Thursday, August 26, 2010
A part ça, Marthe Flandrin
Musée des années trente : art monumental, design (radio par Corbu), art colonial
A part ça, LBV a été voir Marthe Flandrin, du moins la partie de l'exposition sise au musée des Années 30 à Boulogne Billancourt. Celui-ci est entouré par d'intéressants morceaux d'architecture monumentale : la mairie de Tony Garnier avec son intérieur de piscine, l'hôtel de la Poste, l'ex Centre d'Hygiène Sociale (actuel hôtel de police, hé oui...) et deux pâtés d'immeubles qui ne sont pas sans rappeler, en very moche, les Gratte-Ciel de Villeurbanne. Il y a à Boulogne "le plus important patrimoine archi de l'entre-deux guerres en France", dixit Wiki (qui raconte aussi que 20% des ouvriers de Billancourt étaient des exilés russes dans cette période de l'après 1917). Et si le musée contient des maquettes des villas réalisées par Mallet-Stevens, Corbu, André Bloc, etc. on ne peut pas dire que son architecture soit un chef d'oeuvre, située au sein de l'affreux espace Landowski avec les autres équipements culturels de la ville.
Outre sa section mobilier et design, le musée des Années Trente est caractérisé par plusieurs thématiques, dont : art colonial, art religieux et école de Paris. Ce serait intéressant si les oeuvres étaient contextualisées. Or, rien ne vient troubler leur côte à côte rassurant, qui devient débectant lorsqu'on s'aperçoit que nombre d'artistes présents dans ces collections ont poursuivi leur travail pendant l'Occupation et, pour certains, fait l'infâmant "voyage en Allemagne"(nazie). C'est remarquer, une fois de plus, combien la politique des musées, ou du moins, sa conception de la valeur des oeuvres d'art, est drastiquement et dramatiquement séparée des travaux de recherche : l'entre-deux guerres est pourtant une époque sillonnée de travaux intéressants qui renouvellent l'histoire et l'idéologie des représentations, portant sur le genre, la sexualité, la politique des sexes et les questions d'identité, notamment coloniale. Et puis, c'est comme si ce qu'a fait Laurence Bertrand Dorléac pour ce qui concerne l'art pendant la guerre ou ce qu'ont fait Jean-Louis Cohen et Monique Eleb pour le laboratoire architectural que fut Casablanca, n'existait pas.
Mais revenons à Marthe Flandrin (1904-1987). Ses travaux coloniaux manquent (ils seraient parait-il exposés ailleurs, puisque Beauvais, la Piscine de Roubaix et Avranches participent). Or, ce qui est intéressant, chez Marthe, définie ici comme catholique fervente et héritière d'une dynastie d'artistes (Hippolyte Flandrin fut, d'ailleurs, le créateur d'une iconographie largement utilisée pour ses résonnances homo-érotiques)-- ce qui est intéressant, donc, c'est cette combinaison de deux filières professionnelles. Loin des avant-gardes. Ce qui là mène, à la fois à vers la décoration de nouvelles églises (avec Elisabeth Faure, Vie de sainte Catherine de Sienne à l'église du Saint-Esprit dans le XIIe arrondissement à Paris...), vers celle du Pavillon pontifical de l'Expo de 37 et du côté du Pavillon des Missions étrangères de l’Exposition coloniale ; alors, avec sa grande copine Elisabeth Faure (toujours ensemble...) elle ira à la Casa Velasquez de Madrid, puis au Maroc. Ici, pas de Maroc, pas d'allusion à ce travail commun, à ces liens à deux, non plus qu'à cette spécialité, partagée, de fresquiste, qui la mena après-guerre, missionnée par le musée des Monuments Français, à effectuer des relevés de fresques médiévales dans toute la France, activité qu'elle poursuivit de 1947 à 1950 en Yougoslavie et en Suisse.
En haut, Evariste Jonchère se prend pour Bertrand Lavier avec sa superposition Primitivisme/art colonial; en dessous, Marthe Flandrin fait "La Cavalcade des lettres"(détail)
Quel rôle joue cette technique dans les mouvements artistiques des "retours à", dans les années 1930? Il y a fil à tirer à la fois dans ce primitivisme et dans le fonctionnement communautaire des ateliers de l'Art Sacré ( avec le dispensaire "Fra Angelico", qui assure des soins des artistes désargenté/e/s, etc). La technique de réalisation et le temps, ou plutôt l'absence de temps qui préside à la fabrication d'une fresque explique peut être aussi le grand nombre des dessins, des fusains (la partie la plus réussie de sa production) et d'esquisses, souvent traitées dans une grille permettant la mise au carreau. Parmi ses projets, ceux de la fresque de 1939 sur le thème de la Famine, destinée au pavillon de la Société des Nations à New-York et celles de sa décoration d'un bureau de poste, boulevard Haussman. Comme LBV s'intéresse actuellement au mail art, à l'amie Moyra Davey et à la NYSC (New York School of Correspondence) de Ray Johnson, elle n'a pu résister à la vue de La Cavalcade des Lettres, où les missives sont portées comme des fanions par des cavaliers de cartes à jouer. Voilà
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