Monday, May 31, 2010

Re faire: Rineke Dijkstra.

                                     Ruth drawing Picasso, Tate Liverpool, 2009
                                              @Rineke Dijkstra/Marian Goodman

Une petite fille est prête à devenir l'Esther Gorintin du monde anglo-saxon; on s'en souvient, Esther Gorintin s'était révélée à l'âge de 86 ans, dans le casting du film Voyage d'Emmanuel Finkiel. Après, elle s'était prise au jeu et jusqu'à sa mort cette année, presque à 97 ans, elle avait enchainé les rôles.  C'est une petite fille, ici, qui déchire l'écran: Ruth, la petite fille rousse aux bottes Hug.  "Image pensive" dans le film de Rineke Dijsktra, Ruth, assise par terre (sur le sol d'un musée que redouble celui de la galerie), dessine ce qu'elle voit, complètement absorbée par sa tâche, regardant légèrement au-dessus de nous, puis son bloc, et ainsi de suite. Dans ces actions renouvelées,  il s'agit de copier quelque chose:  Ruth est parfaite, du début à la fin d'une sorte de partition, où elle se distrait puis se reconcentre, jusqu'à ce qu'elle trace probablement la graphie d'une signature-- on n'en saura rien, car bien sûr son dessin n'est jamais rendu visible. Pour qui s'intéresse aux actions de "deuxième main", au "re" de l'art contemporain, on ne peut faire démonstration plus émouvante.
Il faut ajouter que cette vision solitaire est contrebalancée, lorsque le projecteur s'éteint, par un choeur qui s'allume à son tour sur trois écrans, où d'ailleurs cette petite fille figure. Un choeur bruissant alors que le son, dans le cas de  Ruth, est entièrement concentré dans le crissement d'un crayon. Ce sont des filles et des garçons, en uniforme scolaire à l'anglaise, qui regardent et discourent de quelque chose- une oeuvre, un tableau, Picasso, la Femme qui Pleure, 1937, Tate Liverpool-- qui se trouve à côté de nous, de notre côté mais pas tout à fait à la place de la caméra et qu'on ne voit jamais. La Femme qui Pleure n'est pas l'objet de cette oeuvre, d'ailleurs, qui s'attache bien plutôt à décrire l'effet qu'elle fait sur cette classe d'enfants réunis devant elle.
Comme chez Bergman, où l'on voyait les enfants écouter la Flûte Enchantée, on est ici dans une situation d'écoute des regards, où l'on écoute effectivement ce que ces enfants en uniforme disent de ce qu'ils voient et comment ils voient. Une oeuvre d'imagination recouvre l'oeuvre réelle, lui donne sens et devenir. Ces enfants n'en font ni trop, ni pas assez. Ils parlent, l'un après l'autre, l'un avec l'autre et s'entraînent collectivement dans leurs commentaires. Pourquoi cette femme pleure-t-elle? A-t-elle perdu quelqu'un, est elle seule, sa belle-mère lui a-t-elle envoyé une lettre lui disant "c'est toi la prochaine", pleure-t-elle des larmes de joie, a-t-elle reçu une voiture de sport pour son anniversaire....
Les commentaires passent d'une estimation terrible voire terrifiante du sujet du tableau, à l'appréciation contraire, du malheur au bonheur, du cauchemar à l'anniversaire. Le découpage à l'image suit cette orchestration en plusieurs mouvements, où des vagues chorales s'enchaînent à des solos.


