Photogramme de Centaur
D’abord rendre hommage au travail engagé depuis tant d’années par Annie Agopian à la Maison Pop de Montreuil. Cette année, elle a choisi un thème général : » travail de la culture, culture du travail » autour duquel s’organisent les programmations, dont celle de Florence Ostende, jeune commissaire --comme on dit-- et ses Compétences Invisibles, Skills en anglais.
Compétence renvoie irrémédiablement à performance pour leur opposition linguistique, mais également au droit pour son « domaine de » , et aussi à la sphère du travail ou plutôt du métier, où le mot désigne les savoirs et savoirs-faire qui sont liés à l’exercice de celui-ci (Michel de Certeau nous voici).
(en haut, les roues de parpaings et le martyr de Vincent Ganivet, dessous, les outils de Delphine Reist et aussi le podium de Sofia Goscinski)
La première image, tout de suite, est celle de Bill Robinson dansant sa fameuse « danse de l’escalier »(1932)—un extrait d’archives filmiques (Florence Ostende dit avoir beaucoup aimé la foisonnante expo de Daniel Soutif sur le Jazz) mis en regard au loin avec une autre forme en escalier. Celle du podium de Sofia Goscinski (Siegespodest, 2006) : les marches en acier sont contrairement à l’usage, emplies d’eau formant une surface en miroir, fragile et trompeuse puisque si on l’enjambe on se retrouve les pieds dans l’eau au niveau du sol. L’exposition fonctionne ainsi par renvois burlesques, parfois dos à dos: ainsi, le DVD d’Andrea Büttner sur les nonnes d’un couvent Londonien, occupées à leurs paniers, broderies, dessins religieux et bougies et chantant de petites chansons sur le diable (l’atelier-god, en quelque sorte) se frotte tout contre la pitoyable expérience chantée de Florence Foster Jenkins (cf YouTube). Ou encore, les roues de parpaings et le tableau Martyr de Vincent Ganivet (ainsi se nomme le plateau de contreplaqué, qui, placé entre la pièce à travailler et l’outil, a recueilli toutes les traces du travail ayant outrepassé la taille de la pièce de sorte à zébrer la surface) répond à l’étonnante armoire-vitrine de Delphine Reist, chaque étage de l’étagère étant pourvue d’une perceuse ou d'un outil de bricolage qui s’anime chacun à son tour, composant une musique de nuisance sonores.
On ne peut s'empêcher de penser à Björk dans Lars von Trier.
Centaur
La diagonale du fou de l'exposition est, sans doute, la confrontation éloignée dans l’espace entre la couverture du magazine Miroir du Monde, 6 juin 1936, proposant un bal de grévistes au temps du Front Populaire (prélevé tout près, au musée d’histoire vivante de Montreuil) avec le film Kentaur (centaure) enfin sous-titré en Français et déjà aperçu à la Biennale d’Istanbul, de Tamas Szentoby."ST.AUBY Tamás
(superintendent of the International Parallel Union of Telecommunications,
agent of the Neo-Socialist. Realist. International Parallel Union of Telecommunication's Global Counter-Arthist.ory-Falsifiers Front)"
Dit aussi Tamás St. Auby, Tamas Stjóby, Tamas Stauby, Tamas St. Aubsky, Emmy Grant, Emily Grant, Tamas Staub, Tamas Taub et Kurt Schwitters, il est né en Hongrie en 1944 et "débuta sa carrière par la fin de celle-ci", déclarant son dernier poème écrit en 1966 ou organisant un concert Fluxus qui n'eut jamais lieu (1969) mais dont les billets sont toujours en vente. Expulsé de Hongrie en 1975 pour des activités Samizdat, il s'est retrouvé en Suisse avec un passeport suisse et, depuis 1981, s'est déclaré en grève. Il est en grève depuis et c'est un sacré travail.(superintendent of the International Parallel Union of Telecommunications,
agent of the Neo-Socialist. Realist. International Parallel Union of Telecommunication's Global Counter-Arthist.ory-Falsifiers Front)"
(Dans l'exposition il y a également 8 photos de Mladen Stilinovic en train de roupiller: celui-ci célèbre la "paresse de l'Est").
Centaur en haut, bal de grève en dessous
Centaur fut son seul film tourné pour les studios Bela Balazs entre 1973-75. Censuré après une seule projection amicale, jeté aux poubelles de l'histoire, il fut retrouvé en 1983, remastérisé en 2009 et il est projeté avec écouteurs. La bande son en hongrois est nécessaire pour ajouter aux images de travailleurs/euses dans des usines de couture, au café, dans les champs, dans un bureau de dessin, dans une salle d'attente, à ces ouvrières aveugles qui travaillent en se souriant (une image dont on ne se sépare plus). Ne correspondant pas toujours aux mouvements de bouche des protagonistes, les dialogues lyriques, parfois amoureux, qui sont sous-titrés tapent bien plus fort que la Dialectique peut elle casser des briques pour parler de profession et de révolution, du corps et des limites filmiques, de la chaîne et du cinéma, d'utopie ouvrière, de secret et de chaussures...Le début, en particulier, où deux ouvrières dialoguent, est magnifique, guidé sans doute par le "masque de l'insouciante névrose de la répétition". Les compétences invisibles, Maison Populaire, 9bis rue Dombasle, 93100 Montreuil.Tel 0142870868. www.maisonpop.fr




1 commentaires:
Merci pour ce compte rendu passionnant, avec le désir d'aller voir sur un sujet politique on ne peut plus présent.
Stéphane L.
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