Saturday, June 26, 2010

Les archives vivantes des Promesses du Passé.

Avec l'exposition Les Promesses du Passé, on comprend assez rapidement qu'on ne connaît pas grand chose de l'histoire de l'art européenne voire mondiale de ces cinquante dernières années, lorsqu'on se limite, comme pour chacun/e d'entre nous, à la version officielle de son pays d'origine, fût-elle universaliste (comme c'est le cas en France, par exemple) et moderniste (idem).
C'est ce que le féminisme, d'abord, nous a appris, ces remaniements, ce remachage permanent d'une histoire de l'art qui doit tenir compte, non seulement de différentes géopolitiques (différentes politiques des sexes et des genres) mais aussi de différentes temporalités et notamment celle des résurgences, des rémanences, des récurrences-- comme du temps de la recherche et des différentes expositions, qui rejouent cette histoire en permanence.
C'est ce que l'exposition Promesses... a essayé de faire --tenir compte de ce qui s'est fait depuis ces vingt dernières années depuis la chute du Mur-- et, en connaissant un peu les dés pipés du Centre Pompidou et la nonchalance théorique de certains (Christine Macel a quand même écrit et prononcé des phrases bêtes à manger du foin à propos des artistes et des femmes), on se dit qu'elle aurait pu être pire.
Que cette exposition soit "calibrée" cela se voit tout de suite, ou plutôt : cela se donne à voir. Ce partis-pris est d'emblée, posé par l'accrochage : car ce sont non seulement trois curatrices (Christine Macel, Joanna Mytkowska, Nataša Petrešin-Bachelez ) qui ont conçu l'exposition Les Promesses du Passé 1950–2010:  Une histoire discontinue de l'art dans l'ex-Europe de l'Est mais aussi deux artistes, responsables des deux structures d'exposition : Monica Sosnowska et Tobias Putrih.
                                           La sculpture de Sosnowska (avec Krazinski et Mangelos) 
                                                     Photo Georges Meguerditchian et LBV
On parle de structure, non de parcours: l'une dicte les autres, dans la proposition sculpturale de Sosnowska. Elle est toute en zig-zags, en angles très aigus et très obtus et elle permet de rapprocher des oeuvres d'artistes différents tout en inscrivant la faille (le pli) partout. Peinte d'un blanc brillant, la sculpture-structure s'inscrit de biais dans l'espace d'exposition et se repliant sur elle même, forme une île, qui laisse un très grand vide de parquet et de volumes non utilisés, même par les visiteurs qui se sentent destinés à coller, en quelque sorte, à la ligne continument brisée des oeuvres. Celles-là, même lorsqu'elles sont en mouvement ou virtuelles (et, généralement, insérées dans le mur), sont condamnées à la bi-dimensionnalité par l'architecture qui les porte... à la condition que rien ne dépasse. Pas un cheveu ne sort. La structure formule et produit comme genre dominant les propositions conceptuelles, l'anti-art et la sémiologie critique des années 60-70 ; Maria Bartuzova, Alina Szaposznikow se retrouvent sous vitrine.
                                          Détail des Lampes-Bouches d'Alina Szapocznikow et enchâssement de la sculpture (publique)  de Thea Djordjadze,  Pampel@LBV et Meguerditchian.

Monica Sosnowska, dont on avait adoré le pavillon polonais à la Biennale de Venise 2007 (elle avait contraint d'y faire entrer la structure métallique d'un bâtiment moderniste), se réfère souvent à des pratiques particulières de recherches formelles dans la Pologne des années 1950-60 : celles des designers d'exposition (qu'il s'agisse de propagande, de commerce ou d'art), qui avaient les possibilités d'expérimenter des espaces incongrus ou impossibles à construire en dur. Ce qui n'est pas pour déplaire à LBV qui étudia il y a longtemps avec Patrick Bracco les architectures  "bancs-d'essai" des décors de feux d'artifices aux XVIII et XIXè siècles. En même temps, l'artiste situe son pouvoir sur les œuvres présentées, ici, en tant (et en temps) qu'images.

                                          Ci-dessus : un bout de l'installation de Putrih
De même, Tobias Putrih n'a pas inventé mais recyclé et remixé, en carton, les architectures des cinémas Kino-International de l'ancien Berlin-Est et Kino Siska de Ljubljana--soit un cinéma tenant lieu de symbole et un cinéma de quartier, tous deux dans l'Europe socialiste des années 60. "Historiquement, dit il, beaucoup d'architectes ont utilisé l'espace du cinéma comme une excuse pour les plus incroyables évasions".
A Beaubourg, ces ambiances de carton construisent plusieurs points de fuite: espaces de cartographie et de projection (Irwin, Deimantas Narkevicius), de documentation (les archives des galeries 1-37, de la galerie des Locataires, de Pierre Restany, de la Biennale de Paris) et enfin l'auditorium, avec un programme de films en continu et des rencontres du jeudi avec artistes ou historiennes/ns. Il y a aussi, d'ailleurs, des séances du mercredi alimentant le débat historique des avant-gardes. A ce titre, on ne dira jamais assez combien la seconde vision avec sous-titres français du film de Tamas Szentjoby, Kentaur, 1975, cette fois-ci en sa présence, nous a, encore une fois, hallucinées.
                                           Une image de Kentaur
Cette structure et cette section de l'exposition, dont l'amie Nataša est responsable, sont particulièrement axées sur les lieux et les personnes qui ont rendu possible l'échange, l'information, les relations plus que cordiales entre Paris et les artistes des capitales derrière le rideau de fer. Les Lettres Françaises, l'hebdo culturel dirigé par Aragon et qui prit nettement position contre l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie en 1968, l'amitié d'Anka Ptaszkowska avec Michel Claura et Daniel Buren, les itinérances de Zagreb à Paris d'Ida Biard, la correspondance de Restany avec de nombreux artistes et les correspondants de la Biennale de Paris en font partie. C'est le fil qui noue l'exposition dans sa totalité avec son contexte parisien, et enrichit son actualité de son passé.
Le geste même, de se saisir de ce qui pourrait être simplement un article d'histoire de l'art dans le catalogue (où on peut lire ce texte, aussi), pour en constituer une dimension, une seconde partie de l'exposition nous intéresse beaucoup ; en ce sens qu'il tient le pari de la recherche, c'est à dire, comme l'écrit Nataša celui de constituer des archives vivantes, des outils de travail dans la visite et non simplement pour étayer une vérité historique par des preuves documentaires.
Concernant ce qui fut l'Europe de l'Est et qui ne l'est plus depuis vingt ans, presque une génération, cette démarche peut aussi s'expliquer très simplement, étant donné le statut des images et des textes officiels, construisant matériellement leur vérité et leurs contre-vérités.
                                           Ewa Partum Auto-identification, 80 Miklos Erdély Voyage dans le temps 76
Ces deux exemples, celui d'Ewa Partum en Pologne et de Miklos Erdély en Hongrie, montrent d'ailleurs magnifiquement ce "collage" du soi dans un univers documentaire.
Du coup, une question plane dans toute l'exposition Les Promesses du Passé, une histoire discontinue de l'art dans l'ex-Europe de l'Est : où l'absence de contextualisation spécifique, un autre et vigoureux parti-pris, obscurcit volontairement les questions de censure ou de visibilité de ces oeuvres en leurs temps.
                                                        Ion Grigorescu, Superposition, 79
                                            Tibor Hajas, auto défilé de mode 76
                                           Sanja Ivekovic, Triangle (extrait)

