Wednesday, March 10, 2010

Bonnes vacances




My father warned me about men and booze, but he never mentioned a word about women and cocaine.

Tallulah Bankhead.
(Brian, Denis. Tallulah, Darling: A Biography of Tallulah Bankhead. New York: Macmillan Publishing (1980), 2)


Bonnes vacances.


Tuesday, March 09, 2010

Annemarie Schwarzenbach, quand ses articles prenaient position


Outre la première exposition rétrospective à Lisbonne de Joana Vasconcelos (sur laquelle reviendra lbv), le Museu collecçao Berardo propose une "Annemarie Schwarzenbach (1908-42) Autoportraits du Monde". Le titre de l'exposition sied à cette si belle personne qualifiée, par Roger Martin du Gard, d'"ange inconsolable", qui fut également une travailleuse et une anti-nazie inconsolable : l'écrivaine-voyageuse morphinomane Suisse à la silhouette de dandy dégingandé, l'amie d'Erika et Klaus Mann (avec lesquels elle finança une revue pour contrer le fascisme) et de Carson McCullers, qui tomba raide. Le titre signale aussi que son visage fit la Une de quelques magazines illustrés pour lesquelles elle travailla et qu'il fut aussi un objet d'attention pour des photographes comme Marianne Breslauer (ci-dessous).

Le prétexte à cette exposition est qu'Annemarie Schwarzenbach passa par Lisbonne en 1941-42, soit en pleine dictature, qui lui apparut d'ailleurs comme un filtre contre la puissance destructive du nazisme, dans un lien précaire et ambigu tracé avec la Suisse et sa supposée neutralité... Mais avant, l'écrivaine et photographe avait traversé Berlin, l'Espagne, la Turquie, la Syrie, l'Irak, la Palestine, l'URSS, la Finlande, l'Iran (elle se maria avec le secrétaire d'ambassade français Claude Clarac, et elle y séjourna de nombreuses fois) parcouru les Etats-Unis et l'Afghanistan, poussé jusqu'en Inde,  New York (avant d'être expulsée), le Portugal, le Congo, le Maroc....et la Suisse, l'Engadine où elle mourut, comme le veut l'histoire, d'un accident de bicyclette à l'âge de 34 ans.
L'exposition présente en cinq sections ce feu énervé du voyage, tel qu'il est vécu par une Européenne de l'entre-deux guerres et réfléchi par ses articles et ses photographies (les uns n'allant pas sans les autres) : les motifs du colonialisme, des totalitarismes, de la pauvreté, du nationalisme, de l'orientalisme y sont pris en compte. L'une des commissaires et auteure dans le catalogue, Emilia Tavares, note que les images de Schwarzenbach ne se veulent jamais définitives, mais sont bien plutôt l'expression d'une errance continue, dans l'angoisse de ce qui va venir (" La maison brûle inutile de se répéter la même chose. Elle brûle, nous en souffrons, toute l'humanité en souffrira ", 1933)
Cette expérience de l'image vient d'abord des Etats-Unis, où elle prend contact avec les photographes de la FSA (Farm Security Administration), et d'où elle emporte le désir de donner une histoire à ceux qui n'en sont pas les héros- une visée qu'elle porte ou apporte aux gens d'Autriche après l'Anschluss. Elle photographie les parades, les postures, la manipulation, la pauvreté.

