Friday, July 09, 2010

Fabrice Hyber mue et remue (à) l'Institut Pasteur

                                           Pasteur's Spirit, 2010.Peintures sur tableau dessiné

Ce n'est pas un lieu d'exposition comme les autres et Fabrice Hyber a déployé ses oeuvres à l'intérieur de l'Institut Pasteur sans se préoccuper de la hiérarchies des lieux et des architectures. Le jardin d'hiver de l'ancien hopital, certes. Le hall du nouveau bâtiment du centre d'information scientifique, d'accord. Mais aussi son auditorium, quelques passerelles correspondant à d'anciennes chambres pour le traitement de la diphtérie, puis du sida ; deux salles en sous-sol de l'"espace congrès" du bâtiment dit "social", genre préfabriqué qui reste tout le temps ; une fenêtre qui ne donne sur rien; une balustrade. Mais également le sas de l'entrée avec ses caméras de surveillance ou une palissade dont il a fait le chemin de plat (à défaut de croix) de son exposition en semant les nouveaux élements de son vocabulaire sur fragments de draps blancs (Palissade, 2010). And so on... Fabrice Hyber a pris le lieu comme il est parce que son travail se développe sans hiérarchie non plus, sur plein de supports et de champs, de signaux et de jeux de langages, selon le principe métabolique qui a toujours été le sien; peu importent les supports, d'ailleurs, depuis les Peintures Homéopathiques des années 1986--, servant à la fois de carnet de notes, de, premiers ou seconds jets visuels ou verbaux et de tableaux d'affichage : ici, ce sont des tableaux de salle de réunion, à feuilles volantes qui servent de cartel.
                                                      Peinture Homéopathique n°29: l'avant réel, 2010
l'Institut Pasteur est désormais devenu un laboratoire dont les recherches touchent autant les systèmes immunitaires (virologie, biologie cellulaire) que cognitifs (neurosciences..). Ce qui touche aussi de près les préoccupations de Fabrice Hyber, lequel, on le sait, a depuis l'orée du XXIè siècle, transformé son patronyme en un  "Hyber sans t".
Pasteur, lui, était plutôt du genre pasteurisé, nous dit le catalogue : il avait la phobie des microbes, se lavant continuellement les mains, inventant l'essuie-tout jetable et l'asepsie qui condamnait les contacts corporels. Hyber a résolu autrement le problème, dans des oeuvres qui mutent sous l'effet vibratoire de la télépathie mais aussi de l'ouverture d'orifices destinés à changer le corps. La retenue et la dépense, ensemble ou alternativement.
Mais c'est tout autant sur l'indice du Violon d'Ingres de Pasteur lui-même- pratiquant du pastel, et qui fut même professeur à l'Ecole des Beaux-arts - que se développent les installations d'Hyber et ses personnages semés un peu partout, en haut ou en bas. Voici le défilé éclaté d autoportraits en Plus Gros Savon du Monde, en Homme de Bessines en Ted Hyber, en bibendum dégonflé, en profusions légumineuses, en marionette aquatique, en coffre de résille métallique et depuis peu, en poupée gigogne.  Le Prototype d'objet en fonctionnement (POF) numéro 73, ainsi--une installation de bacs en plastique colorés et de sarcophages gigognes intégrés-- propose : "testez vos capacités à empiler le maximum de récipients"- un programme, qui n'est pas sans rappeler tel ou tel protocole médical,  non sans ironie.




Pascal Rousseau, commissaire et auteur du remarquable catalogue de l'exposition, inscrit le pastel Pastoral et les découvertes d'Hyber au sein de l'appartement du découvreur de virus, au registre des multiples dérivations- plutôt que des appropriations-- opérées et greffées sur l'oeuvre Hyber-ienne sans hibernation et en moins d'un an; comme en témoigne la date de 2010 pour la plupart des travaux exposés ou réactualisés ; qu'il s'agisse de développer une forme de ramification apparue dans la veine frontale d'un portrait ; d'amalgamer la veine ornementale de l'artiste à la dentelle apparue dans les portraits pastellisés du Rouletabille de la biologie apparemment passionné par les rebuts de l'observation (selon Latour). De reporter le peaufinage, comme cadre structurant de la recherche immunitaire, dans une physique de la surface frottée, résinée, et coagulée que propose Hyber dans ses tableaux, par exemple. Emulsion des émotions et mouvement perpétuel: la sauge tourne à toute vitesse dans son pot. "Je ne veux jamais arrêter les choses, les contacts ni les formes, encore moins les figer dans de confortables protocoles", dit Fab Hyb. C'est cette formidable énergie gyrophare et gyroscope qu'il donne de toute sa générosité.
Pasteur's Spirit, Jusqu'au 22 juillet seulement, de 15-20h.  28, rue du Docteur Roux, Paris XVè.
Seul hic: une pièce d'identité est demandée à l'entrée!!!

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