Le rapport privé/public est une question politique mais probablement dans les pays de l'Est avant la chute du Mur, il est encore plus politique...à voir, Ion Grigurescu, qui filme dehors en Roumanie à partir d'une caméra cachée et qui se cache chez lui pour se regarder, se multiplier, se superposer dans son intimité. Pendant ce temps, Sanja Ivekovic se masturbe sur son balcon pendant que la voiture de Tito défile à Zagreb et qu'un policier surveille--et la voit-- depuis le sommet d'un immeuble adjacent, en 1979. Gotovac se filme courant nu dans les rues de Belgrade. Tibor Hajas fabrique un casting de mode à partir des passants dans le Budapest de 76 (musique: Terry Riley). Endre Tot organise une manif et fait marcher pour zéro (ci-dessous).  Le monde réel, dit Jiri Kowanda, s'échange avec le monde de l'art en un terrain de jeu.


Les exemples sont multiples et constituent désormais un fonds commun pour les artistes et les penseuses d'aujourd'hui, d'où qu'elles viennent. Certaines et certains viennent dans l'exposition enrichir la conversation, provenant d'un monde occidental où il n'y a plus d'Ouest ni d'Est, où il n'y a plus d'orientation. Les Promesses du Passé propose un répertoire d'images (ni plus, ni moins) sans résoudre et heureusement! aucune question ; c'est en cela que l'exposition tient sa promesse.

Palmarès du Paris Porn Film Fest.

Voilà le très américain palmarès de la deuxième édition du Paris Porn Film Festival (http://parispornfilmfest.com/?page_id=307)- dont les catégories (animation,vintage, expé, hétéro, lesbien, gay, bisexuel, trans, queer, gender queer, female to male, male to female, protest porn, self defense, sex work, sado maso, scènes explicites, sans scènes explicites, réalisé par une femme) donnent une petite idée des points de vue ou des points de fuite. 
Prix du meilleur film : « Out in the woods » de Barbara deGenevieve (USA)  
Prix de la meilleure actrice/performeuse : « Madison solo tape » de MadisonYoung (USA)  
Prix du meileur documentaire : "Want" de Loree Erikson (CAN)  
Prix de la meilleure histoire : "Arcade Trade" de Samara Halperin (USA) 
Le jury de l'édition 2010 du Paris Porn Film Festival était composé de Sophie Bramly (France), Tobaron Waxman (Canada/Usa), Maria Llopis (Espagne), Todd Verow (USA) & Charles Lum (USA). 
Le Porn Film Festival de Paris fait partie du réseau européen des Porn Film Fest fondé à Berlin en 2006 et qui regroupe Madrid, Berlin et Athènes.

Friday, June 25, 2010

Victoria Noorthoorn à la Biennale de Lyon 2011.

Victoria Noorthoorn sera la prochaine (jeune) commissaire de la Biennale de Lyon (2011). D'origine Argentine, elle a fait des études à Buenos-Aires puis au Bard College de New York, a exercé au sein du programme international du MoMA, au Drawing Center et du Malba-Fundación Costantini de Buenos Aires avant de travailler freelance à Santiago de Chile, Sao Paulo, Galicia, New York, Cali et Porto Alegre. Elle prépare actuellement une rétrospective Marta Minujin pour Buenos Aires. 

Tuesday, June 22, 2010

Autoportraits de Liotard (lui aussi avait planqué son fric en Suisse.)


Jean-Etienne Liotard (1702-1789) au musée d'art et d'histoire de Genève.
Autoportrait, dit "Liotard à la barbe", vs 1749
Liotard riant, autoportrait, vers 1770
Autoportrait au bonnet rouge, entre 1765 et 67.
Autoportrait vieux, vs 1773

De retour de Constantinople (d'où la barbe...) Jean-Etienne  Liotard est devenu un artiste cher. Il fit des investissements fonciers à Genève, acheta des tableaux, tourna dans l'Europe entière, entassa de l’argent. Liotard, terrifié par la révolution genevoise (avortée) de 1782, planqua ses biens à Confignon. Il mourut le 12 juin 1789 et ses rentes de France allaient s'effondrer dès la prise de la Bastille, la chute de la monnaie française entraînant également l'économie genevoise.

Saturday, June 19, 2010

Touché par "Contagious! ", l'exposition de Pauline Boudry/Renate Lorenz à Genève

C'est leur première rétrospective intégrale --comme on dit d'un cinéaste, et ici, si l'on prenait Jack Smith pour modèle*, alors intégrale voudrait dire interminable--et pourtant! l'exposition au Centre d'art contemporain Genève des quatre pièces majeures de Pauline Boudry et Renate Lorenz, "Contagieux! Rapport contre la normalité" s'ouvre par une oeuvre d'Henrik Olesen. Sur un cintre pendu sur le bouton de la porte d'entrée au 3è étage, un pantalon est suspendu. Si on manipule le cintre, le pantalon révèle une étiquette qui dit, peu ou prou : "je détesterais avoir l'air insistant,  mais pourriez vous me dire, s'il vous plaît, qui je suis?"


Que faire, en effet, de ce qu'on voit sans immédiatement classer, taxer, catégoriser, annexer? Cette interrogation est produite par l'exposition de Pauline Boudry/Renate Lorenz. Elle la fait remonter, non seulement au contenu mais au statut des images; à leur énoncé mais aussi leurs énonciations, à l'incertitude qui entoure également leurs modes ou modalités d'exposition.
Où situer, ainsi, ce champ de piquets de bois surmontés de plumes d'autruches noires et blanches?
Jusqu'à preuve du contraire, ce sont, ici des éléments d'une narration qui se déroule sur plusieurs salles d'exposition : la chevauchée fixe des Walkyries à plumes, renvoie à ce qu'on verra dans la salle suivante et encore dans une salle annexe où le film Salomania est projeté dans le noir. Mais avant, il y a des textes et des images, format carte de visite ou postale.  Ils sont encadrés séparément les uns et les autres. Tous racontent différentes occurrences de Salomé (avec accent aigu, la tragédie de Wilde ayant d'abord été écrite en français (1891)) . D'ailleurs, dans la continuité des images et des textes encadrés, un puzzle de Felix Gonzalez-Torres figure un fragment du tombeau de Wilde au Père-Lachaise, avec la mention Kurt, graffitée en lettres roses.  Felix Gonzalez-Torres, est, par ailleurs  présent aussi dans la ville de Genève, où l'on peut voir en passant cette merveilleuse affiche en noir et blanc représentant un lit défait, avec la marque de deux têtes qui plie les deux oreillers, conversion à l'ère du sida du mythe néoclassique de la fille de Dibutade et de la création du dessin (= imaginé comme l'empreinte des contours de l'être aimé, en train de partir) Mais revenons à Salomania.
       Wu Ingrid Tsang et Yvonne Rainer dans Salomania
Tel est l'énoncé d'une danse, qui fit fureur au début du XXè siècle, inspirée par la danse des sept voiles d'une Salomé à l'occasion incarnée par Oscar Wilde .
Deux cadres côte à côte montrent cette même image et jettent immédiatement le trouble dans ce redoublement . Car non seulement Wilde se serait habillé en Salomé, mais en plus, un livre de Marjorie Garver sur l'histoire du "cross dressing" aurait montré que ce n'était pas Wilde qui aurait posé pour la photographie (ci-dessus) !!!!! LBV aurait-elle l'esprit d'escalier? Pas assez, en l'occurrence.
 Car on y voit également Loie Fuller, Alla Nazimova et Aida Overton Walker en danseuses à voile et à vapeur (peut-être à voile seulement, d'ailleurs)_ La belle Aida, on la retrouvera dans Contagious, une autre installation. Pour l'instant, retournons à Alla.
Le film Salomania mobilise nos chères Yvonne Rainer et Wu Ingrid Tsang (non que Werner Hirsch/ Antonia Baer, également très mobilisé chez Pauline et Renate ne soit pas un chouchou, aussi!). Il fonctionne suivant deux logiques : l'une latérale, constitue un axe de transmission où par exemple, Yvonne Rainer "passe" son Solo de Valda (dans Lifes of Performers, son propre passage au matériau film) qu'elle enseigne à Wu Ingrid Tsang. La seconde fonctionne par superposition, où la "reprise" par Wu Ingrid en Salomé et celle d'Yvonne en Hérode fonctionnent comme des figures sur fond de film original d'Alla Nazimova, actrice et réalisatrice Hollywoodienne en 1923. Ces figures sont en quelque sorte des incrustations...
 
Incrustations : Lorenz/Boudry à Genève

Ce qui nous amène à Contagious! l'installation la plus récente montrée pour la première fois à Genève. Dans le même élan, on se retrouve à prendre le thé qu'un gardien vous offre depuis un samovar installé sur une table et des bancs en praticables, provenant semble-t-il du chantier préalable aux expositions.; à contourner la colonne travestie en cocotier (ou est-ce le contraire?) par l'artiste Judith Hopf; à (se) regarder une photo de miroir (Metropolitan Museum) de Zoe Leonard. La recherche, la production, le "curating", voire le "catering" ne sont pas dissociés.
Une série d'images encadrées superpose des archives de la Salpêtrière et de la bibliothèque de l'Arsenal (Paris): où l'iconographie de la "danse épileptique"est mise en relation avec celle de la maladie mentale, deux paratextes en formes de corps convulsés à la généralisation technologique de l'électricité dans le Paris, ville lumière du tournant du XIX-XXè siècle.
                                                           Jane, jambe en l'air
Jane Avril, aussi patiente de Charcot, Aida Walker, la danseuse noire, Toulouse-Lautrec en travesti ou Eugénie Fougère, dite Foufou, toutes étiquettées "bizarres" donnent la réplique à l'étoile, Polaire, soi-disant créatrice de la danse en question et qui tint à le faire savoir : "Pour moi, dès mon début, je fis tout de suite ces gestes exaspérés qui m'ont toujours été propres ; […] Rejetant ma tête en arrière, je chantais, en quelque sorte, avec mes cheveux battant au vent, avec mes narines frémissantes, avec mes poings crispés…". 
Leurs contorsions, jambes en l'air, langue tirée, leur danse à côté de la plaque (photographique) est mise en rapport avec les célèbres photos d'hystériques prises par Charcot -il y aurait eu d'ailleurs à Paris, un Bal des hystériques (on demande à voir). 
Dans une autre salle d'exposition, où se trouvent deux écrans (l'autre est consacré à N.O. Body, 2008), on peut voir la réplique ambiance club de cette superposition: Contagious, 2010. Sous les regards d'un auditoire silencieux, fermé, passif mais néanmoins très performatif question genres, Vaginal Creme Davis minaude en Aida Walker (laquelle importa à Paris le cake-walk, danse de rétorsion et de reversion des esclaves à leurs maîtres) et Arantxa Martinez en Polaire hispanique (ci-dessus) , tousse, s'interrompt, esquisse un cancan avant de tirer la langue et de pousser la chansonnette d'Ouvrard (1932) : "j'ai la rate qui s'dilate, j'ai le foie qu'est pas droit ....Ah mon dieu qu'c'est embêtant d'être toujours patraque...".
L'idée d'une contagion prévalait sur d'autres modes de relationnalité moins pathogènes : entre danseuse et malade, entre malade et chorégraphe -- voire comme le craignaient les psychiatres (et ne le craignent-ils pas toujours?) entre malade et médecin. N'est-ce pas ce préside d'ailleurs à une version toujours actuelle aussi de l'homophobie? C'est aussi ce qui fit se recouper criminologie et épidémiologie, mesures de prophylaxie sanitaire et dispositifs de répression pénale, avec son chariot d'établissements de réclusion et d’isolement, dont le caractère clos devait permettre de tenir à distance le mal.
Ce sont ainsi ces phénomènes d'exceptions, que l'exposition rapporte dans son champ et dont elle interroge, à la fois, l'histoire. Décrire un phénomène contagieux, c’est à la fois dire qu’un individu en contamine un autre et dire que ces individus ne sont que les relais de quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas. On peut décider de contaminer quelqu’un, mais non d’être contagieux et c'est la seconde idée qui préside à l'organisation de l'exposition elle même, sa relation avec les visteuses/rs, et, bien sûr, la façon dont les images s'y frottent sans qu’un contact immédiat soit nécessaire pour la transmission.
On parle ici d'images, texte compris: les légendes déterritorialisées, désarticulées des photos, sont encadrés et exposées comme elles. En tant qu'archives? Notes? Documentation? Iconographie? Installation? Jusqu'où va chacune des pièces de l'exposition? On le voit, la contagion est ici une figure littérale mais aussi métaphorique qui donne à l'exposition sa dimension potentielle.
Ce flux des images montre à quel point elles agissent sur les corps (on pense aux textes majeurs d'Allan Sekula, toujours pas traduits!!!!!) ainsi que sur ceux ou celles qui les regardent, comme elles déteignent sur les films présentés, contagieux à leur tour, dans une torsion infinie, réciproque qui constitue l'exposition et son public éphémères. Pauline Boudry et Renate Lorenz inoculent la problématique de la citation à l'intérieur de toute interrogation sur l'image exposée, qui réfère à une archive en même temps qu'elle produit le présent, on pourrait dire la vitalité de l'exposition.

