Kenneth Noland dans son atelier du Vermont en 1966.
Il y a Bruce Nauman. Il y avait Barnett Newman. Et il y a eu aussi Kenneth Noland, mort hier mardi, à 85 ans.
Celui là, on l'a parfois qualifié le peintre des "chevrons" ou des "cibles", en référence aux formes colorées qu'il utilisait communément. Noland faisait partie de ces mouvements qu'on a appelé Colour Field painting ou Post-painterly abstraction, qui furent adoubés comme relève de l'expressionnisme abstrait par le critique Clement Greenberg, puis par l'ex-élève de celui-ci, Michael Fried. Ce dernier l'a consacré en 1965 avec l'expo Three American Painters (Frank Stella, Jules Olitski, Kenneth Noland). Le premier écrivait : “Sa couleur compte par sa clarté et son énergie : elle n'est pas là de façon neutre, pour être portée par le dessein et le dessin, c'est elle-même qui porte".
Cette portée, ou plutôt ce portage de la couleur, Noland l'a (ap)prise de Matisse. Né en 1924, pilote durant la guerre stationné en Egypte et en Turquie, il fut après-guerre élève du fameux Black Mountain College, où il colla moins à Albers, transfuge du Bauhaus, qu'au peintre Ilya Bolotowsky. Il étudia également à Paris avec Ossip Zadkine, et il y eut sa première expo en 1949. Il revint aux US en révérant Matisse, pourtant plus présent au MoMA que dans les collections parisiennes...
Mais Noland, installé et enseignant à Washington (excentré de New York, donc; il allait enseigner plus tard à Bard College), devient ami avec Morris Louis et tous deux apprennent d'Helen Frankenthaler l'expérimentation des taches réalisées avec l'acrylique affiné avec du solvant (Magna), produisant une couleur délayée et à peine matérialisée, moins appliquée que presque incrustée dans la toile ou bue par la toile en éliminant tout effet "de peinture"; et de ce fait, en accord avec le souhait Greenbergien d'une frontalité de plus en plus parfaite, d'un abandon de plus en plus grand de la tridimensionnalité picturale. Du côté d'une visualité 'pure' et immédiate, Noland participe d'ailleurs à la fameuse exposition du MoMA en 65, The Responsive Eye.
Avec la mise sur le marché de gels acryliques, beaucoup plus fins et translucides que les couleurs industrielles utilisés précédemment, Noland travaille sur la répétition et la vibration, opérant par succession de bandes, par cercles concentriques centrés sur la toile ou par signes angulaires (les "chevrons") se rapprochant des bords du tableau; Stella poussera un cran plus loin, découpant ses toiles "sur" les formes, ce à quoi Noland répondra par ses tableaux "en diamant".
Sa première rétrospective eut lieu au Guggenheim, en 1977: depuis l'artiste n'avait cessé de travailler avec acharnement l'opticalité de sa peinture, tout en ajoutant parfois, après les années 1980, des couches de matière picturale, la texture altérant alors la vibration colorée.
"AIRLESS.... SHINING.... WET.... WINDY.... HEAVY.... GLARE.... CALM.... SMOOTH EDGED.... COOL.... SMILE.... LIGHT.... SOFT.... WET.... BRITTLE.... DARK.... COARSE.... FOAM.... SANDY.... SERENE.... RAPID.... MOIST.... PINK.... ROSE.... CLASH.... WHITE.... YELLOW.... SHADOWS.... PURITY.... ALL NATURE....je considère que ces références font toutes partie du sujet de mon travail", disait Noland en 1988.

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