Tuesday, August 31, 2010

Valentine Disparue (Virginie Despentes à la Recherche).

Apocalypse Bébé, le dernier livre de Virginie Despentes a été très chaudement reçu partout, moins aux Inrocks-- ce qui ne surprend pas puisqu'on lit dans ce livre, p. 40, à propos du devenir bêtasson de l'industrie du livre dans les années 90, l'époque des "pitcheurs, avides de chaîr fraîche et gourmands d'audience", la trilogie : " Ardisson-Canal+-Inrocks".
Mais revenons au livre de Despentes qui a enchanté LBV.
D'abord par son écriture-Cette femme a le chic pour écrire magnifiquement une langue vernaculaire en utilisant toujours des phrases balancées qui dépassent le sujet verbe complément, fuient le parler SMS et se servent au contraire de propositions subordonnées et d'appositions tout en happant un vocabulaire qui défie toute vélléité nostalgique. On pense à la fois à la tradition d'un Queneau, auteur de Zazie dans le Métro et des Exercices de Style et qui fut directeur de la Pléiade; et à la salace tradition policière, englobant tout aussi bien Frédéric Dard, (du côté du saucisson-vin rouge), que Manchette (et le polar politique des 70's) accrochant à son tableau de bord (Guy) des situations qui gonflent, gonflent vers une issue forcément apocalyptique et total dérisoire. Sauf que le machisme explosif de Dard (ou de Manchette) et les intrigues qui en découlent sont ici inverties, inversées, queerisées à mort. La langue fait part, violemment, des rapports de domination sociaux, sexuels, sexués et ménage de vastes rires... de Hyène, ici, bombardée l'une des deux protagonistes de la narration.
Flanquée de sa Bérurier ("Lucie" qui virera ou plutôt qui "vrillera" sa cuti), "La Hyène"compose la fameuse figure homoérotique du couple de détectives (Sherlock et Watson,  Dupont et Dupond...) à la recherche d'une adolescente littéralement égarée. La Hyène est une copine et potentiellement l'une de ces héroïnes cool que notre petit monde aimerait (se) faire. Elle même s'éblouit sur d'autres, quand ce n'est pas l'auteure qui s'y met dans des descriptions qui ne cachent rien de l'effet que celles-là lui font. Quant aux bourgeoises et aux bourgeois, Despentes leur réserve à chaque un chien de chapitre; le livre s'étoile en effet autour de chaque personnage, pour le pire souvent. Cependant, au lieu de changer de voix pour chacun des noms qui formulent l'en-tête des chapitre, le souffle reste le même. Tout ça va crescendo lorsqu'on se déplace de Paris, via Bourges, jusqu'à Barcelone. Ah son MACBA, ses squats et scènes queer, ses drogues à gogo... Mais ce n'est pas seulement pour ses clefs que ce livre a de quoi plaire (ce qui ne serait d'ailleurs pas si mal):  c'est aussi pour le décalage qu'Apocalypse Bébé entretient; d'une part, avec le point de vue hétérosexuel qui est celui de la plupart des romans, y compris écrits par des femmes; et d'autre part avec ce qu'on appelle le polar lesbien, puisque Despentes (jusqu'au titre :"Bébé", pas "Baby, of course) s'escrime, littérairement parlant, à saper l'exotisme de ce genre de personnage. C'est le monde alentour qui est zarbi et notamment celui de la littérature (de l'art, de la musique, pareil: bref, la kulture), livré aux petites dévotions masculines, blanches-zé-hétérosexuelles.  Parce qu'il fait faire trois fois le tour de l'élastique du slip, pour mettre les pendules à son heure, qui devient la nôtre, le livre de Despentes est féministe: avec elle, on ne naît pas queer mais on le devient.

1 commentaires:

Joséphine said...

ouais, pas encore lu mais j'y compte bien. Et concernant la chronique pleine de mauvaise foi de Kaprièlian, je pense que ne ça tient pas tant à l'attaque de Despentes à l'encontre des Inrock qu'à cette rupture avec le point de vue hétéro qui fait, pour le coup, vraiment trop mal au cul de Nelly. Elle s'en remet pas la pauvre !
jo