* A propos d'image-vie, Diedrich Diederichsen, lui même exposé aux flux de Normal Love (1963-...) pendant son exposé a conféré sur la pratique interminable de Jack Smith, le vendredi 11 juin, lendemain du vernissage, à l'invitation des artistes (ainsi qu'une une projection de films organisée par Karin Michalski ). Son argument a tout simplement consisté à appliquer la théorie queer aux Livres I, II, III  (+ les brouillons du Livre IV sur l'histoire de la plus-value) du Kapital de Karl Marx.
L'idée est qu'après Flaming Creatures et jusqu'à sa mort en 1989, Jack Smith n'aurait plus jamais définitivement terminé un film, réorganisant en permanence son matériau dans une suite de performances "live"durant parfois plusieurs jours (et rendant cinglé tout spectateur bien intentionné). Ce refus de jamais finir... en marchandise était commun à nombre d'artistes des 70's mais, comme l'a montré Diedrich Diederichsen et c'est là sa torsion queer, Smith a tout simplement procédé à une inversion des principes de l'économie capitaliste, intitulée "Landlordism" par l'artiste: résistant contre "l'économie temporelle de la production culturelle", Smith aurait certes jeté la marchandise, mais gardé le fétichisme (cf. l'émission de télé réalisée en 1974 par Birgit Hein, où Smith au zoo de Cologne, coiffé de plumes d'autruche et allumant les animaux, discourt et ravage en même temps le colonialisme structurel des forces du marché qui construisent le monde de l'art.
C'est aussi traiter de la question de l'exotisme, que d'intégrer dans la contagion des images, ce corps étranger irrépressible qui a affirmé la suspension de toute résolution comme vecteur d'une économie libidinale où l'on se perdrait, débordé/e par l'intempestif. 
"Pour la psychologie sociale de la Belle Époque, le collectif constitué par contagion peut être une foule. Ses membres, interchangeables, y sont mus par des émotions fédératrices et engagés les uns avec les autres dans des contacts physiques propres à accélérer des phénomènes de contagion dont le caractère imprévisible et irrationnel a souvent été perçu comme potentiellement destructeur pour l’ordre social. Ces entités collectives sont également à l’origine de publics, entendus comme des rassemblements indéfiniment extensibles".  Mais dans notre présent, où les phénomènes des "réseaux sociaux" et leur viralité interrogent également furieusement la sphère publique, ce mode de la contagion pourrait bien s'acoller à l'association éphémère d’individus, la diffusion de certaines pensées et de certaines émotions contemporaines, que Michael Warner a décrites comme "counter-publics”: formations sociales développées en opposition aux discours et aux intérêts de la sphère publique officielle (cf aussi à ce sujet : http://eipcp.net/transversal/0605/sheikh/fr). Et si"Contagieux!",  l'exposition  se voulait la répétition (au sens, aussi où elle inverse et indétermine le temps de la représentation) de ces formes affectives de communautés? C'est en cela, aussi, que cette exposition nous a touchées.

"CONTAGIEUX !" PAULINE BOUDRY  & RENATE LORENZ jusqu'au 15.08.2010
Centre d'Art Contemporain - Genève  Rue des Vieux-Grenadiers 10  CH-1205 Genève http://www.centre.ch





Thursday, June 17, 2010

Boyz club in Basel

Cherchez l'erreur. Ou plutôt, les erreurs : Picaso (en 2è position). Et aucune femme artiste parmi les nombreux mâles qui composent la hit-liste de la Foire de Bâle, 2010.
C'est une info que publie l'édition du 17 juin de l'Art Newspaper. (http://www.theartnewspaper.com/articles//21076)

Wednesday, June 16, 2010

A la Recherche du Pognon Perdu (Goldin+Senneby, Fondation Kadist) . Ou les procédures du retrait

                                                       www.goldinsenneby.com/
L'exposition s'appelle The Decapitation of Money. 
Cela pourrait être une pièce de théâtre. Ou un roman. Un monde virtuel. Ou une exposition.

Un livret en donne la distribution : "The Decapitation of Money. Goldin+Senneby, avec Angus Cameron/géographe économiste, KD/auteur fictif, Anna Heymowska/scénographe, Johan Hjerpe/designer graphique." Il y deux chapitres, deux actes, deux salles : l'une est composé de notes et l'autre d'un épilogue.
Où est le corps?
Les notes sont datées du 23 mai 2010 et l'exposition a ouvert le 4 juin dernier
C'est du rapide.

Deux décors se succèdent à la Fondation Kadist. Le premier évoque la fin des années 1950, presque à la façon d'une agence de voyages. D'ailleurs, c'est la reproduction d'une tapisserie de Lurçat qui a tout de suite tapé dans l'oeil cynique du LBV-: elle accompagne deux vrais fauteuils et une vue photographique représentant un comptoir de bois, deux chaises et une table basse, et derrière tout ça, la tapisserie murale, en question. L'évocation se précise, celle du siège de la BCEN-Eurobank, fondée à Paris, avec pour actionnaire principal la Banque Centrale de Russie. La guerre froide n'a pas empêché l'argent de "se mettre à gauche", y compris venant de l'Est, d'ailleurs.
                                          (ci-dessus/dessous) courtesy Kadist art foundation/Goldin+Senneby

La seconde salle est livrée au temps de l'invocation, plutôt que l'évocation: celle des années 1930, des mânes de Georges Bataille et de la société secrète Acéphale, ses réunions dans la forêt de Marly près de l'arbre foudroyé. Le côté "signes de piste" (sinon pine de sylphe) de ces réunions --où il s'agissait pourtant que Bataille se fasse couper la tête-- est redondé par la carte  de la forêt de Marly stencilée au mur, dans le noir de la pièce traversée de sanglots électriques, pendant qu'une voix raconte l'épisode de la forêt de Marly


                                           La promenade en compagnie d'Angus Cameron, 23 mai

C'est à Marly, en effet, que nous avions été après le séminaire à l'EHESS d'Angus Cameron, historien d'art passé du côté d'un département universitaire de géographie, notamment parce qu'il s'intéressait à la "xéno-monnaie" et à l'argent "offshore"-pour résumer brièvement son parcours.

