LBV en guise de feuilleton-marronier d'un mois d'août parisien riquiqui, s'attache à repérer ces places publiques qui, depuis une date récente (la publication collective éditée chez Rue Descartes mentionne plutôt les noms d'avant) ont été baptisées du nom de femmes célèbres: Olympe de Gouges (en 2003), Mireille Havet, Dalida, Hannah Arendt, Cecile Brunschwig, Berty Albrecht... Cependant, ce sont, pour la plupart, des places tellement petites qu'il n'y a de place, justement, que pour la plaque. En voici une, coincée sur le terre-plein entre la rue et le quai de l'Hotel de Ville, vouée à Marie-Claude Vaillant-Couturier (1912-96).
Selon Wikipedia et plusieurs autres sources, celle-ci, fille du créateur du magazine VU (son père Lucien Vogel fut aussi le commissaire du pavillon soviétique à l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925) et de la directrice du Jardin des Modes, choisit d'être reporter-photographe. Surnommée "la dame au Rolleiflex", communiste depuis 1934 (« C'est la conscience de n'avoir pas eu d'autre effort à faire que celui de naître qui m'a donné une certaine conscience de classe. », disait-elle), elle dirigea le service photo de L'Humanité longtemps après la mort de son compagnon journaliste Paul Vaillant-Couturier. Attachée à l'équipe de Vu et ayant vécu à Berlin après ses études aux beaux-arts, elle participa à une enquête en Allemagne en 1933 sur la montée du nazisme (texte de Philippe Soupault) et réalisa clandestinement les clichés des camps d'Oranienburg et Dachau; elle réalisa également un reportage sur les Brigades internationales en Espagne. L'Humanité fut interdite en sept. 39.
Elle s'engage dans la Résistance et, avec son compagnon surnommé Pierre Villon, participe à l’Humanité clandestine, à l’Université libre et fait le lien entre la résistance intellectuelle et la lutte armée jusqu'à son arrestation avec Danièle Casanova en 1942. Elle est déportée avec un convoi de 230 autres femmes résistantes à Auschwitz- Birkenau, puis à Ravensbrück (où elle resta après la libération du camp, pour soigner les survivants) : 49 seulement d'entre elles allaient revenir. Cf. l'admirable ouvrage de Germaine Tillon, Ravensbrück, Seuil, 1973 et 1997. Elle allait plus tard témoigner pour l'accusation au procès de Nuremberg (1946) et bien plus tard, encore, au procès Barbie (1987). Et devenir présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation en 1990.
Il est intéressant de noter, comme le signale Christine Bard dans sa préface à ce numéro
http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=05&rub=dossier&item=54 que Ravensbrück n'a guère été présent dans le grand récit de l’histoire des femmes, au sein duquel la déportation et les camps occupent une place mineure. "L’histoire, la grande histoire, se décline encore au masculin. Mais l’histoire d’inspiration féministe qui se développe alors passe d’une certaine manière à côté de la Seconde Guerre mondiale. A l’histoire du temps présent, à l’histoire politique, elle préfère une histoire plus anthropologique, plus sociale, attentive à la vie quotidienne..."
Pour revenir à Marie-Claude Vaillant-Couturier, qui participa aux Assemblées Constituantes, elle fut l'une des premières députées françaises après que les femmes eurent le droit de vote et élue PCF jusqu'en 73. Elle ne quitta le Comité Central qu'en 1985. En 1946, elle fut Secrétaire Générale de la Fédération démocratique internationale des Femmes puis vice-présidente de l'Union des femmes françaises. Elle a défendu devant l’Assemblée Nationale la notion d’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité, ouvrant la voie à la ratification en 1968 de la Convention de l’ONU.
Mais elle eut cependant la main moins heureuse en matière de planing familial, accusant le contrôle des naissances de n'être qu'un leurre couvrant les crimes du capitalisme et d'être dirigé contre les travailleurs qu'il voulait détourner de la lutte.

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