Friday, October 29, 2010

Cinema queer et lesbien et + si affinités : de la fondation Ricard au Latina en passant par Cineffable... et"FP" à la télé




A la Fondation Ricard, vendredi 19h, et en l'honneur de la revue Petunia, les artistes Pauline Boudry/Renate Lorenz présentent leurs travaux récents, dont "Salomania", "Charming for the Revolution" (photo ci-dessus) produit pour le festival autour de Jack Smith à Berlin en 2009, ainsi que leur production autour de la danse épileptique intitulée "Contagious".

Puis, les 1 et 2 novembre, Cineffable se déplace à Reuilly, dans une version très reserrée, avec un hommage aux 40 ans du Mouvement de Liberation des femmes et à Carole Roussopoulos.

Ensuite, le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir présente en avant-première le film de Barbara Hammer,"Love / Other. The Story of Claude Cahun and Marcel Moore"; Etats-Unis, 2006, 55 min, le jeudi 4 novembre 2010 à 20h au cinéma Le Nouveau Latina


Et enfin, ne pas oublier le Craneway Event de Tacita Dean, présenté à Paris, après la galerie Marian Goodman au printemps dernier, à la Cinémathèque Française à partir du 8 novembre.

A ne louper sous aucun prétexte, l'innénarrable "Fashion Police" sur E—Entertainmnent! (cable) où Joan Rivers (ci dessous) envoie une platrée de vacheries à pisser de rire.




Sunday, October 24, 2010

Séminaire "Something You Should Know" : 27 octobre, Claire Tancons

SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI
Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Nataša Petrešin-Bachelez

Mercredi 27 octobre à 19h
CLAIRE TANCONS : " Des pratiques curatoriales inter-culturelles. Le paradigme du carnaval et le paradoxe de l'art-performance."

Suivant le texte fondateur de Susan Buck-Morss, proclamant qu'on "ne peut penser Hegel sans Haiti", Claire Tancons propose la variante, qui consiste à ne pas penser la modernité sans le carnaval, cet "ordre rituel fondamental de la culture occcidentale" (selon Stallybrass & White), réprimé en Europe et
réinventé dans les Amériques d'après les conquêtes coloniales.

Basée à la Nouvelle-Orléans (USA) en tant que curator, Claire Tancons a orienté ses recherches sur le Carnaval et les notions de "carnavalesque", d'arts de la performance et de la procession, des festivals et des mouvements et défilés protestataires: elle a voyagé dans plus de vingt pays dans les Caraîbes, l'Afrique du Sud et de l'Ouest et l'Europe à ce sujet, afin d'organiser un projet à large échelle en 2013. Elle fut commissaire associée de Prospect.1 New Orleans, qui a été signalée comme l'une des plus
importantes biennales d'art contemporain aux Etats-Unis ainsi que du Contemporary Arts Center New Orleans (2007-9), où elle a notamment organisé City Stage (2008) et Score & Script: Music in Video (2009).

Pour la 7è Biennale de Gwangju (2008), elle a organisé Spring, une procession de 90 minutes avec 200 participants, inspirée par les défilés de protestation et les parades de carnaval. Elle a réitéré cette expérience au sein de CAPE 09, la deuxième Biennale du Cap, avec A Walk into The Night, un
défilé de 60 minutes avec 100 participants, fondé sur les traditions du carnaval dans le contexte de l'apartheid. Claire Tancons est également l'une des fondatrices et curatrices de la Biennale de Harlem, dont la première édition devrait voir le jour au printemps 2012, à New York.

Elle a travaillé, notamment à l'International Center of Photography pour l'exposition Only Skin Deep. Changing Visions of the American Self (2004), au Walker Art Center pour How Latitudes Become Forms: Art in a Global Age (2003) et à la galerie Paula Cooper pour Paul D. Miller aka DJ Spooky’s Path is Prologue: Rebirth of a Nation (2004); pour Artists Space (Robin Rhode: The Score, 2005), The Kitchen (Ralph Lemon: (The efflorescence of) Walter, 2007) et la Rotunda Gallery (Mas’: From Process to Procession, 2007) ; et également à Port of Spain, Trinidad (Lighting the Shadow: Trinidad in and out of Light,2004).

Claire Tancons a écrit des textes pour les revues Nka, Third Text et Small Axe. Elle possède un diplôme en muséographie de l'Ecole du Louvre, un mastère en histoire de l'art du Courtauld Institute of Art, et a participé à l'école curatoriale du Whitney Museum Independent Study Program. Elle a reçu
des bourses d'études du Ministère de l’Education, de l' Institut National d’Histoire de l’Art, de la Fondation Andy Warhol, de la Foundation for Arts Initiatives et du Prince Claus Fund. Elle a récemment donne des conférences à UC Santa Cruz, Göteborg University et l'Institut Courtauld.


De 19H à 21H, À LA MSH, 16 – 18 RUE SUGER, 75006
(métro Odéon ou Saint – Michel)

entrée libre dans la limite des places disponibles.