La promenade d'Angus, porte-parole de Goldin + Senneby,  est allée nous (pro)mener du côté d'Acéphale pour nous raconter la décapitation de l'argent : vers 1450, début de la monnaie virtuelle par l'adoption de la double-comptabilité ;  révolution Française, après 1793, décapitation de Louis XVI, et d'un certain régime de souveraineté, abolition de la monnaie matérielle et fuite des lingots depuis Londres vers l'Europe continentale; suspension de la convertibilité, création d'une monnaie papier inconvertible; "Terreur" de la monnaie, peine de mort pour les nombreux faussaires... Une chaîne de conséquences menant jusqu'à l'année 1957, lorsque l'argent "part offshore": la crise de liquidités dans l'économie mondiale amène la Banque d'Angleterre à  émettre des dollars US ("Eurodollars") sans référence à la réserve fédérale américaine ;  à cause d'une particularité de la loi anglaise, ce qui ne provient pas du système US ne devient pas anglais et donc, cet argent ne va... nulle part. Il quitte tout espace régulé, c'est ce qu'on appelle "xenomoney",  la monnaie imaginaire, sans tête.
...
Pendant ce temps, Jérome Kerviel avoue devant la justice avoir inventé un personnage, baptisé Matt,  pour justifier auprès d'un courtier des passations d'ordres massives sur les marchés. La spéculation passe non seulement par l'anonymat mais le "pseudonymat".
Dans le même temps, deux sociétés américaines sont autorisés par l'autorité de régulation des marchés à vendre un nouveau produit dérivé: un contrat à terme sur les futures productions hollywoodiennes. Acheteurs et vendeurs négocieraient le prix de chaque contrat sur ce nouveau marché avant la sortie du film, mais la valeur finale serait déterminée par les entrées en salles aux USA. Spéculation oblige, la crise des sub-primes peut se déplacer des barêmes immobiliers à ceux des images. 

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Une exposition ouvre à Paris, une des étapes du du projet Headless de Goldin+Senneby, débutée en 2007 -semble-t-il- par son incorporation, comme 7000 autres sociétés, auprès du groupe Souverain (http://www.sovereigngroup.com/) qui s'est sans doute chargé de lui arranger, comme le dit Sovereign, "l'attribution de ses profits à une compagnie qui est sujette à peu ou zéro impôts".
Acéphale, Souverain....Sus à l'économie générale.

Un sentiment, vague, émane de l'exposition et c'est celui, qui n'est pas désagréable, d'une défection : car, on l'aura compris, ce ne sont ni les textes, ni les décors,  ni les objets, ni les images, ni les séminaires, ni les conférences qui sont la proposition de Goldin+Senneby. Ou plutôt toutes ces choses sont opérées, de façon plus ou moins autonome, par des porte-paroles, des rédactrices et rédacteurs, des scénographes, des journalistes délégués, constituant à la fois les personnages et les agents (doubles), les membres dépareillés d'une production qui se voudrait sans tête. En tout cas, les procédures appliquées requièrent un certain niveau d'anonymat et de retrait pour se projeter au niveau d'abstraction requis, si l'on veut vraiment décrire, dans le champ de l'art et des expositions, l'économie dans laquelle notre monde baigne ou les processus économiques qui se font, depuis longtemps déjà, hors de notre portée.
De façon concomittante à l'écriture de ce post, les nouvelles tombent et s'intriquent à l'histoire narrée: nous en sommes ainsi lectrices, y compris les artistes Goldin +Senneby, qui assument également cette position, laissant les autres, le séminaire, la promenade, l'exposition, comme lieux d'un bénéfice secondaire, que l'on peut, temporairement, appeler du plaisir.

Chris Dercon directeur de la Tate Modern... Et Chantal Pontbriand a aussi la Tate moderne.

Chris Dercon a été nommé directeur de la Tate Modern après que Vicente Todoli eut décidé de quitter ce poste. Né en Belgique, Chris a fait des études d'histoire de l'art, de théâtre et de théorie du cinéma, a travaillé pour une galerie puis en tant que documentariste free-lance pour la radio et la télévision belge et comme curator (Jack Goldstein, Dara Birnbaum, Dan Graham, le Doch Doch show et Theatergarden Bestiarium ). Sous l'égide d'Alanna Heiss, il est directeur du programme de PS1 à New York (Helio Oiticica, Franz West, Catherine Beaugrand, Raymond Hains, André Cadere, Paul Thek...).
Il a ensuite été directeur du Witte de With, puis du musée Boijmans Van Beuningen à Rotterdam. Il était en suite parti à la Haus der Kunst de Munich- où sa dernière exposition rend hommage aux collectionneurs bruxellois Nicole et Herman Daled  ("less is more" jusqu'à fin juillet). C'est Chris Dercon, donc, qui, après avoir consulté Rem Koolhaas et Herzog & de Meuron pour la rénovation de Haus der Kunst, sera en poste durant la réalisation de l'extension de la Tate, dont il prendra la direction en mars 2011.
Au cas où ça aurait échappé aux lectrices/teurs du Beau Vice, on rappelle que Chantal Pontbriand a également été nommée à la Tate, à un nouveau poste intitulé : Head of Exhibitions Research & Development, ce qui veut dire, selon ses explications, qu'elle sera en dialogue avec toutes les activités de l'institution.
Enfin profitons en pour glisser une vacherie et signalons que ces deux personnalités, l'une belge, l'autre canadienne, prouvent une fois de plus combien la Tate, qui avait déjà engagé un espagnol et avant cela, un néerlandais à sa tête moderne, fonctionne pour ses recrutements à l'envers de l'actualité des institutions françaises (deux exemples au hasard : le MNAM à Pompidou, le musée d'art moderne de la ville de Paris, le futur palais de Tokyo élargi) qui recrutent désormais "français".

