c'est sa façon "coup de dès" de rejouer à la fois ce qui fait son style, les éléments qui identifient son travail et la mémoire de ceux-ci, pour les emmener dans une production qui n'abolit pas le hasard; sans ressembler pour autant aux autres (par exemple ce qu'on avait pu voir au Centre Pompidou ou au Palais de Tokyo, avec Double Bind). La référence à Mallarmé et à (sa mise en négatif par) Broodthaers n'est pas de trop pour insister, en effet, sur l'espacement que le travail de Tatiana Trouvé met en oeuvre ; physiquement et mentalement.
Très concrètement, il a été ici question, pour elle de rechercher un dispositif spatial, afin de mesurer et, par là-même de mémoriser dans l'espace d'exposition de Londres, les espaces dessinés depuis 1990, qui sont désormais archivés dans le Livre (plutôt le catalogue A Stay between enclosure and Space, publié par le Musée Migros et la South London Gallery ).
D'où la décision, radicale pour le cube blanc de la South London Gallery, d'interrompre la verticalité de son volume pour mieux faire percevoir celle des formes de cuivre dans l'espace (cf. la première image d'une expo, comme toujours imphotographiable) Lorsqu'on entre, on est confronté à une salle assez basse de plafond. Celui-ci est muni d'ailleurs de néons pour mieux accentuer l'incongruité d'une addition qui parait, en fait, un vestige bureaucratique.
Ce chapitre d'exposition est muni de dessins, installés horizontalement, comme des aquariums ou des paysages. Leur logique interne est celle de la juxtaposition d'éléments, que le trajet du dessin rend vraisemblables ; deux d'entre eux sont noirs, engloutissant la vision et nécessitant un seuil d'adaptation pour repérer, au sein des strates mates et brillantes, des architectures rémanentes. Par extension, l'étendue dans laquelle on se tient est, d'ailleurs, aussi réelle que fictive-- en tout cas lorsqu'on la mesure au référent du site, cette South London Gallery que personne, ici, pas même les familiers, ne "reconnait". La salle principale est comme devenue un vestibule, privant chaque spectateur/trice de la vision immédiate et lointaine de l'élancé vertical des formes de cuivre abstraites et minces dans leurs attaches ou leurs branchements. Une expansion qui se vérifie avec retard, en s'approchant, et qui "relève", dans tous les sens, les dessins. Au sol, l'un de ces graphismes écrits dans l'espace semble arrimé à un vieux pneu explosé, moulé en bronze. L'autre arbore au sommet un bout de matière noire; ce qui nous ramène au troisième espace "de derrière".
En effet, derrière ces lignes dans l'espace, Tatiana Trouvé a fait élever un mur d'où descend une cascade huileuse (du vernis) et une ligne verticale (du graphite), capteurs seconds de la verticalité. Cette cimaise cache puis révèle d'autres éléments composant un troisième chapitre: un écho, "une autre topologie de l'espace,(qui) donne la mesure d'une distance d'un mur à l'autre, la dimension et la profondeur de l'espace. Il change la perception. Dans cette exposition, on traverse plusieurs modes de l'univers d'un dessin : le dessin lui-même, le relevé du dessin sous forme de sculpture et le croquis qui fige sa présence dans le lieu.", expliquait Tatiana Trouvé à la revue online Catalogue (www.cataloguemagazine.com/)
On dirait une réserve, un atelier, un lieu où ça fabrique, où ça travaille, où ça plie, où ça incise: tout de suite, un pilier serre contre la cimaise deux coussins qui se recroquevillent. Sont déposés là une série de planches poussées vers le mur, un périmètre surelevé muni d'un tréteau de bois, des sortes de chiffons noirs qui s'accrochent et des traces inscrites à même le mur. L'une d'entre elles, incisée verticalement, porte en son faîte deux petits paquets noircis: on apprendra, par Tatiana Trouvé, qu'ils sont faits de papier plié de façon a conserver la mémoire d'un espace dans ses replis: c'est une bibliothèque d'espaces précaire et noircie, qui semble ainsi empaquetée. Eva Hesse vient, bien sûr, s'immiscer dans ces histoires, et la mémoire de l'exposition des Studio-Works oeuvres d'exposition et en même temps d'atelier, une ambivalence au sujet de laquelle Briony Fer avait avancé la notion de sub-objects- non pas des objets partiels mais totaux ; des fragments cependant privés d'une façon ou d'une autre, de relation objectale pour privilégier la relation spatiale.
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