Tuesday, August 31, 2010

Valentine Disparue (Virginie Despentes à la Recherche).

Apocalypse Bébé, le dernier livre de Virginie Despentes a été très chaudement reçu partout, moins aux Inrocks-- ce qui ne surprend pas puisqu'on lit dans ce livre, p. 40, à propos du devenir bêtasson de l'industrie du livre dans les années 90, l'époque des "pitcheurs, avides de chaîr fraîche et gourmands d'audience", la trilogie : " Ardisson-Canal+-Inrocks".
Mais revenons au livre de Despentes qui a enchanté LBV.
D'abord par son écriture-Cette femme a le chic pour écrire magnifiquement une langue vernaculaire en utilisant toujours des phrases balancées qui dépassent le sujet verbe complément, fuient le parler SMS et se servent au contraire de propositions subordonnées et d'appositions tout en happant un vocabulaire qui défie toute vélléité nostalgique. On pense à la fois à la tradition d'un Queneau, auteur de Zazie dans le Métro et des Exercices de Style et qui fut directeur de la Pléiade; et à la salace tradition policière, englobant tout aussi bien Frédéric Dard, (du côté du saucisson-vin rouge), que Manchette (et le polar politique des 70's) accrochant à son tableau de bord (Guy) des situations qui gonflent, gonflent vers une issue forcément apocalyptique et total dérisoire. Sauf que le machisme explosif de Dard (ou de Manchette) et les intrigues qui en découlent sont ici inverties, inversées, queerisées à mort. La langue fait part, violemment, des rapports de domination sociaux, sexuels, sexués et ménage de vastes rires... de Hyène, ici, bombardée l'une des deux protagonistes de la narration.
Flanquée de sa Bérurier ("Lucie" qui virera ou plutôt qui "vrillera" sa cuti), "La Hyène"compose la fameuse figure homoérotique du couple de détectives (Sherlock et Watson,  Dupont et Dupond...) à la recherche d'une adolescente littéralement égarée. La Hyène est une copine et potentiellement l'une de ces héroïnes cool que notre petit monde aimerait (se) faire. Elle même s'éblouit sur d'autres, quand ce n'est pas l'auteure qui s'y met dans des descriptions qui ne cachent rien de l'effet que celles-là lui font. Quant aux bourgeoises et aux bourgeois, Despentes leur réserve à chaque un chien de chapitre; le livre s'étoile en effet autour de chaque personnage, pour le pire souvent. Cependant, au lieu de changer de voix pour chacun des noms qui formulent l'en-tête des chapitre, le souffle reste le même. Tout ça va crescendo lorsqu'on se déplace de Paris, via Bourges, jusqu'à Barcelone. Ah son MACBA, ses squats et scènes queer, ses drogues à gogo... Mais ce n'est pas seulement pour ses clefs que ce livre a de quoi plaire (ce qui ne serait d'ailleurs pas si mal):  c'est aussi pour le décalage qu'Apocalypse Bébé entretient; d'une part, avec le point de vue hétérosexuel qui est celui de la plupart des romans, y compris écrits par des femmes; et d'autre part avec ce qu'on appelle le polar lesbien, puisque Despentes (jusqu'au titre :"Bébé", pas "Baby, of course) s'escrime, littérairement parlant, à saper l'exotisme de ce genre de personnage. C'est le monde alentour qui est zarbi et notamment celui de la littérature (de l'art, de la musique, pareil: bref, la kulture), livré aux petites dévotions masculines, blanches-zé-hétérosexuelles.  Parce qu'il fait faire trois fois le tour de l'élastique du slip, pour mettre les pendules à son heure, qui devient la nôtre, le livre de Despentes est féministe: avec elle, on ne naît pas queer mais on le devient.

