Thursday, January 28, 2010

Mauvaise passe : Vittorio Sgarbi commissaire du pavillon italien à la prochaine Biennale de Venise


2011, annus horribilis pour la Biennale de Venise? Non contente de compter un Pavillon du Vatican, cette édition de la Biennale verra également Vittorio Sgarbi officier en tant que commissaire du Pavillon Italien, lequel n'avait pas particulièrement brillé par son intelligence dans l'édition de 2009... Mais là on est tombé très bas dans le n'importe quoi. Sgarbi, élève de Federico Zeri, ancien Surintendant des biens culturels de la région du Veneto, est passé par tous les partis politiques y compris Forza Italia, et fut proche de Berlusconi (même s'il parait qu'il l'est moins)--il était sous-secrétaire d'Etat à la culture dans le gouvernement Berlusconi II ; depuis 2008, il est maire de Salemi en Sicile. Dès les années 1980, il avait fait l'essentiel de sa carrière dans la presse à scandale et à la télévision, se spécialisant dans l'énervement public contre des personnes-- il fut d'ailleurs souvent condamné pour diffamation---au point de devenir un personnage des Simpsons. Non content de déblatérer contre l'art contemporain, qu'il comptait libérer de son "ghetto" et de sa "mafia", il avait, il y a quelques années refusé une donation de Kounellis et l'acquisition d'un Sol LeWitt pour le musée Capodimonte de Naples et s'était alors (dé)battu pour que Robert Hughes (on pouffe!) soit nommé directeur de la Biennale de Venise. Nulle raison de se réjouir non plus, que Sgarbi ait été nommé à la tête des acquisitions du musée Maxxi d'art contemporain de Rome. 
PS: à écouter Frédéric Mitterrand pérorer sur France-Inter avec une ignorance crasse sur le système qu'il est censé diriger  (on peut écouter le podcast), on ne se sent pas vraiment mieux loti.

Wednesday, January 27, 2010

Something You Should Know: Keren Cytter

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES Centre de sociologie du travail et des arts
SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI

Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Nataša Petrešin-Bachelez

Mercredi 27 janvier à 19h:
Keren Cytter   

De 19H à 21H, 96 boulevard Raspail, 75006, Salle Lombard, RdC.

Née en 1977 à Tel Aviv, Keren Cytter s'est établie à Amsterdam et vit actuellement à Berlin. L'artiste, prolixe, développe son travail surtout par le biais du film et de la vidéo, mais également du dessin et de l'écriture (elle a notamment publié trois romans) ainsi que de la performance, en collaboration avec la compagnie de danse qu'elle a créée, D.I.E NOW (Dance International Europe Now).
Dans ses films, elle utilise différents modes de narration et mélange divers genres – documentaire, mélodrame, téléfilm, cinéma d'auteur, film noir… Le critique américain Barry Schwabsky évoque Keren Cytter en tant qu’Auteur(e)- autant qu’artiste, étant donnés les intérêts de Cytter pour le récit, pour des situations, pour la fiction voire pour le spectacle, même si ses histoires se présentent de façon plutôt fracturée et oblique. Tournées dans des intérieurs banals et jouées par des amis, elles parlent de relations humaines, d'amour, d'amitié, de jalousie, de violence, et convoquent une charge émotive forte. Keren Cytter nous « livre une succession de scènes, où le réel semble constamment le disputer à la fiction. Dans la perspective de ce conflit—un conflit, donc qui en représente bien d’autres—tous les coups sont permis et chacun des paramètres inhérents à la réalisation de ses œuvres (..) est tout entier engagé dans une logique de tension, qui n’a d’égale que l’exacerbation des sentiments dont il est question » (Le Plateau)
Outre ses expositions personnelles depuis 2002 (et notamment, à la Kunsthalle de Zurich, Ellen de Bruijne Projects, KW Institute for Contemporary Art, MUMOK Vienne, Witte de With Rotterdam, Kunstverein St Pauli Hambourg, CCA Kitakyushu, Thierry Goldberg Projects NY…) Keren Cytter a participé à de très nombreuses manifestations collectives et internationales, dont les Biennales de Lyon 2007 et 2009, la 2è Biennale de Moscou (2007), « If I Can't Dance, I Don't Want To Be Part Of Your Revolution », Manifesta 7, la Triennale de Yokohama (2008), “Television Delivers People” au Whitney Museum, “Open Plan Living,” Art TLV, Tel Aviv, la 53è Biennale de Venise et "The Generational: Younger than Jesus" au New Museum de New York (2009). Elle était également finaliste pour le prix des jeunes artistes de Berlin 2009.
Keren Cytter expose actuellement au FRAC Ile de France/Le Plateau (jusqu’au 14 février), c’est sa première grande exposition personnelle en France.

Mailing List : natasa.petresin@gmail.com
EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr
105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38


Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui" est soutenu par la fondation FABA.

Tuesday, January 26, 2010

Comme un lundi deux : Adeline André, "biais et bias"




Depuis plusieurs saisons, Adeline André produit ses défilés comme des performances, où se montrent et s'opèrent, en même temps, des procédures matérielles : lundi soir, il s'agissait de déshabiller l'une pour habiller les autres. Charlotte Flossaut a fait le premier tour de piste dans une robe faite de 8 couches monochromes, sous l'organza, de georgette de soie, qui se sont effeuillées peu à peu, pour être passées à, et sur 7 autres femmes (une couleur supplémentaire, le "bougainvillée", sur une robe à bretelles, apparaissant d'emblée sans passage d'une à l'autre). Que deviennent les 7 voiles de Salomé, une fois qu'elle a dansé? Adeline André oppose une solution Peau d'Ane: on demande ici une robe coquelicot, framboise, soufre, oxyde, orpiment, capucine, germe, bougainvillée, pour finalement, arriver à la georgette de soie chair.

Monday, January 25, 2010

Comme un lundi: Gayatri Chakravorty Spivak à la librairie du Merle Mocqueur


Lundi après-midi, en conversation avec Etienne Balibar,  pour parler de la traduction française de
Les subalternes peuvent-elles parler ? aux Editions Amsterdam et la sortie d' En d'autres mondes, en d'autres mots aux Editions Payot, la formidable Gayatri Chakravorty Spivak, encore trop peu connue en France, a parlé de " l'effort d'apprendre de ce qui est singulier et invérifiable".

L'ICA de Londres pourrait fermer, déficit oblige...

Selon le Guardian (http://www.guardian.co.uk/culture/2010/jan/23/ica-closure-threat), l'équipe de l'ICA, (l'institution consacrée à la "hip" culture contemporaine, sorte de palais de tokyo âgé de plus de soixante ans) vient d'apprendre que le déficit actuel pourrait atteindre 1.2 Millions de £ : selon son directeur, Ekow Eshun, qui a prévu des coupes drastiques (1M sur un budget de 2,5M£) et des licenciements probables, le centre est menacé de fermeture en mai prochain et ce serait alors la première organisation culturelle britannique à fermer depuis le début de la récession.
Fondé en 1947 comme un "laboratoire" ou un "terrain de jeu" interdisciplinaire par le critique Herbert Read avec les artistes ­Roland Penrose, Eduardo Paolozzi, Peter Watson, ELT Mesens et Richard Hamilton,  l'ICA s'est rendu célèbre pour avoir abrité les réunions de l'Independent Group anglais d'abord: c'est là qu'eurent lieu la fameuse expo This is Tomorrow, les manifestations du pop art britannique et de l'architecture brutaliste sous la direction du grand Reyner Banham et de Lawrence Alloway. Mais l'ICA fut aussi le berceau du duo de COUM (Cosi Fanni Tutti et Genesis P.Orridge), du  célèbre Post Partum Document de Mary Kelly--sexualité et féminisme en 1976-- autant que du concert des Clash (tjs en 1976), sous la direction de Norman Rosenthal puis de Bill Mc Allister (jusqu'en 1990). Muni d'une salle de cinéma, d'un restaurant, d'une librairie et bientôt d'un espace internet autant qu'un espace d'exposition, le tout sur The Mall, l'ICA a invité des tas d'intellectuels et de personnalités culturelles, et suscité des projets hors les murs, ainsi intruders at the Palace en 1988 avec Bowie, ou The Pet Shop Boys present Battelship Potempkin à Trafalgar Square en 2004.

Tuesday, January 19, 2010

l'insouciante névrose de la répétition révélée à la Maison Pop de Montreuil




 Photogramme de Centaur

D’abord rendre hommage au travail engagé depuis tant d’années par Annie Agopian à la Maison Pop de Montreuil. Cette année, elle a choisi un thème général : » travail de la culture, culture du travail » autour duquel s’organisent les programmations, dont celle de Florence Ostende, jeune commissaire --comme on dit-- et ses Compétences Invisibles, Skills en anglais.
Compétence renvoie irrémédiablement à performance pour leur opposition linguistique, mais également au droit pour son « domaine de » , et aussi à la sphère du travail ou plutôt du métier, où le mot désigne les savoirs et savoirs-faire qui sont liés à l’exercice de celui-ci (Michel de Certeau nous voici).

