Thursday, December 02, 2010

David Wojnarowicz : la censure vingt et un ans plus tard...

Untitled, 1990 David Wojnarowicz (avec Phil Zwickler and Rosa von Praunheim) du film "Silence = Death", courtesy of PPOW Gallery.

A la National Portrait Gallery de Washington, où il figure dans l'exposition
Hide/Seek: Difference and Desire in American Portraiture (http://npg.si.edu/exhibit/hideseek/index.html), un film de 4 minutes de David Wojnarowicz
vient d'être retiré de la manifestation, co-organisée par l'historien d'art Jonathan Katz, qui traite de la différence sexuelle, de la fluidité des représentations de genre, de l'abstraction et la marginalisation dans la fabrique du portrait moderne en Amérique.
Les membres du Congrès John Boehner et Eric Cantor ont clamé que “Hide/Seek” devrait être fermée.
Ce qui a mis le feu aux poudres: un segment de la pièce vidéo de Wojnarowicz, A Fire in My Belly, où des fourmis montent sur un crucifix à terre.Un des chargés de communication de Boehner a dit que "les gens du Smithsonian (l'agence muséale fédérale) devraient, soit reconnaître leur erreur et la corriger, soit se préparer à une enquête (sur l'utilisation des fonds) débutant en janvier prochain." Il a également signalé que Boehner voulait "annuler" l'exposition si la pièce de Wojnarowicz n'en était pas expulsée. Devant ces futures promesses de représailles, la National Portrait Gallery a simplement retiré le film de David Wojnarowicz.
Ce n'est pas la première fois que cet artiste-écrivain-cinéaste-performer et activiste gay (1954-1992) si important pour le monde de l'art newyorkais des années 1980, reçoit de plein fouet la censure.
L'ancien membre du groupe 3 Teens Kill 4 (trois homos sur quatre), le garçon parcourant les rues avec son masque de Rimbaud, l'ami de Peter Hujar et le militant enragé avait en effet été l'auteur indirect d'un des premiers scandales de ce qu'on a appelé les guerres culturelles en Amérique, lorsque le texte qu'il avait donné en 1989 pour le catalogue de l'exposition Witnesses: Against our Vanishing organisée par Nan Goldin
à Artists Space (http://www.artistsspace.org/history) avait déclenché l'ire du Sénateur Helms, de sinistre mémoire. En même temps, à peu près, ce furent les affaires du Piss Christ d'Andres Serrano, des performances de Karen Finley et de l'exposition Mapplethorpe...

Il donc demandé
de soutenir cette exposition à la National Portrait Gallery. L'email du directeur Martin E. Sullivan est SullivanM@si.edu
Voir aussi
http://www.nbcwashington.com/news/local-beat/A-Portrait-of-Cowardice-111117169.html
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/11/30/AR2010113006911.html
et sur Facebook, ainsi que dans LBV, la réponse de Jonathan Katz. Immédiatement, l'image canonique de Wojnarowicz, lèvres cousues, est apparue, toujours aussi juste dans ce contexte d'interdiction.

PS : Laurence Viallet nous signale que les éditions Désordres/(désormais éditions Laurence Viallet), qui ont déjà traduit en français Chronique des Quais et Au Bord du Gouffre de David Wojnarowicz, publient en octobre prochain: Spirale (l'autobiographie de DW) et, avec les éditions ça et là, la BD de Wojnarowicz/Romberger, 7 Miles a Second.


PS2: une manifestation organisée par la galerie Transformer (http://www.transformergallery.org/)à Washington DC : porter les masques de David Wojnarowicz (ce qu'avait fait Emily Roysdon pour son "renactment") ou de Rimbaud.
pour en savoir plus http://www.washingtoncitypaper.com/blogs/artsdesk/visual-arts/2010/12/02/four-facts-about-the-national-portrait-gallery-controversy/





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