Vues de la première salle de l'exposition Jimmy Robert, le bonheur d'être dupe (pas de deux), à la galerie Art:Concept. Ttes photos: courtesy la galerie.
Ce qui se passe sur et sous la large table de bois, qui ouvre l'exposition de Jimmy Robert à la galerie Art: Concept (http://www.galerieartconcept.com/), ce sont des photographies. Leur matérialité de papier (imprimé) compte. Les images ne sont pas tendues verticalement, épinglées ou encadrées. Elles sont disposées horizontalement. Certaines se courbent et ondulent sur le plateau de la table. D'autres prolongent la vision en ondoyant dessous, où est aussi disposée une masse d'autres photos, invisibles, par terre. La part de ce qui n'est pas visible est d'ailleurs importante dans toute l'exposition, qu'il s'agisse de ces papiers froissés, comme jetés sur la cible d'un large cadre de bois appliqué au mur, ou encore de cet envers d'une broderie japonaise rose, avec ses fils d'argent émergeant comme un nid de cheveux. Celle-là est appliquée verticalement sur un mur jusqu'à rencontrer une tablette, basse, de bois dont les jambages contenant une pile de papier A4, en constitue alors le socle.
On le voit, du moins à lire cette brève description par LBV, Jimmy Robert joue"entre" : et pas seulement entre disciplines artistiques. Son travail parle d'esquisse et d'esquive, de rencontre qui n'aura pas lieu mais peu importe, puisqu'elle se devine. L'essentiel est de participer. Ce lieu commun et tout ce qu'il renferme, les fameuses antiennes de l'essentialisme comme de la participation sont ici révisées et détournées. Voyons comment. Retournons à table. La figure, sur les images présentées sur la table, est une danseuse japonaise: Shiho Ishihara, une élève de Min Tanaka, est photographiée. Ce n'est pas son corps qu'on voit évoluer mais celui de l'image, déformant par sa propre disposition ondulante et fragmentée, les poses de la danseuse. Son exercice a consisté (apprend-on) à déconstruire la photographie de Jeff Wall A sudden gust of wind (after Hokusai), 1993. Un mouvement est, ainsi, trois fois esquissé et différé sur et sous la table. Voilà pour l'essentialisme. Et voilà aussi pour la visibilité, paradigme ici "allégé", qui semble ici affecter et délester votre intrusion dans l'espace.
Jimmy Robert, Vue de l'exposition le bonheur d'être dupe (pas de deux).
Sans titre, 2010.
De l'autre côté dans une autre pièce, une autre table et d'autres photographies, celles-ci composées en une grille orthogonale caché/montré sur leur plateau, performent le titre de l'exposition: Le Bonheur d'être Dupe (Pas de Deux). Pas : une trace et une négation. La langue est ambigüe, presque spectrale, lorsqu'elle utilise ces unités de mesure: le pas, le point, le "not", bref, ce qui se rajoute afin dire non...Des unités que la langue utilise pour nier en affirmant la négation, même, comme unité de mesure. L'artiste, également, danse en se présentant comme celui qui ne sait pas danser, comme un sujet supposé "pas-savoir"sur ses pas...
C'est ainsi que s'envisage (avec cette seconde série images, qui sont précisément sans visage) une approche de l'événement, non comme ce qui a lieu, mais comme ce qui (n') "a pas lieu". Dans un entretien avec Vanessa Desclaux (http://www.zerodeux.fr/entretien-avec-jimmy-robert-par-vanessa-desclaux), Jimmy Robert a confirmé cette approche : " Je pense ici aux mots d’Oscar Wilde", disait-il" : « Il y a deux tragédies dans la vie : ne pas obtenir ce que l’on désire et obtenir ce que l’on désire », une forme d’impasse au niveau de la communication et de la représentation qui passe par une réalisation d’un désir de l’impossible, l’aporie philosophique en somme."
L'"essentialisme" de la visibilité, que représente l'art moderne par exemple, est rendu à son double fond (puisqu'il renvoie toujours à une perception de l'invisibilité comme à ce pas de langage). Jimmy Robert en fait ici un accident, un "incident à la galerie" (pour paraphraser les titres d'Art and Language: Incident in a Museum).Que se passe-t-il en effet, dans les deux salles, entre tables et images, entre boîtes et papiers colorés- ainsi, au fond de la galerie, ce coffrage de bois, servant de cadre et de support à une feuille de papier d'archives ayant viré, d'une image d'un rideau et de traces de sprays de peinture? Non sans quelque réminiscence d'un Schwitters ou d'un Cornell, cette boîte en collage poursuit l'impression produite sur et sous les plateaux de la table: celle d'une fabrication déjà passée et encore en devenir, sans qu'elle s'intéresse à la production d'un objet unique ou à la destruction de l'envers du décor.





2 commentaires:
lbv pale de lbv , parler de soi à la 3ème personne..Ca veut dire quoi ?
Orgueil démesuré ou problème psy tenant du dédoublement de personnalité?
Franchement étrange comme comportement...
un égo surdimensionné?
Pas mal de tueurs en série, en relatant leurs meurtres, parlaient d'eux à la troisième personne du singulier. C'est moins symptomatique d'un trouble de la personnalité que d'une tendance à ne pas assumer les faits décrits. De manière plus proche de nous, beaucoup d'intervenants sur divers forums parlent de tel ou tel ami qui aurait fait ceci ou cela, et souhaiteraient obtenir des conseils pour leur venir en aide. Il y a crainte du jugement d'autrui, honte et peut être lâcheté.
lbv a un problème.
doctor anonymous
Cher Doctor Anonymous,
Reprenez donc une aspirine. Vous semblez souffrant et bien pâle pour un troll.
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