                                                  The weeping woman, Tate Liverpool, 2009 (stills)

Ca n'a rien à voir mais on pense aussi à Pialat, c'est-à-dire à la volonté de ne pas avoir un "regard sur" l'enfance par exemple, et d'offrir par l'anonymat de ce regard, une égalité des chances à chacun des protagonistes. Relayée par la sûreté du montage, Dijkstra parvient à persuader de la continuité d'une action qui se poursuit jusqu'à ce que les coudes des enfants s'appuient successivement l'un sur l'épaule de l'autre, les reliant collectivement à l'image. 
                                         

                                              stills from The Krazyhouse, Liverpool, UK

On avait tellement aimé cette installation de Rineke Dijkstra qu'on avait un peu oublié de prendre le temps pour aller regarder au sous-sol de la galerie Marian Goodman les quatre écrans formant The Krazyhouse, Liverpool, UK (Megan, Simon, Nicky, Philip, Dee). Il a donc fallu faire retour à la galerie et pour voir et revoir ces cinq adolescents, un peu plus grands que nature et coupés à mi- corps sur l'écran. Chacun après l'autre, successivement, danse solitairement en musique devant un mur blanc. L'écran s'éclaire pendant le temps de leur "routine"--leur manière de danser, qui les identifie chacun chacune tout en ressemblant à d'autres, déjà vues-- laquelle s'effectue frontalement devant nos yeux, sans montrer les pieds exécutant les mouvements. Contrairement à d'autres travaux en boîte (de nuit), le White Cube construit par Dijkstra isole ici des corps et des visages selon une logique qui n'a pas vraiment à voir avec celle du casting mais beaucoup plus avec celle de l'exposition.  Et pourtant, on s'identifie à leur émotion, portée par la musique choisie par ces jeunes gens et aux motions qui se répètent indéfiniment jusqu'à ce que la musique s'arrête et qu'elle éteigne l'image.

au revoir chère Louise.

On vient de l'apprendre, Louise Bourgeois est morte.

L'artiste ne sera plus présente à partir du 31 mai 17h (et neoLIT en prime)

L'épopée Marina Abramovic au MoMA se termine le lundi 31 mai à 17h.
http://moma.org/interactives/exhibitions/2010/marinaabramovic/
Depuis l'ouverture de sa rétrospective "The Artist is Present", Marina Abramovic s'est assise, six jours par semaine et sept heures par jour -soit 700 heures- au sein de l'atrium du musée. Vêtue d'une longue robe de prêtresse, rouge, bleue ou blanche, sa natte placée sur l'épaule gauche, elle s'est tenue sur une chaise, regardant fixement devant elle. Les visiteurs, eux, se sont succédés, s'asseyant face à elle pendant un temps variable. Une série de photos des regardeuses/eurs est publiée sur le site du Village Voice. Où se succèdent quelques anonymes et surtout les célèbres, comme Anthony Hogarthy, Sharon Stone, Marisa Tomei, Rufus Wainwright, Björk ou Matthew Barney. On a choisi Joan Jonas, performeuse, Anthony et une femme voilée.
 Voilà pour l'endurance spe(cta)cularisée. Le reste de la rétrospective n'a pas été sans valoir à Abramovic et au MoMA de nombreuses critiques, de la part du NY Times comme d'artforum.  Il n'est pas anodin dans cette perspective que Marina Abramovic envisage une collaboration avec Bob Wilson, sur un futur spectacle autobiographique, allant du côté du théâtre comme elle l'avait déjà fait à Avignon. Abramovic-Huppert, même one-woman-show?
(aucun rapport avec ce qui va suivre, mais c'est sur le même site du NY Times...)
Avec l'orchestre féminin de neoLIT, en revanche, il s'agit de women, au pluriel, puisque cet ensemble newyorkais à géométrie variable (comprenant mezzo-soprano, flute, clarinette, violon, violoncelle et piano) s'est voué à jouer de la musique de compositeurs femmes, largement méconnues dans un monde musical, en comparaison duquel l'univers des arts plastiques paraîtrait complètement féministe (regarder, par exemple, le programme des différentes scènes musicales à Paris, de l'Opéra à Pleyel, voire à La Villette).