Thursday, August 26, 2010

A part ça, Marthe Flandrin


                                                   Musée des années trente : art monumental, design (radio par Corbu), art colonial

A part ça, LBV a été voir Marthe Flandrin, du moins la partie de l'exposition sise au musée des Années 30 à Boulogne Billancourt. Celui-ci est entouré par d'intéressants morceaux d'architecture monumentale : la mairie de Tony Garnier avec son intérieur de piscine, l'hôtel de la Poste, l'ex Centre d'Hygiène Sociale (actuel hôtel de police, hé oui...) et deux pâtés d'immeubles qui ne sont pas sans rappeler, en very moche, les Gratte-Ciel de Villeurbanne. Il y a à Boulogne  "le plus important patrimoine archi de l'entre-deux guerres en France", dixit Wiki (qui raconte aussi que 20% des ouvriers de Billancourt étaient des exilés russes dans cette période de l'après 1917). Et si le musée contient des maquettes des villas réalisées par Mallet-Stevens, Corbu, André Bloc, etc. on ne peut pas dire que son architecture soit un chef d'oeuvre, située au sein de l'affreux espace Landowski avec les autres équipements culturels de la ville.
Outre sa section mobilier et design, le musée des Années Trente est caractérisé par plusieurs thématiques, dont : art colonial, art religieux et école de Paris. Ce serait intéressant si les oeuvres étaient contextualisées. Or, rien ne vient troubler leur côte à côte rassurant, qui devient débectant lorsqu'on s'aperçoit que nombre d'artistes présents dans ces collections ont poursuivi leur travail pendant l'Occupation et, pour certains, fait l'infâmant "voyage en Allemagne"(nazie). C'est remarquer, une fois de plus, combien la politique des musées, ou du moins, sa conception de la valeur des oeuvres d'art, est drastiquement et dramatiquement séparée des travaux de recherche : l'entre-deux guerres est pourtant une époque sillonnée de travaux intéressants qui renouvellent l'histoire et l'idéologie des représentations, portant sur le genre, la sexualité, la politique des sexes et les questions d'identité, notamment coloniale. Et puis, c'est comme si ce qu'a fait Laurence Bertrand Dorléac pour ce qui concerne l'art pendant la guerre ou ce qu'ont fait Jean-Louis Cohen et Monique Eleb pour le laboratoire architectural que fut Casablanca, n'existait pas.
Mais revenons à Marthe Flandrin (1904-1987). Ses travaux coloniaux manquent (ils seraient parait-il exposés ailleurs, puisque Beauvais, la Piscine de Roubaix et Avranches participent). Or, ce qui est intéressant, chez Marthe, définie ici comme catholique fervente et héritière d'une dynastie d'artistes (Hippolyte Flandrin fut, d'ailleurs, le créateur d'une iconographie largement utilisée pour ses résonnances homo-érotiques)-- ce qui est intéressant, donc, c'est cette combinaison de deux filières professionnelles. Loin des avant-gardes. Ce qui là mène, à la fois à vers la décoration de nouvelles églises (avec Elisabeth Faure, Vie de sainte Catherine de Sienne à l'église du Saint-Esprit dans le XIIe arrondissement à Paris...), vers celle du Pavillon pontifical de l'Expo de 37 et du côté du Pavillon des Missions étrangères de l’Exposition coloniale ; alors, avec sa grande copine Elisabeth Faure (toujours ensemble...)  elle ira à la Casa Velasquez de Madrid, puis au Maroc. Ici, pas de Maroc, pas d'allusion à ce travail commun, à ces liens à deux, non plus qu'à cette spécialité, partagée, de fresquiste, qui la mena après-guerre, missionnée par le musée des Monuments Français, à effectuer des relevés de fresques médiévales dans toute la France, activité qu'elle poursuivit de 1947 à 1950 en Yougoslavie et en Suisse.
                                En haut, Evariste Jonchère se prend pour Bertrand Lavier avec sa superposition Primitivisme/art colonial; en dessous, Marthe Flandrin fait "La Cavalcade des lettres"(détail)

Quel rôle joue cette technique dans les mouvements artistiques des "retours à", dans les années 1930? Il y a fil à tirer à la fois dans ce primitivisme et dans le fonctionnement communautaire des ateliers de l'Art Sacré ( avec le dispensaire "Fra Angelico", qui assure des soins des artistes désargenté/e/s, etc). La technique de réalisation et le temps, ou plutôt l'absence de temps qui préside à la fabrication d'une fresque explique peut être aussi le grand nombre des dessins, des fusains (la partie la plus réussie de sa production) et d'esquisses, souvent traitées dans une grille permettant la mise au carreau. Parmi ses projets, ceux de la fresque de 1939 sur le thème de la Famine, destinée au pavillon de la Société des Nations à New-York et celles de sa décoration d'un bureau de poste, boulevard Haussman. Comme LBV s'intéresse actuellement au mail art, à l'amie Moyra Davey et à la NYSC (New York School of Correspondence) de Ray Johnson, elle n'a pu résister à la vue de La Cavalcade des Lettres, où les missives sont portées comme des fanions par des cavaliers de cartes à jouer. Voilà
.../..

