Tuesday, December 14, 2010

Rozsika Parker 1945-2010

On la savait atteinte d'un cancer : Rozsika Parker est morte il y a déjà trois semaines. Féministe, historienne de l'art, psychothérapeute, jardinière? Ou mieux, comme l'énonce le Guardian, elle était une spécialiste de la suture (une tentative Oudart-ienne pour traduire ce que le mot "stitch" dit en anglais): suture du combat des femmes pour la reconnaissance dans le monde canonique de l'art; suture entre beaux arts et arts décoratifs, suture des ambivalences "parfois productives, parfois destructives" dans le travail créatif des femmes. Suture, enfin, de différents aspects de ce qu'on appelle la sphère privée, qu'il s'agisse de ses maux ou de ses plaisirs.

Née à Londres, étudiante au Courtauld, au moment où émerge un féminisme politique et culturel, elle rejoint en tant que critique d'art- puis un peu de tout- la rédaction du magazine Spare Rib en 1972.
De son amitié avec Griselda Pollock, nait un collectif d'histoire de l'art féministe, et la collaboration des deux femmes produit le célèbre : Old Mistresses: Women, Art and Ideology (1981)- ouvrage de référence pour qui s'intéresse, non seulement au sujet mais à la condition même de l'histoire de l'art.
Puis c'est, aussi en collaboration avec Pollock, Framing Feminism: Art and the Women's Movement 1970-1985 (1987), la meilleure source sur le féminisme en Grande-Bretagne.
In 1983 elle publie The Subversive Stitch: Embroidery and the Making of the Feminine, un livre éminent sur le travail dit "féminin", le passage entre occupation domestique et forme artistique dans la constitution d'une subjectivité.
En même temps, elle suit une formation de psychothérapeute psychanalytique, métier qu'elle pratiquera en même temps qu'elle réfléchit, à partir de son propre cas, sur l'ambivalence des mères ; elle publie également sur Virginia Woolf, Killing the Angel in the House; Creativity, Femininity and Aggression (International Journal of Psychoanalysis, 1998), et sur l'angoisse des déformations du corps malade (Body Hatred, British Journal of Psychotherapy (2003).
En 2000 elle retourne à l'université, entreprend des études en "creative writing" à Middlesex University, sort diplômée, écrit plusieurs ouvrages, encore non publiés. Mais The Anxious Gardener (2006) raconte ses travaux es-jardinage.
Comme l'écrit Mira Schor dans son blog (http://ayearofpositivethinking.com/), on en sait probablement un peu plus sur l'oeuvre et la personne de Griselda Pollock dans ce travail en collaboration mené par ces deux femmes, Griselda rayonnant aujourd'hui dans la lumière de travaux qui continuent de pointer, à la fois vers les femmes et la culture visuelle. Mais les témoignages des amis londoniens ainsi que la touchante et amicale nécrologie du Guardian laissent à penser que Roszika Parker était une femme remarquable... et adorable. Son travail invite à penser --et à repenser-- à la force de l'empathie (et du transfert?) dans la fonction critique et à refaire un point, en tout cas-- un point de couture?-- sur cette histoire de l'art, politisée et informée par la psychanalyse (sans rejoindre "Psych et Po"), telle qu'on l'a pratiquée et qu'on la pratique encore en Grande-Bretagne.



0 commentaires: