Sunday, November 29, 2009

Something you should know : Renata Lucas, EHESS mercredi



 Photo ci-dessus : Renata Lucas, Matemática rápida, 2006 
 
ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES
Centre de sociologie du travail et des arts
 
SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI 
Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Hans-Ulrich Obrist et Nataša Petrešin-Bachelez
 
Mercredi 2 décembre à 19h:*

 Renata Lucas 
De 19H à 21H, 96 boulevard Raspail, 75006, Salle Lombard, RdC. 




Dans les Giardini et à l’Arsenal de Venise, au moment de la 53è Biennale, celle qui vient de s’achever, l’œuvre de Renata Lucas aura pu passer inaperçue. Et pourtant, elle aura été une intervention centrale au sein de ces deux lieux, tout en constituant une aberration : grâce à elle, une route en asphalte se laissait découvrir sous le gravier de l’allée principale des Giardini et des prélèvements sous le plancher de l’Arsenal laissaient également apparaître des dalles d’asphalte ; ce qui, sur la lagune de Venise, était pour le moins surprenant.
Dédoubler, multiplier, détourner, superposer… telle est la stratégie artistique que Renata Lucas, née en1971 à Ribeirão Preto, au Brésil et qui vit à São Paulo applique à l’environnement bâti. Ses interventions consistent à manipuler l’espace urbain et l’architecture pour intensifier les tensions entre intérieur et extérieur, public et privé, passé et présent et mettre en relief les actions, comportements et usages sociaux qui en découlent. 
Affectant l’environnement ou le bâti urbains par des interventions spécifiques, le travail de l’artiste rend nécessaire, d’abord, la complicité d’autres instances : non seulement les institutions qui le commanditent, mais également le voisinage, les usagers… : ainsi pour  Comum de dois (2002) au Centro de arte mariantonia, São Paulo, ou elle a bâti un espace commun entre deux pièces distinctes de deux maisons mitoyennes, tout en respectant la disparité des niveaux. Ou encore, Atlas, à la galerie Millan Antonio de Sao Paolo, en 2006, où l’espace intérieur et privé de la galerie s’est extériorisé pour être, en quelque sorte restitué au voisinnage.
Offrant un imaginaire spatial qui prend en considération la malléabilité, la manipulation et le jeu, Renata Lucas met en œuvre des possibilités de rencontres subjectives alternatives et collectives nouvelles avec l’environnement. Ainsi, Matemática rápida (Mathématique rapide), présentée à la Biennale de São Paulo en 2006, consistait en une intervention simple sur la chaussée déjà existante dans le quartier Barra Funda, où l'artiste a redoublé les trottoirs, introduisant ainsi dans le trajet des piétons des obstacles imprévus, des coïncidences et des plaisirs inattendus.
Expositions récentes : Nova Arte Nova, Centro Cultural Banco do Brasil, São Paulo (2009); Revolutions: Forms that turn, Biennale of Sydney, Sydney (2008); Time Crevasse, Yokohama Triennale, Yokohama (2008); The World as a Stage, Tate Modern, London (2007); Resident, Gasworks, London (2007); Como Viver Junto, 27ème Bienal de São Paulo, São Paulo (2006).
Renata Lucas a reçu le Ernst Schering Foundation Art Award  2009 et elle est également la lauréate de l’édition 2009 du Dena Foundation Art Award.


Mailing List : natasa.petresin@gmail.com com>
Cesta / EHESS : Nicolette Delanne, delanne@ehess.fr
105 bd Raspail, 75006, Paris
tél: 01 53 63 51 38
 
Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui" est soutenu par la fondation FABA.









Saturday, November 28, 2009

Centre Pompidou, la grève, la RGPP, l'âge de la retraite et la mémoire.


 Beaubourg en construction, au moment de Conical Intersect de Gordon Matta-Clark
 

Si le Centre Pompidou est à l'avant-garde de quelque chose, c'est bien des mouvements sociaux affectant les établissements culturels muséaux en France. Souvenez-vous de la grève qui eut lieu à l'inauguration de l'exposition Dali en 1980 ou celle qui se tint au moment de la réouverture de Beaubourg en 2000- sans parler de toutes les autres, par exemple l'an dernier, celle des nettoyeurs ou  un peu auparavant, la grève des libraires ... Celle-qui a lieu aujourd'hui est donc à considérer puisqu'elle met en lumière deux faits et leur conjonction  : celle de la révision générale des politiques publiques (RGPP), celle de l'âge des salariés du Centre Pompidou.
Pour ce qui concerne la RGPP qui s'applique à tous les ministères, on devine qu'elle fout le bordel à la Culture mais on n'a pas vraiment entendu ou lu beaucoup de choses précises: la réforme regroupant (c'est à dire supprimant) les différentes directions du ministère en trois -Direction générale des patrimoines de France,  Direction générale de la création et de la diffusion, Direction générale du développement des médias et de l’économie de la culture-(on appréciera diversement ce choix!) qui devait absolument être opérationnelle en 2009, l'est elle?
Que sont devenus les gens de la DAP (direction des arts plastiques) par exemple? Tous reclassés au CNAP (Centre national des arts plastiques)? Pourtant, Olivier Kaeppelin le directeur parade toujours...Et le syndicat SUD culture de signaler amèrement que "Frédéric Mitterrand reçoit les organisations syndicales ce 2 décembre. La date est bien choisie ! Le jour même du coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, le ministre va nous faire part de nouvelles mesures visant à vider un peu plus le ministère de sa substance."
Quant aux postes perdus du fait de la RGPP,  Beaubourg semble particulièrement touché: en raison du non remplacement d'une personne à la retraite sur deux, Pompidou devrait perdre 26 postes en 2010, puis 23 postes en 2011. L'impact est lourd à Beaubourg du fait de la pyramide des âges : 44 % parmi 1100 agents ont plus de 50 ans. Certains sont en poste depuis l'ouverture du Centre, en 1977. C'est également un fait qui n'est pas assez noté : la fidélité des agents. Elles et ils sont sentis investis d'un vrai boulot à l'ouverture de Beaubourg qui, quoique violemment contesté, du côté de la révolution comme de la réaction alors (Pompidoleum, etc.) était quelque chose de neuf. Depuis une génération au moins, Paris n'a jamais été sans Beaubourg.
Or cette mémoire, que portent encore nombre de personnes qui ont fabriqué le Centre Pompidou dans sa réalité concrète, n'est jamais sollicitée. Même pour les publications qui ont récemment célébré la pluridisciplinarité de Beaubourg. Qui se souviendra que le Centre fut un lieu de contre-culture, avec, par exemple, des expositions illicites dans son sous-sol? Que les gardiens et gardiennes étaient (c'était une nouveauté alors) bardé/es de diplômes? Que l'un des agents d'accueil devint conseiller artistique régional en 1983 (RIP Mario Toran)?....La liste est longue et déjà, nombre de personnes s'en sont allées. Qui s'interrogera un jour sérieusement sur ces grèves, qui participent depuis le début à la culture du Centre Pompidou et consacrent sans doute un tournant dans l'histoire des mouvements sociaux, puisqu'elles ont touché un établissement culturel d'un nouveau genre, fait par des travailleurs culturels qui inauguraient leur fonction?

Wednesday, November 25, 2009

Something you should know : Sanja Iveković à l'EHESS,




ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES EN SCIENCES SOCIALES
Centre de sociologie du travail et des arts
SOMETHING YOU SHOULD KNOW: ARTISTES ET PRODUCTEURS AUJOURD'HUI
Mercredi 25 novembre à 19h:*

Sanja Iveković  
De 19H à 21H, 96 boulevard Raspail, 75006, Salle Lombard, RdC. *



                                

Sanja Iveković, Trokut (Triangle), 1979, photographs of a performance, text. © Sanja Iveković, 2007

’The action takes place on the day of the President’s visit to the city. It develops as intercommunication between three persons:
1. A person on the roof of the high building which is across the street from my apartment
2. A policeman on the street in front of the house
3. Myself on the balcony
Due to the cement construction of the balcony, only the person on the roof can actually see me and follow my action. My presumption is that this person has a pair of field-glasses and a walkie-talkie. I also notice that the policeman in the street has a walkie-talkie.
The action begins when I walk out on the balcony and sit on a chair. I drink whisky, read a book, and pretend to masturbate. After some time a policeman rings my doorbell and orders that ’persons and objects should be removed from the balcony’.’
(Sanja Iveković Zagreb, Savska 1, 10 May 1979)



Née en 1949 à Zagreb (Croatie) où elle vit et travaille, Sanja Iveković est l’une des artistes- clefs pour comprendre la reconfiguration des rôles, des genres et de la cartographie géopolitique manifestée par l’art d’aujourd’hui ; ce qui se démontre pleinement dans la pluralité des lieux où l’on a pu voir tout récemment ses travaux. Ainsi, par exemple à la Biennale d’Istanbul (cf post précédent) ou à l’exposition The Death of the Audience (Secession de Vienne). En France, elle a proposé une performance en avant-première de l’exposition Réversibilité au CAC Brétigny et ses œuvres acquises par le Musée National d’art moderne figurent également au sein d’elles@centrepompidou. Elle expose au Muzeum Sztuki de Lodz et participe à l’exposition Gender Check au MuMok de Vienne et est résidente aux Récollets.

Sanja Iveković fait partie d’une génération d’artistes, qui a émergé après 1968 dans les pays de l’Est européen, intervenant dans les champs de la photo et du collage, de la vidéo et du film, des installations et des actions. Elle participe d’emblée de ces “politics of performance” que la théoricienne Peggy Phelan caractérise comme des stratégies pour une critique des idéologies du visible. Le travail d’Iveković fonde effectivement une pratique critique, investie dans la politique des images et du corps (cf. la formidable performance Triangle (1979))  et analysant les stéréotypes de genre, tels qu’ils sont cités à comparaitre à la télé (General Alert [Soap Opera], 1995) ou dans les magazines  (Paper Women, 1976–7).
Ainsi, Sanja Ivekovića été l’une des premières, sur la scène Yougoslave (puis Croate) a adopter une perspective féministe dans son travail d’artiste. Depuis 1989, elle traite, toujours dans cette perspective, de l’effondrement du régime communiste et des conséquences du triomphe du capitalisme et de l’économie de marché sur les conditions de vie, particulièrement celles des femmes- et notamment la violence à laquelle les femmes sont soumises.
Une rétrospective du travail de Sanja Iveković s'est tenue en 2001 à Taxipalais (Innsbruck, Autriche), en 2007 à la Fundació Antoni Tàpies (Barcelone), ainsi qu'une exposition personnelle Urgent Matters, au BAK d’ Utrecht et au Van Abbemuseum d’ Eindhoven en 2009. Elle a participé aux 11è et 10ème Biennales Internationale d'Istanbul (2009 et 07), les Documenta 12 (2007) et 11 (2002) à Kassel, et à Manifesta 2 (1998).


Le séminaire "Something you should know: Artistes et producteurs aujourd'hui" est soutenu par la fondation FABA.



Sunday, November 22, 2009

Isadora, musée Bourdelle à Paris


Isadora sur la plage à Venise, 1903ou5@Deutsches tanzarchiv
Trente trois secondes. C'est tout ce qu'on a des danses d'Isadora: un document trouvé à la Cinémathèque de la Danse, un bout de film muet (dommage, pour quelqu'un qui aura prôné la "musicalité" de la danse....) qui n'est pas daté et parait-il tourné en Russie au début du XXè siècle (cf. post précédent : Isadora en cinq secondes sur You Tube).
Voilà pour la "sculpture vivante", sous-titre de l'exposition Isadora Duncan (1877-1927) au musée Bourdelle. Pourquoi à Bourdelle (ou "à bordel" comme dit Gloria)? Parce que Bourdelle a beaucoup dessiné Isadora Duncan, du moins des figures expressives de la danseuse . D'ailleurs, elles ont servi de modèle pour ses effigies de la Danse et la Musique au théâtre des Champs-Elysées (avec Nijinski, pourtant les deux ne dansèrent jamais ensemble). Comme nombre de sculpteurs, Bourdelle l'a dessinée : il est d'ailleurs amusant de repérer les similitudes entre les poses, qu'on regarde les dessins de cet artiste ou d'autres, comme Wouters, Grandjouan, Dunoyer de Segonzac ou Walkowitz et Rodin.

(ci-dessus, métope du théâtre des Champs-Elysées à Paris)
Mais d'abord qu'est-ce qu'on voit lorsqu'on regarde Isadora danser? Dans un jardin, en plein-air, au beau milieu des invités , on voit une femme souriante, habillée de flou, un châle croisé sur une robe ou une tunique, poursuivre un mouvement fluide en guise d'harmonisation à la nature ambiante, tête levée dans une volonté d'empathie romantique, qui va contre les figures imposées du ballet--du moins le croit-on.
Il n'est pas indifférent que la danseuse se soit prise de passion pour la Grèce antique --avec son frangin Raymond, un copain de la grand-mère de LBV et qui fut responsable du port de sandales du père de celle-ci lorsqu'il était enfant, hiver comme été!!!)--Non seulement elle s'inspira des bas-reliefs et des vases, mais elle y fit des voyages, ce dont une magnifique série de photos par Steichen témoigne:

l
Steichen, Isadora Duncan at the Portal of the Parthenon,1921 
L'articulation entre l'appel néo-classique et la geste exaltée de la danseuse n'est ici pas explicitée. Elle relève sans doute plus d'un phénomène d'époque mêlant curieusement le monde anglo-saxon et la France dans un regard inverti sur la Grèce, antique et moderne (un mix qu'on voit chez Steichen) ;où l'on trouve en vrac, la poésie sapphique et Pierre Louÿs, le gris, Colette et Montesquiou (portraituré dans l'expo), Georgette Leblanc, Maeterlinck et Debussy et les fêtes grecques de Nathalie Barney (portraiturée aussi par Romaine Brooks, également toute en gris), laquelle s'en alla brièvement fonder une colonie à Lesbos avec Renée Vivien; et en passant par un goût particulier pour les idéologies totalitaires dissimulée sous le terme d'héllénisme...

 
Pour ce qui concerne Isadora , l'invocation à la "Grèce", semble avoir été un passe-partout pour reconsidérer la danse comme un art véritable, noble, profane et surtout antagoniste d'un autre pôle, Africain.
Composée de 5 parties, l'exposition se poursuit sur un portrait de groupe des danseurs contemporains d'Isadora, Cléo de Mérode, Ida Rubinstein, Ruth St Denis, la Pavlova et Nijinski, ainsi que les élèves de la danseuse au Dionysion (école fondée à Sèvres) et ses trois légataires... puisqu'Isadora mourut jeune, de la façon qu'on sait, étranglée par son une écharpe, malencontreusement enroulée dans la roue de son automobile, sur la Côte d'Azur.
Jusqu'au 14 mars 2010. www.bourdelle.paris.fr

Isadora, cinq secondes de danse....


Friday, November 20, 2009

A Paris Photo...







 
De ht en bas: Muhamad Youssef, Untitled, Egypte, 1960 Collection Arab Image Foundation / Gihane Ahmad ; autoportrait, Egypte, 1960; Marie el Khazen, Zghorta, Liban, 1920 Collection Arab Image Foundation / Mohsen Yammine © Arab Image Foundation

A Paris-Photo, l'exposition qu'a conçue Catherine David ne se développe que sur quelques cimaises. Pour cette mini-sélection, elle a du piocher parmi les 300 000 images réunies depuis 1997 au sein de l'Arab Image Foundation (de Beyrouth), dont la particularité consiste à proposer à des artistes et des chercheurs/ses d'accéder, de se servir et d'enrichir ce fonds de photographies du Moyen-Orient, Afrique du nord et de la diaspora Arabe, qui constituent peu à peu des archives visuelles, certes parcellaires, pour là où ça manque officiellement . Ainsi, Akram Zaatari, Negar Azimi, Yasmine Eid-Sabbagh, Lara Baladi, Yto Barrada ou Fouad Elkoury, entre autres, ont travaillé avec ces images, qui fournissent également une iconographie pour les journaux ou les livres.

Van Leo, Self-portrait, Le Caire, Egypte, 1942 © Arab Image Foundation

Cette modeste exposition sans fioritures, ni explications, ni justifications et qui mélange des photographes un peu connus comme Van Leo (dont on reproduit ici un autoportrait transgenre, en sus de l'affiche figurant Sherihan l'actrice en cow-boy à pistolets) à d'autres qui le sont moins et les provenances comme l'Egypte ou l'Irak.



Irak, 1969... El Ani family on a picnic near Badgad, par Latif el Ani© Fondation Arabe pour l’Image 
 









Egypte 1960. Muhamad Youssef, Faiseur de Kounafé, Le Caire.Collection Gihane Ahmad © Fondation Arabe pour l’Image

Tuesday, November 17, 2009

Le récit parallèle de Lisa Oppenheim


 (ci dessus, Killed Negatives : after Walker Evans, 2007-9; dessous, Art for the Public(Elegy to the Spanish Republic 116) et encore dessous, Art for the Public (Titled Arc), 2009

Au sein de l'exposition (cultural memories/récits parallèles) de Clement Dirié dans l'espace de la galerie In Situ de Fabienne Leclerc (sise dans l'ancienne galerie Eric Fabre à Paris),  LBV a a certes apprécié d'y reconnaître le film November Hito Steyerl et les travaux de David Marljkovic mais elle a également été saisie par la beauté des travaux de Lisa Oppenheim. Et notamment ses séries des Art for the Public et des Killed Negatives. Dans le second cas, l'artiste a utilisé des photos non publiées de Walker Evans datant de 1938- une commande publique de Farm Security Administration: des photos qui ont été "tuées", c'est à dire poinçonnées pour empêcher la publication. Récupérant ces fonds inutilisés et cependant déposés aux archives de la Library of Congress,  Lisa Oppenheim a opéré un travail à partir du trou poinçonné, restituant et imprimant le fragment manquant de l'image, qui en devient l'oeil. Car depuis ce point de vue "après coup", proposé comme une vision dans un oeilleton qui supplémente la photographie originelle exposée avec son amputation circulaire, l'artiste indexe l'historique de la représentation et ses différents avatars, du document à l'oeuvre d'art, de la poubelle à la restitution.