Friday, May 28, 2010

Sabine Breitweiser engagée au MoMA

Fondatrice et célèbre commissaire entre 1988 et 2007 de la Generali Foundation à Vienne (où elle a fait acheter des travaux d'artistes qui n'étaient jamais collectionnés, notamment VALIE EXPORT ou Dan Graham) Sabine Breitweiser vient d'être nommée conservatrice au MoMA, chargée des medias et de la performance en remplacement de Klaus Biesenbach, lequel est monté d'un échelon dans la hiérarchie du musée newyorkais, remplaçant la fondatrice de PS1 Alanna Heiss en tant que directeur du MoMA PS1. C'est néanmoins une très bonne nouvelle pour le MoMA, où le jeune department of Media and Performance Art compte déjà 1700 acquisitions. Et où se prévoit à l'automne une exposition intitulée On Line, sur le dessin, organisée par Connie Butler et Catherine de Zegher et qu'on imagine donc assez féministe.

Thursday, May 27, 2010

Report fom Barcelona airport (I hate Vueling!):

 Briony Fer et Eva Hesse en fond d'écran, Cathy de Zegher et Bracha L.Ettinger en fond d'écran, Michael Newman, qui rigole à ce que raconte Briony Fer et le studiolo de Federico de Montefeltro à Urbino en fond d'écran.

Coincée à l'aéroport de Barcelone pendant que son avion -Vueling, à éviter!!!- est annulé, LBV en profite pour tirer le bilan partiel et partial de ce brillant séminaire organisé par Laurence Rassel, directrice de la fondation Tapies et Maria-Josep Balsach, directrice du département d'art/culture contemporains de l'université de Girona, en l'honneur de l'exposition Eva Hesse studioworks ainsi que de Alma Matrix, Bracha L. Ettinger-Ria Verhaeghe ; deux expos qui se tiennent au sein de la fondation nouvellement et magnifiquement restaurée (où se prépare, chic! une exposition Anna Maria Maiolino, en octobre).
Transportés dans la ville de Girona, et plus spécifiquement dans la salle de conf. capitulaire de son université, les participantes ont écouté, le matin, Briony Fer et Catherine de Zegher.
"Sont-ce des objets? Pourquoi seraient-ce des objets? ". Briony  Fer s'est attachée, d'abord comme elle l'a fait dans le formidable livre catalogue consacré aux Studioworks d'Hesse (édition Fruitmarket Gallery d'Edinburg/Yale) à ne pas définir, ni catégoriser mais décrire comme des "specimens" ce qui n'apparait au premier abord, ni comme des oeuvres, ni comme des maquettes préparatoires mais des restes.  Des restes historiques; Des restes de et dans l'histoire de l'art. Pour Francis Bacon, ce qui est resté dans l'atelier est devenu l'objet d'une fétichisation. Comment éviter que ces "sub-objects" comme elle les appelle-- des oeuvres non advenues mais parfois plus belles ou plus complètes que d'autres pièces qui leur ressemblent-- , s'engouffrent dans un marché vorace, ou entretiennent le pathos autour d'une artiste morte jeune.
Dans les remarquables "insights" de Briony Fer, il y en a un qui a particulièrement plu à LBV: celui où elle rapporte l'usage du latex, non à ses extensions économiques et sociales (préservatif, etc) mais à sa couleur, à la transformation de sa couleur dans le temps : du clair au sombre, du lumineux à l'opaque. Le latex comme "corruption d'or", comme "salissant la lumière". Même étendu sur une mousseline simplement suspendue, l'usage du latex produit un "monochrome doré" -- l'association avec l'urine (cf golden shower ) a été d'ailleurs faite par Oiticica, notamment.
Cette valeur de test dans les Studioworks de Hesse, Fer la trouve également dans un livre photographique d'Ed Ruscha, intitulé Royal Road Test.  Rusha fait la route:  à la fois ligne d'horizon et univers sec et minéral. L'appareil photographique y saisit des débris comme des indices d'une enquête sur le meurtre d'une machine à écrire Royal explosée en fragments. L'oeuvre comme recyclage volatil....Briony Fer se propose alors de lire L'Interprétation des Rêves de Freud, par le biais du test de Ruscha,  la "voie royale" des rêves comme celle où passent des objets qui n'en sont pas encore, comme des specimens botaniques pressés entre deux pages.
Cathy de Zegher, bien connue pour son exposition féministe Inside the Visible. An Elliptical Traverse of XXth century art in, of ,and from the feminine (avec son catalogue éponyme: on n'a pas vraiment fait mieux) et son passage au Drawing Center de New York, s'est lancée dans une autre traversée, depuis le Studiowork jusqu'au Webwork, des notes aux nets. Rendant hommage à l'invention théorique de la  "matrix" d'Ettinger, elle a poursuivi sur cette lancée.  De son point de vue, la communication artistique, peut être reformulée comme une traversée des frontières hors du phallogocentrisme (pour reprendre l'expression de Derrida) et par le biais de méthodes texturelles autant que textuelles (les graphies des carnets de Bracha Ettinger, l'usage de la photocopie ou du scan qui rend encore plus fantomatique le présent; l'entre-images de Ria Verhaeghe, collectrice impatiente de clichés des medias en une archive dont elle trace les rémanences, les convergences, les réseaux en mettant au point des graphiques et des diagrammes qui rendent encore plus fou le monde que les images croient décrire). Dans cet entre-deux dans lequel se tiennent les deux artistes, s'expose la vulnérabilité d'un espace transitionnel, qui comme l'inconscient, ne connait ni le temps ni la négation. Cet espace artistique mais aussi compassionnel, tendu vers l'autre, Cathy de Zegher l'appelle "communicare", où l'esthétique et l'éthique fabriquent, selon elle, un art qui ne rejèterait point l'amour et l'empathie. Ce qui nous a laissées tout(es) émues.
LBV accorde au féminin un séminaire où Michael Newman, invité philosophe et théoricien de l'art (il enseigne à Chicago et au Goldsmith de Londres) s'amusait de constituer l'homme-alibi. A la Fondation Tapies, le soir, après l'intervention d'LBV, il a développé une très brillante élaboration à partir de la notion de "Studio" - à traduire par atelier au physique comme au mental. A partir d'une théorie lacanienne où l'image se construit un intérieur depuis un extérieur et un extérieur depuis un intérieur, il a montré l'évolution, depuis l'iconographie de Saint Jérome (l'artiste qui lit) d'une fonction de l'artiste, chargé de recréer l'intériorité, peut-être depuis l'intérieur du studio. Cette intériorité, vue par Michael Snow dans Wavelength comme un espace de pénétration visuelle, phallique--" voyons ce que fait Eva Hesse de cet espace, dont la Factory de Warhol constituerait peut être l'altérité queer "- se déplace chez Bruce Nauman. Entre ses travaux d'atelier en vidéo des années 60 et ceux des années 2000 avec Mapping the Studio/ Fat Chance John Cage, cet intériorité extériorisée dans l'atelier vide se représente comme un espace d'attente, un passif d'activité pour un esprit qui s'absente. Les travaux de Tacita Dean "d'après" le musée du cinéma de Broodthaers et "d'après" l'atelier de Morandi permettent d'entendre jusqu'au son d'un tel espace, lorsqu'on le cultive comme une fleur. Ce sont les résonnances actuelles d'une pratique d'atelier, laquelle ferait "retour" aujourd'hui, que cultive Tacita Dean en s'y tenant avec les choses et non pas sur.

Sunday, May 23, 2010

Something You Should Know: Rosa Barba, 26 mai EHESS

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES
SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI
Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Nataša Petrešin-Bachelez

Mercredi 26 mai à 19h
De 19H à 21H, 96 boulevard Raspail, 75006, Salle Lombard, RdC.