Sunday, August 22, 2010

Christoph Schlingensief (1960-2010) : un mort à Venise...


                                                        Schlingensief au Burkina Faso@Aino Laberenz, Zeit Magazine.
Mort à l'âge de 49 ans d'un cancer du poumon, le metteur en scène berlinois Christoph Schlingensief s'était vu confier le pavillon Allemand de la prochaine Biennale de Venise, en 2011.
Côté mise en scène, encore, on se souvient qu'il fit récemment celle de Parsifal pour le Festival de Bayreuth. Il y eut polémique, mais sa version dura néanmoins l'intégralité du cycle de quatre ans.
Né à Oberhausen en 1960, fils de pharmacien, Schlingensief fut un peu le touche à tout de la scène des arts vivants, version "enfant terrible"ou "provocateur cynique", "frénétique" -comme on a dit- entretenant volontairement la confusion à mesure que le le champ politique-disait-il- devenait de plus en plus arbitraire et dramat(urg)ique.
Il faut regarder son site (http://www.schlingensief.com/start.php) pour avoir une idée du nombre de trucs que Schlingensief a traité en même temps, sans idée préconçue de ce qui allait se passer. Mais qu'il s'agisse de "talk shows" ou de "stand up" telévisuels, de représentations théâtrales, de films, d'expositions, de politique, de production ou même de sa maladie, l'une des (dé)raisons principales, dans le vaste chaos qui a constitué chacune de ses performances, fut la remise en cause radicale de la narration conventionnelle-- contaminant jusqu'à l'espace et le temps de la narration.
Enfant, certes, terrible, voire : Schliengensief a commencé à filmer à l'âge de 8 ans et participa à douze, à la fondation d'une coopérative- qu'il dirigea pendant sept ans. Il enseigna d'abord la technique du cinéma et travailla pour la télévision. L'un de ses premiers films en 1985, s'appelle Menu Total et le dialogue consiste principalement en une expression :"Mama!.C'est plutôt sa trilogie allemande 100 Jahre Adolf Hitler - Die letzte Stunde im Führerbunker; puis Das deutsche Kettensägenmassaker (le massacre allemand à la tronçonneuse) entin Terror 2000 - Intensivstation Deutschland, qui l'a fait connaître.
Ensuite, il fut appelé au Volksbühne de Berlin, à partir des 1990's, où il a poussé le son, déboulonnné, déballoné... ainsi Rocky Dutschke 68 (1996), consacré à Rudi Dutschke, ou la soirée dédiée au neo-Nazi Michael Kühnen. S'agit il dejà d'opéra? En 1999, Schliengensief va faire de même scandale en Autriche en plaçant devant l'Opéra de Vienne des conteneurs, où l'expulsion de douze demandeurs d’asile déboutés est, chaque semaine, soumise au vote; le vainqueur ayant pour récompense un mariage avec une Autrichienne. Sur les conteneurs, il choquera à nouveau en écrivant une ancienne devise des SS: "Notre honneur s'appelle fidélité"--cette devise ayant été utilisée jusque là sans problèmes par le parti d'Haider. Ça a chauffé.
Et ça a souvent chauffé dans ces performances, vaguement inspirées à la fois par Beuys et l'actionnisme, Dieter Rot, Kippenberger ou Allan Kaprow, dont il reprit en 2005, les fameux 18 Happenings in 6 Parts de 1959, comme argument de Kaprow City. Parfois, il a repris des archaîsmes techniques, ainsi son Animatograph; d'autres furent plus socio-politiques que d'autres (par exemple à Hambourg en 1997, il établit son QG. dans la gare en face du théâtre et prêta aux SDF et aux usagers de drogue un mégaphone pour leur donner une voix). Il a même fondé un parti, «Chance 2000» en 1998 à Berlin: le parti des exclus pour les élections législatives. Il entama sa campagne sans aucun programme (mais douze semaines plus tard il comptait 16.000 adhérents), au Volksbühne ou sous chapiteau de cirque, où chacun/e portait l'affiche "MOI".  Le mot d'ordre était qu'on y votait pour soi même.
Schliengensief avait plus tôt invité à une "contre-baignade", alors que Helmut Kohl, alors chancelier, prenait ses vacances au Lac Wolfgang en Autriche: cette action était censée faire déborder le lac si plusieurs millions de personnes y participaient, représentant le nombre de chômeurs en Allemagne. Il s'était également fait arrêter à la Documenta de 1997, après avoir crié "Tuez Kohl"...
C'est HUO, comme souvent qui a d'abord parlé de Schlingensief au monde de l'art et on a pu voir depuis les années 2000 plus d'expositions du metteur en scène, par ex. au musée Migros en 2008. Mais plus tôt à la Biennale de Venise 2003 (ou était-ce 2005?), il présenta Church of Fear, avec des acteurs amateurs des journées sur les arbres des Giardini?
Plus récemment Schlingensief, après avoir subi l'ablation d'un poumon et d'une partie du diaphragme ainsi qu'une chimiothérapie, a sillonné l'Afrique, pour choisir avec le soutien logistique du Goethe Institut, le Burkina Faso et l'architecte burkinabé Francis Kéré, afin de donner une forme à son projet de "Village-Opéra"- un espace, qui, selon Schlingensief, serait capable de sortir l'opéra contemporain de sa torpeur. Soit un "escargot", avec, pour coquille évolutive, une salle de spectacles de 1500 places, des salles de classes spécialisées en musique, en cinéma et en théâtre, une petite école, une clinique un hotel... de même que le lancement d’un site web en trois langues ; la moitié du financement serait d’ores et déjà assurée (notamment grâce au don de l'écrivain Henning Mankell)...
Loin de mourir discrètement, Schlingensief a crié sa maladie, enregistrant ses peurs lorsqu'il était hospitalisé, qui ont donné lieu à un livre. Il n'a pas cessé d'être productif, au contraire. "J'aime les fissures et les contradictions", annonçait il lors de sa nomination au Pavillon Allemand de la Biennale 2011, qui ne restera sans doute pas sa dernière....