Un autre travail d'indexation tout aussi intéressant et aux effets plastiques remarquables a été opéré par Lisa Oppenheim avec For Art for the Public: Images from the Collection of the Port Authority (2009. Elle a rephotographié des images du catalogue de 1986 de la collection d'oeuvres acquises par  l'organisation portuaire de New York et du New Jersey pour être exposées (dans le district financier, à l'aéroport JFK, etc. ) et dont nombre de numéros étaient entreposés dans les caves du World Trade Center. De nombreuses oeuvres ont été perdues ou détruites depuis cette publication et n'existent donc, qu'en tant qu' images-fantômes, un statut que Lisa Oppenheim a souhaité prolonger en superposant une diapositive en positif et en négatif de la même image, et en imprimant la trace argentique de ces opérations d'effacement. Qu'il s'agisse du Titled Arc de Richard Serra, ou de l'une des Elegie à la République Espagnole de Robert Motherwell, les enjeux publics de ce genre d'oeuvres dans le récit canonique de l'histoire de l'art (avec les procès et les pétitions pour ou contre Titled Arc, avec les enjeux de mémoire dans l'histoire formaliste de l'avant-garde, par exemple) sont ainsi calés au plus intime de la photographie: sa peau.

Carla bouilleuse de cru

"Dans ma famille on distillait l'art et la musique de façon naturelle". Carla B-S in Elle, 13 nov 2009.

Sunday, November 15, 2009

"Old are the new young" -- le retour.

Dans le dynamique pack de galeries de l'Est parisien en ce moment, on peut voir avec ravissement des artistes qui ne sont plus de prime jeunesse, puisque Stephen Willats (chez Balice Hertling) et David Lamelas (chez Gaudel de Stampa) ont respectivement 66 et 63 ans. Willats a commencé la revue britannique Control en 1965, Lamelas a participa aux expériences du très fameux Instituto Torcuato di Tella à Buenos Aires au début des années 1960. Tous deux ont eu des pratiques liées à l'art conceptuel, très tôt, et ne figurent pas vraiment dans les histoires officielles. Cela n'est pas sans lien avec l'insituable légèreté de l'un comme de l'autre, qui fuient, ou plutôt qui tombent dans les interstices laissés par les édifices officiels, en changeant le plus souvent possible de perspective et de point de vue.

 
 

On est d'ailleurs en plein dans l'édifice avec l'expo de Willats chez Balice Bertling. Des figurations d'immeubles modernes ont été tracés sur deux murs en noir et blanc;  l'un des murs porte deux éléments architecturaux l'autre est affublé aussi de deux épures d'objet ou de sculpture à échelle immobilière, l'une rouge et l'autre bleue (le système de Willats fonctionne en 4 couleurs, comme le stylo) ; des vidéos passent dans chacune de ces figures schématiques, projetées sur les murs peints, au sein de l'une ou l'autre des fenêtres qui s'y dessinent. D'un coté, c'est une collection de gens pris au hasard, filmés dans des avenues bondées: des passants dans la rue comme à l'image. De l'autre, une collection de céramiques cinquante, aux formes contournées, défilent aussi. C'est ce qui intéresse Willats, lorsqu'en 1965 il crée une collection de vêtements multiples (Multiple Clothing, qu'on avait pu voir il y a bien longtemps chez Gabrielle Maubrie) bien avant d'autres projets "relationnels" et tous ses travaux sur l'habitat et l'habitus, avec une perspective sociologique ou anthropologique d'étude des rencontres humaines et du feed-back entre la personne, les autres, l'environnement. 



La galerie Gaudel est transformée en salle de cinéma pour Applelife ® nouvau film de Hildegade Duane et David Lamelas. Celui-ci, outre ses travaux dissidents et percutants sur la société de l'information, a également réfléchi, parallèlement à la lignée Jack Smith-Warhol, à une société du spectacle usinant ses "people" à la façon des rock stars et des politiques (cf Franco et Peron, deux dictateurs qu'il a fui pour s'installer près de Hollywood à LA en 1976). Depuis les années 1970 il est apparu en diverses "appropriation de personnage", comme il les qualifiait-- engageant, par exemple, un photographe professionnel pour offrir et réduire à la fois, le devenir icone de tel ou telle faction du monde de l'art, son galeriste, l'assistante, Marcel Broodthaers.... (Script). Ici chez Gaudel, le photographe pro est aussi présent, dans une désopilante histoire de vieille rock star (qui porte un TShirt: war is over) et sa compagne professeure Nimbus, de brevet de jouvence, de droits dérivés, de flouze et de pomme.
Ce qui marche, dans les deux cas, n'est pas simplement la nostalgie de ce vieux bon art fleurant les années 1960-70. C'est l'intérêt que leur portent les artistes d'aujourd'hui ou ceux qui les représentent. Ainsi, c'est Falke Pisano ou Luca Frei, chez Balice Bertling, qui recontextualisent le travail de Willats-- et celui ci n'a pas arrêté, loin de là, de produire. Tout comme Lamelas, porté dans l'aujourd'hui par un Matthieu Laurette, par exemple et par les expositions de Pierre Bal Blanc, y compris sa récente The Death of the Audience à Vienne.  La pérennité de sa collaboration avec Hildegarde Duane est aussi un élément d'intérêt. Elle date de 1978, avec The Dictator, où une sorte de Barbara Walters (la Christine Okrent américaine) interviewait un personnage inspiré à la fois par Peron et Castro, abordant la politique des sexes, le pouvoir des medias, les inconséquences du hasard sur la destinée et l'impossible prévision d'un futur stable.





Friday, November 13, 2009

Une bourde du Nouvel Obs (et une grosse bourdasse de la 5)

Un couple d'homosexuelles (AFP)
                                           Un couple d'homosexuelles (AFP)

Signalée par Catherine, voici la photo ci-dessous sur le site du Nouvel Obs.com avec sa légende "un couple d'homosexuelles (AFP)". Vous avez bien lu: l'image décrit ainsi "un couples d'homosexuelles".  Et réciproquement.
Donc un couple d'homosexuelles c'est : deux filles et un couffin à roulettes passant devant un mur marqué Palais de Justice (à ne pas confondre avec "un couple de gays"; et à ne pas confondre avec "un couple d'hétéros", voire "un couple" tout court, merci de poursuivre et de prolonger l'exercice...).

Sur le site du Nouvel Obs.com, en date du 13 novembre, 131 réactions hautement doctes sur les thèmes du "faut-y, faut-y pas"--il s'agit évidemment de l'adoption par les couples de même sexe, actualité oblige. Pas une phrase sur l'image et sa légende. Pourtant, il y aurait de quoi...