 
 
 (en haut, les roues de parpaings et le martyr de Vincent Ganivet, dessous, les outils de Delphine Reist et aussi le podium de Sofia Goscinski)

La première image, tout de suite, est celle de Bill Robinson dansant sa fameuse « danse de l’escalier »(1932)—un extrait d’archives filmiques (Florence Ostende dit avoir beaucoup aimé la foisonnante expo de Daniel Soutif sur le Jazz) mis en regard au loin avec une autre forme en escalier. Celle du podium de Sofia Goscinski (Siegespodest, 2006) : les marches en acier sont contrairement à l’usage, emplies d’eau formant une surface en miroir, fragile et trompeuse puisque si on l’enjambe on se retrouve les pieds dans l’eau au niveau du sol. L’exposition fonctionne ainsi par renvois burlesques, parfois dos à dos: ainsi, le DVD d’Andrea Büttner sur les nonnes d’un couvent Londonien, occupées à leurs paniers, broderies, dessins religieux et bougies et chantant de petites chansons sur le diable (l’atelier-god, en quelque sorte) se frotte tout contre la pitoyable expérience chantée de Florence Foster Jenkins (cf YouTube). Ou encore, les roues de parpaings et le tableau Martyr de Vincent Ganivet (ainsi se nomme le plateau de contreplaqué, qui, placé entre la pièce à travailler et l’outil, a recueilli toutes les traces du travail ayant outrepassé la taille de la pièce de sorte à zébrer la surface) répond à l’étonnante armoire-vitrine de Delphine Reist, chaque étage de l’étagère étant pourvue d’une perceuse ou d'un outil de bricolage qui s’anime chacun à son tour, composant une musique de nuisance sonores.
On ne peut s'empêcher de penser à Björk dans Lars von Trier. 

Centaur
La diagonale du fou de l'exposition est, sans doute, la confrontation éloignée dans l’espace entre la couverture du magazine Miroir du Monde, 6 juin 1936, proposant un bal de grévistes au temps du Front Populaire (prélevé tout près, au musée d’histoire vivante de Montreuil) avec le film Kentaur (centaure) enfin sous-titré en Français et déjà aperçu à la Biennale d’Istanbul, de Tamas Szentoby.
"ST.AUBY Tamás
(superintendent of the International Parallel Union of Telecommunications,
agent of the Neo-Socialist. Realist. International Parallel Union of Telecommunication's Global Counter-Arthist.ory-Falsifiers Front)"

Dit aussi Tamás St. Auby, Tamas Stjóby, Tamas Stauby, Tamas St. Aubsky, Emmy Grant, Emily Grant, Tamas Staub, Tamas Taub et Kurt Schwitters, il est né en Hongrie en 1944 et "débuta sa carrière par la fin de celle-ci", déclarant son dernier poème écrit en 1966 ou organisant un concert Fluxus qui n'eut jamais lieu (1969) mais dont les billets sont toujours en vente. Expulsé de Hongrie en 1975 pour  des activités Samizdat, il s'est retrouvé en Suisse avec un passeport suisse et, depuis 1981, s'est déclaré en grève. Il est en grève depuis et c'est un sacré travail.
(Dans l'exposition il y a également 8 photos de Mladen Stilinovic en train de roupiller: celui-ci célèbre la "paresse de l'Est").




   Centaur en haut, bal de grève en dessous
Centaur fut son seul film tourné pour les studios Bela Balazs entre 1973-75. Censuré après une seule projection amicale, jeté aux poubelles de l'histoire, il fut retrouvé en 1983, remastérisé en 2009 et il est projeté avec écouteurs. La bande son en hongrois est nécessaire pour ajouter aux images de travailleurs/euses dans des usines de couture, au café, dans les champs, dans un bureau de dessin, dans une salle d'attente, à ces ouvrières aveugles qui travaillent en se souriant (une image dont on ne se sépare plus). Ne correspondant pas toujours aux mouvements de bouche des protagonistes, les dialogues lyriques, parfois amoureux, qui sont sous-titrés tapent bien plus fort que la Dialectique peut elle casser des briques pour parler de profession et de révolution, du corps et des limites filmiques, de la chaîne et du cinéma, d'utopie ouvrière, de secret et de chaussures...Le début, en particulier, où deux ouvrières dialoguent, est magnifique, guidé sans doute par le "masque de l'insouciante névrose de la répétition". 
Les compétences invisibles, Maison Populaire, 9bis rue Dombasle, 93100 Montreuil.Tel 0142870868. www.maisonpop.fr

Soirée d'hommage à Carole Roussopoulos

Soirée d'hommage à Carole ROUSSOPOULOS le vendredi 22 janvier 2010 à 20h30
Carole Roussopoulos (1945-2009), vidéaste et militante féministe, se saisit de la caméra dès 1969 et fonde à Paris, avec son compagnon Paul Roussopoulos, le premier collectif de vidéo militante, « Vidéo Out », pour donner la parole aux « sans-voix » et aux exclu-es. Elle filme les luttes d'opprimé-es (ouvrier-es, Palestinien-es, Black Panthers, homosexuel-les), explore des sujets délaissés (sans-abris, toxicomanie, prisons, mort des malades, personnes âgées, handicap) et accompagne, caméra au poing, tous les combats féministes (avortement, viol, inceste, excision, mariages forcés). En 1999, elle réalise Debout ! Une histoire du Mouvement de libération des femmes (1970-1980). Carole Roussopoulos a réalisé et monté plus de cent-vingt films documentaires.