Les voyages entrepris en Orient avec la genevoise Ella Maillart (1938 et 39, ci-dessus, qui voulait ainsi la sortir de la toxicomanie), apparaissent aussi comme une section forte. D'autant que cette dernière commente ici un film rescapé -- du moins les quelques rushes rescapés d'un film, dont elle recompose après coup la narration. On y entend la vie des exploratrices : ("nous avons voyagé seules, sans boy ni chauffeur, et même sans gentleman. Nous n’avions emporté ni bouteilles de bière fraîche ni armes à feu, nous comprenions à peine quelques bribes de persan. Nous avions également renoncé à prendre un interprète. Jamais on ne nous a demandé un passeport, jamais on ne nous a réclamé les papiers de notre Ford immatriculée dans les Grisons. On n’a pas vérifié le montant de nos devises et on ne nous a pas fait payer de taxe pour un poste de radio qui ne fonctionnait d’ailleurs plus depuis longtemps. Certes, dans un trou complètement perdu, on s’est renseigné pour savoir si nous n’étions pas originaires du Japon, mais ça n’était vraiment pas méchant." Schwarzenbach, Où est la terre des Promesses? 1939-40 ) Les burkas des femmes, dont elle détaille l'état de "peur" permanente, les bouddhas de Bamiyan (dont les derniers furent décapités au temps des Talibans) ne sont pas les seules attractions pour un regard qui évite toute monumentalité . Le point de vue d'Annemarie Schwarzenbach représente plutôt des fragments que du grandiose et la vie nomade à tout bout de champ--histoire aussi de défaire les clichés sur une position monomane de l'Orient contre la figure, contre lesquels témoigne la bonne volonté de celles et ceux qui apparaissent à l'image.  On dit, encore dans le catalogue, à quel point chez Annemarie Schwarzenbach: "l'Orient n'est pas l'autre (...) Elle ne le décrit pas comme quelque chose d'étrange. Elle, intérieurement distante à elle-même, découvrit la même étrangeté dans ses destinations (de voyage)". Ce qui ne se retrouve pas dans ses photos d'Afrique, plus conventionnelles.

Jean-Pierre Thibaudat a lyriquement écrit sur ses textes de voyageuse, où elle fait parler des personnages comme autant d'alter ego éparpillés, alliant la magie des noms de lieux où elle passe et   son "oscillation entre l'Europe et l'Orient, l'engagement et la fuite, le descriptif et l'introspectif, les hommes et les femmes (qu'elle préférait), une oscillation dont sa figure indécise est comme le précipité." 
Au delà des grands tirages accrochés aux cimaises, l'exposition permet de préférer la vision des magazines de l'époque ou des planches contacts utilisées par la photographe: ses petites images étant collées avec ses textes, ses titres, ses légendes, tout écrit à la main. Où le montage prend le pas sur l'autonomie des images et des mots. C'est là où réside le grand intérêt de cette présentation, laquelle voudrait se départir un peu de la fascination qu'exerce (y compris dans ce post) le visage d'Annemarie Schwarzenbach, pour la déplacer vers ses productions, qui, suivant le beau titre de Georges Didi-Huberman (qui n'a pas écrit sur elle), "prennent position".

http://museuberardo.pt/

Monday, March 08, 2010

Adieu à la galerie Darthea Speyer; galerie et critique.