*Rosa Barba*
Née à Agrigento (Sicile) en 1972, Rosa Barba a étudié le cinéma, les arts visuels et les medias en Allemagne; elle habite Berlin. Travaillant avec le matériau filmique, qu'il s'agisse du celluloïd comme medium, du projecteur avec ses sons et ses vibrations ou du "dispositif" de projection dans des installations, elle s'intéresse à des sites ou des situations improbables; selon ses propres termes, sa vision filmique est " attirée par des restes monumentaux, avec une faiblesse pour les marges, les interstices, les interludes, pour des objets architecturaux qui ont perdu de vue- pas complètement-l'humain". Les sites de ses travaux peuvent être des lieux voués aux essais militaires dans le désert du Mojave, comme des igloos de béton dans des bois près du Vésuve aussi bien qu'une ile dont les habitants tentent d'empêcher la dérive... La menace est présente dans nombre de ses travaux, souvent ponctuée par des reliques laissées par les croyances technologiques modernistes.

Le travail de Rosa Barba est actuellement présenté au Centre International d'art et du paysage de Vassivière sous le titre :"Est-ce que c'est une analogie à deux dimensions ou une métaphore ?" . Son travail est aussi présenté en ce moment au Center
of Contemporary Arts de Tel Aviv  et dans les expositions "Rethinking Location" chez Sprüth Magers Gallery de Berlin et " a Generation" au Petach Tikva Museum de Tel Aviv.
Elle est commissaire de l'exposition " a curated conference" jusqu'au 30 août au Museo de Arte Reina Sofia, Madrid. 
En Septembre elle aura une exposition à la Tate Modern de Londres.

Son travail a été montré dans divers lieux, festivals cinématographiques, biennales (ainsi, la Biennale de Venise 2009), musées et galeries notamment en Europe et elle a également réalisé un projet sur le web pour la Dia Art Foundation, Vertiginous Mapping ( <http://www.diaart.org/barba>)
Rosa Barba a été en résidence à la Rijksakademie van Beeldende Kunsten d'Amsterdam, au Baltic Art Center en Suède, au IASPIS à Stockholm et à la Villa Aurora à Los Angeles. Elle a reçu en 2004 le "New Media Special Award" du festival International de Split et le "Installation Award" du festival de Toronto en 2005, ainsi que le Prix du Centre pour l'image contemporaine de Genève.

Mailing List :
natasa.petresin@gmail.com natasa.petresin@gmail.com>
CRA / EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr delanne@ehess.fr>
105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38

Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui" est soutenu par la fondation FABA.












Saturday, May 22, 2010

L'infâmeuse Lynda Benglis déplace les lignes au Consortium de Dijon

                                                                     Siren, 1978
Photo @André Morin
Honte, shame à la presse et aux curatrices (teurs) qui, même par curiosité, n'ont pas daigné se déplacer à Dijon. L'exposition de Lynda Benglis est géante dans les modestes dimensions du lieu d'exposition  et déplace considérablement les lignes de l'histoire de l'art récent(e)- même si les célèbres vidéos et l'infâmeuse photo* de l'artiste, nue, huilée, lunettée, affublée d'un double mégagode (1974) n'y sont pas montrées.
(*cf. à ce sujet l'article de Richard Meyer, Bone of Contention).

                                             Plis, replis, remugles, noeuds, "losanges" de cire....

LBV a écrit un long texte pour le livre-catalogue aux Presses du Réel et n'évoquera donc ici que deux ou trois choses qui lui sont venues in situ, dans la taille des oeuvres, qui voisine à chaque fois l'échelle humaine. 
- d'abord, dire que ni Jeff Koons, ni Franck Gehry n'existeraient sans elle. Présomptueuse? Pas tant que ça quand on sait, pour le second, que Benglis enseigna à CalArts au tout début des 70's et participa à des tables-rondes en compagnie de l'architecte californien, où celui-ci manifestement a beaucoup (ap)pris des oeuvres existantes de l'artiste. Quant à Jeff Koons, il suffit de regarder (remplacer par Matthew Barney, Kiki Smith ou Franz West ou d'autres noms à votre convenance).
Mais on pourrait dire de même pour Jack Goldstein, pour Robert Longo, amateurs de cataclysmes.