Extraits de films et d'entretiens, diaporama. Prises de parole, chansons et musique
Areski Belkacem, Anne Bisang, Nicole Brenez, Jackie Buet, Christine Delphy,
Nicole Fernandez Ferrer, Hélène Fleckinger, Brigitte Fontaine,
Yvan Gieysse, Patricia Godal, Chris Marker, Laure Marsac, Lucia Martini,
Mimi Bastille, Gérard Poitou, Laurence Rebouillon, Oreste Scalzone,
Coralie Seyrig, Francesca Solari, Ioana Wieder

Pièce musicale « Pour Carole » par Duncan Yougerman (2009)
Vincent Daoud, Pierre-Stéphane Meugé, saxophones

Le Monfort / Théâtre
106 rue Brancion - 75015 Paris
Parc Georges Brassens - M° Porte de Vanves (ligne 13)
Bus 58 / 62 / 89 / 95 / 191 | Tramway T3 station Brancion
Stations Vélib’ : 122 rue Brancion, M° Porte de Vanves, 40 bis & 37 rue des Morillons

Entrée libre
Pour nous permettre de vous accueillir au mieux, merci de bien vouloir confirmer votre présence
par téléphone 01 56 08 33 88 | par mail reservation@lemonfort.fr
----------------------------
Pendant ce temps, LBV sera à Breme:
OUT OF ORDER — DISSONANCE AS A MATTER OF PRINCIPLE
SATURDAY 1/23/2010 – SUNDAY 1/24/2010
15 international guests from a range of professions present lectures
Academy of the Arts Bremen, Am Speicher XI 8, 28217 Bremen
Hochschule für Künste, Am Speicher XI 8, 28217 Bremen
avec
FASHION PERFORMANCE Students present their work and
CONCERTS : Lovebomb — Ai No Bakudan STARTS at 9 pm
SATURDAY 1/23/2010 Terre Thaemlitz (Kawasaki, Japan)
Electroacoustic concert and performance
Galerie at the Academy of the Arts Bremen, Dechanatstraße 13–15, 28195 Bremen

Monday, January 18, 2010

Cette ville est riche et pleine de pauvres





 




La Ville de Paris menace d'expulsion la Coordination des Intermittents et Précaires, devenue depuis 2003 (et le mouvement des intermittents et précaires), un point d'appui pour diverses formes d'action, de pensée, d'accueil, de fabrication, hors du circuit marchand;  le 14/16 quai de Charente accueillant en effet des collectifs de travailleurs sociaux, féministes et anti patriarcaux, compagnies de théâtre et media alternatifs…Or la Mairie de Paris motive l'expulsion de la Coordination par l'aménagement de la ZAC Claude Bernard (du nom de l'hopital, aujourd'hui disparu, où furent hospitalisés nombre de malades du sida, entre boulevards extérieurs et périphérique), un projet urbain de bureaux et de logements privés. Après avoir fait deux offres de relogement, qui ne permettent pas le maintien a minima des activités existantes, la Mairie a assigné la CIP-idf au tribunal...
La Coordination a interpellé Delanoé, d'autres initiatives se préparent. Pour ne plus entendre pour seule réponse "vous êtes minoritaires, il y a des syndicats", la Coordination a décidé de faire signer une pétition qu'elle lancera prochainement
Des artistes, des revues, des collectifs, des compagnies, des lieux, etc. signalent parmi les liens de leur propre site internet celui de la coordination des intermittents et précaires (http://www.cip-idf.org/). N'hésitez pas à faire de même et à demander aux contactés et/ou signataires de le faire si ils disposent d'un site, d'un blog, d'une page facebook.