(et puisqu'un commentaire ci-dessous le met en ligne : il s'agit aujourd'hui des propos de Vanneste dans l'émision "c en l'air" sur la 5 à la télévision et LBV aimerait rajouter ceci à son post d'hier.  Ce n'est pas la première fois que Vanneste est invité pour répandre ses conneries.
Mais pourquoi Vanneste, dont on connait le passé homophobe, est il systématiquement invité désormais lorsque la télévision parle d'homoparentalité? Est-ce justifié (comme LBV l'avait une fois entendu dans son journal) de "laisser la parole à l'opposition"-- et dans le cas de l'homosexualité, l'opposition serait-elle l'homophobie? Ou est-ce parce que Vanneste est un "bon client" de télévision? Ce mec raconte, en effet, n'importe quoi sans se dégonfler et tout en brandissant des références pseudo-scientifiques; mais dans ce cas, le passé récent du XXè siècle devrait nous rappeler que ce genre d'arguments a produit les idéologies les plus nauséabondes...






Kazuyo Sejima (de SANAA) dirige la prochaine Biennale de Venise, section architecture.

  
La prochaine directrice de la Biennale de Venise (section architecture) en 2010 sera

 Kazuyo Sejima (1956), actuellement professeure à Princeton et l'une des deux membres de SANAA avec  Ryue Nishizawa--agence qui a construit le New Museum de New York (cf post) et le pavillon de la Serpentine à Londres de cette année, ainsi que le musée du 21è siècle de Kanazawa, qui lui avait valu le Lion d'Or de la Biennale en 2004. En 2000, Kazuyo Sejima était aussi la commissaire du pavillon japonais d'archi pour Venise, qu'elle avait intitulé City of Girls

Thursday, November 12, 2009

Nouvelles vieilles mochetés: la "poulbotisation" des esprits


Reçu ce carton d'invitation officiel émanant de la Rmn (réunion des musées nationaux) -avec pour la première fois, mention de Jean-Paul Cluzel en tant que Président du c.a. de la Rmn- bref, en tout cas ce carton vous prie "d'assister à la visite de l'exposition Les enfants modèles de Claude Renoir à Pierre Arditi' au musée de l'Orangerie. On a mal lu? Non, il s'agit bien de Claude Renoir (le papa période rhumatismes maxi est célébré au grand palais) et de Pierre Arditi. Stupéfaction. La chose est-elle en rapport avec le ralliement de l'Arditi en question à la loi Hadopi? On n'ose le penser. En tout cas, alors que les trois commissaires de Présumés:Innocents, certainement une autre version de l'enfance, sont toujours sous le coup d'un renvoi en correctionnelle, ce carton, qui porte en son recto une peinture assez affreuse de Maurice Denis intitulée La Boxe, 1918 (image) apparait comme une preuve supplémentaire de la "Poulbotisation" des célébrations.... nationales.

Tuesday, November 10, 2009

No Mas. Le modèle d'on n'en veut plus, pour dire qu'on n'en peut plus

http://hidvl.nyu.edu/video/003090556.html
Pour supplémenter l'intervention à l'EHESS de Lotty Rosenfeld et pour apporter sur ce blog un fragment de l'exposition au FRAC Ile de France/le Plateau de Guillaume Désanges intitulée la Planète des Signes, voir cette vidéo du CADA, en attendant la complétion de la thèse de Pedro Araya, consacrée à ce sujet même.
.../...
Les interventions du Colectivo de Acciones de Arte (CADA), collectif activiste chilien  (les artistes Lotty Rosenfeld et Juan Castillo, le sociologue Fernando Balcells, le poète Raúl Zurita et la romancière Diamela Eltit) ont été mises au point sous la dictature de Pinochet. Elles ont utilisé des stratégies artistiques, notamment les tactiques de la performance pour lutter contre la dictature. 
C'est dire aussi, que les actions de CADA, qui s'identifiaient comme "artistiques", non seulement questionnaient toutes les pratiques institutionnelles de l'art et de la politique, mais inscrivaient également l'art comme pratique sociale nécessaire et comme outil politique pour lutter contre un état de fait, ou plutôt d'exception.

"Engagées dans la fondation d'une fonction ouverte et spontanée du spectateur, les "interventions dans la vie quotidienne" avaient pour but d'interrompre et d'alterer les routines normalisées du citoyen ordinaire dans sa vie ordinaire, par le biais d'une subversion des signes qui décontextualisaient et restructuraient les comportements, les lieux et les signes urbains "(dixit New York university).
En 1983, après dix ans de prise du pouvoir et de dictature de Pinochet au Chili, CADA propose le signe et le slogan 'NO +' (Pas plus). Mais ce n'est pas qu'un "plus jamais point à la ligne", puisque ce slogan se veut un texte ouvert, qui doit être complété par qui le voudra bien, par qui va ou vont poursuivre le texte en le complétant de leurs revendications spécifiques (Plus jamais ci, plus jamais ça). Et CADA d'inviter à disséminer ce message sur différents murs dans toute la ville de Santiago. Le "tag" a été en effet la forme première de NO+ mais le slogan a été ensuite utilisé partout dans le pays, comme un symbole massif, public, de résistance politique, comme on le voit sur cette vidéo, avec la documentation de la première action NO+ sur le fleuve Mapocho à Santiago du Chili, et des images  qui montrent la diffusion de ce signe-slogan. 

un grand tour de Lynda Benglis

This exhibition is the first solo exhibition in Europe of the American sculptor Lynda Benglis, best known for her pioneering and challenging works which question the rigours of Modernism and Minimalism by merging content and form. Spanning 40 years of work, this exhibition represents her extraordinary creative output from her early poured latex or polyurethane sculptures, best known as ‘fallen paintings’ and wax reliefs of the late 1960s; videos, Torsos and Knots of the 1970s along with Wing (an incarnation of one of her cantilevered sculptures) and the 1975 installation Primary Structures (Paula’s Props); to her metallised pleated sculptures of the 1980s and '90s; and her more recent works in polyurethane such as The Graces, 2003-05. The exhibition also includes documentary material outlining her interest in performance or self-promotion through magazines and invitation cards – most famously her controversial ‘dildo’ advertisement (part of her Sexual Mockeries series) in Artforum magazine in November 1974.

Lynda Benglis, Primary Structures (Paula’s Props), 1975, Lead, aluminium, and plaster, with plastic plant and velvet, real plant, 246.4 x 251.5 x 160 cm, Courtesy Cheim & Read, New York, Art © Lynda Benglis/Licensed by VAGA, New York, NY   Lynda Benglis, Eat Meat, 1969-75, Bronze, 61 x 203 x 137 cm, Courtesy Cheim & Read, New York, Art © Lynda Benglis/Licensed by VAGA, New York, NYLynda Benglis, Panhard, 1989, Copper over stainless steel mesh, 182.9 x 99.1 x 45.7 cm, Courtesy Cheim & Read, New York, Art © Lynda Benglis/Licensed by VAGA, New York, NY

Benglis’s interest in process has led her to expand the possibilities of material from latex pouring and expansions to more precious materials such as glass and gold. Taking the body and landscape as prime references Benglis creates work that oozes immediacy and physicality, defying gravity, her forms have been coined ‘frozen gestures’. Invited to teach at the feminist courses in California in the early seventies, Benglis has always toyed with gender relations. Benglis’s most well-known videos such as Now, 1973, and Female Sensibility, 1973, capture and mock the sexual prejudices of the times as well as breaking ground in terms of early video and documentary-making.
Born in 1941 in Louisiana, USA, Lynda Benglis lives and works between New York, Santa Fe, Kastelorizo and Ahmedabad. Solo exhibitions include Shape Shifters, Locks Gallery, Philadelphia, 2008; Lynda Benglis: Pleated, Knotted, Poured…,  Locks Gallery, Philadelphia, 2007; Lynda Benglis, Cheim&Read, New York, 2004; Lynda Benglis: Sculptures, Bass Museum of Art, Miami, 2003; Michael Janssen Gallery, Cologne, 1998; Margo Leavin Gallery, Los Angeles, 1991; Dual Natures, curated by Susan Krane, High Museum of Art, Atlanta, 1990; The Kitchen, New York, 1975; Paula Cooper Gallery, New York, 1975; The Clocktower, New York, 1973; Lynda Benglis: Video Tapes, curated by Robert Pincus-Witten, Video Gallery, Everson Museum of Art, Syracuse, NY, 1973; Kansas State University, Manhattan, 1971; Hayden Gallery, MIT, Cambridge, MA, 1971; Paula Cooper Gallery, New York, 1970; Galerie Hans Müller, Cologne, 1970.
In 2007 Cheim & Read staged the critically acclaimed exhibition Circa 70: Lynda Benglis and Louise Bourgeois. Benglis has also exhibited widely in major group exhibitions including the seminal Anti-Illusion. Procedure/Materials, Whitney Museum of Art, New York, 1969; The New Sculpture 1965-75: Between Geometry & Gesture, Whitney Museum of American Art, New York, 1990; Fémininmasculin: le sexe dans l’art, Centre Pompidou, Paris, 1995, and more recently Century City: Art and Culture in the Modern Metropolis, Tate Modern, London, 2001; Summer of Love: Psychedelic Art from the 60s, Tate Liverpool, 2005, and High Times, Hard Times: New York Painting 1967-1975, Independent Curators International, New York, 2007.
A 300 page fully-illustrated hardcover monograph accompanies the exhibition produced by Les Presses du Réel. It will comprise of texts by Dave Hickey, Elisabeth Lebovici, and exhibition curators Caroline Hancock and Judith Tannenbaum, an interview with the artist conducted by Franck Gautherot and Seungduk Kim, and an in-depth chronology compiled by Diana Franssen. Famous and unseen archival material (magazine articles, photographs, letters, installation shots) will be reproduced as well as an overview of Benglis’ work since the mid 1960s.
The exhibition is organised by the Irish Museum of Modern Art, Dublin,  in collaboration with Van Abbemuseum, Eindhoven; Le Consortium, Dijon; Museum of Art, Rhode Island School of Design, Providence, and New Museum, New York.
Tour Dates:
Van Abbemuseum, Eindhoven, Netherlands (curated by Diana Franssen) 20 June – 4 October 2009
IMMA, Dublin, Ireland (curated by Caroline Hancock) 4 November 2009 – 24 January 2010
Le Consortium, Dijon, France (curated by Franck Gautherot and Seungduk Kim) 2 April - 20 June 2010
Museum of Art, Rhode Island School of Design (RISD), Providence, USA (curated by Judith Tannenbaum) 1 October 2010 – 9 January 2011
New Museum, New York, USA (curated by Laura Hoptman) 9 February - 1 May 2011

Sunday, November 08, 2009

Nouvelles mochetés parisiennes (312) : le soireebus

Hier soir au sortir du P de T, vision stupéfiante sur la chaussée parisienne de l'avenue du P W, où l'on a vu passer un autobus de ligne mais plus violet à l'extérieur, muni à l'intérieur, de lumières successivement bleues et vertes, zébrant quelques personnes bras levés au beau milieu des barres et sangles d'appui, à côté d'un DJ en casque! Courageuses, les personnes qui se dandinent alors que le bus roule. Etant données les restrictions usuelles dans les bus de ligne : pas fumer, pas cracher, pas d'objets encombrants, pas de matières inflammables, pas de verre, pas de pieds sur les banquettes, pas d'obturation des caméras de surveillance (pas de drogues?).. On se demande si l'autobus reconverti soirée nocturne peut vraiment remplacer la nuit qui "meurt en silence à Paris" (pétition lancée d'abord sur Facebook et ayant recueilli à ce jour 11020 signatures)


Fermer pour cause de ville morte
Rappelons à ce sujet les manifestations "Dancing is not a crime" aux Etats-Unis, invitant à reprendre la rue en dansant...

Friday, November 06, 2009

Faire et défaire...Florence Lazar.


(Florence Lazar, Faire)

La présence de Florence Lazar sur la scène artistique française est pour le moins discrète. Elle est d’ailleurs dans la "salle noire" du Mamvp (où furent également présentés Khalil Joreige & Joana Hadjithomas au printemps dernier) après avoir figuré, dans le même musée au sein d'une exposition collective en 1997. Elle exposera également à Ploufragan -ce n’est pas une blague- dès la fin de ce mois. Mais son curriculum vitae est pour le moins raisonnable pour une artiste née en 66 et diplomée de l'ensb-a en 1991.
Et pourtant, son travail est fort (fort-da?), introduit par une série de photos de revues ou de livres, présentées devant l’objectif : pour que la lecture tienne, il faut des mains qui les tiennent, un torse qui les accueille, les encadre. LBV a fondu, regardant le frontispice de Jeune Militant, sillonné de griffonages comme un torse palimpseste, traversé de tatouages. La lecture est prise à bras le corps.
Et quelle lecture ! Ce sont celles de la gauche non socialiste française (avec la formation du PSU des années 70), ainsi que le sont les livres dont parle l’homme, vu à l'image de Confession d’un Jeune Militant, 2008; ce film est projeté un peu plus loin dans les salles noires et c'est le seul dans l’exposition dont on ne perçoit la bande son qu’à travers des écouteurs. Film et photos, silencieux, sont objets de méditation et pourtant l’homme parle sans arrêt du contenu de ces titres, tendus un par un par la main d’un/e bel/le enfant -toujours le corps qui sert de lien : « Faire », « Luttes », « Contrôler aujourd’hui pour décider demain », Vivre, produire et travailler autrement », « Staline »de Boris Souvarine … Toute une mémoire, ou plutôt tout un oubli de l’histoire politique française de la fin du XXè siècle, qui a été forclose avec Sarkozy et les débats et célébrations autour de 68, éradiquant toute trace de cette littérature programmatique.