                            Détails d'un Ghost Shadow, de 3 Graces, de Chiron, 1979 (ci dessous photo : @André Morin)

-Ensuite remarquer à quel point Lynda Benglis emporte le dogme moderniste de la "vérité des matériaux" vers une expérience, non de la réduction mais de l'excès et de l'illusion. D'abord, parce qu'aucune des pièces ne définit la peinture ni la sculpture et ne peut se définir comme telle, non plus. La sculpture s'accroche au mur, la peinture a glissé par terre. Les paillettes, le glitter, le day-glo, le fluo, les couleurs étranges des mousses de polyuréthane balancent par leur artificialité le naturalisme de science-fiction qu'on pourrait prêter aux formes. Et puis, les opérations que ces matériaux ont permis et qu'ils ont à la fois testé, subi ou supporté (parfois, au dépens de leur survie dans le temps) ne renvoient jamais à une intériorité cachée : oeuvres-flaques, oeuvres-noeuds, oeuvres-plis et replis,  oeuvres-bâtons, oeuvres-hérissons, gros machins qui sortent du mur et bâtons minces qui s'y appliquent...  explosent généreusement à la gueule, comme autant de provocations.

Quelque chose dont Benglis n'a jamais peur, c'est de flirter avec le dégoûtant, y compris dans l'espace public : ainsi Double Fountain, une fontaine moulée en bronze et en porte-à-faux, installée on l'espère pour longtemps au Jardin Botanique de Dijon. Décidément, Benglis déplace les lignes (jusqu'au 20 juin-- après, l'exposition qui s'est déjà déplacée à Eindhoven et Dublin, partira à Rhode Island puis au New Museum de NY

Lynda Benglis, sur 1969

Monday, May 17, 2010

Something You Should Know: Angus Cameron, porte parole de Goldin+Senneby 19 mai EHESS

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES
SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI
Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Nataša Petrešin-Bachelez
Mercredi 19 mai à 19h
De 19H à 21H, 96 boulevard Raspail, 75006, Salle Lombard, RdC.

Angus Cameron, porte-parole de Goldin+Senneby
 

Angus Cameron, économiste géographe, opère actuellement au sein du département de géographie de l’Université de Leicester, en Grande-Bretagne.  Il a travaillé dans le champ du journalisme, de l’histoire de l’art et de l’économie politique et publié dans nombre de domaines, notamment l’économie sociale, l’espace fiscal, les villes et la loi, la globalisation, l’exclusion sociale et l’espace des « marchés virtuels ». Son dernier ouvrage (co-écrit avec Ronen Palan ) s’intitule 'The Imagined Economies of Globalization' (Sage, 2004) et il a initié un intérêt soutenu de sa part pour les espaces économiques performatifs et narratifs (spécialement « offshore »). Il est actuellement en train d’écrire un livre sur le sujet, 'Xenospace' qui doit être publié en 2011.

Cameron agit en tant que porte parole/émissaire pour le projet 'Headless' * de Goldin+Senneby depuis 2008. Sa présence au séminaire est accompagnée, le dimanche 23 mai par une visite dans la forêt de Marly (*RDV dimanche 23 mai à 15h15* sur le quai de la gare de Saint-Nom-la-Bretèche; pour plus d’information, merci de consulter le site  http://www.kadist.org) ; les deux événements constituent des préalables à l'exposition "The Decapitation of Money" de Goldin+Senneby à la Fondation Kadist, Paris.