Saturday, August 21, 2010

La visibilité du Franprix

Parenthèse estivale: l'enseigne Franprix relookée en a profité pour bouffer à peu près tous les autres supérettes de proximité- du moins dans les bobos quartiers parisiens des 3è, 10è, 11è arrondissements, notamment de tous les côtés de la Répu et jusqu'à Ménilmontant, où l'uniformité règne. Bon: Monoprix, qui a développé une version française, Daily Monop', des "prêt à manger", fait partie du même groupe Casino (qui en fait un "concept store de supérette à forte amplitude horaire"), ainsi, d'ailleurs, que Naturalia.

Saturday, August 14, 2010

Thursday, August 12, 2010

Le coup de la coupure d'éléctricité.

En février dernier, Ann Liv Young, gonzo-artiste et chorégraphe, qui a d'ailleurs présenté son interprétation de Snow White/Blanche Neige au théâtre de la Bastille en 2007, a connu une grosse panne à P.S.1. Ce n'était pas de sa faute : elle a du arrêter, faute de jus, sa performance en Sherry, une blonde du Sud bien dégueulasse, qui utilise des "techniques  provenant de l'église, des A.A. et de la psychologie traditionnelle dans sa thérapie performative".  "Sherry" a donc foutu un certain bordel au sein d'une série d'actions à P.S.1 (le centre d'art contemporain du MoMA), intitulée Brooklyn is Burning (participaient également à cette 4è session Brice Dellsperger ou Genesis P.Orridge). Elle s'était lancée dans une violente diatribe sur la performeuse qui l'avait précédée, laquelle avait répondu en hurlant des insultes contre ce personnage, Sherry, qui s'étant dénudée, se masturbait devant elle.... Bref, ça chauffait sec quand, tout à coup, l'éléctricité a été coupée. Sur ordre de la direction. La communication de P.S.1 a expliqué qu'il s'agissait de "sauvegarder le public, les performers et l'équipe de P.S.1 d'une escalade potentiellement ingérable". Sans micro, sans lumière, Sherry a apporté une bassine de pisse, s'est cassée la figure, a renversé du pipi un peu partout etc. Les deux curators se sont ultérieurement engueulés sur la question de savoir si couper l'électricité sans prévenir pendant une performance ne plait pas à l'institution est une décision responsable ou pas, et Brooklyn is Burning a sombré
http://www.artfagcity.com/2010/03/01/how-much-pee-in-pan-will-prompt-museum-intervention/comment-page-1/#comment-229844
Or, d'après le New York Times (http://www.nytimes.com/2010/08/12/arts/design/12young.html?ref=arts)  Ann Liv Young, sinon elle-même en Sherry, va tenter un retour à P.S.1 début septembre. Cette fois-ci, c'est  à l'invitation de l'artiste A. L. Steiner, afin de prononcer, dans l'atelier qu'occupe cette dernière dans le cadre de l'expo "Greater New York",  une conférence-performance sur ces événements. Apparemment l'autorisation n'a pas été donnée. Reste un problème légal intéressant: dans ces formes d'exposition "in progress" où il n'y a pas toujours d'oeuvres réalisées mais où l'on offre à tel ou tel artiste un lieu de travail dans le cadre de l'exposition, ce lieu est-il un espace privé, ou assujetti aux règlements de l'exposition, ou bien encore ceux de l'institution?
http://www.annlivyoung.com/
Commentaire d'Ann Liv : "Klaus  (Biesenbach, le directeur) a besoin d'un bon (coup de) Sherry"