C’est cette mémoire que Florence Lazar cherche, non à citer mais à reprendre et transmettre: à "citer à comparaître", c'est à dire à exposer. De la même façon qu’elle est partie plusieurs fois en ex-Yougoslavie --deux des films ici s’y réfèrent (Les Paysans, 2000, l’Etoile Rouge, 2006) et que ces réalisations s’approchent de la peinture ancienne, ou plutôt, des procédures qui permettent la transmission des images. Ainsi Les Paysans, par exemple, où « deux hommes trient des sarments de vigne pendant que des femmes à l’arrière plan en font des fagots » adopte le principe d’une composition frontale, alors que les hommes parlent de la guerre au Kosovo. L'un d'entre eux, plutôt, monopolise la parole et se "lâche" tout en continuant son activité répétitive. Ils ne se parlent pas, ne se regardent pas, mais se situent en parallèle et poursuivent leur tâche de mêmes gestes pacifiés, qui contredit la violence tout aussi ancienne qui les a peut-être opposés à mort. Cette contradiction se manifeste non seulement dans le cadrage, mais surtout "en film": dans la matérialité "all over" à la surface de l'image, laquelle n'a rien à voir avec la problématique du tableau (vivant), sur laquelle on a tendance à rabattre les rapports de l'image filmée, de la théâtralité et de la peinture.



(Florence Lazar, Les Paysans)
 

Brecht: (aaaaaaa! Brecht décidément vedette de l'année. On ne manquera pas de lire Georges Didi-Huberman, Quand les images prennent position, l'oeil de l'histoire 1, Editions de Minuit,2009).
"Nous faisons bien de définir les œuvres réalistes comme des œuvres militantes. On y donne la parole à la réalité, qu’on n’a pas l’occasion d’entendre autrement. Elles annoncent une contradiction (et s’en font les porte-parole) où s’apprêtent à s’insérer de nouvelles forces en opposition avec les idées et les comportements dominants."

Exposition jusqu'au 10 janvier 2010.


Monday, November 02, 2009

Brecht dans la jungle des Biennales: après George à Lyon, Bertholt à Istanbul



Biennale d'Istanbul, derniers jours.
« What keeps mankind alive ? » : qu’est-ce qui maintient l'humanité en vie? Istanbul se distingue, parmi les autres Biennales de l’année (Venise/Lyon notamment). Le quatuor de jeunes organisatrices et le designer croates oeuvrant sous le sigle WHW (« who, how and for whom »), ont choisi Bertholt Brecht comme thème ; elles ont d’ailleurs chanté un air issu de l’Opéra de Quat’Sous afin de présenter leur programme.
Pour les autres données de la Biennale, nul besoin d’enquêter; thématique d'économie politique oblige, elles sont toutes affichées au sein de l'expo & reproduites dans le livret épais qui coûte 2Lires turques, soit un Euro : budget, sources de financements, répartitions des fonds, répartition sexuée, et géographique des artistes (parité, pas de trans, Europe centrale et Méditerranée levantine, Israel et Palestine inclus…) représentation par une galerie ou pas (plutôt pas), provenance des pièces exposées, etc. On passera vite également sur les trois lieux choisis (les autres lieux prévus et non obtenus figurent également dans le livret). Au menu : l’école grecque avec ses salles de classe. Le très vaste entrepôt « open space »  avec ses nombreuses, très, trop nombreuses « black boxes » à des fins de projections filmiques, qui démultiplient par x le temps d’exposition à l’exposition (d'où nombre d'impasses qui frisent la grossiereté) ; l’ex petite fabrique, plus « maisonnable » (LBV barbarise). Soit une trilogie bien connue traversée par LBV et ses copines sous des trombes d’eau.


(Museum of American Art, maquette de la Dorothy Miller Gallery)











(haut : Sanja Ivekovic; bas KP Brehmer)


L’impression générale n’est pas vraiment ludique, même si la plus remarquable des interventions est celle qu’on foule aux pieds sans la voir. Les boules de papier rouge 21x29,7 froissé de Sanja Ivekovic(cf image haut/gauche:Turkey report), présentes partout sur les sols de la Biennale, souvent sur les marches et dans les coins, fatiguées par deux mois de visite, renferment sur l’une de leurs faces un rapport sur la situation des femmes en Turquie vue par des ONG. Cette œuvre « du bas », du sol, devient un crachat, au sens où l’entend Bataille. Les autres propositions de cette artiste tiennent également le choc (haut droite : Waiting for Revolution, (Alice)).
LBV a également piétiné de bonheur en faisant la connaissance de KP Brehmer (1938-97), (cf photos plus haut): ce plasticien matérialiste fait de la peinture ou du dessin avec des statistiques, des courbes de profit ou de rentabilité, qui deviennent le contenu et la forme du travail (il est à mettre en lien avec l'installation de Société Réaliste, faisant, ici, avec les lignes des murs de contention urbains un système de signes graphiques). Brehmer fabrique, tel un Seurat, un système d’équivalences entre couleur et émotion prolétaire en utilisant un « rapport sur  l’âme et les sentiments d’un travailleur »- et ce, au moment même où se met en place le capitalisme financier, au tournant des années 1980. Dans le genre….De ce côté brechtien qui fait des matériaux de l'assujetissement économique (les "conditions de productions) le matériel, au sens psychanalytique du terme, de l’art, on trouve également l’émouvante action filmée de Sharon Hayes. I didn’t know I loved you, 2009, propose la lecture de lettres d’amour en tant qu’actes de discours public proférés dans la rue d’Istanbul, qui deviennent, dans leur réitération même, des fragments d’un militantisme amoureux. Ou le projet Isola Bella, 2007-8 de Danika Dakic : une théâtralisation d’Ile Enchantée dans un vieil hopital psychiatrique, où restent des survivants de la guerre de Bosnie, qui ont vécu toute leur vie enfermés dans l’institution supposément « modèle », édifiée en 1949. Id pour les travaux de survie picturale de Mladen Stilinovic (photo ci dessous)...La survie ou la sous-vie sont manifestement le sous-texte.





