Saturday, October 23, 2010

Klara Lidén "makes space fuck again " à la Serpentine de Londres













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Photos : Juan Luis Sánchez (pour le Moderna Museet) Gautier de Blonde (pour la Serpentine), Klara Lidén (Self Portrait with the Keys to the city, 2010), Arno Gisinger (pour le Jeu de Paume).

Range ta chambre!!! c'est ainsi qu'on est accueilli au seuil de l'exposition formidable de Klara Lidén à la Serpentine Gallery de Londres http://www.serpentinegallery.org/2010/09/klara_liden7_october_7_novembe.html. Son premier geste, puisqu'il s'agit ici d'une série de gestes, à la fois architecturaux et très physiques --ou du moins activés gymniquement par l'artiste d'origine suédoise (elle est née en 1979 à Stockholm )-- a en effet consisté à déposer dans le centre d'exposition l'intégralité du contenu de son logement. Serré, empaqueté ça tient dans la première salle. Tout est là, paraît-il, rangé dans des boîtes (livres, papiers disques), cageots, amplis, moniteurs, contigus au lavabo, au matelas, au frigo, au radiateur et à ce vieux vélo dont on a ainsi des nouvelles. Dans un film, qui est aussi projeté à la Serpentine, Klara Lidén lui a réglé son compte, à la bicyclette, posée toute seule dans une chambre berlinoise. Tournant autour d'elle dans une danse vandale, Liden a usé d'un bâton pour lui flanquer des coups, jusqu'à ce que le véhicule s'effondre. Et bang, la bicyclette amputée (ou l'une de ses copines) a aussi fait partie du voyage, en tant que matériau, littéralement récupéré dans l'exposition.
Range ta chambre!!!! c'était aussi le motif de la participation de Klara Lidén au pavillon d'Elmgreen et Dragset à la Biennale de Venise, reprise également à la Serpentine (cf photo) : une chambre cramée, du lit superposé aux tubulures mobilières et aux cageots nus et noircis, où ne restent indemnes que le plafonnier en papier de riz japonais et la porte d'entrée, qui se referme brusquement grâce à une hache. Cette chambre d'adolescente laissait entendre qu'elle avait pris la poudre d'escampette en passant par la cage d'aération.
Mais il y a aussi à la Serpentine une chambre secrète, qui vous est mystérieusement ouverte grâce à une porte dissimulée en un tableau, exposé avec d'autres et fait comme eux de couches d'affiches superposées (cf.photo ci-dessus) : la cave, la caverne, l'abri urbain, la guerre surgissent, mais aussi la ville d'aujourd'hui, Londres ou Paris et tous ceux et celles qui vient dehors, précisément sans abri.
Par sa violence, l'oeuvre de Klara Lidén tient, par exemple, de Cady Noland. Par ses procédés, elle tient également du nouveau réalisme - et elle y tient très fort : de Christo, pour l'empaquetage, à Raymond Hains ou Villéglé pour les affiches en feuilleté de couches. Ici, elles ne sont pas lacérées mais leur couche ultime est couverte au blanc d'Espagne, qui met leur bariolage au placard et les laisse, mutiques, en attente (hello! Bertrand Lavier); on pense aussi à Gérard Deschamps, redécouvert au Reina Sofia de Madrid, pour les plissages et débordement d'affiches, encombrant ici, comme au Jeu de Paume à Paris (où Klara Lidén a exposé précédemment), des ouvertures, des portes.
Mais justement, cette récupération n'a à faire qu'avec les objets exposés, qui tous, ont une histoire, un autre contexte. Ainsi ces épaisses couches d'affiches (U TRY MME, 2002) se rapportent à l'action nocturne, par laquelle Lidén passa toutes les affiches d'un quartier de Stockholm au blanc, durant une nuit, de sorte que les habitants se réveillèrent dans ce contexte silencieux, neigeux, hors du conditionnement urbain. Ces actions architecturales servent ici, en quelque sorte de cadre et de contexte aux films projetés également sur toute la Serpentine- même l'appartement déposé est aussi le théâtre d'une vidéo.
Outre celle du vélo sus-cité on avait adoré ce que Lidén avait montré à la Biennale de Berlin, en 2006 (Paralyzed,2003): dans un wagon de métro, bondissant au milieu des voyageurs immobiles et stupéfaits, elle improvisait une danse sauvage, utilisant les sièges, les range-valises, les rampes et barres du mobilier roulant, pendant trois minutes d'un disque bidon. Autofilmage : lors de l'événement Freaky, à Berlin en 2009, Renate Lorenz et Karin Michalski avaient aussi montré cette video de Lidén où, dans sa cuisine, en casque et en marcel, face à l'objectif qui devient son miroir, elle se boxe la gueule en s'accusant de tous les maux, trop boire, trop penser à elle, trop peu aller voir sa grand mère, et puis retourne à sa vaisselle (Ohyra, 2007).
C'est son dos nu, que Lidén a offert au contraire dans 550 (2004): une video tournée par elle seule dans le bordel intime d'une maison de Brooklyn, dans laquelle l'artiste pénétra pendant que son occupant(e) était absent et qui semble comme mise à sac et fouillée. Elle fait du vélo d'appartement puis se met au piano et chante faux en allemand-anglais-espagnol, dans une sorte de pudeur exhibitionniste qui installe une vague excitation sexuelle pas si lointaine des travaux newyorkais des années 1970-80. Comme l'écrit John Kelsey (dans son texte du catalogue), elle "makes space fuck again".
Le propre et le sale, la propriété et la salle (d'expo) sont ici des éléments consciemment soumis à une réflexion sur le déplacement, depuis le contexte où l'action a eu physiquement lieu jusqu'à celui où elle se répète virtuellement. Cf Kasta Macka, 2009, où, sous trois ponts successifs à New York, Zurich et Stockholm, Lidén jetait des pierres de plus en plus énormes, jusqu'à mobiliser une force physique considérable: dans la répétition, il y a alourdissement, accumulation. Jusqu'à ce que l'artiste claque la porte, tourne le dos et se tire ailleurs.

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