Post-scriptum du 6 septembre :l'invitation d'A.L. Steiner a été confirmée et PS1 a donné son aval
http://www.artnet.com/magazineus/news/artnetnews/ann-liv-young-georgia-sagri9-3-10.asp

Wednesday, August 11, 2010

En quête d'été : la mini-place des femmes (plaques publiques), la suite

LBV en guise de feuilleton-marronier d'un mois d'août parisien riquiqui, s'attache à repérer ces places publiques qui, depuis une date récente (la publication collective éditée chez Rue Descartes mentionne plutôt les noms d'avant) ont été baptisées du nom de femmes célèbres: Olympe de Gouges (en 2003), Mireille Havet, Dalida, Hannah Arendt, Cecile Brunschwig, Berty Albrecht... Cependant, ce sont, pour la plupart, des places tellement petites qu'il n'y a de place, justement, que pour la plaque. En voici une, coincée sur le terre-plein entre la rue et le quai de l'Hotel de Ville, vouée à Marie-Claude Vaillant-Couturier (1912-96). 

Selon Wikipedia et plusieurs autres sources, celle-ci, fille du créateur du magazine VU (son père Lucien Vogel fut aussi le commissaire du pavillon soviétique à l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925) et de la directrice du Jardin des Modes, choisit d'être reporter-photographe. Surnommée "la dame au Rolleiflex", communiste depuis 1934 (« C'est la conscience de n'avoir pas eu d'autre effort à faire que celui de naître qui m'a donné une certaine conscience de classe. », disait-elle), elle dirigea le service photo de L'Humanité longtemps après la mort de son compagnon journaliste Paul Vaillant-Couturier. Attachée à l'équipe de Vu et ayant vécu à Berlin après ses études aux beaux-arts, elle participa à une enquête en Allemagne en 1933 sur la montée du nazisme (texte de Philippe Soupault) et réalisa clandestinement les clichés des camps d'Oranienburg et Dachau; elle réalisa également un reportage sur les Brigades internationales en Espagne. L'Humanité fut interdite en sept. 39.
Elle s'engage dans la Résistance et, avec son compagnon surnommé Pierre Villon, participe à l’Humanité clandestine, à l’Université libre et fait le lien entre la résistance intellectuelle et la lutte armée jusqu'à son arrestation avec Danièle Casanova en 1942. Elle est déportée avec un convoi de 230 autres femmes résistantes à Auschwitz- Birkenau, puis à Ravensbrück (où elle resta après la libération du camp, pour soigner les survivants)  : 49 seulement d'entre elles allaient revenir. Cf. l'admirable ouvrage de Germaine Tillon, Ravensbrück, Seuil, 1973 et 1997. Elle allait plus tard témoigner pour l'accusation au procès de Nuremberg (1946) et bien plus tard, encore, au procès Barbie (1987). Et devenir présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation en 1990.
Il est intéressant de noter, comme le signale Christine Bard dans sa préface à ce numéro
http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=05&rub=dossier&item=54 que Ravensbrück n'a guère été présent dans le grand récit de l’histoire des femmes, au sein duquel la déportation et les camps occupent une place mineure. "L’histoire, la grande histoire, se décline encore au masculin. Mais l’histoire d’inspiration féministe qui se développe alors passe d’une certaine manière à côté de la Seconde Guerre mondiale. A l’histoire du temps présent, à l’histoire politique, elle préfère une histoire plus anthropologique, plus sociale, attentive à la vie quotidienne..."