Programmation et prochains rendez-vous par abonnement à la newsletter
somethingyoushouldknow-request@ehess.fr

patricia.falguieres@ehess.fr
natasa.petresin@gmail.com
EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr
Cespra, 105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38


Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui"
est soutenu par la fondation FABA.

Saturday, October 23, 2010

Klara Lidén "makes space fuck again " à la Serpentine de Londres













 Klara_Liden_Serpentine_Gallery_3653.jpg

Photos : Juan Luis Sánchez (pour le Moderna Museet) Gautier de Blonde (pour la Serpentine), Klara Lidén (Self Portrait with the Keys to the city, 2010), Arno Gisinger (pour le Jeu de Paume).

Range ta chambre!!! c'est ainsi qu'on est accueilli au seuil de l'exposition formidable de Klara Lidén à la Serpentine Gallery de Londres http://www.serpentinegallery.org/2010/09/klara_liden7_october_7_novembe.html. Son premier geste, puisqu'il s'agit ici d'une série de gestes, à la fois architecturaux et très physiques --ou du moins activés gymniquement par l'artiste d'origine suédoise (elle est née en 1979 à Stockholm )-- a en effet consisté à déposer dans le centre d'exposition l'intégralité du contenu de son logement. Serré, empaqueté ça tient dans la première salle. Tout est là, paraît-il, rangé dans des boîtes (livres, papiers disques), cageots, amplis, moniteurs, contigus au lavabo, au matelas, au frigo, au radiateur et à ce vieux vélo dont on a ainsi des nouvelles. Dans un film, qui est aussi projeté à la Serpentine, Klara Lidén lui a réglé son compte, à la bicyclette, posée toute seule dans une chambre berlinoise. Tournant autour d'elle dans une danse vandale, Liden a usé d'un bâton pour lui flanquer des coups, jusqu'à ce que le véhicule s'effondre. Et bang, la bicyclette amputée (ou l'une de ses copines) a aussi fait partie du voyage, en tant que matériau, littéralement récupéré dans l'exposition.
Range ta chambre!!!! c'était aussi le motif de la participation de Klara Lidén au pavillon d'Elmgreen et Dragset à la Biennale de Venise, reprise également à la Serpentine (cf photo) : une chambre cramée, du lit superposé aux tubulures mobilières et aux cageots nus et noircis, où ne restent indemnes que le plafonnier en papier de riz japonais et la porte d'entrée, qui se referme brusquement grâce à une hache. Cette chambre d'adolescente laissait entendre qu'elle avait pris la poudre d'escampette en passant par la cage d'aération.
Mais il y a aussi à la Serpentine une chambre secrète, qui vous est mystérieusement ouverte grâce à une porte dissimulée en un tableau, exposé avec d'autres et fait comme eux de couches d'affiches superposées (cf.photo ci-dessus) : la cave, la caverne, l'abri urbain, la guerre surgissent, mais aussi la ville d'aujourd'hui, Londres ou Paris et tous ceux et celles qui vient dehors, précisément sans abri.
Par sa violence, l'oeuvre de Klara Lidén tient, par exemple, de Cady Noland. Par ses procédés, elle tient également du nouveau réalisme - et elle y tient très fort : de Christo, pour l'empaquetage, à Raymond Hains ou Villéglé pour les affiches en feuilleté de couches. Ici, elles ne sont pas lacérées mais leur couche ultime est couverte au blanc d'Espagne, qui met leur bariolage au placard et les laisse, mutiques, en attente (hello! Bertrand Lavier); on pense aussi à Gérard Deschamps, redécouvert au Reina Sofia de Madrid, pour les plissages et débordement d'affiches, encombrant ici, comme au Jeu de Paume à Paris (où Klara Lidén a exposé précédemment), des ouvertures, des portes.
Mais justement, cette récupération n'a à faire qu'avec les objets exposés, qui tous, ont une histoire, un autre contexte. Ainsi ces épaisses couches d'affiches (U TRY MME, 2002) se rapportent à l'action nocturne, par laquelle Lidén passa toutes les affiches d'un quartier de Stockholm au blanc, durant une nuit, de sorte que les habitants se réveillèrent dans ce contexte silencieux, neigeux, hors du conditionnement urbain. Ces actions architecturales servent ici, en quelque sorte de cadre et de contexte aux films projetés également sur toute la Serpentine- même l'appartement déposé est aussi le théâtre d'une vidéo.
Outre celle du vélo sus-cité on avait adoré ce que Lidén avait montré à la Biennale de Berlin, en 2006 (Paralyzed,2003): dans un wagon de métro, bondissant au milieu des voyageurs immobiles et stupéfaits, elle improvisait une danse sauvage, utilisant les sièges, les range-valises, les rampes et barres du mobilier roulant, pendant trois minutes d'un disque bidon. Autofilmage : lors de l'événement Freaky, à Berlin en 2009, Renate Lorenz et Karin Michalski avaient aussi montré cette video de Lidén où, dans sa cuisine, en casque et en marcel, face à l'objectif qui devient son miroir, elle se boxe la gueule en s'accusant de tous les maux, trop boire, trop penser à elle, trop peu aller voir sa grand mère, et puis retourne à sa vaisselle (Ohyra, 2007).
C'est son dos nu, que Lidén a offert au contraire dans 550 (2004): une video tournée par elle seule dans le bordel intime d'une maison de Brooklyn, dans laquelle l'artiste pénétra pendant que son occupant(e) était absent et qui semble comme mise à sac et fouillée. Elle fait du vélo d'appartement puis se met au piano et chante faux en allemand-anglais-espagnol, dans une sorte de pudeur exhibitionniste qui installe une vague excitation sexuelle pas si lointaine des travaux newyorkais des années 1970-80. Comme l'écrit John Kelsey (dans son texte du catalogue), elle "makes space fuck again".
Le propre et le sale, la propriété et la salle (d'expo) sont ici des éléments consciemment soumis à une réflexion sur le déplacement, depuis le contexte où l'action a eu physiquement lieu jusqu'à celui où elle se répète virtuellement. Cf Kasta Macka, 2009, où, sous trois ponts successifs à New York, Zurich et Stockholm, Lidén jetait des pierres de plus en plus énormes, jusqu'à mobiliser une force physique considérable: dans la répétition, il y a alourdissement, accumulation. Jusqu'à ce que l'artiste claque la porte, tourne le dos et se tire ailleurs.

