à ne pas le reconnaître.

(*) Merci à Catherine pour le titre, qui est la seule raison de ce post, d'ailleurs.

Pour le télé-dancing, deux femmes s'y collent ensemble.

Photograph: Rami Zarnger/AFP/Getty Images. Cf. http://www.guardian.co.uk/world/2010/nov/02/strictly-israel-same-sex-couple
Selon le Guardian, la vogue actuelle de la télé-réalité-dansée-avec-les-vedettes-de-la-télé, bref, le phénomène "Dancing with the stars" (ils ou elles sont, en l'occurrence, appariés à des danseurs/euses professionnels), aujourd'hui étendu à de nombreux pays (36) verra ce soir, pour sa version israelienne, son premier couple de femmes s'offrir en partage au dancefloor-télévisuel. Il s'agit de Gili Shem Tov, présentatrice lesbienne out de la télé israélienne, qui a demandé expressément une partenaire pour ses figures, sinon rien. Dans le catalogue des danses de salon où les genres et les rôles sont très marqués ( qui conduit, qui fait quoi), cette prestation devrait donc fournir une élégante alternative, comme le montrent, à Buenos Aires, les extraordinaires virevoltes pratiquées à La Marshall (http://www.lamarshall.com.ar/)

Monday, November 01, 2010

Helen Escobedo, artiste et curatrice mexicaine (1934-2010)

Comme le signalent le site d'artforum et, beaucoup plus complet, celui du Guardian, Helen Escobedo, d'origine mexicaine et britannique et qui se forma à la fois au Mexique et en Angleterre, était une forte personnalité.
Après avoir utilisé le bronze, sous l'égide de son admiration pour Giacometti, la sculptrice avait adopté des matériaux comme la fibre de verre et le PVC et manifesté, dès la fin des années 1960, un intérêt pour l'installation in-situ; ainsi sa Porte du Vent, une structure de 17 mètres de haut alternant des bandes de couleur pour le village des jeux olympiques de 1968 à Mexico City; Signals (1971) une installation de formes en échelle bougeant avec le vent, sur le port d'Auckland; ou encore Coatl (1980), à l'université nationale autonome de Mexico (UNAM), faite de poutrelles d'acier peintes en rouges oranges et jaunes.
Entre 1961 et 1978, Helen Escobedo fut la directrice du musée et galeries d'expositions de l'UNAM et elle fut aussi, par intermittences la directrice du musée d'art moderne à Mexico. Tout en se plaignant de l'intrusion de la bureaucratie ou du marché, elle accentua particulièrement l'aspect éducatif de l'institution.
Son anti-américanisme lui inspira plusieurs oeuvres. En 1991 à l'époque de la guerre du Golfe, elle suspendit des centaines de pantalons tachés de sang à l'UNAM et plus tard elle porta une flotille de noix de coco armés de barbelés (représentant les immigrants mexicains) sur plage de Tijuana, à la frontière US.
Son livre Mexican Monuments: Strange Encounters (1989) realisé en collaboration avec le photographe Paolo Gori, fait voisiner les statues des héros et les fabrications utilitaires, par exemple un monument aux égoûts, construisant une filiation avec les artistes mexicains d'aujourd'hui, sur le fil du déchet et du réemploi.