| Vera Molnar, Dix rectangles, 2009. Toutes photos Aurélien Mole. |

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| Au dessus, Un carré rouge se déplace, 2007. Dessous, Carrés concentriques rouges, 2010 |
"Pour mes 86 ans", titre d'une énigme visuelle : trois cercles, deux l'un sur l'autre, et le troisième au dessus duquel est placée une barre diagonale-- ne l'est d'ailleurs plus, une fois qu'on a lu cet intitulé. N'empêche! Vera Molnar prend avec cette exposition un sacré coup de jeune. Elle inaugure d'abord une toute nouvelle galerie parisienne (*). Mais il n'y a pas que ça, bien sûr : il y a, dans chacune de ses tableaux peints à l'acrylique sur toile, un souffle d'ironie, un léger décollement, un doute fin comme une feuille de papier qui positionne l'artiste dans les débats plus actuels qu'actuels sur la peinture.
Regardez par exemple, Dix rectangles, 2009: un tableau composé de trois carrés-sic!-côte à côte, où la solidarité manifestée dans le premier carré, entre le support, la surface et ce qui s'y dessine (une série de bandes noires et des lignes parallèles blanches qui les séparent) est peu à peu défaite dans les deux carrés d'à côté. Les bandes noires et lignes blanches, semblent alors se soulever, dévier de leur support, tourner légèrement autour d'un axe et, finalement, pour le troisième carré, formuler comme un store qui ne tomberait pas droit et laisserait passer inégalement la lumière, blanche du plan du tableau. L'abstraction devient un corps, un filtre, un rapport d'ombre et de lumière.
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| Méandre en 10 étapes, 2007 |
Pourtant, Vera Molnar dit toujours ce qui se passe dans ses tableaux, qu'il s'agisse de ses 86 ans ou de ses carrés qui se promènent, qui méandrent en 10 étapes, qui se déplacent...
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| Au dessus: 9 quasi carrés, 2010 ; en dessous : Carrés coupés en deux, 2010. |
... Qu'ils soient quasi (carrés) ou (carrés) découpés. Dans cette deuxième image, Carrés coupés en deux, 2010 comme dans les Dix rectangles, l'effet de la découpe, inégale en largeur selon qu'on se trouve sur le bord ou à l'intérieur, produit l'effet d'un rai lumineux, tandis que les deux formes rouges se déplacent légèrement sur leur axe; ce qui fait que les carrés, effectivement, semblent coupés en deux non seulement dans leur périmètre, mais également dans leur épaisseur, celle qui colle et qui décolle (ou qui déconne) au plan du tableau.
Il faut dire que Molnar est relativement jeune au plan de la monstration individuelle et du commerce de l'art. En effet, sa carrière d'artiste débuta dès ses études d'art en Hongrie, puis à Paris où elle débarqua en 1947, avec une bourse. Elle participa en 61 à la création du G.R.A.V. (groupe de recherches d'art visuel) avec son mari mathématicien François Molnar, Morellet et Le Parc: elle y était la seule femme et fut sans doute celle qui refusa le plus tardivement d'entrer dans le marché, de considérer son travail, expérimental, comme muni d'un auteur, fût-ce une auteure (cf l'entretien que nous menâmes avec elle dans Femmes/artistes, artistes/femmes, Paris de 1880 à nos jours).
Du coup, son exposition prend indirectement part au débat germano-américain qui a commencé à peu près l'an dernier (réactivant d'ailleurs le texte d'Yve-Alain Bois, vingt ans plus tôt, dans le catalogue Endgame, à propos du travail de deuil de la peinture), sur une peinture qui, comme l'a exposé David Joselit dans October, se retrouve "hors d'elle même"; et sur des pratiques picturales ouvrant sur d'autres systèmes de signes et de représentations, y compris sociales. D'où la virulence des engueulades quant à l'inscription ou non de ces artistes dans le marché de l'art. Vera Molnar a, ainsi, bien des choses à offrir sur des questions qu'elle a déjà affrontées, avec élégance.
Galerie Torri, 7, rue Saint Claude, 75003 Paris. www.galerietorri.com jusqu'au 23 octobre.
Galerie Torri, 7, rue Saint Claude, 75003 Paris. www.galerietorri.com jusqu'au 23 octobre.





3 commentaires:
L'art est peut-être dans les écarts, dans cette fantaisie joyeuse de l'abstraction... Vera Molnar a peut-être composé un enchantement mozartien.
L'art est peut-être dans les écarts, dans cette fantaisie joyeuse de l'abstraction... Vera Molnar a peut-être composé un enchantement mozartien.
Merci.
Pour plus d'informations :
http://www.veramolnar.com/
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