Tuesday, February 23, 2010

Des Body-Doubles de choix : Brice Dellsperger chez Air de Paris

Depuis dix ans+, les Body Double de Brice Dellsperger reitèrent sa fascination pour la mécanique lubrifiée de certaines scènes filmiques; celles qui sont devenues nos communes scènes primitives, issues de Psychose ( 1960), My Own Private Idaho (1991) ou Mulholland Drive (2001); certaines de nos ritournelles, ainsi Body Double (1984) ou Dressed to Kill (1980) de Brian de Palma --avec la scène de drague au musée ou le readymade de la douche (que Catou et lbv avaient également incarnées dans un remake super-sanglant Super 8 en 1981 au Brooklyn museum). On se souvient également du chamallow L'important c'est d'aimer, que Dellsperger reconstruisit intégralement dans Body Double (X) (2000), avec Jean-Luc Verna (en play-back) dans tous les rôles (sauf un manquant), contextualisé par une recherche d'espaces et d'effets spéciaux 'issus d'une décomposition minutieuse des plans de départ personnage par personnage' (Brice Dellsperger).
Son exposition à la galerie Air de Paris propose deux nouveaux Body Double (enfin, un et demi puisque l'un des deux ouvrages a déjà été proposé sous forme réduite); l'un revient d'ailleurs à de Palma. C'est un cinéaste friand de mises en abyme : Dellsperger, ici, ne réplique pas la scène de casting dans le Black Dahlia de B de P, laquelle redouble déjà l'histoire sordide d'Elizabeth Short (devenue la figure littéraire du Dahlia Noir, une aspirante starlette retrouvée atrocement mutilée à la façon d'une mise en scène surréaliste). Il travaille ici sur les effets narratifs d'un redoublement qui est aussi une décomposition d'image détaillée (découpée) sur plusieurs écrans filmés (le fameux écran de contrôle, permettant de contrôler son image), d'une figure déjà maquillée en mutilée avec son sourire élargi jusqu'à l'oreille, dans une collusion qui rend, en quelque sorte, l'image performative.
Body Double  22 marque (à la culotte) un autre aspect des puissances de la chronologie filmique en bouleversant pour le meilleur et le pire la diégèse compliquée d'Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick ou plutôt ici Stanley Lubrique. Jean-Luc Verna y est simultanément et dans tous les rôles, le personnage de Nicole Kidman, celui de Tom Cruise, celui de Sydney Pollack et puis, tous ces figurants, toutes ces figurantes érotiques autour desquels tourne et retourne le film. Tou-te-s ces Verna portent une paire de seins et ce qui est assez magistral, outre le jeu très particulier de l'artiste qui "double", au sens actif, ses personnages, c'est qu'il est beaucoup plus paré (de tatouages, par exemple, ou de piercings) lorsqu'il joue des rôles masculins: le fond de teint du cinéma sert, moins à faire apparaître qu'à essayer de faire disparaître (la question de l'ornementation est cruciale pour le film de Kubrick).
La maigrelette notice dans Wikipedia résume moins le le récit Kub-ien que celui où Dellsperger a incrusté un tours de force. Où la cérémonie érotique précédant l'amour en grand nombres (bref : partouze chic dans décor symboliste) est le rituel où on va et où on vient, d'où l'on vient et où l'on revient. Ce n'est pas, ici le lieu du rêve ou de la vision, qui serait un enjeu de pouvoir entre le psychanalyste et sa femme (le fantasme de Kidman est un fantasme, celui de Cruise est un double malheureux, "une tentative désespérée de recréer artificiellement le fantasme", selon Zizek) mais plutôt la machine a rêver, dont Dellsperger accentue le "tourner manège": si Kubrick, du moins dans les critiques complexes qui lui ont été adressées, adresse la question du double tout en étant pris dans une problématique de la différence sexuelle, on peut dire que Dellsperger rejoue cette même question dans une optique où la binarité n'est plus un problème.

2 commentaires:

Anonymous said...

yes!

Anonymous said...

Jean-Luc Verna en play back est à pisser de rire par moments, c'est ce qui le sauve. On espère qu'il s'est amusé au moins parce que p... ce que c'est lourd, mauvais chiant. Pas étonnant que lbv aime cette daube travelo bas de gamme Rétrospectivement tous ces copiés collés (dit doubles) se révèlent laborieusement grotesques.
Molinier - galerie Kamel Mennour en ce moment - au moins avait le mérite de l'originalité.
Mais dans la rue Louise Weiss 13eme, ne ratez pas le film d'Elina Brotherus "artists at work" à la galerie gb agency