Wednesday, October 20, 2010

Photo shopping à la Fiac

 Outre Guillaume Durand (se baladant avec une équipe tévé et commentant les Basquiat), la FIAC a -notamment- ressorti General Idea (Giroux-Schipper-Mai 36) Alighiero e Boetti (Tornabuoni, Barbara Gladstone et d'autres) et Lygia Clark (Nathalie Seroussi, avec Pevsner, Soto, Parent Arp et des Scwhitters de derrière les fagots).. Verdict général : c'est très beau.













Un bout d'Alighiero e Boetti; deux des trois Bicho de Lygia Clark, extraordinaires oeuvres sculpturales concrètes à manipuler; un masque d'écorce fondu en bronze de Sherrie Levine, un fragment du Paravent, 2008, de Mona Hatoum; une partouze canine de General Idea, le mur "signature" de Gagosian (ce sont, non pas des artistes femmes mais la vieille rengaine de la "femme (objet) peinte", qui se trouve à l'intérieur) et un Manzoni chez Michael Werner.

Tuesday, October 19, 2010

Séminaire "Something You Should Know" : 20 octobre, Abraham Cruzvillegas

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES (Cespra)
FONDATION MAISON DES SCIENCES DE L’HOMME

SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI

Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Natasa Petresin-Bachelez

Mercredi 20 Octobre à 19H

ABRAHAM CRUZVILLEGAS

De 19H à 21H, À LA MSH, 16 – 18 RUE SUGER, 75006
(métro Odéon ou Saint – Michel)

Né en 1968, Abraham Cruzvillegas, artiste et écrivain, a étudié l'art et la philosophie à l'Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM), où il a ultérieurement enseigné. Alors qu'il était étudiant de Gabriel Orozco, il a participé à cette nouvelle vague de pratiques conceptuelles, qui émergea à la fin des années 1980 et début des années 1990 dans la ville de Mexico City. Depuis, il est devenu l'un des éléments permanents de la scène conceptuelle locale et mondialisée, comme on a pu le constater à la Biennale de La Havane en 1994, à la 25é Biennale de São Paulo en 2002, à la Biennale de Venise 2003, lors de l''exposition "Unmonumental" du New Museum of Contemporary Art (2007), ou au Centre for Contemporary Arts (CCA) de Glasgow en 2008 (cf.http://www.frieze.com/issue/review/abraham_cruzvillegas/). Il a également ouvert en 2010 "La Galeria de Comercio" à Mexico City, un carrefour (très littéralement) de libre intervention artistique.

"Les installations tentaculaires d’Abraham Cruzvillegas sont élaborées à partir d’une profusion d’objets du quotidien ou artisanaux collectés par l’artiste. L’assemblage d’objets aussi disparates surprennent. Mais c’est surtout leur présentation complexe qui nous interroge, les sensations d’instabilité, de flottement voire de vertige sont toujours présentes et perceptibles au premier regard. C’est pourquoi, dans l’espace contrôlé et mesuré des musées, les œuvres d’Abraham Cruzvillegas dégagent toujours un sentiment d’étrangeté."- Ainsi présentait-on l'artiste à l'Atelier
Calder, dont il a été résident en 2005.