Pour revenir à Marie-Claude Vaillant-Couturier,  qui participa aux Assemblées Constituantes, elle fut l'une des premières députées françaises après que les femmes eurent le droit de vote et élue PCF jusqu'en 73. Elle ne quitta le Comité Central qu'en 1985. En 1946, elle fut Secrétaire Générale de la Fédération démocratique internationale des Femmes puis vice-présidente de l'Union des femmes françaises. Elle a défendu devant l’Assemblée Nationale la notion d’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, ouvrant la voie à la ratification en 1968 de la Convention de l’ONU.
Mais elle eut cependant la main moins heureuse en matière de planing familial, accusant le contrôle des naissances de n'être qu'un leurre couvrant les crimes du capitalisme et d'être dirigé contre les travailleurs qu'il voulait détourner de la lutte.

Tuesday, August 10, 2010

Patsy Louise Neal (1926-2010)

Patricia Neal, entre autres films, avait joué avec Gary Cooper dans The Fountainhead, 1949, célèbre adaptation par l'auteure Ayn Rand, de son ouvrage éponyme, mis en scène par King Vidor.
Et puis, elle avait aussi joué en 1961 dans Breakfast at Tiffany's (réalisé par Blake Edwards) le rôle de la maîtresse à biftons (ou plutôt celle qui signait les chèques) du personnage de George Peppard, voisin d'Audrey Hepburn.

Patricia Neal's laugh.

Monday, August 09, 2010

Pouce, pousse, vers la sortie...

Avec tout ça, on n'avait pas vu l'information que le site de Politis a relayée le 22 juillet dernier (http://www.politis.fr/Pascale-Casanova-licenciee,11238.html) : le licenciement de Pascale Casanova, qui officiait depuis vingt-cinq ans sur France Cul, passée des Jeudis littéraires au Mardis littéraires puis à l'Atelier du mardi --des émissions critiques sur la littérature contemporaine, agréables et instructives : la vocation de France-Culture, pourtant...Pascale Casanova n'est pas seulement une remarquable animatrice de radio, elle est également chercheuse et auteure, notamment, de Beckett l'abstracteur. Anatomie d'une révolution littéraire, Seuil (traduction anglaise, Verso) (1997),   La République mondiale des Lettres, Seuil, (1999). De là à imaginer que plus on est savant dans son domaine, moins on a de place sur les nouvelles grilles de France-Cul...

Sunday, August 08, 2010

Ingénieuses inscriptions

PAS OUCH O OUCH
PAS CHER DO NOT T
PAS CHERI DO NO TOCH
NE PAS OUCH R/DO NOT FOU

Le dernier jour avant la fin de l'exposition, voici probablement le dernier état du travail commun des visiteuses et visiteurs de Dreamlands au Centre Pompidou, lesquelles et lesquels ont réarrangé la simple inscription "Ne Pas Toucher/Do Not Touch" se trouvant sur les quatre côtés de l'installation de ville fantôme de Bodys Isek Kingelez.

Thursday, August 05, 2010

L'interdiction du mariage homosexuel est interdite en Californie...pour l'instant


L'interdiction du mariage gay en Californie (proposition 8) est jugée discriminatoire et non conforme à la constitution.  

http://documents.nytimes.com/us-district-court-decision-perry-v-schwarzenegger?ref=us

(p.137).
Moral disapproval alone is an improper basis on which to deny rights to gay men and lesbians. The evidence shows

conclusively that Proposition 8 enacts, without reason, a private moral view that same-sex couples are inferior to opposite-sex couples. FF 76, 79-80; Romer, 517 US at 634 (“[L]aws of the kind

now before us raise the inevitable inference that the disadvantage imposed is born of animosity toward the class of persons affected.”). Because Proposition 8 disadvantages gays and lesbians

without any rational justification, Proposition 8 violates the Equal Protection Clause of the Fourteenth Amendment.