Concomittance. Ca fait toujours un peu bizarre de voir, d'un côté (de l'Atlantique) qu'Ed Paschke (1939-2004) sera bientôt couronné chez Gagosian à New York par une exposition qu'organise Jeff Koons, (lequel fut l'assistant de Paschke. Citation : "Ed Paschke taught me what it meant to be a professional artist. His paintings are like drugs, but in a good way: they are among the strongest physical images that I've ever seen. Their effect is neurological."). Et de l'autre côté, il y a sa galerie de toujours, celle de Darthea Speyer, qui annonce sa fermeture à Paris au bout de 42 ans d'activité. 
Venue de Pittsburgh, Darthea Speyer est d'abord, à partir de 1950, attachée culturelle à l’ambassade américaine. Elle a conçu nombre d'expositions faisant connaître l'art américain contemporain (Pollock, Tobey) et les collections américaines (impressionnistes...) en France, et elle a été l'une des grandes promotrices du fameux Centre culturel américain, élément vraiment marquant de la vie artistique à Paris jusqu'au 90's. 
Elle ouvre sa galerie parisienne en 1968. C'est son frère, James, qui a conçu l'architecture du lieu rue Jacques Callot (à côté du café La Palette), qui n'a pas changé (ni le lieu, ni l'archi...). Darthea Speyer fait connaître surtout ce qu'on a appelé "l'école de Chicago", une configuration d'artistes attachés à une figuration stridente et/ou très politique, parfois liée au pop: ainsi Leon Golub,  Ed Paschke et Peter Saul, mais aussi Beaufort Delaney ou encore Zuka. Et aussi la sculpture de George Segal, qu'elle a montré la première ici, celle de Roseline Granet, d'Irmgard Sigg. Et encore, l'indien Viswanadhan...Et puis la galerie Darthea Speyer a fait savoir il y a peu sa fermeture et le départ de sa propriétaire, âgée, pour Washington.
Les artistes qu'elle a montrés ont, depuis quelques années, rejoint une actualité critique plus férue de questions de représentation qu'on pouvait l'imaginer à Paris-- avant la date officielle de création du mouvements des femmes, s'entend. Une fois de plus, ces artistes explosent une génération plus tard, qui s'y retrouve. Mais plus largement, ce bref rappel en guise d' hommage à la galeriste s'inscrit dans une actualité institutionnelle, dont on aimerait débattre désormais.
On y voit de jeunes critiques ou "curators/trices" ouvrir des galeries (Castillo-Coralles, Marcelle Alix, etc.). Celles-là n'ont peut être pas Gagosian en ligne de mire. Ce sont bien plutôt des lieux où expérimenter, des lieux d'exposition indépendants. Ces galeries sont, en effet, relativement indépendantes du jeu des institutions culturelles (du ministère, de la ville, des musées, sans parler du ministère-bis, ce conseil artistique qui se file des subventions à lui même!...). 
Cela n'est pas la première fois et, quand on pense au New York de la fin du XXè siècle, où LBV passa quelques-unes de ses belles années, on se souvient du début des années 80 dans l'East Village, où naissaient Nature Morte (avec Peter Nagy, aujourd'hui à Bombay), Pat Hearn gallery, International With Monument (avec l'artiste Meyer Vaisman) , PPOW, Gracie Mansion, ou Colin de Land gallery...C'était une scène vivante, plutôt en lien avec la new wave musicale ou les "new talkies" cinematographiques ou avec le débat sur le post modernisme---et bien sûr il y avait aussi maintes initiatives plus radicales et politiques-- : une scène apparue de façon concomittante à l'élection de Ronald Reagan et le début d'une épidémie qui allait devenir celle du sida.
Que la génération qui cherche aujourd'hui du boulot dans le monde de l'art n'ait pas la possibilité (ni l'envie?) d'en trouver, ni dans un centre d'art, ni dans un magazine, ni dans un FRAC, ni dans un musée en France, signale d'abord à quel point tous les postes sont figés dans leur occupation actuelle. Qu'elle rejoigne un réseau beaucoup plus international par l'intermédiaire de ce type de proposition fait aussi partie du symptôme. Que son activité critique, enfin, se manifeste parallèlement à cette fonction galeristique devrait également nous interroger, en ces temps où la communication événementielle effrénée (cf la nouvelle "newsletter" du Centre Pompidou, qui égrene les chiffres des visiteurs!!!)  à remplacé, dans les institutions, tout désir et surtout tout devenir critique.





Sunday, March 07, 2010

Présumés:Innocents et ça continue

Fini, réglé, terminé ont claironné les journaux vendredi dernier. En effet, la cour d'appel de Bordeaux a estimé qu'il n'y avait pas lieu de renvoyer devant le tribunal correctionnel les trois organisateurs de l'exposition "Présumés innocents", présentée en 2000, au CAPC/musée d'art contemporain de Bordeaux. Mais ces journaux avaient omis un seul détail: la durée de cinq jours impartie par la loi pour se pourvoir en cassation, délai qu'a apparemment saisi l'association La Mouette, première auteure de ce pataquès absurde. C'est du moins ce qu'a indiqué Emmanuel Pierrat, avocat de Marie-Laure Bernadac et Stephanie Moisdon, lors d'une une table ronde organisée par la section française de l'association internationale des critiques d'art, vendredi 5 mars.

Wednesday, March 03, 2010

The Runaways Trailer


Signalé par John Kelsey (cf artforum de Mars)
à lire, l'interview de Joan Jett dans interview magazine:http://www.interviewmagazine.com/film/joan-jett-the-runaways/