Explorant ce qu'il appelle Autoconstrucción (“auto-construction”), Abraham Cruzvillegas s'est inspiré des expériences de son enfance à Ajusco, au Sud de Mexico City, où ses parents comme d'autres migrants ont occupé des lieux réputés inhabitables, chaotiques, qui n'ont cessé et ne cessent de se
transformer. D'où le bricolage improvisé de certaines de ses sculptures (il peut tout aussi bien s'agir de sons ou de film) utilisant des matériaux trouvés tels la laine, des déjections d'animaux, des éléments de mobilier jetés et récupérés, du carton, ses propres cheveux, etc. pour construire des assemblages improbables, inspirés par le chantier permanent de la maison familiale; un lieu où, comme il le dit, "l'efficacité capitaliste ne s'est pas révélée la meilleure stratégie pour les productions culturelles. Comme beaucoup de fabrications spontanées dans le monde, ma maison montre l'évidence d'une profonde disparité sociale dans la distribution des richesses, mais également l'ingénuité et la sagesse qui proviennent de besoins spécifiques". Ces assemblages sculpturaux dérivent aussi dans des
travaux musicaux ou filmiques, par exemple Autoconstrucción: The Film, présenté à REDCAT (Los Angeles) et produit sur le mode de la coopérative militante. Cruzvillegas a tourné, avec des non-professionels, un récit utilisant les vieilles routines du cinéma porno pour construire une histoire
non linéaire, cassant la chronologie pour construire un " portrait abstrait".

Cruzvillegas, qui a vécu trois ans en France, a été artiste en résidence à l’atelier Calder en 2006. Il est invité pour 2010 – 2011 par la DAAD, Berlin.

La galerie Chantal Crousel présente son travail du 23 octobre au 20 novembre
prochains.

Abraham Cruzvillegas est aussi un auteur prolifique, il a publié :
Abraham Cruzvillegas. Autoconstruction: the book. Published by Redcat, 2009 (qui contient la correspondance en forme de « cadavre exquis » entre Cruzvillegas et le légendaire artiste, écrivain et activiste Jimmie Durham),
Abraham Cruzvillegas. Altadis Prize. Actes Sud/ Altadis, France, 2007,
Round de Sombra, Abraham Cruzvillegas. CONACULTA, Mexico, 2005,
The Joy of Energy. XXV Bienal De Sao Paulo, Brazil. Brochure, 2002,
The Polytechnical Artist or the Donkey that played the Flute. El Final Del Eclipse. Madrid, Granada, Badajoz, Spain, 2001,
Tratado de Libre Comer. Moi Et Ma Circonstance. Musée des beaux-arts. Montréal, Canada, 2000,
La Ruta De La Enemistad. Abraham Cruzvillegas, Ediciones Casper. Mexico, 1999.

Something you should know
Quelques mercredis par mois, de 19H à 21H, À LA MSH, 16 – 18 RUE SUGER,
75006 (métro Odéon ou Saint – Michel)
entrée libre dans la limite des places disponibles.
Programmation et prochains rendez-vous par abonnement à la newsletter
somethingyoushouldknow-request@ehess.fr
EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr
Cespra, 105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38

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est soutenu par la fondation FABA.

Twombly pour mémoire, d'Yvon Lambert à Gagosian.

Aujourd'hui, la galerie française de Larry Gagosian, n°1 de l'art selon ArtNews, ouvre rue de Ponthieu, entre Elysée et Tong Yen le resto apprécié de Chirac. Son exposition inaugurale au rez- de chaussée (un étage de la galerie n'est pas public, l'autre est actuellement vouée à une expo Prouvé) est consacrée à des peintures récentes et des sculptures de Cy Twombly.
Pour mémoire, on rappellera que l'exposition inaugurale chez Yvon Lambert, (1986?1987?) lorsqu'il avait déménagé dans sa galerie du 108 rue Vieille du Temple, dans un Marais alors peu fréquenté par les amateurs d'art ou de mode, était .... Cy Twombly.
Il passait alors des références à l'Italie classique, aux graffiti et Virgile...au Romantisme allemand, comme en témoignaient les peintures, sans mots, exposées sur tous les murs de la galerie. LBV l'avait rencontré, alors, pour artpress. Twombly n'acceptait pas les interviews. Elle avait été obligée de broder sur son expression "mood" qui revenait dans ses paroles... Un peu plus tôt, grâce à Yvon, Renaud et William Burke, Roland Barthes avait fait ces merveilleux textes sur Twombly; l'un, si l'on se rappelle bien, servait même de préface au catalogue raisonné de ses dessins.