Sunday, January 17, 2010

Têtes de gondole au ministère de la Culture: Bourriaud et Simon annoncés aux arts plastiques, et Lang succède à Balladur

Dans le cadre de la nouvelle organisation de l'administration centrale du ministère de la Culture (RGPP) deux directeurs généraux et une directrice ont été nommés superchefs d'un organigramme resserré : Philippe Bélaval pour les patrimoines (et musées), Laurence Franceschini aux médias; enfin à la direction générale de la création artistique, regroupant les arts plastiques et le spectacle vivant, George-François Hirsch, déjà directeur de la musique, du théâtre, de la danse et des spectacles (DMDTS), emporte la mise. Après avoir été à l'Opéra de Paris, G_F Hirsch, 65 ans, fut directeur général de l'Orchestre de Paris.
Pour le reste, il parait qu' Olivier Kaeppelin le délégué aux arts plastiques, en part pour réaliser le projet d'aile Ouest au Palais de Tokyo, laissant le siège à l'actuel directeur de l'école nationale de Dijon, Jean-Pierre Simon; Nicolas Bourriaud devient inspecteur général dans cet organigramme.
Enfin, Jack Lang succède à Edouard Balladur à l'Association pour le développement du Centre Pompidou.



Thursday, January 14, 2010

Esther Gorintin

http://www.mediapart.fr/club/blog/antoine-perraud/120110/pour-un-adieu-esther-gorintin

Wednesday, January 13, 2010

De l'usage du vêtement : Christian Boltanski versus Zoe Leonard, une comparaison.


Au Grand Palais de Paris, Christian Boltanski a installé, derrière un mur de boîtes de métal rouillé (l'une de ses marques de fabrique) des rangées de vêtements, disposés sur le sol en carrés réguliers, alternant avec des allées où l'on peut passer, dans un champ qui suit une disposition régulière. L'architecture au sol fait penser, pour aller vite, à quelque colonie pénitentiaire, d'autant que chacun de ces compartiments de vêtements étalés est éclairé par un tube fluorescent et entouré du "tchouk tchouk" d'un train de battements de coeur sonorisés. Voilà pour l'occupation des bras de ce qui ressemble à une gigantesque église à verrière (ne parle-t-on pas de la "Nef" du Grand Palais, accouplant architecture religieuse et palais républicain d'exposition ?) et d'une installation-- d'un chemin-- en trois étapes.  L'autel, dans ce bâtiment cultuel, c'est à dire  là où se passe l'action, est constitué d'une montagne de vêtements amassés. Cette décharge est offerte à la pince d'une grue, qui telle une petite main venue du haut, pioche, ramasse, soulève et laisse tomber. Les vêtements ici, étalés ou regroupés, sont prévus pour "faire penser" à quelque chose, "chose" à laquelle ils offrent une représentation symbolique. Nous sommes dans le domaine de la transcendance. 



Les vêtements, aussi, sont présents dans l'ensemble de plus de 400 photographies auquel Zoe Leonard s'est consacrée pendant dix ans, sous le titre d'Analogue. Ils sont souvent accrochés ou suspendus dans leur vitrine, au sein de la muséographie urbaine marchande du XXè siècle, dans un parallèle historique et critique avec les développements de la photographie analogique. De ces installations dans la ville, l'artiste présente la précarité; cet état du magasin, de l'échoppe du tailleur, du marché semble voué à la transformation au XXIè siècle, dans le même temps que s'ouvre l'ère du numérique (à ce propos, lire d'urgence l'ouvrage de Samuel R. Delany, Times Square Red, Times Square Blue).
Souvent, ces vêtements portent un genre: "fille" ou "garçon" et la photographie rend parfois cruellement visibles les normes et les identités sociales. Et puis, ces vêtements suivent un parcours quasiment métabolique, puisque s'y opère une série de recyclages, du neuf à l'usé au ravaudé, pour s'exposer sur des marchés de plus en plus lointains du monde global. L'appareil photographique de Zoe Leonard a suivi les paquets de vêtements passant de l'Amérique aux Amériques, à l'est de l'Europe, en Ouganda, où ils figurent à nouveau dans des configurations marchandes particulières. Ce trajet, ces expositions successives d'une chemise, d'une paire de chaussure, d'une télévision, ne doit pas grand chose à la main d'un grand architecte, mais bien plutôt aux manières d’employer les produits imposés par un ordre économique dominant.

Saturday, January 09, 2010

Something you Should Know : Xabier Arakistain, 13 janvier, EHESS

ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES
Centre de sociologie du travail et des arts
 
SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI
 
Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Nataša Petrešin-Bachelez



Mercredi 13 janvier 2010 à 19h:

* Xabier Arakistain  *

De 19H à 21H, 96 boulevard Raspail, 75006, Salle Lombard, RdC.