Sunday, June 13, 2010

Felix en Gare de Genève

Vu, les 11 et 12 juin, F G-T en gare de Genève. Photo Catherine.

Sigmar Polke à pied levé (1941-2010)


        Les vitraux de Polke (2010) à Zürich. Polke avait reçu une formation de maître-verrier.
En 1988, Suzanne Pagé, alors responsable de l'art contemporain au musée d'art moderne de la Ville de Paris, est nommée à la tête de ce musée. L'histoire de ce "passage", c'est Sigmar Polke qui l'a racontée, en l'improvisant, si l'on peut dire, à pied levé. Alors que son exposition était déjà prévue,  Polke était arrivé  à Paris, avait débarqué dans le bureau qui allait échoir à Suzanne Pagé, s'était juché sur la table et mis un pied sur le rebord de la fenêtre, qui se trouvait à l’étage le plus élevé du musée…Une façon extréme, très Polke, de vouloir ainsi « décoller »  !  
Suzanne Pagé a commenté rétrospectivement cette histoire (dans l'interview-fleuve qui figure dans le livre-catalogue du MAMVP)
"Ce qui était formidable au fond, c’est qu’un artiste se sente si à l’aise au Musée. Le grand changement qui a alors été opéré quand j’ai été nommée Directeur de l’ensemble, c’est l’acceptation pleine de l’ARC au sein du Musée et la reconnaissance de son importance déterminante dans l’institution où elle devait agir comme tête chercheuse et irradier dans toute la maison.
Polke a fait son exposition dans l’ensemble des salles de l’ARC.. créant une œuvre qu’il allai développer ensuite à Venise. Il nous faisait encore une fois découvrir le lieu en révélant la surface convexe de l’ARC comme un œil. La « rétrospective » devenait dès lors un événement vraiment magique."
La magie avait d'ailleurs commencé plus tôt, alors que Jacques Chirac qui était maire de Paris, présentant le programme culturel de la Ville pour l'année suivante, avait évoqué la grande exposition Sigmé Polkar...

Wednesday, June 09, 2010

5 formidables solos de et/ou avec Susanne Linke: enthousiasme.

        Susanne Linke dans Kaikou-Yin (2008) (Transmigration) et dans Im Bade wannen (1980)

Cinq solos chorégraphiés entre 1978 et 2008  par Susanne Linke, avec elle pour deux d'entre eux, les trois autres étant interprétés par Armelle van Eecloo, Mareike Franz et Urs Dietrich (et on pourrait dire aussi dans ce dernier cas par Pablo Casals, qui rythme de ses commentaires son interprétation de Fauré), sont actuellement présentés aux Abesses. L'ignorante qu'est LBV est repartie larmes aux yeux, sidérée, comme Catherine, par l'utilisation que fait Linke d'énormes clichés musicaux tels La Jeune fille et la Mort de Schubert ou l'Adagietto de la 5è de Malher, qui font en quelque sorte, reddition à la danse.

LBV n'avait pas jusqu'alors saisi combien Susanne Linke, 66 ans, est un jalon important dans l'histoire de la danse. Linke fut l'une des dernières élèves de Mary Wigman et fut très impressionnée par Dore Hoyer, avant de rejoindre Pina Bausch et Reinhild Hoffmann, alors étudiantes à l'école Folkwang d'Essen, dont elle dirigea la compagnie entre 73 et 79, puis partit pour New York. Son histoire personnelle --qui lui rendit difficile l'usage de la parole lorsqu'elle était enfant-- permet-elle de mieux comprendre son chemin parallèle, c'est à dire séparé du Tanztheater,  pour trouver son langage  ? En tout cas, le travail de Susanne Linke poursuit ou plutôt réactualise ou recrée une tradition moderne(iste?) avec une technicité implacable poussée jusqu'au maniement des cheveux (féminins ou masculins, peu importe, ils sont très longs).

Monday, June 07, 2010

Agir contre la fermeture de Kerguéhennec

Reçu lundi 7 juin, cet appel au secours porté par l' association ACB (art contemporain en Bretagne), anonyme pour protéger les salariés de Kerguéhennec (*cf. plus bas le texte de la pétition) :

"vous avez certainement, en tous cas pour la majeur partie d'entre vous, su que le centre d'art du Domaine de Kerguéhennec est en danger. Aujourd'hui, la situation est claire : nous fermons le 30 juin. Le Conseil Général, propriétaire du site, ne veut plus de cette association qui a assuré la programmation pendant 25 ans, et 16 personnes vont se retrouver au chômage, ou tout comme. LEs méthodes employées pour cette expulsion sont scandaleuses et l'association a dû mettre en place au sein de la médecine du travail une cellule d'aide psychologique. Imaginez que des personnes travaillent pour l'association depuis 25, 17 ou même 5 ans, et que que tout se fait par voie de lettres interposées (on refuse de nous recevoir depuis plus d'un an), menaçantes, humiliantes et mensongères. Ce que l'on propose aux salariés ? de se poser candidats à un rectrutement pour des CDD de un an, sans savoir quelle fonction nous sera proposée, et surtout on nous précise bien que si nous n'adhérons pas au projet, ce n'est même pas la peine d'envoyer une lettre...Nous avons affaire à des technocrates qui n'ont aucun problème de conscience à balayer ainsi des gens, des projets, des idées...
Alors puisque tous d'une manière ou d'une autre vous pouvez vous sentir concernéEs par le sort réservé au Domaine de KErguéhennec et à ses salariés, sort que malheureusemnt connaissent tellement de gens aujourd'hui, dans tous les secteurs, où l'humain devient une vague notion avec laquelle il ne faut surtout pas trop s'embarrasser, et bien vous pouvez signer la pétition au lien ci-dessous :
http://www.mesopinions.com/Domaine-de-Kerguehennec---menace-de-fermeture-du-centre-d-artcontemporain--centre-culturel-de-rencontre-petition-petitions-0a0fd217db7e3e929c80e2035b6ffaa8.html


voilà le texte, pour éclairer le désastre :
Après 24 années d’efforts partagés et enthousiastes en faveur de la création, sa valorisation et sa diffusion, le Domaine de Kerguéhennec, centre d’art contemporain, centre culturel de rencontre, situé à Bignan (Morbihan), est en danger.
Alors que l’Etat et la Région Bretagne ont renouvelé leurs soutiens en 2010, le Conseil général du Morbihan annonce son désengagement total et somme l’association de quitter immédiatement les locaux qu’elle valorise depuis 1986. Le projet artistique et culturel est menacé d’extinction dès cet été, tandis que la renommée du centre d’art contemporain poursuivait sa progression locale, nationale et internationale.
L’association Art Contemporain en Bretagne sollicite votre soutien par la signature de cette pétition pour exiger la préservation de cet équipement culturel incontournable et des missions du centre d’art contemporain/centre culturel de rencontre.