Sunday, October 17, 2010

Tatiana Trouvé, South London Gallery

Ce qui est formidable dans l'exposition de Tatiana Trouvé à la South London Gallery http://www.southlondongallery.org/page/144/Tatiana+Trouv/485
c'est sa façon "coup de dès" de rejouer à la fois ce qui fait son style, les éléments qui identifient son travail et la mémoire de ceux-ci, pour les emmener dans une production qui n'abolit pas le hasard; sans ressembler pour autant aux autres (par exemple ce qu'on avait pu voir au Centre Pompidou ou au Palais de Tokyo, avec Double Bind). La référence à Mallarmé et à (sa mise en négatif par) Broodthaers n'est pas de trop pour insister, en effet, sur l'espacement que le travail de Tatiana Trouvé met en oeuvre ; physiquement et mentalement.
Très concrètement, il a été ici question, pour elle de rechercher un dispositif spatial, afin de mesurer et, par là-même de mémoriser dans l'espace d'exposition de Londres, les espaces dessinés depuis 1990, qui sont désormais archivés dans le Livre (plutôt le catalogue A Stay between enclosure and Space, publié par le Musée Migros et la South London Gallery ).
D'où la décision, radicale pour le cube blanc de la South London Gallery, d'interrompre la verticalité de son volume pour mieux faire percevoir celle des formes de cuivre dans l'espace (cf. la première image d'une expo, comme toujours imphotographiable) Lorsqu'on entre, on est confronté à une salle assez basse de plafond. Celui-ci est muni d'ailleurs de néons pour mieux accentuer l'incongruité d'une addition qui parait, en fait, un vestige bureaucratique.
Vue depuis l'entrée : la salle d'exposition et son addition qui coupe l'espace.
Ce chapitre d'exposition est muni de dessins, installés horizontalement, comme des aquariums ou des paysages. Leur logique interne est celle de la juxtaposition d'éléments, que le trajet du dessin rend vraisemblables ; deux d'entre eux sont noirs, engloutissant la vision et nécessitant un seuil d'adaptation pour repérer, au sein des strates mates et brillantes, des architectures rémanentes. Par extension, l'étendue dans laquelle on se tient est, d'ailleurs, aussi réelle que fictive-- en tout cas lorsqu'on la mesure au référent du site, cette South London Gallery que personne, ici, pas même les familiers, ne "reconnait".
La salle principale est comme devenue un vestibule, privant chaque spectateur/trice de la vision immédiate et lointaine de l'élancé vertical des formes de cuivre abstraites et minces dans leurs attaches ou leurs branchements. Une expansion qui se vérifie avec retard, en s'approchant, et qui "relève", dans tous les sens, les dessins. Au sol, l'un de ces graphismes écrits dans l'espace semble arrimé à un vieux pneu explosé, moulé en bronze. L'autre arbore au sommet un bout de matière noire; ce qui nous ramène au troisième espace "de derrière".
En effet, derrière ces lignes dans l'espace, Tatiana Trouvé a fait élever un mur d'où descend une cascade huileuse (du vernis) et une ligne verticale (du graphite), capteurs seconds de la verticalité. Cette cimaise cache puis révèle d'autres éléments composant un troisième chapitre: un écho, "une autre topologie de l'espace,(qui) donne la mesure d'une distance d'un mur à l'autre, la dimension et la profondeur de l'espace. Il change la perception. Dans cette exposition, on traverse plusieurs modes de l'univers d'un dessin : le dessin lui-même, le relevé du dessin sous forme de sculpture et le croquis qui fige sa présence dans le lieu.", expliquait Tatiana Trouvé à la revue online Catalogue (www.cataloguemagazine.com/)
On dirait une réserve, un atelier, un lieu où ça fabrique, où ça travaille, où ça plie, où ça incise: tout de suite, un pilier serre contre la cimaise deux coussins qui se recroquevillent. Sont déposés là une série de planches poussées vers le mur, un périmètre surelevé muni d'un tréteau de bois, des sortes de chiffons noirs qui s'accrochent et des traces inscrites à même le mur. L'une d'entre elles, incisée verticalement, porte en son faîte deux petits paquets noircis: on apprendra, par Tatiana Trouvé, qu'ils sont faits de papier plié de façon a conserver la mémoire d'un espace dans ses replis: c'est une bibliothèque d'espaces précaire et noircie, qui semble ainsi empaquetée. Eva Hesse vient, bien sûr, s'immiscer dans ces histoires, et la mémoire de l'exposition des Studio-Works oeuvres d'exposition et en même temps d'atelier, une ambivalence au sujet de laquelle Briony Fer avait avancé la notion de sub-objects- non pas des objets partiels mais totaux ; des fragments cependant privés d'une façon ou d'une autre, de relation objectale pour privilégier la relation spatiale.

"Que ce soit des espaces physiques, des espaces mentaux des espaces de discussions etc. Tout est compris en termes d’espace et cet espace fonctionne un peu comme un cerveau qui n’arrête pas de se modifier et de s’altérer. Dès que l’on y accède, on rentre dans quelque chose qui est sans arrêt en mutation et sans arrêt en changement…", disait Tatiana Trouvé à Hans-Ulrich Obrist. Ce n'est pas pour rien que des opérations de mesure, de proportion, d'indexation se prolongent dans la salle d'exposition.

photo shopping à la Frieze




(Ci-dessus) Laure Prouvost (détail de son installation) chez Mot International; John Bock chez Sadie Coles; Max Frisinger (détail) chez Stuart Shave, Damian Ortega chez Barbican's Curve; ci-dessous, Ugo Rondinone chez Barbara Gladstone.
Les photos de Liz Deschenes chez Sutton Place, Goran Trbuljiak chez Gregory Podnar et un fragment du stand de Hauser &Wirth.