Xabier Arakistain dirige à Vitoria-Gasteiz. le Centro Cultural Montehermoso Kulturunea (www.montehermoso.net), le premier centre d'art contemporain et de pensée en Espagne, qui a choisi de développer un point de vue féministe et d'appliquer une politique d'égalité entre les sexes dans le champ de l'art et de la culture. Un peu plus tôt, Arakis a travaillé comme commissaire indépendant. En 1999 il a lancé l''exposition itinérante Trans Sexual Express, qui faisait du quota en matière de sexe un critère "curatorial". Entre 2001 et 2003, il a été à la tête de la programmation du hall d'exposition de la Fundación Bilbao Arte Fundazioa et entre 2003 et 2006, il a animé les groupes de discussion sur art & féminisme durant l'ARCO (Madrid), où fut élaboré le "Manifeste Arco " en 2005. Il a été commissaire des rétrospectives des Guerrilla Girls 1985_2000 et de Leigh Bowery, ainsi que des expositions de groupe  For all audiences (2006)Kiss Kiss Bang Bang. 45 Years of Art & Feminism, (2007) ainsi que Switch On The Power. Noise And Musical Policies (2007). Il a aussi été co-commissaire, avec Rosa Martínez de Trans Sexual Express 2000, avec Maura Reilly de The Furious Gaze et avec Emma Dexter de Living Together. (http://www.arakis.info/).


Xabier Arakistain is Director of the Centro Cultural Montehermoso Kulturunea (www.montehermoso.net), the first contemporary art and thinking centre in Spain which develops and applies policies of equality between sexes in art and culture. Previously Arakistain worked as an independent curator beginning back in 1999, when he opened Trans Sexual Express, an exhibition in which he incorporated the sex quota as a curatorial criterion. From 2001 to 2003 he was head of programming at the Exhibition Hall of Fundación Bilbao Arte Fundazioa, and from 2003 to 2006 he headed the discussion groups on art and feminism at ARCO Art Fair, from where he launched the Arco Manifest 2005. He has also curated Guerrilla Girls and Leigh Bowery retrospectives and the group shows  For all audiences; Kiss Kiss Bang Bang, 45 Years of Art and Feminism and Switch On The Power. Noise And Musical Policies. Also, he has cocurated Trans Sexual Express 2000 along with Rosa Martínez, The Furious Gaze with Maura Reilly and Living Together with Emma Dexter (http://www.arakis.info/)


Mailing List : natasa.petresin@gmail.com com>
Cesta / EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr
105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38
 
Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui" est soutenu par la fondation FABA.


Wednesday, January 06, 2010

Au pays de Noland (1924-2010)



 Kenneth Noland dans son atelier du Vermont en 1966.

Il y a Bruce Nauman. Il y avait Barnett Newman. Et il y a eu aussi Kenneth Noland, mort hier mardi, à 85 ans.
Celui là, on l'a parfois qualifié le peintre des "chevrons" ou des "cibles", en référence aux formes colorées qu'il utilisait communément. Noland faisait partie de ces mouvements qu'on a appelé Colour Field painting ou Post-painterly abstraction, qui furent adoubés comme relève de l'expressionnisme abstrait par le critique Clement Greenberg, puis par l'ex-élève de celui-ci, Michael Fried. Ce dernier l'a consacré en 1965 avec l'expo Three American Painters (Frank Stella, Jules Olitski, Kenneth Noland). Le premier écrivait : “Sa couleur compte par sa clarté et son énergie : elle n'est pas là de façon neutre, pour être portée par le dessein et le dessin, c'est elle-même qui porte".
Cette portée, ou plutôt ce portage de la couleur, Noland l'a (ap)prise de Matisse. Né en 1924, pilote durant la guerre stationné en Egypte et en Turquie, il fut après-guerre élève du fameux Black Mountain College, où il colla moins à Albers, transfuge du Bauhaus, qu'au peintre Ilya Bolotowsky. Il étudia également à Paris avec Ossip Zadkine, et il y eut sa première expo en 1949. Il revint aux US en révérant Matisse, pourtant plus présent au MoMA  que dans les collections parisiennes...
Mais Noland, installé et enseignant à Washington (excentré de New York, donc; il allait enseigner plus tard à Bard College), devient ami avec Morris Louis et tous deux apprennent d'Helen Frankenthaler l'expérimentation des taches réalisées avec l'acrylique affiné avec du solvant (Magna), produisant une couleur délayée et à peine matérialisée, moins appliquée que presque incrustée dans la toile ou bue par la toile en éliminant tout effet "de peinture";  et de ce fait, en accord avec le souhait Greenbergien d'une frontalité de plus en plus parfaite, d'un abandon de plus en plus grand de la tridimensionnalité picturale. Du côté d'une visualité 'pure' et immédiate, Noland participe d'ailleurs à la fameuse exposition du MoMA en 65, The Responsive Eye.
Avec la mise sur le marché de gels acryliques, beaucoup plus fins et translucides que les couleurs industrielles utilisés précédemment, Noland travaille sur la répétition et la vibration, opérant par succession de bandes, par cercles concentriques centrés sur la toile ou par signes angulaires (les "chevrons") se rapprochant des bords du tableau; Stella poussera un cran plus loin, découpant ses toiles "sur" les formes, ce à quoi Noland répondra par ses tableaux "en diamant".
Sa première rétrospective eut lieu au Guggenheim, en 1977: depuis l'artiste n'avait cessé de travailler avec acharnement l'opticalité de sa peinture, tout en ajoutant parfois, après les années 1980, des couches de matière picturale, la texture altérant alors la vibration colorée.