Ces travaux ont du mal, néanmoins, à surnager dans la généralité des pièces proposées dans l’exposition sans fil narratif, c’est-à-dire sans ces jeux de combinaisons, de rapprochements ou de répulsions, qui caractérisent généralement un accrochage "plastique" : sans doute, ici, il s’agit d’une dé-hiérarchisation généralisée des valeurs, implicites ou explicites, qui composent d’habitude avec l’espace d’exposition. Notamment la valeur-temps - on y revient- vu le nombre de films exposés, qui durent plus d’une demi-heure et au milieu desquels on se présente sans rien y comprendre. En tant que visiteuse d’Europe occidentale, par exemple, on eût aimé saisir ne serait-ce qu’un instant du film de Tamas St Auby, dit aussi Tamas Szentjoby, Tamas Stauby, Tamas St Aubsky, Emmy Grant, Emily Grant, Tamas Staub, Tamas Taub et Kurt Schwitters...en hongrois sous-titré en turc et qui reste une énigme.




haut :  image du film de Tamas; en bas, l'une des §rès chouettes photos, intitulées Unknown Sports, de Nilbar Günes.














La présence diffuse du schéma, du cinéma, de l’image documentaire, du graphique, de la photo comme fiche (le fichier multipliant Xn l'image) et de l'installation multi-écrans rendent également la visite fastidieuse. De la monumentale présentation de Chto delat comprenant graphisme+chronologie+journal+deux films de fiction projetés sur l'époque de la pérestroika et du post-socialisme... à l'installation multi-bandes (vidéo) d'Arthur Zmijewski intitulée Democracy et qui mêle tous genres de manifs et de contre-manifs de la catho et la facho à la féministe+protestations et la palestinienne+israelienne... (ce qui met assez mal à l'aise et c'est sans doute l'effet voulu), tout ça veut certainement appréhender l'état de crise permanente des régions du monde, avec l'ambivalence qui est de mise en de telles circonstances. Comment, ainsi, appréhender le film d'Erkan Ozgen, Robben, où un jeune gars, hood par-dessus la tête, caillasse devant un lieu plus ou moins carcéral, un portrait... de Michel Foucault transformé en affiche, pendant qu'on entend (mal) le philosophe parler en anglais?
En se sentant ainsi démuni d'arguments pour apprécier la pertinence des travaux, on est évidemment saisi par le déplacement entériné, à la fois dans la localisation de la Biennale sur la carte du monde ainsi que dans le point de vue qui lui est appliqué, depuis cet Est européen méridional d'après la Chute du Mur, où chacune et chacun tente de ressaisir une histoire. D'où la répétition hallucinée du motif de "la manifestation", du lien entre intolérance et espace public-qu'il s'agisse du mariage forcé ou de l'homophobie- comme (dixit le livret Biennale) "exposition de la stagnation et de la régression qui sont des résultats inévitables "d'une économie qui n'a gardé du libéralisme que le nom.



(en haut Igor Grubic, East side story,  opposant la violence des manifestations contre les gays et un effet cathartique proposé par la danse et la référence à la comédie musicale; ci contre: chronologie en posters de la guerre 1975_90 au Liban, par la professeure d'architecture Zeina Maasri)
 
On ne peut, certes, que saluerl'engagement de cette Biennale et surtout le vaste investissement intellectuel des artistes qui la composent, lesquels donnent l'impression d'avoir lu outre Brecht, Zizek, Hardt et Negri, Badiou et autres penseurs de qualité fine. Ce n'est donc pas avec son Istanbul, souvenirs d'une ville d'Orhan Pamuk qu'LBV peut faire son affaire. Et lorsqu'il s'agit de trier dans ses souvenirs récents--en l'occurrence, datant de deux jours-- pour écrire bêtement sur la Biennale, LBV se remémore également une certaine exaspération partagée à vif avec ses copines à l'idée de tant de "bien penser" comme horizon culturel. Un manque d'agilité dialectique? Reprendre la querelle Brecht/ Lukacs sur le Réalisme.
Et puis, l'effet Documenta se prolonge. Documenta ouvrait en effet la voie pour singulariser des "découvertes excitantes" --en l'occurrence d'artistes femmes décontextualisées du féminisme. A Istanbul, il s'agit d'un même genre de propos, ici concentré sur la singularisation d'artistes politiques (ou plutôt : économiques)  décontextualisés et téléportés dans les années 2000: qu'il s'agisse de l'épiphanie marxiste de Yüksel Arslan,  né en 1933 et vivant depuis les années 60 à Paris (il a une énorme exposition personnelle à Istanbul) ou de Nam June Paik "corrigeant" Life.
Ce n'est pas pour rien, d'ailleurs, que, parmi les travaux présentés dans la continuité avec ceux d'aujourd'hui, apparaissent des oeuvres qui mettent en crise l'acuité "familiale": Hans Peter Feldman avec sa reconstitution de 50 ans de la vie d'une femme  et Michel Journiac, avec ses "24 heures de la vie d'une femme" et son Hommage à Freud où il se transforme en son père et sa mère. Il faut y ajouter l'un des rituels artistiques les plus fragiles et les plus étonnants: ceux de KwieKulik, composé notamment de Zofıa Kulik, de Przemyslaw Kwiek...et de leur bébé Dombromierz, depuis la naissance de celui-ci en 1972 jusqu'en 1976. Kwhiekulik, corps artistique maudit du communisme, a composé une archive de 700 images de performances du quotidien, un "laboratoire" dont une projection en diapositives restitue l'économie de bout de chandelles -comment faire quand on n'a presque rien- où quelques cailloux, quelques morceaux de glace, une casserolle ou un seau, des oignons et aussi, ce bébé-baigneur démuni pour une fois de sa place focale, fabriquent des combinatoires sans fin et du bordel dans les générations, si ce n'est dans "la" génération.

 KwieKulik:

-