Goldin+Senneby est une plate-forme de collaboration instituée depuis 2004 par les artistes Simon Goldin and Jakob Senneby; elle explore, par le biais de notions comme le performatif et du virtuel,  des constructions juridiques, financières et spatiales. Cette collaboration a commencé avec The Port (2004-06) : une série d’insertions dans Second Life. Agissant comme une sphère publique émergente, construite en un code digital,  The Port reflète de façon critique, les productions collectives au sein du « social software”.

* Headless (2007 -) un travail plus récent, leur permet d’approcher la sphère de la finance offshore. Suivant les stratégies du retrait et du secret, ils suivent une compagnie offshore des Bahamas appelée 'Headless Ltd'. Un roman policier écrit par un "nègre littéraire" raconte en permanence leur enquête.


Parmi les expos en solo de Goldin+Senneby : ‘The Decapitation of Money’, Kadist Art Foundation, Paris (2010); ‘Headless. From the public record’, Index, Stockholm (2009); ‘Goldin+Senneby: Headless’, The Power Plant, Toronto (2008-2009).

Parmi les expositions collectives: ‘Uneven Geographies’, Nottingham Contemporary (2010); ‘Feedforward’, LABoral, Gijon (2009); ‘In living contact’, 28:th Bienal de Sao Paulo (2008); ’Data Recovery’, GAMeC, Bergamo (2008).


Mailing List : natasa.petresin@gmail.com
EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr
105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38


Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui" est soutenu par la fondation FABA.


There's a She Lies ready in the harbour (une sculpture et une chanson)

Monica Bonvicini, She Lies, 2010, Oslo. Photo Jiri Havran

La sculpture de Monica Bonvicini, She Lies,  est désormais installée de façon pérenne dans le port intérieur d'Oslo (Norvège), en face de l'Opéra. Faite d'acier inoxydable et panneaux de verre, elle tournera autour de son axe en fonction des marées et changera ainsi d'aspect et de reflets. LBV n'a pas eu l'occasion encore d'aller la voir mais on peut en regarder les images publiées sur le net  (site sur Facebook+ http://www.lieuxinspires-artcatalyse.net/etranger_monicabonvicini,sheliesinoslo.htm). 
She Lies est une interprétation de Caspar David Friedrich (Das Eismeer  1823-24), comme l'explique Monica Bonvicini : "Tout en étant une reconstitution d'une célèbre peinture de l'époque romantique, l'oeuvre représente visuellement de manière frappante la forme d'un iceberg qui aurait échoué, à cause du réchauffement climatique, dans le fjord en face de l'Opéra. "Ruine" construite dans le plus pur style moderniste, la sculpture sur l'eau reposera dans un état permanent de développement et de construction." 
 
                                                            Photos Monica Bonvicini

Saturday, May 15, 2010

Jusqu'en 1933, c'était le plus beau... (Le modernisme perdu du musée Folkwang)


Pour changer de Metz (lire François Roche sur www.poptronics.fr), LBV revient aujourd'hui sur la réouverture du musée Folkwang à Essen--alors que la région de la Ruhr, dans laquelle cette ville se situe, a été choisie comme capitale européenne 2010.  Conçue par David Chipperfield (qui remporta la compète au dépens de Zaha Hadid ou David Adjaye), l'énorme addition au musée moderne (classé) n'a rien d'extraordinaire, ce qui constitue une déclaration d'intention. Définie par son horizontalité, elle se greffe par deux passerelles de verre au bâtiment de plain-pied (cf maquette ci-dessus),  formant six cubes d'acier et de verre (recyclé) aux reflets verts pâles à l'extérieur, dotés de larges fenêtres et d'éclairages zénithaux. Ses salles (très) hautes de plafond rayonnent autour de quatre patios arborés. L'ajout en termes de surface d'exposition est de 2.800 mètres carrés.