LBV n'ayant aucun moyen de vérifier les informations marchandes circulant ou données à la Frieze art fair (le magazine quotidien gratuit de l'Art Newspaper, par exemple, parlait de "prix sobres" dans son édition parue le jour du vernissage et a poursuivi sur cette ligne d'un retour à l'ordre (du) raisonnable dans les prix et vitesses d'acquisition), elle n'a pu s'empêcher de faire du rangement, en se promenant parmi les travées; et y trouver un furieux retour de récup' 60's, façon "The Art of Assemblage" (1961, MoMA), via l'extraordinaire exposition des Nouveaux Réalismes au Reina Sofia (un prochain post de LBV)
Même Arman semble cité à la Frieze; mais aussi John Latham (auquel Laure Prouvost s'intéresse de près); Kusama, pour Ugo Rondinone; ou les artistes de l'expo Promesses du Passé (Trbuljak, Putrih...) avec, Ion Grigorescu (né en 1945) promu au sein du choix de très jeunes galeries (section "Frame"). Pour un "range ta chambre" radical, on conseille néanmoins d'aller voir Klara Liden à la Serpentine, exposition sur laquelle on reviendra également.
Enfin, l'événement genre somptueux de la Frieze fut l'ouverture de la nouvelle galerie Hauser&Wirth sur Savile Row, la rue des tailleurs de luxe, qui bat les records d'immensité à Londres, avec ses deux salles d'expositions au rez-de chaussée (15000 square feet, on ne parle pas des bureaux et autres espaces de la galeries) au sein desquelles même l'Araignée de Louise Bourgeois paraissait petite.


Quelques vues de la galerie (ext) et de l'exposition: Louise Bourgeois, the Fabric Works (2002-2008) chez H&W.

Friday, October 15, 2010

Jill Johnston (1929-2010)

"Marmalade me"- tel était le titre du premier livre de la célèbre critique "danse" du Village Voice, Jill Johnston, morte le 18 septembre dernier, ce qui nous avait échappé.
Johnston, entrée au Voice alors que le journal avait 4 ans, connaissait la musique (cf son autobio sur son site web http://jilljohnston.com/)  "ma carrière comme écrivaine commença du côté du domaine marginalisé de la danse. A cause, ou peut-être grâce à sa place tout au bas de l'échelle culturelle, j'ai eu l'ambition d'y exceller et de me l'approprier. J'avais vingt ans et quelques et c'étaient les années 1950, un temps où un changement radical dans la tradition de la danse moderne américaine était en chemin." Elle connaissait en effet sa Judson Danse sur le bout des doigts lorsqu'elle eut à en rendre compte vers 1962. Elle étendit alors son champ critique vers la peinture et la sculpture. Puis, "éveillée à sa vie dans les années 1960"--elle fit alors son coming-out,  elle a voulu inclure sa vie, et avec elle, des "assemblages de phrases "trouvées" dévorant l'espace m'étant alloué pour les comptes rendus de travaux d'artistes et de chorégraphes (...). J'étais devenue chroniqueuse de ma vie (...) et le temps passant et mes sujets s'étendant jusqu'aux politiques féministes et à l'activisme des 60-70's, (mon) style extrême d'écriture est devenu un problème.
Lesbian Nation: the feminist solution  fut publié en 1973, avec cette entrée en matière : "until all women are lesbians, there will be no true political revolution.”
Elle a aussi écrit un livre sur Niki de Saint Phalle, mais son ouvrage le plus controversé fut sans doute celui sur Jasper Johns: Privileged Information” (1996),  un voyage dans la "vie secrète" de cet artiste où elle en profitait pour l'outer en même temps qu'elle décrivait son jeu de cache cache plastique avec sa vie privée.

Wednesday, October 13, 2010

Monday, October 11, 2010

au Reina Sofia (1) : l'extraordinaire Mixed Use, Manhattan. Un inventaire affectif.

                              L'installation au Reina.Sofia du "Project : Pier 18", commissaire W.Sharp, photos Harry Shunk et  Janos     Kender. Photo @Reina Sofia

L'exposition Mixed Use, Manhattan: Photography and Related Practices 1970s to the present  qui s'est tenue tout en haut sur le 4è étage presque entier du musée Reina Sofia (dans le bâtiment original de Sabatini et pas la prétentieuse extension de Jean Nouvel) est mémorable.
Parce qu'elle fait œuvre de mémoire, certes; mais aussi parce qu'elle réorganise l'histoire "canonique" de l'art de la fin du XXè siècle ; parce qu'elle repense et refond(e) ce que peut faire une exposition "de photographies"; parce qu'elle ne résume rien, ne se mâche pas en expo fast-food (elle se visite en plusieurs voire beaucoup d'heures); parce que son accrochage ouvre les chapitres d'un récit dont les articulations laissent tomber bien d'autres propositions plus narcissiques quant à un monde de l'art qui se regarderait faire, pourtant relativement concomitantes dans le temps et l'espace (la peinture à New York, l'art conceptuel, les neo-ismes, la formation de Group Material, la critique institutionnelle et bien d'autres...). Parce qu'elle parle de terrain et pas de territoire.
  