Le Centre d'art contemporain/Centre culturel de rencontre du Domaine de Kerguéhennec est porteur d’une ambition artistique et culturelle singulière, fondamental pour la Bretagne et exemplaire internationalement. Les plus grands artistes sont passés par Kerguéhennec, certains pour y faire leur première exposition. 30 000 visiteurs viennent chaque année à leur rencontre. De l’élémentaire au supérieur, les établissements d’enseignement l’ont adopté comme une référence incontournable.

Fondé en 1986 sur le projet de créer un parc de sculptures, le Centre d'art contemporain/Centre culturel de rencontre qui porte le nom du Domaine de Kerguéhennec a été subventionné jusqu’en 2009 par le Conseil général du Morbihan, la Région Bretagne et le Ministère de la Culture/Drac Bretagne. Il a d’abord été porté par le Frac Bretagne, puis dirigé de 1992 à 1999 par Denys Zacharopoulos, et depuis 2000 par Frédéric Paul. L’exceptionnelle collection de sculptures a été constituée par commande publique de l’État et du Frac Bretagne.
Fin 2009, après près de 25 ans de coopération, la convention de mise à disposition du site venant à échéance n’est pas reconduite par le Conseil général, propriétaire. En 2010, Région et Ministère ont notifié leurs subventions au Domaine de Kerguéhennec, mais le Conseil général, qui reste devoir la moitié de la subvention 2009, mettant le centre et son équipe dans une situation dramatique, n’a même pas accusé réception de la demande suivante. Plus catégoriquement, son président somme par courrier le Domaine de Kerguéhennec d’évacuer les lieux au 1er juin.
Entretemps, un projet de réforme est négocié par les partenaires historiques pour faire passer le Domaine de Kerguéhennec de son régime d’association à celui d’EPCC (Etablissement public de coopération culturelle).
Des discussions ont été engagées pour le reclassement des salariés dans le futur EPCC, l’actuel directeur étant écarté d’office. Mais, aujourd’hui, la régie directe semble avoir la préférence du propriétaire. Cette reprise en main ouvre la voie à un autre projet, porté par le Conseil général, dont le contenu n’a fait l’objet d’aucune communication à l’équipe du Centre d'art contemporain/Centre culturel de rencontre.

Milvia Maglione (1934-2010)


                                                     Dédicacé à L. 1973, MNAM/Centre Georges Pompidou.  
                                                                 © Adagp
C'est par Dany Bloch qu'on avait connu Milvia Maglione, décédée en mai dernier.  De son vrai nom milvia maglione di melasson, née à Bari en Italie,  cette artiste, décoratrice et graphiste avait fréquenté Mandiargues, Italo Calvino, Dino Buzzati, et, parmi les artistes, Duchamp et Manzoni. Elle fut durant dix ans chargée de cours dans le département des arts plastiques de l'Université de Paris VIII.
Depuis la fin des années 1960 elle avait participé à nombre de manifestations parisiennes (Biennale de Paris, Grands et Jeunes..) ainsi qu'à des expositions féministes, comme Féminie (1977 et 1979) ou encore la mémorable Combative acts, profiles and voices, tenue en 1976 à l'A.I.R. Gallery de New York ; elle avait également été la première artiste exposée lors de l'inauguration de la galerie des femmes à Paris en 1981 et elle avait fait des couvertures de livres et des affiches pour la maison d'édition féministe italienne, La Tartaruga.
On a pu voir Dédicacé à L. dans l'accrochage elles@centrepompidou: ici le mot accrochage est à replacer littéralement sur le support de tissu, où des fragments d'images, des broderies et des sortes de pendentifs composés de bobines, de fils, de dés à coudre sont suspendues comme autant de médailles  au plastron de la toile.
 

  Maglione, hommage aux premières femmes peintres italiennes

Et puis, il y avait ces lithographies de Maglione, paysages plus ou moins élégiaques, que rappelaient à LBV les habillages visuels du label anglais de musique électronique " Border Community  " (de James Holden et Nathan Fake).

    en haut, Maglione, en bas Border Community

"curator" de vente aux enchères...

"C'est comme avoir un commissaire invité dans un musée", a expliqué (sans manquer d'air) Simon de Pury, président de la maison de vente Phillips, de Pury et C° lorsqu'il a commenté sa décision d'inviter Philippe Ségalot, ex-Chrisitie's devenu marchand privé), à organiser une exposition-événément-vente, le tout ici passé dans un mixer.

Friday, June 04, 2010

Ingrid Caven, Bulle Ogier.... et les théâtralités chantantes de Daniel Schmid

              Jeudi, au centre culturel suisse, autour de Daniel Schmid

On passe de très bonnes soirées, cette semaine au centre culturel suisse, qui a donné carte blanche à Bice Curiger et Jacqueline Burkhardt, les fondatrices et responsables de la Revue Parkett. Elles ont assuré le show mercredi "autour de la photocopieuse", actionnant notamment des sacs en plastique, provenant respectivement d'Istambul et de Zurich, en guise de boîte à rythmes sur une musique et des paroles de Stephan Eicher. Gros coup de nostalgie autour de la scène punk/art de Zurich fin 70's, une ville qui soudain devint tête de pont avec la no-wave de New York...
                                         Daniel Schmid et Lucia Bose, photo du film de Benny Jaberg et Pascal Hofmann
La nostalgie était également au rendez-vous jeudi après la projection, inédite en France du film passé à la Berlinale 2010 de de Benny Jaberg et Pascal Hofmann, Daniel Schmid le chat qui pense. Un film qui aurait dû se faire avec Daniel Schmid, mais que sa mort en 2006 a transformé en un film "sur" Schmid. Un film rôdant autour de Flims (sic), site de l'hotel familial où grandit et que filma le cinéaste,  troisième pôle d'une mascarade flamboyante, politiquement mélodramatique (RIP Douglas Sirk, sur la question de la décadence) où figurent également Schroeter et Fassbinder, de grands amis entre 71-80. Le cinéma, semble-t-il, y constitua pour les trois une métaphore de la fin sans fin -l'interminable?-des utopies contenues dans l'histoire filmique
.                                           Fassbinder, in L'Ombre des Anges et Schroeter, in da film sur Schmid

Autour de l'ami Stephan Zweifel, qui posait des questions élaborées, Tis Brunner (curator ciné de la foire de Bâle et directeur de la fondation Sirk), Marcel Hoehn le producteur, le caméraman fidèle Renato Berta. Modeste dans ses commentaires, Bulle Ogier a émis le voeu de revoir les films de Daniel Schmid très vite (on la soutient : Heute Nacht Oder Nie, La Paloma sont, dans notre souvenir, des chefs d'oeuvre.). C'est Ingrid Caven qui a tenu la scène, n'hésitant pas à se lever pour improviser une présence flottante, glissante, selon le cinéma de ces années là. Soulevant un pan du contexte de cette jeunesse allemande-européenne d'après guerre, Caven a insisté sur l'absence de hiérarchie, de plan de carrière et de compétition, la culture, l'improvisation et la lenteur dans la bande à Schmid, dont elle fut l'amie et la diva (plus tard, Daniel Schmid fit des mises en scène d'opéra et on n'oublie pas Le Baiser de Tosca, filmé dans une maison de retraite d'artistes lyriques)
                                                                   Ingrid Caven in Daniel Schmid
On n'avait pas oublié que cette bande là, après avoir bouilloné en Allemagne (à Berlin, où il vivait dans le même appart qu'Andreas Baader, Schmid avait interrompu ses études à l'école de cinéma sur les conseils de Fassbinder ), s'était installée à Paris à partir de 1974. LBV avait eu la chance de voir, en compagnie d'Emil Forman et Bénédict Beaugé, le tour de chant d'Ingrid Caven mise en scène par Daniel Schmid au Pigall's, cabaret délabré, dont elle ne s'était jamais vraiment remise...
Mais l'une des contributions les plus décisives au film  provient du Japon, en la personne d'un spécialiste de Flaubert, traducteur de Foucault et Derrida en japonais, le professeur Shiguéhiko Hasumi, qui fit venir Daniel Schmid pour une rétrospective à Tokyo et qui produit à l'écran un discours d'une grande pertinence critique. Entre la vieille geisha de 91 ans, maquillée et désarticulée  (on pense à Kazuo Ohno) qui installe sa lente chorégraphie devant la caméra de Daniel Schmid et les premiers films sous influence Viscontienne de celui-ci, s'esquisse un pas de danse, valse mélancolique et langoureux vertige.
cf aussi l'article de Gary Indiana http://bombsite.com/issues/7/articles/330 
et un fragment de Heute Nacht Oder Nie.
http://www.youtube.com/watch?v=2RNWekvPzE4
et de La Paloma
http://www.youtube.com/watch?v=_iciLf93R6k

Wednesday, June 02, 2010

Tuesday, June 01, 2010

"Otte" : Louise Bourgeois c'est ça c'est ça.

Biennale de Bucarest -- boue et censures au pays du "youngest curator ever"


                                                  Kauciliya Brooke, planche extraite de Tit for Twat
                                            Société Réaliste, sa proposition pour la Biennale de Bucarest

La 4è biennale de Bucarest s'est ouverte non sans connaître quelques inquiétants remugles. D'abord, la censure de l'amie Kaucilya Brooke, professeure à Cal Arts (et qui participa à notre Beau comme un Camion à l'Europride 97). Invitée par le curateur de la Biennale Felix Vogel (excursus : né en 1987, il a donc 23 ans et étudie l'histoire de l'art...), Kaucilya Brooke s'est vue refuser par le musée National de Géorgie (le lieu d'exposition choisi pour elle) d'y exposer Tit for Twat; ce chantier ouvert depuis 1993, débute avec l'examen de la la matrice hétérosexuelle de la "scène primitive" pour la reformuler en un "et si tout avait commencé avec Madame et Eve"...Le directeur du musée a jugé cette épopée du genre et de la sexualité "pornographique"...." pour un musée visité par 80% d'enfants". Malgré les tentatives de conciliation de l'artiste, aucun autre lieu n'a été trouvé dans la ville. Rappelons que l'homosexualité a été dépénalisée en Roumanie en...2003 et que le pays a la réputation d'être parmi les plus homophobes en Europe. 
Et puis, ça a été au tour des amis de Société Réaliste (seuls artistes sélectionnés venant de France) de se faire traîner dans la boue. Non sur leur proposition: une sculpture en bois proposant une cartographie de 20 couches incisées superposant les frontières européennes entre l'an 0 et l'an 2000- mais sur les moyens de production :  une inconnue pour les artistes qui n'ont jamais pu connaître les coûts de production (combien l'Alliance Française a-t-elle payé au total, ils n'ont pas pu le savoir !). La situation s'est tendue lors de la conférence curatoriale en compagnie des artistes, pendant laquelle JB Naudy (seul invité pour représenter Société Réaliste) a simplement notifié au public qu'aucun des artistes invités n'était payé (pas de per diem...) alors que les curators eux, sont payés pour leur travail... A la fin, Naudy a décidé de retirer la pièce. Lorsqu'il se dirigeait pour sortir du musée, il s'est vu accuser de faire infraction dans un espace privé et de voler sa propre oeuvre, avec menace d'intervention policière pour lui faire rendre raison. Les gentils organisateurs ont annulé son billet d'avion retour pour Paris. Heureusement, Société Réaliste enchaînait sur une autre exposition en Moldavie, qui a pris le relais et dégoté un billet retour.
Tout ça fait mal en regard de l'affichage d'activisme politique de la Biennale, qui se veut un lieu d'anarchisme et de subversion et  affiche également à son catalogue des textes de Toni Negri, Chantal Mouffe, Bruno Latour, citant Hannah Arendt, etc.  Déjà que le musée national d'art moderne de Bucarest, selon les artistes roumains est complètement pourri et vraiment infréquentable!
L'un des protagonistes de Chlo Delat avait aussi décrit, en février dernier, ses heurs et malheurs avec le pavillon UniCredit (l'un des lieux de la Biennale de Bucarest), écrivant notamment:
"Etre radical en art ou en matière de culture ne devrait pas être pensé comme la propriété exclusive d'institutions financées par le pouvoir et l'argent. En bref, les institutions ne devraient pas être libres d'abuser les artistes avec leur arrogance et leur incompétence. Elles devraient faire face aux conséquences de leur comportement, même lorsqu'elles sont situées dans le plus pauvre des pays d'Europe et financées par les plus riches entreprises".
http://eipcp.net/policies/vilensky/en

Addendum, 8 juillet à lire:
http://www.kunsthart.org/nl/16/130/the-bucharest-biennale-4-getting-real.aspx