Pour changer de Metz (lire François Roche sur www.poptronics.fr), LBV revient aujourd'hui sur la réouverture du musée Folkwang à Essen--alors que la région de la Ruhr, dans laquelle cette ville se situe, a été choisie comme capitale européenne 2010. Conçue par David Chipperfield (qui remporta la compète au dépens de Zaha Hadid ou David Adjaye), l'énorme addition au musée moderne (classé) n'a rien d'extraordinaire, ce qui constitue une déclaration d'intention. Définie par son horizontalité, elle se greffe par deux passerelles de verre au bâtiment de plain-pied (cf maquette ci-dessus), formant six cubes d'acier et de verre (recyclé) aux reflets verts pâles à l'extérieur, dotés de larges fenêtres et d'éclairages zénithaux. Ses salles (très) hautes de plafond rayonnent autour de quatre patios arborés. L'ajout en termes de surface d'exposition est de 2.800 mètres carrés.
Franz Marc, Chevaux Rouges, 1911, l'emblème de l'exposition--aujourd'hui aux musées d'Harvard.
http://www.dasschoenstemuseumderwelt.de/ La rénovation architecturale s'est augmentée, depuis le 20 mars dernier et jusqu'en juillet, d'une exposition intitulée: "The Most Beautiful Museum in the world ", un titre qui apparaîtrait légèrement prétentieux s'il n'était emprunté à l'américain Paul Sachs, co-fondateur du MoMA, lequel décrivit ainsi le musée Folkwang en 1932. Implanté sur son site actuel en 1929, le Folkwang proposait en effet l'une des plus avant-gardistes parmi les collections européennes, notamment grâce à Karl Ernst Osthaus (à Hagen) lequel dans un souci d'universalisme, avait également rapporté des oeuvres d'autres cultures et civilisations (Japon, Java, Océanie, Egypte, Grèce...). Le directeur Ernst Gosebruch dut démissionner lors de la prise du pouvoir par les Nazis en 33- et donc le sous titre de l'expo est précisément :"Museum Folkwang jusqu'en 1933".
La collection tomba en effet sous le coup de "l'art dégénéré" et, avec un nouveau directeur qui adhéra au National Socialisme, le musée perdit 1400 oeuvres. C'est seulement après 1960 que le Folkwang allait renaître de ses cendres, mais sans de nombreuses oeuvres qui avaient pris le chemin d'autres musées ou avaient été achetées par des collectionneurs; même si le musée d'Essen a pu racheter une vingtaine parmi ces œuvres-- notamment les Carrières de Bibémus, tableau de Cézanne, passé entre les mains de Goering, et qui est revenu en Allemagne en 1964 après les États-Unis et la Suisse. L'idée de la réouverture consistait donc à retrouver la splendeur passée, certes, mais aussi un pan d'historiographie des collections et des expositions (très dépourvue d'artistes femmes, d'ailleurs...), mieux, l'une des premières "institutionnalisations du moderne" en Europe.
Une muséographie de 1929: "la rotonde"
de ht en bas : Gauguin, Contes Barbares 1902 ; Matisse, Nature morte aux asphodèles, 1907; Egypte, statue de Ramses II, Figure Malanggan (début XXè s), Marionette de Java @Museum Folkwang, Essen &Succession Matisse.
Le parcours est articulé en salles claires et sombres et n'offre point le mélange art moderne/non occidental qui régnait aux débuts du musée, et qu'on retrouve, très discrètement certes, à la Fondation Beyeler, par exemple . Ici, les oeuvres européennes du début du XXè siècle sont sagement rangées ("Classiques du Moderne1", et "2", "La Figure Humaine"; ou, moins convenus, le théâtre et les projets muraux, avec Oskar Schlemmer).
Manet, Jean-Baptiste Faure dans Hamlet.
Paula Modersohn-Becker, seule femme artiste du lot, aussi présente avec son fameux Autoportrait à la branche de Camelia
E.L. Kirchner, Moderne Boheme.Japon, Masque du théâtre No
D'autres salles, qui leur sont parfois tangentes ou perpendiculaires réunissent : des céramiques d'Islam; une collection d'antiquités égyptiennes, romaines et grecques (masques, amulettes, offrandes..) ; des marionettes javanaises d'Indonésie ; des textiles coptes; de splendides masques japonais; et une extraordinaire collection de sculptures Malanggan, que Karl Ernst Osthaus avait été été le premier au monde à rapporter d'Océanie.
La notion d'"influence" ("Primitivisme et art moderne") ou celle de "réception"de l'Orient par l'Occident (et réciproquement) ont été ici volontairement mises entre parenthèses. Il n'y a pas de restauration ou reconstitution des museographies d'époque mais plutôt, la volonté de traiter de façon équivalente, les ensembles oeuvres quel que soit le continent d'où elles proviennent (bizarre cependant, que la plupart des salles non-occidentales ne soient que très peu éclairées par la lumière du jour). Le souci premier du musée, qui était de mettre des oeuvres au centre de la ville moderne a en tout cas trouvé (re)preneur.










3 commentaires:
Il a bien fallu cette surmédiatisation pour l'ouverture d'un centre Pompidou à Metz (et pas ailleurs), il a bien fallu cette concensualité entre les différents et différentes acteurs et actrices des institutions culturelles parisiennes et lorraines, pour couvrir une réalité: une architecture sans enjeu, molle, proche d'un supermarché à peine de luxe. Pour masquer une autre réalité: l'absence de propos artistique, mais pourquoi en faudrait-il un puisque l'essentiel sera de puiser dans l'immense collection du musée national d'art moderne. Et d'assurer une «offre» culturelle. Terrible, toujours, ce manque d'ambition, d'engagement et de radicalité... Et de pensée du monde actuel.
Surmédiatisation toute relative... Je n'ai pas vu un article en Grande Bretagne sur ce sujet. J'ai lu quelques articles ici et là dans la presse française, mais pas tant que ça, étant donné l'importance de l'événement.
Le propos est ici politique, économique, touristique, culturel, pas artistique... Ce n'est pas nécessairement un mal en fait. Une réflexion, un propos artistique n'ont pas beaucoup de sens en dehors d'une réflexion sur les conditions de production, exposition, réception des œuvres... Un propos purement artistique reste souvent nombriliste.
Le bâtiment me semble aussi assez réussi. Il me faudra le voir en vrai dans quelque temps pour juger.
pour avoir vécu longtemps en province, la question de l'offre est loin d'être négligeable, la radicalité sans histoire et sans référence possible devient vite de la brutalité.Avoir accès ailleurs qu'à paris au fond de Beaubourg est déjà la perspective d'une belle fête.
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