"AIRLESS.... SHINING.... WET.... WINDY.... HEAVY.... GLARE.... CALM.... SMOOTH EDGED.... COOL.... SMILE.... LIGHT.... SOFT.... WET.... BRITTLE.... DARK.... COARSE.... FOAM.... SANDY.... SERENE.... RAPID.... MOIST.... PINK.... ROSE.... CLASH.... WHITE.... YELLOW.... SHADOWS.... PURITY.... ALL NATURE....je considère que ces références font toutes partie du sujet de mon travail", disait Noland en 1988.

Tuesday, January 05, 2010

Bloomsbury, ce qui surnage à La Piscine (de Roubaix)





(Le groupe de Bloomsbury; et une vue de l'exposition, section "La Maison")


La boutique de l’exposition est très bien et son cadre général —la merveilleuse Piscine de Roubaix—superbe. Une fois dites ces gentillesses -qui sont aussi des méchancetés- qu’est-ce que nous évoque Conversation Anglaise : le Groupe de Bloomsbury ? Un beau sujet. Celui d’une communauté à part d'homosexuels, féministes et pacifistes vivant en bonne intelligence au début du XXè siècle, et qui va établir un contexte « domestique » n’obéissant pas exactement à la norme familiale hétérosexuelle et aux secrets de famille qui la contre-collent. « Nous sommes juste sauvages, étranges, innocents, naturels, excentriques et industrieux, plus qu’on ne saurait le dire », écrit Virginia Woolf (en 1930).
Et d'abord, Bloomsbury (du nom du quartier éponyme Londonien) ? Ce n'était  pas un cercle d’hommes, ni une colonie de peintres (comme Die Brücke, même si en 1911 Roger Fry, Vanessa Bell et Duncan Grant travaillèrent ensemble sur les mêmes sujets), ni un mouvement, ni une confrérie, même si beaucoup venaient de Cambridge ("the Apostles"). C'est plutôt un projet de "civilité" ou de civilisation, une culture d’amitié, de conversations et plus si affinités sexuelles, où se retrouvent un économiste comme John Maynard Keynes, des critiques d’art comme Roger Fry ou Clive Bell, le biographe Lytton Stratchey (frère de James, traducteur de la Standard Edition de Freud), des écrivaines et peintres comme Virginia Woolf, sa sœur Vanessa Bell et Duncan Grant, le romancier E.M. Forster, Leonard Woolf, éditeur et critique, plus des passants, comme le sculpteur Henri Gaudier-Brezka ou la mécène Ottoline Morrell… Tous ces intellectuel/le/s, soucieux de choisir leur vie et non la subir, font, plus ou moins l’objet de portraits, sculptés et plus souvent peints, exposés en deuxième section de l’exposition, laquelle ne souscrit pas à l’ordre chronologique et présente des aventures plus ou moins simultanées.


(Duncan Grant, Le Tub, 1911 et Vanessa Bell, Virginia Woolf)


La première partie, toutefois, compile les liens, qu’opère Roger Fry dans son esthétique avec ce qu’il appelle le « post impressionnisme » Français, qu’il expose 2 fois in London. D’où la présence de beaux échantillons – Cézanne, Matisse, Picasso, ceux du musée de Villeneuve D’Ascq encore fermé—où s’intègrent l’extraordinaire Tub de Duncan Grant, le gris « Morandi » de Vanessa Bell, un étonnant Nu à Contre-jour de Marquet ou la fougue dissolvante de Walter Sickert, sans compter la version « Cabinet D’Amateur » d'un tableau de 1912 (coll. musée d'Orsay) où Vanessa Bell fait apparaître l'un des Luxe et l’Atelier Rouge de Matisse. La voie est tracée.


