Wednesday, November 03, 2010

Le degré Chéreau (*)

Sur les affiches, Patrice Chéreau est cadré, du point de vue de son visage, en filiation d'une célèbre photo de Sigmund Freud. Le sujet supposé savoir vous offre sa tête. Est-ce de cela qu'il est question dans la carte (gold) offerte par le Louvre au metteur en scène?
En tout cas, il s'agit de rapprochements- entre le Louvre et Chéreau, entre certains tableaux et certaine photographe, Nan Goldin ayant été mise à contribution. Mais au lieu d'une collaboration, il semble que la sauce ait tourné entre la plasticienne et le metteur en scène, si l'on en juge par la distance physique de leur éloignement au Louvre : le diaporama de l'une se voit sous la pyramide, tandis que pour les expos de Chéreau, il faut franchir l'intégralité des salles de peinture Française, depuis le Portrait de Jean Le Bon et l'art gothique d'Henri Bellechose, et en passant par les grandes machines de Le Brun, jusqu'à Fragonard, Greuze, La Raie de Chardin et Vigée-Lebrun, dans la cour Carrée.
Peut-être la monstration eût elle gagné un sens si cela avait été le contraire.


L'invitation à Chéreau, donc, se tient salle Restout, à la place des grands formats XVIIIè. Elle est muséographiée par Peduzzi, complice de Chéreau depuis leurs débuts en 1968. Elle est bourrée de chefs d'oeuvre estampillés : L'homme au gant du Titien, un autoportrait de Tintoret, le Christ Mort de Philippe de Champaigne, L'origine du Monde de Courbet, une étude de membres coupés opérés par Géricault, des photos de Nan Goldin, un Leiris par Bacon, un Nu Noir de Fautrier -et quelques Flandrin en guise de clin d'oeil. Pour le Louvre, Chéreau est incontestablement un bon client.
Ca s'appelle les visages et les corps, mais en guise de corps à corps (ou de tête à tête), il s'agit plutôt ici d'un powerpoint (au sens littéral: un pointage de pouvoir) de luxe. Les associations peinture-Goldin-peinture, par exemple, composent ce degré Chéreau d'une iconographie, qui se tient au niveau de la description et de l'expression. Les images accolées, sublimes forcément, sont exemptes de leur tissu historique, vidées de leur histoire et de l'histoire, dématérialisées, c'est-à-dire idéalisées.
Quant à la réflexion collatérale, dans un couloir adjacent, intitulée Derrière les images (suivez mon regard, au secours!!! Georges Didi-Huberman, qui, par ailleurs, s'occupe d'une exposition bien plus sérieuse au Reina Sofia): il s'agit de l'exposition de dessins d'archives de Patrice Chéreau et de ceux de Richard Peduzzi, ainsi que d'oeuvres du père, Jean-Baptiste Chéreau, introduite et terminée par Hervé Guibert.
Peut être, si le diaporama de Nan Goldin avait occupé la salle Restout, pendant que les chefs d'oeuvre (se) défilaient dev(i)ant la spectatrice ou le spectateur, dans un lieu moins célébratoire, quelque chose aurait changé. (On pense ici à l'invitation autrefois faite à Damisch par le musée de Rotterdam, où il avait posé d'autres chefs d'œuvre contre des caisses de transport, comme les pièces d'un échiquier potentiellement mobile)...
Cependant, sont mis(e)s à contribution, dans d'autres sites du Louvre : Waltraut Meier, qui va y chanter les Wesendonck Lieder (trop tard! C'est complet); Coma de Pierre Guyotat; Boris Charmatz, Emmanuelle Huynh, Mathilde Monnier ; Daniel Barenboïm, pour y diriger Berg et Stravinsky; le duo de cinéastes Trividic et Patrick Mario Bernard ; ou Girls Tricky de Steve Mc Queen qui y sera projeté. C'est aussi grâce à Chéreau, on aurait mauvaise grâce à ne pas le reconnaître.

(*) Merci à Catherine pour le titre, qui est la seule raison de ce post, d'ailleurs.

3 commentaires:

CT said...

Rien à voir avec Chéreau... Mais vous avez fait un tour à Beaubourg, voir l'accrochage Nancy Spero ? Je m'étonne du parti-pris radicalement biographique, qui contraste avec l'exposition Arman, qui elle élude pour sa part totalement l'aspect biographique (cf http://lefilduregard.canalblog.com/)

before cinema said...

:-)

Anonymous said...

et la pièce "Rêve d'Automne" jouée au Louvre puis au Th. de la Ville, LBV qu'en pense-t-elle ?