Franz Marc, Chevaux Rouges, 1911, l'emblème de l'exposition--aujourd'hui aux musées d'Harvard.
 http://www.dasschoenstemuseumderwelt.de/ 
La rénovation architecturale s'est augmentée, depuis le 20 mars dernier et jusqu'en juillet, d'une exposition intitulée: "The Most Beautiful Museum in the world ", un titre qui apparaîtrait légèrement prétentieux s'il n'était emprunté à l'américain Paul Sachs, co-fondateur du MoMA, lequel décrivit ainsi le musée Folkwang en 1932. Implanté sur son site actuel en 1929, le Folkwang proposait en effet l'une des plus avant-gardistes parmi les collections européennes, notamment grâce à Karl Ernst Osthaus (à Hagen) lequel dans un souci d'universalisme, avait également rapporté des oeuvres d'autres cultures et civilisations (Japon, Java, Océanie, Egypte, Grèce...). Le directeur Ernst Gosebruch dut démissionner lors de la prise du pouvoir par les Nazis en 33- et donc le sous titre de l'expo est précisément :"Museum Folkwang jusqu'en 1933".
La collection tomba en effet sous le coup de "l'art dégénéré" et, avec un nouveau directeur qui adhéra au National Socialisme, le musée perdit 1400 oeuvres. C'est seulement après 1960 que le Folkwang allait renaître de ses cendres, mais sans de nombreuses oeuvres qui avaient pris le chemin d'autres musées ou avaient été achetées par des collectionneurs; même si le musée d'Essen a pu racheter une vingtaine parmi ces œuvres-- notamment les Carrières de Bibémus, tableau de Cézanne, passé entre les mains de Goering, et qui est revenu en Allemagne en 1964 après les États-Unis et la Suisse. L'idée de la réouverture consistait donc à retrouver la splendeur passée, certes, mais aussi un pan d'historiographie des collections et des expositions (très dépourvue d'artistes femmes, d'ailleurs...), mieux, l'une des premières "institutionnalisations du moderne" en Europe.


                                              Une muséographie de 1929: "la rotonde"

 de ht en bas : Gauguin, Contes Barbares 1902 ; Matisse, Nature morte aux asphodèles, 1907;  Egypte, statue de Ramses II,  Figure Malanggan (début XXè s), Marionette de Java @Museum Folkwang, Essen &Succession Matisse.

Le parcours est articulé en salles claires et sombres et n'offre point le mélange art moderne/non occidental qui régnait aux débuts du musée, et qu'on retrouve, très discrètement certes, à la Fondation Beyeler, par exemple . Ici, les oeuvres européennes du début du XXè siècle sont sagement rangées ("Classiques du Moderne1", et "2", "La Figure Humaine"; ou, moins convenus, le théâtre et les projets muraux, avec Oskar Schlemmer).
                                                         Manet, Jean-Baptiste Faure dans Hamlet.
                                                     Paula Modersohn-Becker, seule femme artiste du lot, aussi présente avec son fameux Autoportrait à la branche de Camelia
                                           E.L. Kirchner, Moderne Boheme.
                                                       Japon, Masque du théâtre No

D'autres salles, qui leur sont parfois tangentes ou perpendiculaires réunissent : des céramiques d'Islam; une collection d'antiquités égyptiennes, romaines et grecques (masques, amulettes, offrandes..) ; des marionettes javanaises d'Indonésie ; des textiles coptes;  de splendides masques japonais; et une extraordinaire collection de sculptures Malanggan, que Karl Ernst Osthaus avait été été le premier au monde à rapporter d'Océanie.
La notion d'"influence" ("Primitivisme et art moderne") ou celle de "réception"de l'Orient par l'Occident (et réciproquement) ont été ici volontairement mises entre parenthèses. Il n'y a pas de restauration ou reconstitution des museographies d'époque mais plutôt, la volonté de traiter de façon équivalente, les ensembles oeuvres quel que soit le continent d'où elles proviennent (bizarre cependant, que la plupart des salles non-occidentales ne soient que très peu éclairées par la lumière du jour). Le souci premier du musée, qui était de mettre des oeuvres au centre de la ville moderne a en tout cas trouvé (re)preneur.