"The Destruction of Lower Manhattan", 1967. Les photos de Danny Lyon montrent le sud de Manhattan avant ou en destruction, avant l'érection du World Trade Center.
                                          


                                         Un état des lieux photographié par Peter Hujar comme point de départ pour la réflexion. Photogramme de Songdelay, 1973, par Joan Jonas. Gabriel Orozco, l'une des images présentes dans l'exposition, confrontée d'ailleurs aux extraordinaires films des  "dwellings" de Charles Simonds.
  
Mixed Use, brise au contraire certaines frontières, certaines limites. Parlant d'usages "mixtes", elle introduit d'emblée une dynamique dans la photographie qu'elle dresse d'une ville (sans parler de photographie). En l'occurrence il s'agit d'un segment de ville, un bout de Manhattan, tout en oubliant New York, d'une certaine façon. Comme l'écrit Johanna Burton en guise de titre pour son texte du catalogue (la seule trace de l'expo, terminée et qui ne voyagera pas), la ville est ici "hors d'elle". Ce pourrait être, à la fois n'importe quelle ville ruinée, effondrée, désindustrialisée et en latence de chantier et de réorganisation. Et en même temps, ce ne peut être que Manhattan et plus précisément tout ce bas de la ville, les alentours de la Mairie et du quartier financier (ce qui restait de rues, bâtiments, entrepôts du bord de l'eau et du marché au poissons) dont le pourrissement, la désertification et la destruction, durant les années 1970, autour de la construction du World Trade Center et de ses abords (il y avait même une "plage", un polder de détritus), sont devenus le terrain de jeu des expériences artistiques et (homo)sexuelles.
On renverra ici aux écrits de Douglas Crimp et avant lui, aux sublime "memoir" de Samuel R. Delany, The Motion of Light in Water, Sex and Science-Fiction writing in the East Village.

                                           Peter Hujar, photographe de la nuit, Night, 1975-85 (avec ici David Wojnarowicz)

A l'expérimentation des lieux et des corps, il faut ajouter une dimension tierce, celle des images. Un exemple, qu'on ne connaissait pas : celui de Pier 18, un quai ouest abandonné en 1971 que Willoughby Sharp prêta à vingt-sept artistes (tous des hommes- Serra, Baldessari, Matta-Clark, Graham, Buren, Acconci, Snow, Ruppersberg, Rober Morris, Mel Bochner, Huebler, Bill Beckley..)- mais cela ne pouvait se faire que grâce à la complicité photographique d'Harry Shunk et Janos Kender. Certains vinrent sur place, d'autres déléguèrent juste des consignes à exécuter: Mario Merz avait envoyé les instructions : 20 photos à faire comme vous voulez. Les images ne sont pas qu'une documentation, elles sont les véhicules et les technologies de ces expérimentations.


                                           Photogramme du film de James Nares,  Pendulum, 1976

                           L'une des salles avec les Becher au fond, Sol LeWitt à droite et Stephan Brecht devant


                                                     Extrait d'un poème de Stephan Brecht

                                                        Danny Lyon, the Destruction of Lower Manhattan,1967

La liaison, photographique,  entre expérience artistique et expérimentation sexuelle est tout de suite marquée par l'accrochage, occupant des salles entières (ici, il n'y a pas d'"échantillon": Lynne Cooke et Douglas Crimp n'ont pas lésiné!). Par exemple, les travaux obsédés d'Alvin Baltrop. On y constate ce que dit Crimp, les lieux de la drague et du sexe entre hommes pas toujours blancs, vastes assemblages de corps, de passants et de poutrelles, cisaillés par la lumière provenant des incisions architecturales de Gordon Matta-Clark entre autres ouvertures entre intérieur et extérieur, privé et public.
A Baltrop succède Wojnarowicz et sa série Arthur Rimbaud in New York, 1978-79, où il porte partout et en toutes circonstances un même masque de Rimbaud découpé à l'échelle de sa tête; et puis les photos peu connues de Bernard Guillot, montrant, de jour, la 12è avenue à l'Ouest, ses camions, ses rues vides, ses marques de clandestinité; deux ensembles débouchant sur une première série de photographies abasourdissantes de Peter Hujar (l'une des grandes figures: il fut à l'origine du projet de Lynne Cooke ), représentant l'équivalent des peintures rupestres, dans des caves modernes de squats ou d'immeubles abandonnés sur Canal Street, avec une image saississante annoncée comme fausse, comme une semblance de silhouettes couchées sur des marches.

