Sunday, August 22, 2010

Christoph Schlingensief (1960-2010) : un mort à Venise...


                                                        Schlingensief au Burkina Faso@Aino Laberenz, Zeit Magazine.
Mort à l'âge de 49 ans d'un cancer du poumon, le metteur en scène berlinois Christoph Schlingensief s'était vu confier le pavillon Allemand de la prochaine Biennale de Venise, en 2011.
Côté mise en scène, encore, on se souvient qu'il fit récemment celle de Parsifal pour le Festival de Bayreuth. Il y eut polémique, mais sa version dura néanmoins l'intégralité du cycle de quatre ans.
Né à Oberhausen en 1960, fils de pharmacien, Schlingensief fut un peu le touche à tout de la scène des arts vivants, version "enfant terrible"ou "provocateur cynique", "frénétique" -comme on a dit- entretenant volontairement la confusion à mesure que le le champ politique-disait-il- devenait de plus en plus arbitraire et dramat(urg)ique.
Il faut regarder son site (http://www.schlingensief.com/start.php) pour avoir une idée du nombre de trucs que Schlingensief a traité en même temps, sans idée préconçue de ce qui allait se passer. Mais qu'il s'agisse de "talk shows" ou de "stand up" telévisuels, de représentations théâtrales, de films, d'expositions, de politique, de production ou même de sa maladie, l'une des (dé)raisons principales, dans le vaste chaos qui a constitué chacune de ses performances, fut la remise en cause radicale de la narration conventionnelle-- contaminant jusqu'à l'espace et le temps de la narration.
Enfant, certes, terrible, voire : Schliengensief a commencé à filmer à l'âge de 8 ans et participa à douze, à la fondation d'une coopérative- qu'il dirigea pendant sept ans. Il enseigna d'abord la technique du cinéma et travailla pour la télévision. L'un de ses premiers films en 1985, s'appelle Menu Total et le dialogue consiste principalement en une expression :"Mama!.C'est plutôt sa trilogie allemande 100 Jahre Adolf Hitler - Die letzte Stunde im Führerbunker; puis Das deutsche Kettensägenmassaker (le massacre allemand à la tronçonneuse) entin Terror 2000 - Intensivstation Deutschland, qui l'a fait connaître.
Ensuite, il fut appelé au Volksbühne de Berlin, à partir des 1990's, où il a poussé le son, déboulonnné, déballoné... ainsi Rocky Dutschke 68 (1996), consacré à Rudi Dutschke, ou la soirée dédiée au neo-Nazi Michael Kühnen. S'agit il dejà d'opéra? En 1999, Schliengensief va faire de même scandale en Autriche en plaçant devant l'Opéra de Vienne des conteneurs, où l'expulsion de douze demandeurs d’asile déboutés est, chaque semaine, soumise au vote; le vainqueur ayant pour récompense un mariage avec une Autrichienne. Sur les conteneurs, il choquera à nouveau en écrivant une ancienne devise des SS: "Notre honneur s'appelle fidélité"--cette devise ayant été utilisée jusque là sans problèmes par le parti d'Haider. Ça a chauffé.
Et ça a souvent chauffé dans ces performances, vaguement inspirées à la fois par Beuys et l'actionnisme, Dieter Rot, Kippenberger ou Allan Kaprow, dont il reprit en 2005, les fameux 18 Happenings in 6 Parts de 1959, comme argument de Kaprow City. Parfois, il a repris des archaîsmes techniques, ainsi son Animatograph; d'autres furent plus socio-politiques que d'autres (par exemple à Hambourg en 1997, il établit son QG. dans la gare en face du théâtre et prêta aux SDF et aux usagers de drogue un mégaphone pour leur donner une voix). Il a même fondé un parti, «Chance 2000» en 1998 à Berlin: le parti des exclus pour les élections législatives. Il entama sa campagne sans aucun programme (mais douze semaines plus tard il comptait 16.000 adhérents), au Volksbühne ou sous chapiteau de cirque, où chacun/e portait l'affiche "MOI".  Le mot d'ordre était qu'on y votait pour soi même.
Schliengensief avait plus tôt invité à une "contre-baignade", alors que Helmut Kohl, alors chancelier, prenait ses vacances au Lac Wolfgang en Autriche: cette action était censée faire déborder le lac si plusieurs millions de personnes y participaient, représentant le nombre de chômeurs en Allemagne. Il s'était également fait arrêter à la Documenta de 1997, après avoir crié "Tuez Kohl"...
C'est HUO, comme souvent qui a d'abord parlé de Schlingensief au monde de l'art et on a pu voir depuis les années 2000 plus d'expositions du metteur en scène, par ex. au musée Migros en 2008. Mais plus tôt à la Biennale de Venise 2003 (ou était-ce 2005?), il présenta Church of Fear, avec des acteurs amateurs des journées sur les arbres des Giardini?
Plus récemment Schlingensief, après avoir subi l'ablation d'un poumon et d'une partie du diaphragme ainsi qu'une chimiothérapie, a sillonné l'Afrique, pour choisir avec le soutien logistique du Goethe Institut, le Burkina Faso et l'architecte burkinabé Francis Kéré, afin de donner une forme à son projet de "Village-Opéra"- un espace, qui, selon Schlingensief, serait capable de sortir l'opéra contemporain de sa torpeur. Soit un "escargot", avec, pour coquille évolutive, une salle de spectacles de 1500 places, des salles de classes spécialisées en musique, en cinéma et en théâtre, une petite école, une clinique un hotel... de même que le lancement d’un site web en trois langues ; la moitié du financement serait d’ores et déjà assurée (notamment grâce au don de l'écrivain Henning Mankell)...
Loin de mourir discrètement, Schlingensief a crié sa maladie, enregistrant ses peurs lorsqu'il était hospitalisé, qui ont donné lieu à un livre. Il n'a pas cessé d'être productif, au contraire. "J'aime les fissures et les contradictions", annonçait il lors de sa nomination au Pavillon Allemand de la Biennale 2011, qui ne restera sans doute pas sa dernière....


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