Friday, September 10, 2010

Faire, se faire et se défaire. Brava Tania Bruguera...

Le sous-sol, souvent une sorte de no (wo)man's land du Centre Pompidou, est devenu un joyeux bordel. Enfin, non! Une partie seulement du "Forum moins un" exubère (sic) de matériaux d'exposition audiovisuels, d'ailleurs rangés sur des étagères métalliques ou, comme ce grand écran plat sur une palette, simplement posés. Tout un stock de vieille boutique de télévisions, celle dont on grapillait les images en flâneur et en flâneuse, à travers ses vitrines ou son show-room, apparait ici en guise de démonstration. Dans cette large salle, en effet, il ne s'agit pas de retracer la genèse, le "studio"comme dans nombre d'oeuvres d'artistes liées, qui au casting, qui aux décors, qui aux objets de la production filmique ou télévisuelle. Ce qui se montre ici, dans l'espace de stockage, c'est la boutique, c'est à dire la reproductibilité. Sans vitrines. Crûment.
Ce n'est donc pas une exposition, dit l'artiste, du moins pas comme les autres puisqu'elle définit son projet IP Détournement (IP ="Intellectual Property", on connaît l'adresse...) comme une "mise en question, à partir de la Collection nouveaux médias du musée national d’art moderne, des modes de diffusion, de réception et d’appropriation des œuvres". 
Voila ce qui se passe : vidéos et dvds d'artistes qu'on voit sur les moniteurs ou petits écrans, sont, avec l'accord des artistes qui les ont faits, reproduits en de nombreux exemplaires et vendus chacun 1 Euro à l'extérieur du Centre, avec un approvisionnement quotidien en cd sous pochettes plastiques. Ce sont ces petites échoppes à même le sol qu'on voit d'abord en approchant, avec des noms qui surprennent quand on est pas au courant de l'opération : Akram Zaatari, Tom Kalin, Yto Barrada, Peggy Awesh...
C'est ainsi que les artistes qui les ont faits,-les auteurs comme on dit,- se défont ici pendant une semaine des droits qui sont généralement liés à la fonction-auteur.  C'est de cela, aussi, dont se défait le musée, puisqu'il s'agit des titres de sa collection audiovisuelle (dont Christine Van Assche est, aussi, largement l'auteure), interceptés par le biais de son service des Rendez-Vous du Forum, avec l'aval du service culturel du musée, qui a invité l'artiste. Et toute une petite équipe, celle qui veille au Forum, celle qui accompagne Tania à l'Ecole des Beaux-arts de Paris... On refait ici la chaîne, sinon le match, pour montrer ce, celles et ceux que l'histoire implique.
Les noms sont là, aussi, de celles et ceux qui ont répondu à la demande de Tania Bruguera et ses comparses temporaires et dont témoignent ces nombreuses lettres, exposées l'une à côté de l'autre, toujours au sous-sol du Centre. Certains messages sont enthousiastes: vas-z-y. D'autres plus réfléchis sur ce qu'engage le fait que leurs travaux achetés par l'institution soient reproduits en nombre et pour un prix minimal. Certains, comme celui de Thomas Hirschhorn, sont magnifiques. Et puis les autres, ceux qui n'ont pas dit oui, sont aussi présents, leurs identités sont toutefois rendues invisibles.
Outre le plaisir de récupérer ces oeuvres pour son usage (comme une façon de libérer la valeur d'usage), le mouvement des images ainsi opéré, qui défait toute reprise autographique du statut allographique de tels travaux, interroge, au delà de la logique qui sous-tend les expositions actuelles de biens artistiques, quelque chose de bien plus prosaïque:  cette équivalence soudain tendue avec la vie quotidienne de nos écrans, où chaque jour, sinon chaque heure, nous voyons quelque chose, un film, un clip, une séquence formées d'images de seconde, troisième, nième génération...Brava Tania.
RENCONTRE  avec TANIA BRUGUERA DIMANCHE 12 SEPTEMBRE à 17h00 FORUM -
TANIA BRUGUERA IP DÉTOURNEMENT VOIR / REVOIR 2 8-13 SEPTEMBRE, 11H-21H, FORUM -1

2 commentaires:

Anonymous said...

BRAVA!!!

Anonymous said...

BRAVO!!!!