CONCLUSION Proposition 8 fails to advance any rational basis in singling out gay men and lesbians for denial of a marriage license. Indeed, the evidence shows Proposition 8 does nothing more than enshrine in the California Constitution the notion that oppositesex couples are superior to same-sex couples. Because California

has no interest in discriminating against gay men and lesbians, and because Proposition 8 prevents California from fulfilling its constitutional obligation to provide marriages on an equal basis, the court concludes that Proposition 8 is unconstitutional. \\ \\ \\ \\ \\

Wednesday, August 04, 2010

Pouce ou pousse, Lourdes ou lourde.

Réplique féminine au gros Pouce de César : les pouces d'Uma Thurman dans Even cowgirls get the blues ; remerciements à Catherine pour la légende ci-dessous.
D'un côté, il y a les affaires Woerth, à propos desquelles la majorité hurle à la chasse à l’homme, à des méthodes "fascistes"fomentant des rumeurs dénuées de preuves. De ce côté là, on nous prie de ne rien croire en l'absence de preuves "matérielles".  Par contre pour ce qui concerne la défaillance coupable des parents d'enfants récidivistes ou l'amalgame aujourd'hui opéré entre délinquance et immigration ou entre délinquance et "les étrangers", pas besoin de preuves, ni de matérialisation.
D'un côté il y a Lourdes et de l'autre Lourde. Un article hilarant du Guardian  http://gu.com/p/2tz7p
rapporte qu'en tapant Lourde et comptant sur la foi de leur GPS, un certain nombre de pélerins potentiels tombent sur un autre village, sans hotels, sans eau miraculeuse et sans apparitions. 

Monday, August 02, 2010

Michèle Causse (1936-2010)

http://michele-causse.com/
Sur  son site, on lit que le  29 juillet 2010 à 13h, Michèle Causse est allée dé/naître auprès de l’association Dignitas à Zurich. Ce terme provocant - dé/naître- énonce non seulement la volonté de choisir, sinon sa mort, du moins l'échéance de celle-ci mais également celle de changer le langage. Figure du lesbianisme politique, Michèle Causse a développé, à travers de nombreux ouvrages, une critique radicale du patriarcat et cherché un nouveau langage "où l’égalité des sexes serait effective" ("Une politique textuelle inédite : l'alphalecte" in Lesbianisme et féminisme. Histoires politiques. ed. Chetcuti et Michard, L'harmattan, Paris, 2003, pp.119-130).  
Dans ses essais et « fables » autobiographiques elle dénonce en effet le sexage (Contre le sexage, Balland, Paris, 2000)  que véhicule « l’androlecte », langage universel au service des visées d’un seul humain. "Avant même de parler, en Androcratie une femme est "inter-loquée". Soit au sens propre interdite, interrompue. Le dictionnaire, dépôt sacré des mots de l'androlecte... " La transformation du monde passe par une libération textuelle,  un monde nouveau suppose une langue neuve et notamment dans ce qui concerne le genre. Non sans poser les problèmes d'un à-venir; ainsi lit-on sur son site : "Ne faisons pas de l'acquis, – le genre démasqué – un nouvel obstacle. Que reste-t-il dès lors qu'on a dégenré les sujets ? Où et quand répondent-ils de leur être in(dé)fini ? dans quelles alliances viennent-ils à faire monde ? Dans quel désir, dans quelle langue ? »
Angliciste et italianiste, Michèle Causse a traduit des textes de Ti-Grace Atkinson, Djuna Barnes, Willa Cather, Mary Daly, Melville... Et Silone, Alice Ceresa, Dacia Maraini, Natalia Ginzburg, Luigi Malerba etc…
En ce temps où  la chroniqueuse d'un journal américain se fait agonir d'injures lesbophobes par le comédien pédé (et par ailleurs acteur dans la série TV Will and Grace) dont elle n'a pas aimé le spectacle, il n'est pas indifférent de rappeler l'article de Michèle Causse, écrit en 1996 et réactualisé en 2009 : "pourquoi les gays ne peuvent-ils être les alliés objectifs des lesbiennes" (http://www.lestoilesroses.net/article-pourquoi-les-gays-ne-peuvent-ils-etre-les-allies-objectifs-des-lesbiennes-par-michele-causse-38619445.html)