Tuesday, June 01, 2010

Biennale de Bucarest -- boue et censures au pays du "youngest curator ever"


                                                  Kauciliya Brooke, planche extraite de Tit for Twat
                                            Société Réaliste, sa proposition pour la Biennale de Bucarest

La 4è biennale de Bucarest s'est ouverte non sans connaître quelques inquiétants remugles. D'abord, la censure de l'amie Kaucilya Brooke, professeure à Cal Arts (et qui participa à notre Beau comme un Camion à l'Europride 97). Invitée par le curateur de la Biennale Felix Vogel (excursus : né en 1987, il a donc 23 ans et étudie l'histoire de l'art...), Kaucilya Brooke s'est vue refuser par le musée National de Géorgie (le lieu d'exposition choisi pour elle) d'y exposer Tit for Twat; ce chantier ouvert depuis 1993, débute avec l'examen de la la matrice hétérosexuelle de la "scène primitive" pour la reformuler en un "et si tout avait commencé avec Madame et Eve"...Le directeur du musée a jugé cette épopée du genre et de la sexualité "pornographique"...." pour un musée visité par 80% d'enfants". Malgré les tentatives de conciliation de l'artiste, aucun autre lieu n'a été trouvé dans la ville. Rappelons que l'homosexualité a été dépénalisée en Roumanie en...2003 et que le pays a la réputation d'être parmi les plus homophobes en Europe. 
Et puis, ça a été au tour des amis de Société Réaliste (seuls artistes sélectionnés venant de France) de se faire traîner dans la boue. Non sur leur proposition: une sculpture en bois proposant une cartographie de 20 couches incisées superposant les frontières européennes entre l'an 0 et l'an 2000- mais sur les moyens de production :  une inconnue pour les artistes qui n'ont jamais pu connaître les coûts de production (combien l'Alliance Française a-t-elle payé au total, ils n'ont pas pu le savoir !). La situation s'est tendue lors de la conférence curatoriale en compagnie des artistes, pendant laquelle JB Naudy (seul invité pour représenter Société Réaliste) a simplement notifié au public qu'aucun des artistes invités n'était payé (pas de per diem...) alors que les curators eux, sont payés pour leur travail... A la fin, Naudy a décidé de retirer la pièce. Lorsqu'il se dirigeait pour sortir du musée, il s'est vu accuser de faire infraction dans un espace privé et de voler sa propre oeuvre, avec menace d'intervention policière pour lui faire rendre raison. Les gentils organisateurs ont annulé son billet d'avion retour pour Paris. Heureusement, Société Réaliste enchaînait sur une autre exposition en Moldavie, qui a pris le relais et dégoté un billet retour.
Tout ça fait mal en regard de l'affichage d'activisme politique de la Biennale, qui se veut un lieu d'anarchisme et de subversion et  affiche également à son catalogue des textes de Toni Negri, Chantal Mouffe, Bruno Latour, citant Hannah Arendt, etc.  Déjà que le musée national d'art moderne de Bucarest, selon les artistes roumains est complètement pourri et vraiment infréquentable!
L'un des protagonistes de Chlo Delat avait aussi décrit, en février dernier, ses heurs et malheurs avec le pavillon UniCredit (l'un des lieux de la Biennale de Bucarest), écrivant notamment:
"Etre radical en art ou en matière de culture ne devrait pas être pensé comme la propriété exclusive d'institutions financées par le pouvoir et l'argent. En bref, les institutions ne devraient pas être libres d'abuser les artistes avec leur arrogance et leur incompétence. Elles devraient faire face aux conséquences de leur comportement, même lorsqu'elles sont situées dans le plus pauvre des pays d'Europe et financées par les plus riches entreprises".
http://eipcp.net/policies/vilensky/en

Addendum, 8 juillet à lire:
http://www.kunsthart.org/nl/16/130/the-bucharest-biennale-4-getting-real.aspx

1 commentaires:

luminitza said...

mais nicolas bourriaud n'es plus la?pour faire quelquechose?