(un tableau de Duncan Grant et détail d'un coffre des Omega Workshops)

La poutre maîtresse de l’exposition est "La Maison", un plan en 3D, évoqué par des praticables-cimaises colorés et des références écrites à même la scène du parcours (« room », « studio »  … ). Elle rappelle qu’en 1916, parce que Duncan Grant son mari et David Garnett, l’amant de celui-ci, étaient objecteurs de conscience soumis à un service civil dans une ferme, Vanessa Bell s’installa à Charleston, et qu’ils se mirent ensemble à décorer leur maison/jardin. Meubles peints, peintures, céramiques, textiles  « associent domesticité et progressisme » …On y voit clairement inscrites des références aux lieux de sociabilité homosexuels (Baigneurs au bord de l'étang, 1920, ci dessus) où l’on prend la pose. Forster, Stratchey, Keynes, Grant, entre autres gays de Bloomsbury sont influencés par Wilde, connaissent les cercles d’ « Aesthetes » et font même la connaissance de Magnus Hirschfeld. Mais surtout, selon l’historien d’art gay Christopher Reed, même le critique d’art Roger Fry prend de Wilde ce qu’on ne retient guère : une base philosophique pour la notion de "sub-culture"(d'underground) et une critique de l’autorité de l’auteur, qui ne sont peut-être pas sans incidence avec la théorie formaliste de l’art que Fry est l’un des premiers à poser.


Omega Workshops

Cela n’est pas dans l’exposition, plutôt portée sur la sensibilité d’un "modernisme éloigné" (valeur dont La Piscine de Roubaix clame être porteuse), incarnée par les Omega Workshops. Entre 1913 et 19, sous l’impulsion de Roger Fry ( qui salaria tout de suite Vanessa Bell et Duncan Grant) se créa à Londres, Fitzroy Square, une firme alliant boutique+ ateliers +coopérative, qui aurait été inspirée par notre Martine parisienne créée par Paul Poiret;  l’Institut Courtauld en conserve aujourd’hui les archives. Trois magnifiques Collages abstraits, 1915, deux de Duncan Grant et un de Vanessa Bell (malgré le caractère collectif et anonyme de l’entreprise) ouvrent cette section. Passons sur les grès. Les échantillons de tissus marquent par leur « flou » technique qui ne décide guère entre fait main et industrialisation, car l'objectif est de reproduire avec succès couleurs et traits qui paraîtront spontanés une fois appliqués ou imprimés; ainsi les hachures, les « accidents », auxquels Roger Fry se fixe. Internationaliste artistiquement mais aussi politiquement, Omega devient, pendant la guerre, un lieu de « civilisation », c’est à dire de désobéissance civile, produisant (en parallèle et contraste avec Dada Zürich) nombre de danses ou de baigneurs en paravents, de marionettes (influence de Gordon Craig), de théâtre et de costumes- une activité que Duncan Grant poursuit d'ailleurs après la fin d’Omega. Ainsi ce tablier-bustier féminin utilisé par  le même Duncan Grant pour devenir Danseuse espagnole et les projets, par exemple pour  Pelléas et Mélisande ( mise en scène de Copeau au Garrick Theater de NY en 1917), ou ceux, non réalisés pour Saul de Gide.  Nina Hammett, qui participe à Omera, prolongera cette culture de la performance à Montparnasse, où elle s’établit.

 
                               Barbara Bagenal + Duncan Grant et Duncan Grant en Mélisande

Dernière section moins exposable, celle de la Hogarth Press de Leonard et Virginia Woolf qui démarre en 1917, et imprime, en sus de leurs textes, Katharine Mansfield, TS Eliot, Rilke, Isherwood, Stein, HG Wells, Freud… Sauf Joyce, donc, qui transporta Outre-Manche son Ulysses chez Sylvia Beach puis Adrienne Monnier.
Plutôt que finir sur les photographies couleur encadrées de la maison de Charleston vue façon fiche-conseil chez Elle-Déco, il faut se déplacer de l'autre côté de La Piscine et suivre les déclinaisons décoratives, en papier peint, coussins, ombrelles, et mobilier de Marc Camille Chaimowicz (déjà vues à la Secession de Vienne et à Triple V de Dijon), qui reprend depuis 1984 le "vocabulaire" de Bloomsbury pour mieux poser à nouveau l'attachement de Roger Fry, aux "variations accidentelles". Dans notre monde numérique de copier/coller et d'allographie généralisée, ce jeu n'est pas à négliger.

 

Conversation Anglaise: le Groupe de Bloomsbury  à la Piscine http://www.roubaix-lapiscine.com/
Jusqu'au 28 février.
à lire (conseillé par T.L.) : Christopher Reed, Bloomsbury Rooms: Modernism, Subculture, and Domesticity, Bard Center, 2004 (on l'attend pour compte-rendu)
lire aussi : l'essai de C.Reed sur Bloomsbury, Wilde et Pater in Gay and Lesbian studies in art history, Routledge, 1994.
Enfin: Beyond Bloomsbury, Designs of the Omega Workshops, 1913-19, The Courtauld, 2009