 . ...Si ces travaux sont enchâssés par une installation multi-projecteurs de Sharon Hayes, approchant de façon critique la reprise des "manifestations" dans un espace public qui a changé  et par une reviviscence queer d'Emily Roysdon masquée comme le Rimbaud gay de Wojnarowicz (ou encore, par un film de Matthew Buckingham, reprenant lui aussi la question de la mythologie, celle d'un "Broadway" par exemple), c'est parce qu'il existe dans cette exposition, comme l'écrit Lynne Cooke, un "'isomophisme"critique, entre ces travaux plus récents et leurs ainés ; pas un miroir.  Il ne s'agit pas de dire "c'était mieux avant" mais de questionner aussi ce passage de la clandestinité à la lumière, de la marginalité à son indexation et son référencement, y compris via la présentation esthétique dans une exposition.

Il n'est pas anodin, d'ailleurs, que ce questionnement sur l'esthétique et la référence soit opéré par des femmes.  Ainsi la présentation des oeuvres de Zoe Leonard est le pivot de cet accrochage (il fut aussi celui de son élaboration), comme Babette Mangolte l'est pour l'autre partie de l'étage : ou comme Joan Jonas, qui se distingue de ses collègues mâles dans ses rituels de proximité et de la distance en plein--air ; ou encore Catherine Opie, qui semble s'être levée aussi tôt le matin pour faire cap vers Wall Street (2001, avant le 11 septembre) que d'autres se sont couchés tard "là où la nuit supprime les formes (Wojnarowicz)...
L'entropie de la ville, c'est  Zoe Leonard qui l'archive sans relâche, en figurant les marques sociales d'usage jusqu'à l'usure de ce New York, dont l'architecture ne se construit pas seulement de ses grandioses buildings mais de toutes ces petites manières d'exister: les rues marbrées de chewing-gum. Les arbres dont la croissance sculpte le pavé. Les murs, plaques monochromes ou les sacs en plastiques échoués sur les arbres. Les graffitis, la cartographie d'un espace affectif répondent à la précarité urbaine- n'est-ce pas la condensation de ces deux choses là qui construisent les deux photographies d'une maquette de New York dans son lieu d'exposition, sous la lumière du plafonnier fluo qui fait sombrer certaines parties, certains quartier dans les ténèbres informes?

                                          Une vue de la salle avec les travaux de Zoe Leonard

                                           et une vue de la salle avec des travaux de Christopher Wool

                                            et une vue de la salle avec Cindy Sherman

Ce travail anthropologique (se) communique et transparait dans d'autres images supposément connues et dont on s'aperçoit qu'on ne les a jamais regardées: avait-on jamais vu les tableaux de Christopher Wool en compagnie de ses reportages photos de nuit dans Chinatown dégueu? Avait-on jamais vu l'arrière plan des premières images de Cindy Sherman? C'est Lower Manhattan dans Untitled Film Stills, 1977-80. Les fonds figurent. Comme dans les performances de Lucinda Childs, par exemple, dont Babette Mangolte se fait la traductrice en images, par ses vidéos ou tout simplement-dans l'exposition-par le biais de contacts photographiques, qui, mieux qu'un photogramme, montrent la transformation des figures et des fonds dans le mouvement.

                                William Gedney, Myrtle Junction,
Cette façon de re-voir ces images en les dérobant à leurs vieux tiroirs (quand on pense à Hujar, décoré d'esthétique punk aux dernières rencontres d'Arles...) pour les mettre en relation et les remettre en circulation avec des travaux récents, se double également de plusieurs entrées, littérales, de l'exposition (on en compte au moins trois). Selon qu'on prenne celle-là par un bout ou par un autre, le récit se modifie.
Commencer par la question sérielle chez William Gedney dans les années 1960 et chez James Welling à la fin des 1990's, les deux photographiant régulièrement depuis leur fenêtre, c'est s'interroger sur une autre conception du temps, où l'appareil reste statique, enregistrant des variations dans la durée. Les kiosques à journaux de Moyra Davey, les variations de gris dans des murs lépreux de Sol LeWitt, ou même les affiches de Glen Ligon qui racontent, non en images mais en mots chaque lieu, chaque immeuble où il a vécu, instaurent aussi une matérialité cinématique, dont le film prend la relève. Ainsi, l'incompréhensible élongation verticale du génial City Slivers (1976) de Matta-Clark; ou Static de Steve Mc Queen, peut-être son plus beau film à ce jour, envahi par le bruit de l'hélicoptère d'où il filme avec instabilité la tête, la couronne ou la flamme ou la main de la Statue de la Liberté. La proximité de son mouvement giratoire ôte à la statue toute pesanteur et toute profondeur et elle semble être traînée à l'écran comme une statue déboulonnée,  sans qu'on puisse jamais reconnaître où on est dans la ville en arrière plan, qui, elle, se déroule sans fin.