Monday, November 15, 2010

Infamous Carousel tourne et manège.



Terre, Pauline, Manabe Daito

Il y eut un formidable quartette de performances donné samedi soir à Bobourg sous l'égide d'Infamous Carousel, dont s'occupe Jos (abréviation de Joséphine), qui en est d'ailleurs à sa sixième édition et qui poursuivra ses aventures la semaine prochaine au Palais de Tokyo (en partenariat avec Nova et Poptronics).
Un duo japonais attendait sagement que la salle se remplisse, pour incarner facialement les expériences de Daito Manabe avec l'électricité, poursuivant les manoeuvres de G.B Duchenne de Boulogne avec ses baillements, ses tics et ses tocs. Les sons tirés des ordinateurs, grâce à une machine de sa fabrication, ont été immédiatement convertis en grimaces électrisées sur les visages filmés des deux protagonistes, celles-là étant suscitées par l'implantation d'électrodes sur le visage, les sourcils et en finale, la bouche. La double représentation s'est imposée, produisant des rictus à la fois similaires et dissemblables.
Ensuite, ce fut au tour de Lucyandbart, duo australo-néerlandais et de leur aide, c'est à dire leur modèle Thibaud, alternativement couvert de copeaux de bois, de pustules bleu Klein et de mousse peinte (difficilement) en bleu, et photographié en direct-live.
Mais Terre Thaemlitz, en chemise de jean et jupe de sa mère, s'était déjà assis/e devant une table de mixage low-tech, d'où Terre lut, feuillets en main, aggrémentés par quelques images sur grand écran et plusieurs auditions d'interviews faites à la va-vite sur un enregistreur md, sa conférence sur la délicate question du transgenre et de la migration ("Trans-Sister Radio", drame radiophonique electroacoustique, développé à l'origine pour la Hessischer Rundfunk).
En d'autres termes, comment fait-on à la frontière, lorsqu'on n'a pas le passeport de son genre manifeste? "Beaucoup de transexuels ayant déjà fait leur transition, et dont le pays interdit le changement de genre, recourent à un habillement asexuel, comme des joggers ou autres déclarations vestimentaires anti-mode, comme une sorte de "drag" révolutionnaire, espérant de passer en tant que l'homme ou la femme qu'ils étaient autrefois. Ou, dans certains cas, ils utilisent des faux passeports assortis à leur apparence. Tout cela donne un sens nouveau au terme "pass control", dit Terre, "Transgendered MTF(TMTF...),". Terre a débuté et fermé sa lecture sur son cas personnel/le: quel est le sexe opposé d'un/e transgenre, lorsqu'on doit se marier pour obtenir des papiers et, ainsi pouvoir travailler--au Japon par exemple où un travail à plein temps se justifie dans la monstration d'une identité normée.
Et puis, Pauline Oliveros se mit son accordéon électronique en bandoulière et le fit respirer.
Deux énormes inspirations...Et après avoir tiré de son instrument les sons d'une guitare basse (dont on dut bien se rendre compte qu'elle n'existait pas) Oliveros se mit à improviser, à la fois dans le langage de l'accordéon et dans celui d'autres musiques et d'autres sons-- de multiples illusions de claviers et de timbres--tout en maintenant ses pieds sur une série de pédales, servant habituellement chez elle de retours et de modulations de hauteurs. Cyber-jazz, musique électroacoustique et folklore se sont répondus, interpellés, mélangés, le corps de l'artiste marquant parfois comme une surprise, le temps d'une résonnance, peut-être pour elle, encore inédite. "Cela fait 70 ans que je m'étonne", expliquait-elle à l'issue d'une prestation stupéfiante.
Peut-être tirait-elle un peu sur les années mais il est vrai que Pauline Oliveros, qui travaille à la fois l'électronique et l'accordéon depuis les années 1960 a acquis un statut culte de musicienne avant-gardiste, non loin de John Cage, avec lequel elle a partagé une passion pour le hasard jamais aboli. Surtout, elle a tenté, dès ces années, de travailler l'électronique comme un système nerveux, comme une musique intérieure du corps. Cf son interview par Cory Arcangel dans Bomb magazine : http://bombsite.com/issues/107/articles/3268

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