Thursday, September 02, 2010

La recherche pilonnée. Où ça? A Beaubourg.

Vous êtes auteur/e dans les Cahiers du Musée National d'art Moderne
Alors vous avez probablement reçu, en cette semaine de rentrée, votre première lettre recommandée émanant de la direction des éditions du Centre Pompon. Cette lettre vous a avisé de la mise au pilon, en octobre, de tous les exemplaires des numéros 37 à 99 de cette revue.
Les Cahiers : il s'agit d'une revue de référence internationale, sans équivalent dans le domaine francophone, qui a été inventée par le musée en 1979, afin de représenter sa face "recherche", concernant la théorie et l'histoire de l'art moderne et contemporain. Gérard Régnier son premier rédacteur en chef, avait insisté d'emblée sur la nécessité d'une « revue à caractère scientifique, d’un niveau élevé », ce qui impliquait -ça se devinait tout de suite -« une diffusion nécessairement faible mais internationale ». Pas de rentabilité : c'était l'effort à faire pour soutenir la publication d'inédits comme de traductions de grands textes d'histoire de l'art...
Après Gérard Régnier, ce sont Yves Michaud, Daniel Soutif, Jean-Pierre Criqui, qui en ont successivement été les rédacteurs en chefs (Criqui l'est d'ailleurs encore). Des auteur/e/s aussi prestigieux que Rosalind Krauss, Yve-Alain Bois, Hubert Damisch, Hal Foster, Georges Didi-Huberman... Jean-Claude Lebensztejn...W.J.T Mitchell, Hans Belting....y ont participé maintes fois (on imagine leur tête lorsqu'il vont recevoir la lettre recommandée qui leur dit, en d'autres termes qu'ils ne sont pas assez vendeurs!!!). Et d'autres, moins prestigieux mais tout aussi sinon plus chercheuses et chercheurs, ont pu, grâce aux Cahiers, (enfin) publier dans le champ de l'histoire de l'art contemporain;  et publier bien, c'est à dire des textes véritablements édités. Par ailleurs, depuis Criqui, nombre d'artistes, ont de même publié dans les Cahiers, des oeuvres in situ.
Mais las! Toute l'histoire de cette revue, depuis l'automne 1991 jusqu'au printemps 2007 va donc disparaître. Et c'est même pire car les 36 premières livraisons ont déjà été mises au pilon il y a quelque vingt ans. Ce qui veut dire bientôt que le fonds de commerce des Cahiers du Mnam sera réduit aux derniers trois ans, soient 10% de leur histoire. Et tout ça pour quoi? Parce que les stocks prennent trop de place? Ou est-ce la mémoire qui prend, aussi, trop de place dans un Centre qui ne lasse pas de piétiner son histoire.
Un, la Bibliothèque Kandinsky en proie aux restrictions budgétaires; deux, les Cahiers du MNAM pilonnés. Ce sont de bien mauvais augures pour pour l'espace et le temps de la recherche, pour l'histoire de celle-ci, et pour l'art, une fois de plus.

5 commentaires:

Anonymous said...

Bien sùr c'est triste et rageant mais quand il n'y a pa d'argent il n'y a pas d'argent. C'est bien beau la culture, l'amour de l'art, la recherche, mais l'argent reste in fine une réalité avec la quelle il faut faire ...

élisabeth lebovici said...

Ce n'est pas une question d'argent. Au pire, s'il fallait vraiment se débarrasser de stocks, pourquoi ne pas donner ces numéros à des bibliothèques et des étudiant/e/s qui sauraient en faire bon usage? Au pire également, ces exemplaires pourraient faire l'affaire de soldeurs et même "faire" de l'argent, comme quelques-uns des catalogues qui furent soldés et qui valent désormais très très cher.

Anonymous said...

Je trouve ça stupide et scandaleux...
Et M. Criqui, qu'en pense-t-il? Les/des auteurs ne peuvent-ils pas contacter Beaubourg pour tenter d'enrayer cette idiotie?
Et pas moyen d'en récupérer justement?
même en payant??
ps : je ne suis pas le même "anonymous" que le supôt ultralibéral ci-dessus...

Stéphane Léger said...

Merci chère LBV pour cette information. L'argument pécuniaire n'est pas valable effectivement comme vous le démontrez, le don aux bibliothèque me semble être lui une des solutions les plus évidentes à mettre en place.

Le pire dont vous parlez n'étant pas la meilleure solution… je fais une parenthèse mais qui a son sens sur le sujet : la surenchère des éditions d'art encore récentes sous le fallacieux prétexte de la rareté sur le dos de l'épuisement éditorial. Le dernier exemple en date auquel j'ai eu à faire est un exemplaire de "La mort n'en saura rien" (Yves Le Fur, Musée national des arts d'Afrique et d'Océanie), catalogue épuisé de l'exposition éponyme, vu à 300 euros dans une librairie parisienne de livres anciens et pouvant aller jusqu'à 3 500 euros sur Amazone ! Un délire, rien qu'à 300 euros, sa valeur initiale est multiplié par 10 en 10 ans. Majeur par son contenu, on ne peut pas dire, toutefois, que nous soyons devant un produit d'édition d'art "exceptionnel" en terme d'ouvrage. Indécent, car sa valeur est inestimable tant dans l'écrit que dans l'iconographie. Hors, cela relève à mon sens du bien publique, comme les "Cahiers du Mnam".

Une reprise par un éventuel éditeur philanthrope ? Sa numérisation (solution coûteuse) ? À mon sens, la question se pose en terme de gestion et de partage de la mémoire institutionnelle éditée, mémoire collective, commune, appelez-la comme vous voulez, à l'âge d'une société qui se dit du réseau et du participatif. Ce genre de décision ne peut plus être unilatérale à mon sens, elle concerne l'ensemble des acteurs et usagers, qui auraient tout à gagner en terme politique en étant aussi force de propositions.


Un lien en ligne vers votre billet sur la bibliothèque Kandinsky serait bienvenue si je peux me permettre, car je trouve là un rapprochement significatif. Il y aurait à théoriser, même au forceps, sur l'étrange relégation à l'âge de la glaciation du versant "recherche", "savant" des outils discursifs de la culture. Comme si ce versant-là avait raté sa vulgarisation de masse (autre nom de la transparence) au profit d'un tout management marketing de l'événementiel.


Bien cordialement.

Stéphane Léger

Anonymous said...

Et que dire aujourd'hui de la fermeture de salles du 4e étage du musée d'art moderne, et en plus lorsque l'accrochage (même si contestable) de Elles... http://www.louvrepourtous.fr/La-RGPP-ferme-des-salles-au-Centre,616.html